Le Feu sacré ou Saint Feu (en grec Ἃγιον Φῶς, Lumière sacrée) est une cérémonie de l'Église orthodoxe au cours de laquelle une flamme est distribuée aux fidèles en l'église du Saint-Sépulcre de Jérusalem, le Samedi saint précédant la Pâque orthodoxe. Cet événement est considéré comme un miracle, dont la plus ancienne description date du . Le témoignage du pèlerin Bernard le Sage au reste néanmoins le plus communément admis comme .
Des milliers de pèlerins se réunissent dans l'église du Saint-Sépulcre pour recevoir ce saint feu et allumer les cierges qu'ils ont apportés. C'est le patriarche orthodoxe grec qui le feu et le transmet ensuite aux fidèles, mais certains témoins indiquent que . Cet aspect miraculeux amène des responsables religieux orthodoxes à faire le déplacement pour dans leur pays. Des responsables politiques de pays orthodoxes font parfois le déplacement pour se joindre officiellement aux célébrations. Si cet événement est très connu en Orient (en particulier dans les pays de tradition orthodoxe), il est quasiment ignoré en Occident.
Ce caractère surnaturel est contesté depuis le Moyen Âge, certains (comme le pape Grégoire IX) accusant les religieux orthodoxes . Des expériences scientifiques ont été tentées hors site et sur site pour trouver une explication rationnelle au phénomène.
Description Le lieu thumb|Position de la tombe du Christ et le Golgotha au sein de l'église
L'église du Saint-Sépulcre est construite sur les lieux présumés du Calvaire (le mont Golgotha), et du tombeau de Jésus. Ce lieu, qui servait de carrière de pierre depuis le , est situé sur une colline au nord-ouest de la ville de Jérusalem, à une altitude comprise entre 710 et . Cet emplacement subit plusieurs modificationsRemblaiement de la carrière, constructions de temples, intégration dans les fortifications de la ville, ... au cours des premiers siècles (du au ), avant que l'empereur Constantin, au début du fasse dégager le site jusqu'au rocher, le tombeau du Christ et y aménage une première basilique...
Le bâtiment va être détruit une première fois en 614 par les troupes perses de Khosro II, reconstruit., il est détruit plusieurs fois (incendié) lors des siècles suivants et restauré jusqu'à sa destruction complète le par le calife Fatimide et chiite Al-Hakim bi-Amr Allah qui va jusqu'à faire raser la grotte sépulcrale en brisant le rocher naturelLa destruction du s'arrête cependant à quelques décimètres de la pierre sépulcrale.. Cette destruction provoque de vives réactions dans le monde chrétien, dont une des conséquences sera la première croisade.. Dans les décennies suivantes, l'église est reconstruite, plus modestement. Pour remplacer la grotte détruite, les chrétiens construisent un édicule au-dessus de la tombe, matérialisant ainsi une nouvelle grotte . Le bâtiment va être à nouveau pillé, incendié, et détruit de nombreuses fois lors des siècles suivants, en fonction des conflits et guerres avec les autorités politiques musulmanes du moment.
Selon la foi orthodoxe thumb|upright|La pierre d'où jaillirait (église du Saint-Sépulcre). La tradition orthodoxe affirme que le descend annuellement la veille de la Pâque orthodoxeLa date de la fête de Pâques diffère entre l'Église catholique et l'Église orthodoxe, cette dernière utilisant le calendrier julien et non le calendrier grégorien., durant laquelle une de Jésus-Christ (dans le Saint-Sépulcre), généralement en remontant de la dalle de marbre couvrant le lit de pierre qui serait celui sur lequel le corps de Jésus a été placé lors de son enterrement. Ce phénomène prend parfois la forme d'une colonne contenant une sorte de feu, à partir duquel des bougies sont allumées. Ces bougies sont ensuite utilisées pour allumer les bougies du clergé et des pèlerins présents. Il est dit également que, parfois, éclaire spontanément d'autres lampes ou bougies placées autour de l'édicule, dans l'église. Article issu de : ...
L’archevêque Missaïl, qui a assisté à l'événement, et décrit ainsi son expérience : .
