Le mouvement national marocain (en [al-haraka al-wataniya al-maghribiya]), ou la mouvance nationale marocaine, est un mouvement sociopolitique urbain né en 1930, qui a milité contre les protectorats français et espagnol au Maroc pour obtenir finalement l’indépendance du pays en 1956.

Contexte

thumb|Le sultan Abd al-Hafid, Mohammed el Mokri, Mohamed Ben Bouchta El Baghdadi, Si Kaddour Benghabrit, le général Hubert Lyautey et le général Moinier, le En 1902, Théophile Delcassé, le ministre français des Affaires étrangères, entame des négociations après l’assassinat d’un négociant oranais sur la côte rifaine. Un accord est conclu, qui autorise la France à l'administration marocaine dans les régions incontrôlées du Maroc oriental. La colonisation française du Maroc avait commencé par la prise de contrôle d’administrations et d’infrastructures en échange de remise de dettes.

En 1904, après des accords franco-britanniques du , puis franco-espagnol : la France pouvait espérer avoir les mains libres au Maroc.

Le sultan Abd al-Aziz repoussa dès lors le programme des réformes proposé par la France, dont l'application aurait pu régénérer son pays. Il demanda la réunion d'une conférence internationale, laquelle se tint, trois mois durant, du au à Algésiras.

Le , neuf ouvriers européens sont tués par une foule exaltée à Casablanca. Des bateaux de guerre français vont alors bombarder la ville, la livrant au pillage des tribus avoisinantes. La chaouia sera ensuite conquise. Au moins deux mille Marocains furent tués pendant ces opérationsDaniel Rivet, Le Maroc sous le protectorat..

Le , le gouvernement français confia l'organisation du protectorat au général Hubert Lyautey. Sa conquête de certaines villes fut coûteuse, car elle nécessita la création de voies de transport (pour en 1912, en 1913 puis en 1914) et la souscription de nombreux prêts, ce qui fut critiqué par le Parlement français.

Histoire Résistance armée

thumb|Charles Mangin entre à Marrakech, thumb|La casbah de Mouha Ou Hammou Zayani devenue état major après l'occupation de Khénifra en 1914, René Philippe Laverdure était le chef militaire du territoire Zayan

Dès , une résistance armée à l’installation française apparaît au Maroc, comptant notamment parmi ses rangs Ahmed al-Hiba, Mouha Ou Hammou Zayani, Abdelkrim el-Khattabi et Assou Oubasslam.

Le , le prétendant Ahmed al-Hiba, qui s'est proclamé sultan à Marrakech, perd la bataille de Sidi Bou Othmane. Le lendemain, le général Mangin entre à Marrakech

En , la ville de Taza est occupée par le général Gouraud. En décembre de la même année, le chef zayan Mouha Ou Hammou Zayani gagne la bataille d'Elhri où les forces coloniales subissent une lourde et humiliante défaite : et morts et plus de dont .

Au cours de la Guerre du Rif, en 1921 (le 15 Mouharram 1340 en Hégire) une république fut créé au nord du pays, celle-ci était dirigée par Abdelkrim el-Khattabi étant donné qu’il était le chef de la guerre de libération, la république était une construction politique, édifiée autour du noyau central de guerriers, d’après la constitution, quatre postes ont été créés : conseiller du président de la République (équivalent du chef du gouvernement), ministre des Affaires étrangères, ministre des Finances, ministre du Commerce, tandis que les postes de ministre de l’Intérieur et de la Guerre sont dans les pouvoirs du président.

Débuts

thumb|Pétition rédigée par le mufti Abu Bakr Zniber. Celle-ci a été remise au nom de la population de Salé au sultan du Maroc Mohammed V.

Le , Ahmed Balafrej crée « la Société des amis de la vérité » à Rabat, première forme d'organisation nationaliste marocaine, autant société secrète que club de discussion politique...

