Prononciation retranscrite selon la norme API, signifiant « le petit homme [qui] pisse » en bruxellois, est une fontaine sous la forme d'une statue en bronze de de hauteurFiche technique du Manneken-pis ( avec le socle) qui représente un petit garçon nu en train d'uriner.

Bien que son existence soit attestée dès le milieu du , Manneken-Pis a été remanié par le sculpteur brabançon Jérôme Duquesnoy l'Ancien et installé en 1619. Sa niche en pierre de style rocaille date de 1770. La statue a été volée ou endommagée à plusieurs reprises au cours de son histoire. Depuis 1965, une réplique est exposée sur place, l'original étant conservé au musée de la ville de Bruxelles.

Manneken-Pis est le symbole le plus connu des Bruxellois ; il personnifie aussi leur sens de l'humour (la zwanze en bruxellois) et leur indépendance d'esprit.

Situation et accès Manneken Pis est situé au cœur de Bruxelles à l'intersection de la rue de l'Étuve et de la rue du Chêne, à deux pas de la Grand-Place. Depuis 1965, la statuette présente sur place est une copie à l'identique de celle conçue en 1619-1620 qui est conservée au musée de la ville de Bruxelles, situé dans la Maison du Roi sur la Grand-Place.

Histoire vignette|gauche|Le premier Manneken-Pis déguisé en berger à l'occasion de l'Ommegang du 31 mai 1615 (détail du tableau de Denis van Alsloot et Antoine Sallaert conservé au Victoria and Albert Museum de Londres). La plus ancienne mention de l'existence de Manneken-Pis se trouve dans un texte administratif, qu'on peut dater de 1451-1452, sur les conduites d'eau alimentant les fontaines bruxelloises. Erronément, certains ont fait remonter la statue à un texte de 1388 voire 1377 qui fait référence en réalité à la « fontaine du petit Julien » (Juliaenkensborre) en confondant à tort. La fontaine du "petit Julien" se situait à l'emplacement actuel de la rue des Alexiens, au bas de la Clinique César De Paepe deux fontaines pourtant bien distinctes. Cette confusion explique aussi pourquoi il arrive qu'on affuble Manneken-Pis du sobriquet de petit Julien. Dès l'origine, la fontaine joue un rôle essentiel dans la distribution d’eau potable.. Elle se situe alors sur le parcours de la rue du Chêne, juste avant l'angle que forme celle-ci avec la rue de l'Étuve.. Elle prend place sur une colonne et déverse son eau dans un double bassin rectangulaire en pierre. Les seules représentations de cette première statuette se trouvent, de manière très schématique, dans un tableau de Denis Van Alsloot représentant l'Ommegang bruxellois de 1615 et dans un dessin préparatoire à cette peinture.

La première statue est remplacée par une nouvelle version en bronze commandée en 1619 à Jérôme Duquesnoy l'Ancien, grand sculpteur bruxellois de l'époque, père de Jérôme Duquesnoy le Jeune et de François Duquesnoy. Elle est vraisemblablement fondue et installée en 1620Voir le socle actuel de la statuette conservée au musée de la ville de Bruxelles. Au même moment, la colonne servant de support à la statuette et le double bassin rectangulaire recueillant l'eau sont entièrement refaits par Daniel Raessens.

Comme le montre cette gravure. de Jacques Harrewijn datant de 1697, la fontaine ne se situe désormais plus sur la voie publique, mais dans un renfoncement aménagé à l'angle des rues du Chêne et de l'Étuve.

vignette|upright|Manneken-Pis dans son écrin de style rocaille, aménagé en 1770.

En 1770, la colonne et le double bassin rectangulaire disparaissent ; la statuette est intégrée dans un nouveau décor en pierre de style rocaille provenant d'une autre fontaine bruxelloise démantelée.. L'eau s'écoule simplement au travers d'une grille au sol qui sera remplacée par une vasque au . Dans son nouvel écrin, Manneken-Pis donne l'impression d'être plus petit que dans son aménagement d'origine.

L'ensemble est protégé par une grille, dont la dernière version date de 1851. Celle-ci empêche dès ce moment l'accès à l'eau, reléguant la fontaine à un rôle décoratif et symbolique. C'est aussi le cas, vers la même époque, des autres fontaines bruxelloises dans la mesure où la ville de Bruxelles rend possible dès 1855 la distribution d'eau potable à domicile.