Les pèlerins et le clergé prétendent que le ne les brûle pasCertaines sources affirment que le feu ne brûle pas , d'autres sources donnent un délai de 10 minutes., ni les cheveux ni les visages...
Ce phénomène est considéré comme le plus ancien miracle annuel documenté dans la chrétienté..
Déroulement de la célébration Le vendredi saint, les autorités israéliennesAvant la création de l'État d'Israël, la procédure était la même, et c'étaient les autorités civiles et militaires ottomanes qui faisaient les vérifications et contrôles. vérifient que le Ou plus exactement l'édicule situé au-dessus de la tombe. est vide et qu'il ne contient rien qui puisse allumer une flamme ou un feu. Le tombeau est ensuite scellé. La foule arrive nombreuse dans la matinée du samedi saint et se regroupe dans l'église autour du sépulcre. Le Patriarche orthodoxe grec ou arménien subit alors une fouille complète et publique réalisée par les officiers turcs (ou israéliens aujourd'hui), afin de vérifier qu'il n'emporte avec lui aucun moyen d'allumer des bougies. Après la fouille, il revêt sa tenue sacerdotale et entre seul dans le tombeau vers midi, et se met en prière ..
Tandis que le Patriarche est à l'intérieur de la chapelle agenouillé devant la tombe, l'église est plongée dans la pénombreToutes les lumières sont éteintes dans l'église, et celle-ci possède peu d'éclairage naturel., mais parcourus par un murmure assez fort : les fidèles rassemblés chantent (Kyrie eleison en grec) jusqu'à ce que . L'atmosphère est très tendue. Quand la lumière , le patriarche allume la brassée des 33 bougiesD'autres sources évoquent une . qu'il a emportées avec lui, puis il sort avec ses bougies allumées et brillantes dans l'obscurité, un grondement de jubilation résonne dans l'église.. Les fidèles s'écrient alors (Il est digne!). La flamme est transmise aux fidèles dans l'église à partir de ces bougies. Les témoins rapportent que dans toute l'église, certains affirmant que parfois .
Compte tenu des conflits récurrents entre les différentes églises chrétiennes pour la gestion du lieu, le déroulement des célébrations a fait l'objet d'un accord (appelé ) en 1852, sous l'autorité de l'administration turque (de l'époque) en Palestine. Cet accord et le fonctionnement décidé à l'époque sont toujours en vigueur à ce jour. Un calendrier spécial des services de Pâques est établi (et imprimé) conjointement par les patriarcats grecs et arméniens. Selon l'historien de l’Église A. Dmitrievsky, qui a décrit le service liturgique au début du , le service moderne s'est considérablement écarté de celui mis en place dans les temps anciensTant pour les temps de prière et la composition du service, que pour la , ou la liturgie du Samedi saint (soir)... Au cours du siècle dernier, l'office a peu changéSe reporter au document disponible sur Wikisource : регламентом церемонии Святого Света в 2008 году., ce qui peut être expliqué par le . Conformément à l'accord en vigueur, le patriarche de l'Église orthodoxe grecque et celui de l'Église orthodoxe arménienne participent ensemble à la célébration.
Témoignages et récits historiques Dans l'Antiquité
thumb|upright|Pèlerins attendant devant l'entrée du tombeau. Selon l'affirmation de l'Archimandrite Léonide, les plus anciennes informations sur le feu sacré, Archimandrite Léonide, Douchepoliesnoié Tchenié, n°2, 3 et 4, 1863..
L'historien Eusèbe de Césarée décrit dans sa Vita Constantini (qui date d'environ 328), un événement survenu à Jérusalem lors de la Pâques en l'an 162 : .. La tradition orthodoxe chrétienne affirme que ce , qui précède la construction du Saint Sépulcre au , est lié au . Ils admettent que les deux diffèrent, comme le premier était un événement ponctuel tandis que le miracle du Feu saint se produit chaque année. Cependant, ils ont en commun .
Autour de 385, Égérie, une noble femme d'Espagne, se rend en Palestine. Dans le récit de son voyage, elle parle d'une cérémonie au Saint Sépulcre du Christ, où une lumière sort de la petite chapelle entourant le tombeau, par laquelle toute l'église est remplie d'une lumière infinie ( lumen infinitum).