Ensuite, un mouvement nationaliste est créé, essentiellement pour lutter contre le Dahir berbère, imposé par les autorités du protectorat français, qui enlève au sultan Mohammed V son pouvoir de juridiction sur les tribus d'origine berbère et établit une ségrégation ethnique, au risque de faire disparaitre les derniers symboles de la souveraineté nationale. La publication du Dahir entraîne une grande agitation au Maroc et dans tout le monde musulman, avant que, sous la pression, il ne soit vidé de sa substance en 1934 ..

Avant de parvenir à Dâr-al-Makhzen, le texte préparé par la France devait être traduit en langue arabe. C'est ainsi que le texte arrive en 1930 entre les mains d'un Salétin, Abdellatif Sbihi, qui en mesure rapidement la gravité et alerte ses compagnons nationalistes. Ils y voient une tentative de division du peuple marocain, notamment à la lecture de l' sur la volonté mal déguisée d'assimiler et de christianiser, à plus ou moins brève échéance, une composante essentielle de la population :

Le vendredi , l'imam Haj Ali Aouad présida à la Grande Mosquée de Salé à la lecture du Latif.. Roberte Rezette dans son ouvrage Les Partis politiques marocains écrit . Tous les fidèles scandent à haute voix la phrase suivante : « Ô Sauveur, épargne-nous les mauvais traitements du Destin et ne nous sépare pas de nos frères berbères ». Cette prière du Latif constitue le point de départ des manifestations religieuses qui se propagent de ville en ville dans tout le pays. Ce jour est considéré comme le jour de l’éclosion du nationalisme marocain.

C'est ainsi qu'elle alimenta les manifestations. Le , Rabat s'enflamme dans les mosquées sous l'impulsion de Mohamed Lyazidi et le à la mosquée-université Quaraouiyine à Fès grâce au alem Chahbi Al Qorchi avant de s'étendre à Marrakech puis Casablanca.

Chakib Arslan fut le porte-voix de la campagne lancée contre le dahir berbère avec son journal La Nation arabe. Il devint un membre important de l'Action marocaine et prit en 1932 pour secrétaire du mouvement Mohamed Hassan Ouazzani..

Création des journaux

À côté du nationalisme traditionnel commençait à bourgeonner un nationalisme plus moderne, plus proche du modèle occidental. Ce nationalisme est incarné par Mohamed Hassan Ouazzani, fondateur du premier journal francophone du mouvement national L'Action du peuple (anciennement La Volonté du Peuple '), sous-titré organe de défense des intérêts marocains ..

En 1906, Abdelkrim el-Khattabi était journaliste au quotidien El Telegrama del Rif (ancien journal local de la ville autonome de Melilla) dans les colonnes duquel il préconisait la coopération avec les Européens afin de libérer l'oumma de l'ignorance et du sous-développement..

En 1926, Saïd Hajji s'engage en créant l'association al-Widad pour faire ses premiers pas dans la presse. Il commence par publier les journaux Al-Widad, Widad, al-Madrassa et al-Watan pour lesquels il n'utilise qu'un papier de mauvaise qualité faute de moyens financiers. En 1937, il fonde le journal politique arabophone Al-Maghrib qui connut un succès inégalé mais était sévèrement soumis à la censure.

Après la nomination du nouveau résident général de France au Maroc, le général Charles Noguès, trois journaux sont autorisés à paraître : le journal arabophone Al Atlas du Comité d’action nationale, le quotidien francophone L’Action du peuple dirigé par Mohamed Hassan Ouazzani et le journal arabophone Al Maghrib chapeauté par Saïd Hajji.

Le , on pouvait lire à la une de l'hebdomadaire al-Widad : .

Arrivés au Maroc en 1942 lors de l'opération Torch, les Américains fondent un journal en leur faveur, La Voie nationale. Ce dernier fut créé et dirigé par Abdellatif Sbihi. Les effets de la propagande du journal se firent sentir sur le mouvement national ; la présence et les sympathies américaines exaltèrent le nationalisme marocain et le mouvement national en profita pour se réorganiser et se consolider.

Entre 1953 et 1956, Mehdi Bennouna dirigea le journal Al Oumma, organe du Parti des réformes nationales à Tanger.

La presse nationale marocaine durant le protectorat était , comme l'analysait le quotidien Al Alam du .