Au cours de son histoire, la statue de Jérôme Duquesnoy l'Ancien dut faire face à de nombreux aléas. Elle ne fut pas endommagée par le bombardement de Bruxelles de 1695 par l'armée française, mais, les canalisations ayant été touchées, elle ne put livrer son eau pendant un certain temps. Un pamphlet publié la même année raconte cet épisode. Ce texte est le plus ancien attestant que Manneken-Pis est devenu . C’est la première fois aussi qu’il sert de symbole aux Bruxellois. Et il s’exprime déjà avec cet humour caractéristique, bon enfant et irrévérencieux, qui est si cher au cœur des habitants de Bruxelles. On raconte aussi traditionnellement qu'après le bombardement, on plaça au-dessus de sa tête une inscription tirée d'un passage de la Bible : (le Seigneur m'a élevé sur un socle de pierre, et maintenant moi, j'élève ma tête au-dessus de mes ennemis)..

La statue fut, à plusieurs reprises, l'objet de vols ou de tentatives de vol. La légende voudrait que la statue ait été enlevée en 1745 et retrouvée à Grammont qui en aurait alors reçu une copie, mais rien n’est moins vrai. En réalité, la première tentative de rapt attestée fut entreprise en 1747 par un groupe de soldats français en garnison à Bruxelles. Pour calmer les esprits, le roi de France, Louis XV, offrit un habit de gentilhomme à Manneken-Pis, l'autorisant à porter l'épée, et le décora de la Croix de saint Louis. La statue fut volée en 1817 par le repris de justice Antoine Licas. Le coupable fut lourdement puni : condamné aux travaux forcés à perpétuité, il fut d'abord attaché pendant une heure à un carcan sur la Grand-Place. L'original ayant été brisé en 11 morceaux lors de son enlèvement en 1817, il fut restauréVoir le socle de la statue portant l'inscription "REST 1817" par un soudeur spécialisé sous la supervision du sculpteur Gilles-Lambert GodecharleArchives de la ville de Bruxelles . La statue est alors vissée sur un nouveau socle marqué « 1620 – REST 1817 »Voir la statue conservée au musée de la ville de Bruxelles . Manneken-Pis connut d'autres péripéties au . Deux tentatives de vol se produisent en 1955 et 1957. Dérobé pendant une nuit glaciale du 16 au par des étudiants du club anversois "Les Vikings" Wikipidia NL Manneken Pis avec un motif de bienfaisance pour les moins-valides. Le résultat était une somme de 80.000 BEF. Il fut aussitôt retrouvé et il n'y a pas eu de sanctions. Les choses furent plus graves lors de sa disparition en 1965 : la statuette avait été brisée par le voleur et il n'en subsistait que les pieds et les chevilles. Le corps fut néanmoins retrouvé en 1966.. Au mois de juin, le magazine anversois De Post reçut un coup de téléphone anonyme, signalant que la statuette se trouvait dans le canal de Charleroi. Elle y fut retrouvée par des plongeurs envoyés par le magazine, et fut ramenée à Bruxelles le Le Soir, 29 juin 1966. Restaurée une nouvelle fois, la statue fut mise à l'abri et est désormais exposée au deuxième étage du musée de la ville de Bruxelles occupant la Maison du Roi.. Sur place, à l'angle des rues du Chêne et de l'Étuve, elle fut remplacée par une copie à l'identique. Cette copie fut de nouveau volée par des étudiants le . Cette fois-ci par des membres du cercle étudiant "Ad Fundum" étudiants ingénieurs industriels flamands de l' d'Anderlecht (Chomé Wijns) . Ils reçurent comme punition la confection d'un nouveau costume..

Jusqu'en 1926, la fontaine était alimentée par une source naturelle qui se trouvait dans le jardin de l'actuel , rue Coppens. Début 2019, la circulation d'eau est passée en circuit fermé.