Des écrits de pères de l'Église (sans citer explicitement le ) évoquent ce : Grégoire de Nysse (331-394) qui indique qu’il vit le Feu sacré la nuit . Jean Damascène (676-749), dans ses chants liturgiques, fait souvent mémoire de la lumière brillant miraculeusement sur le Saint Tombeau. Par exemple il dit : .
Au Moyen Âge thumb|Édicule abritant la tombe du Christ avec au-dessus le dôme de la rotonde visible. En dehors des textes de l'Antiquité, le est considéré comme étant décrit pour la première fois par le pèlerin franc, Bernard le Sage ( Bernardus Monachus), en 876. Il a déclaré dans son récit de voyage : ....
Sous le règne de Baudouin Ier de Jérusalem, le clergé latin s'empare du Saint-Sépulcre. Mais lors de la célébration pascale de 1101, le patriarche latin Daimbert de Pise ne parvient pas à obtenir le . Devant le fiasco de l'événement, le clergé grec est restitué dans ses fonctions. et la papauté prend une vision bien moins enthousiaste vis-à-vis du « miracle ».
D'autres auteurs font également référence au miracle de ce : au début du , Aref, métropolite de Césarée de Cappadoce, dans une lettre à l'émir de Damas écrit : Пападопуло-Керамевс А. И. Предисловие. - Рассказ Никиты, клирика царского. Послание к императору Константину VII Порфирородному о святом огне, писанное в 947 г. СПб., 1894, с. I. (Православный Палестинский сборник. Т. 13. Вып. 2)., с. II. Cité sur . En 947, Nikita, un clerc de l'empereur byzantin Constantin VII, a également évoqué dans son ouvrage (L'histoire de Nikita clerc du roi) la descente du saint feu sur le tombeau du saint sépulcre, et le fait que seul certaines personnes peuvent le recevoir (), sous-entendant des conflits et rivalités de personnes pour Рассказ Никиты, клирика царского. Послание к императору Константину VII Порфирородному, о святом огне, писанное в 947 году (пер. Г. С. Дестуниса) // Православный палестинский сборник, Том 13. СПб. 1894. cité sur palomnic.org.. En 957, l'historien arabe Masudi raconte dans son récit de voyage en Palestine Крачковский И. Ю. "Благодатный огонь" по рассказу ал-Бируни и других мусульманских писателей Х-ХШ вв. // Христианский Восток. Т.3. Вып.3. Пг., 1915. с. 223-224 cité sur palomnic.org. L'Higoumène Daniel, présent à la cérémonie en 1106 mentionne une incandescence bleue qui descend de la coupole de la édicula où le patriarche attend le Feu Sacré.. Le Pape Urbain II, lors du concile de Clermont en 1095, dans son discours à la foule rassemblée devant lui, déclara : Le chroniqueur de l’Église romaine Baronius témoigne:
Dans la littérature russe postérieure
En 1648, le Livre de la Foi imprimé à Moscou évoque le feu sacré du samedi saint indiquant que , et il ajoute : . Le moine Parféni précise : . Cité sur le site www.holyfire.org. Il est possible que cet ouvrage corresponde au livre le Kniga o vere (Livre sur la Foi), compilé par le moine Nathaniel de Kiev, publié à Moscou en 1648, et cité dans ..
En 1707-1709, lors de son voyage en Orient a visité Jérusalem. Il a laissé un témoignage écrit sur la descente du Saint feu.
En 1835, Avraam Norov, écrivain russe (qui deviendra plus tard ministre de la Culture), assiste à l'événement et raconte : . Cité sur : Цитируется по: Авдуловский Ф. М. Святый огонь, исходящий от Гроба Господа Бога и Спаса нашего Иисуса Христа, в день Великой Субботы в Иерусалиме. М., 1887. с. 59-63..
Incidents et accidents thumb|Graffitis laissés par les croisés dans l'église du Saint-Sépulcre. En 1101, après la prise de Jérusalem par les croisés, le clergé latin s'empare du Saint-Sépulcre (en supplantant le clergé grec orthodoxe), et le patriarche Daimbert tente de . Mais le saint feu ne , et devant le fiasco de l'événement, le Saint-Sépulcre est à nouveau confié au clergé grec par Baudouin .