Voici ci-dessous un tableau des journaux à l'époque du protectorat :

Dans le protectorat français Journal Informations L'Action du Peuple paru en 1933-1934 puis en 1937, organe du Mouvement patriotique L'Action populaire paru en 1937, organe du Parti national Al-Atlas (arabe) paru en 1937, organe du Parti national Al-Maghrib (arabe) paru de 1937 à 1944, indépendant, proche du Parti national At-Takkadoum (arabe) paru en 1938, indépendant, proche du Parti nationalDans le protectorat espagnol Journal Informations Al-Hayat (arabe) paru en 1934 Al-Horria (arabe) paru de 1937 à 1942, organe du Parti des réformes nationales Er-Rif (arabe) paru de 1936 à 1942, indépendant, proche du Parti des réformes nationales Al-Ouahda al-Maghribiya (arabe) paru de 1937 à 1942, organe du Parti d’unité marocaine

Naissances des partis politiques

Le premier parti politique nationaliste marocain, fondé en 1934 et regroupant toutes les cellules de jeunes activistes des villes, est nommé « Comité d'action marocaine » (CAM). Animé par Allal El Fassi, Mohamed Hassan Ouazzani et Ahmed Balafrej, il élabora un « plan de réformes » qui, sans remettre en cause le principe du protectorat, s'en prit à ses déviations et à l'administration directe..

Un problème de leadership entre El Fassi et El Ouazani oblige ce dernier à quitter le CAM et à fonder son propre parti, la Haraka Al Kaoumia (« Mouvement patriotique »), ancêtre du Parti démocratique de l'indépendance. El Fassi crée en 1936 Al-Hizb al-Watani (« Parti national »), futur Parti de l'Istiqlal...

C’est donc en 1937 que les premières formations politiques marocaines modernes ont vu le jour : au nord, Mohamed Mekki Naciri et Abdelkhalek Torres fondent respectivement le Parti d'unité marocaine et le Parti des réformes nationales.

Le Plan de réformes marocaines Ce texte a été présenté à Paris par Omar Benabdeljalil et Mohamed Hassan Ouazzani au Ministre français des Affaires Étrangères Monsieur Pierre Laval, à Rabat au Sultan Mohammed V par Abdelaziz Bendriss Amraoui, Ahmed Cherkaoui, Mohamed Ghazi et Boubker el-Kadiri, ainsi qu’au résident général de France au Maroc Monsieur Henri Ponsot par Mohamed Diouri, Allal El Fassi et Mohamed Lyazidi.

Voici le texte intégral du Plan de Réformes marocaines :

I — ORGANISATION ADMINISTRATIVEA. — Principes généraux. Respecter dans l'organisation administrative les obligations formant le statut diplomatique du Maroc et, d'une manière particulière, les clauses formelles du traité de 1912 et pratiquer le protectorat tel qu'il est défini dans le Droit international. Abroger toute législation et supprimer toutes institutions postérieures a l'établissement du Protectorat et basées sur le principe de l'administration directe, la Résidence Générale devant, par voie administrative, protéger les divers intérêts français au Maroc. Sa Majesté le Sultan aura un droit de regard sur tous les conseils administratifs en y déléguant un homme de sa confiance désigné parmi les membres du Makhzen. Renoncer a la politique de la race privilégiée qui a inspire jusqu'à la toute la législation et l'organisation administrative, Respecter les frontières marocaines telles qu'elles résultent de traites antérieures ; ne soustraire à l’autorité réelle du Makhzen aucune parcelle de l'étendue de l'Empire. Organiser la division administrative du territoire marocain dans le sens de l'unité marocaine et en confier le commandement a des fonctionnaires marocains. Abolir la politique des grands caïds. Remplacer le régime militaire en matière administrative par le régime civil dans toutes les villes marocaines et dans les régions ou la sécurité est assurée et ou existe déjà une organisation administrative. Établir par voie législative la responsabilité de l'administration et des fonctionnaires. Supprimer les services superflus, regrouper les services administratifs de même compétence et rattacher chaque service au vizirat marocain correspondant.