Symbolique Les origines de la première statue de Manneken-Pis datant d’avant 1451 ne sont pas documentées. On sait toutefois que, dans la première moitié du , plusieurs autres bambins urinant sculptés pour servir de fontaine ont vu le jour à Florence. On trouve également un gamin qui pissait de l'eau rose, comme entremets mécanique au banquet du faisan organisé par le duc de Bourgogne à Lille en 1454. Le thème de l'enfant urinant, ailé ou non, remonte en réalité à l'Antiquité gréco-romaine. Il figurait alors Éros-Cupidon, le dieu de l'amour, en train de se soulager, symbolisant la fertilité et le débordement joyeux. Sa réapparition est attestée à FlorenceDossier de presse de l'exposition tenue au Louvre du 26.09.1013 au 06.01.2014 " Le printemps de la Renaissance. La sculpture et les arts à Florence. 1400-1460" dès 1400, où la figure d'origine antique est assimilée à un petit esprit ou un lutin (spiritello) amusant et innocent. Plus tard, on parlera en termes savants de putto pisciatore ou de puer mingens pour désigner l'iconographie de l'enfant urinant qui restera en vogue dans les arts (peinture, sculpture, gravure, fresque, papier peint) jusqu'au . Aujourd’hui encore, on peut voir des fontaines de ce type en action à Rouen (fontaine Saint-Maclou), Lacaune (fontaine des pisseurs) et Copenhague (fontaine de la Charité). La diffusion du thème bénéficie particulièrement du Songe de Poliphile, livre illustré publié en 1499. Dans cet ouvrage, des bambins pisseurs apparaissent à plusieurs reprises, de même que des nymphes faisant jaillir l'eau de leur poitrine. La vogue de la figure de l’enfant urinant s’intègre effet plus largement dans le goût pour les fontaines anthropomorphes. À Bruxelles même, on trouve mention d'une fontaine provisoire ayant l’aspect d’une sirène qui fait jaillir du vin de ses seins à l’occasion du mariage d’Antoine de Bourgogne célébré en 1409 au palais du Coudenberg.  Selon l'architecte et historien des jardins Emmanuel d'Hennezel ce genre de statuette se trouvait sur des hauts portiques et arrosait par effet de surprise les promeneurs dans les jardins de prestige.Au , plusieurs fontaines sont aménagées à Bruxelles, qui figurent des divinités antiques féminines projetant de l'eau de leurs seins : deux sont publiques, et à l'arrière de l'église Saint-Nicolas, la troisième est privée (elle est exposée aujourd'hui au musée de la ville de Bruxelles).

On peut émettre l'hypothèse que la première version de Manneken-Pis datant d'avant 1451 s’inscrit dans cette histoire ainsi que dans le goût médiéval pour les fontaines surprenantes. En tout cas, c'est indéniablement la figure du putto urinant que Jérôme Duquesnoy l'Ancien a traitée en exécutant la seconde version de Manneken-Pis en 1619-1620. Le ventre rebondi et la puissante musculature du petit personnage sont caractéristiques de cette iconographie.

Dès ses débuts, le caractère humoristique de Manneken-Pis a certainement dû plaire. Tout au long de son existence, d’autres traits lui ont également été associés, dans lesquels les Bruxellois ont aimé se retrouver. On voit en lui un gamin irrévérencieux, épris de liberté, capable de braver le qu’en-dira-t-on. Ceci explique vraisemblablement pourquoi Manneken-Pis a fini par devenir, au plus tard au cours du , le symbole des Bruxellois.

Cette dimension symbolique ne s’est plus jamais démentie par la suite, faisant de Manneken-Pis « le plus ancien bourgeois de Bruxelles ». Pour le Bruxellois, se réclamer de cette statue gentiment provocante contribua à l’élaboration d’une représentation de soi comme d'un être espiègle, moqueur, libre et doté d’un grand sens de l’humour.

Folklore vignette|Manneken-Pis habillé par un étudiant. Le jet d'eau est, à l'occasion de fêtes, remplacé par des breuvages. Ainsi, on rapporte qu'en 1890, au cours de grandes fêtes bruxelloises qui se déroulèrent durant deux jours, le petit bonhomme distribua du vin et du lambic (bière bruxelloise). Actuellement, certaines sociétés folkloriques bruxelloises ont gardé pour tradition lors de célébrations annuelles (Saint-Verhaegen…) d'offrir à boire en faisant couler de la bière par Manneken-Pis.