L'église Saint-Pierre-ès-Liens, ou Saint-Pierre-aux-Liens, est une église catholique paroissiale située à Condécourt, dans le département français du Val-d'Oise. Elle remonte, dans ses parties les plus anciennes, à la fin du : il s'agit de la base du clocher avec ses arcades en plein cintre retombant sur des impostes décorés de dents-de-scie, et sa voûte d'arêtes. Cette travée n'est pas visible depuis l'extérieur, car englobée dans des constructions plus récentes. Le premier étage du clocher octogonal est lui aussi d'un style roman archaïque, et ne devrait pas être antérieur au tout début du . Le second étage, plus simple, a été ajouté à la période gothique. Globalement, l'église Saint-Pierre-ès-Liens est d'une architecture assez simple, avec un seul niveau d'élévation, et se caractérise par la juxtaposition de quatre espaces carrés issues de quatre campagnes de construction distinctes, à savoir la nef rustique du ; la base du clocher déjà signalée ; le chœur gothique du second quart du ; et la travée droite de la chapelle de la Vierge, au nord du clocher. Cette chapelle se termine par une abside en hémicycle, dont la corniche, les contreforts et les fenêtres évoquent le tout début de la période gothique, tandis que les chapiteaux et les clés de voûte correspondent plutôt au début du , ce qui pourrait indiquer une interruption du chantier. La voûte à trois branches d'ogives constitue une autre particularité. Ce sont la chapelle et le clocher qui font l'intérêt architectural de l'église, qui se singularise en outre par son plan. Elle a été inscrite aux monuments historiques par arrêté du ., et est aujourd'hui affiliée à la paroisse Avernes et Marines. Les messes dominicales n'y sont plus célébrées que deux ou trois fois par an.
Localisation
L'église Saint-Pierre-ès-Liens est située en France, en région Île-de-France et dans le département du Val-d'Oise, dans le Parc naturel régional du Vexin français, sur la commune de Condécourt, au centre du village, place de l'Église. Elle est entourée de l'ancien cimetière, qui est aujourd'hui une pelouse bordée d'arbres, et domine les rues voisines grâce à un haut mur de soutènement. On peut toutefois y accéder de plain-pied par la rue de Chaumont, à l'ouest. Un escalier monte depuis le sud. La rue de la Libération (RD 169) passe devant le chevet. L'église est entièrement dégagée d'autres constructions, et l'on peut en faire le tour.
Histoire thumb|left|Vue depuis le nord-ouest. thumb|left|Vue depuis le nord-est.
Condécourt aurait été érigé en paroisse au selon l'abbé Vital Jean Gautier. Le patron de l'église est saint Pierre, Apôtre et premier pape de la Chrétienté. Sous l'Ancien Régime, Condécourt relève du doyenné de Meulan, de l'archidiaconé du Vexin français avec siège à Pontoise et de l'archidiocèse de Rouen. Les collateurs de la cure sont les abbés de l'du Bec et de Coulombs, alternativement.. — L'église actuelle est un édifice très composite. Seule la base du clocher subsiste de l'église paroissiale primitive. Elle est d'une facture archaïque, et voûtée d'arêtes. Les quatre piles volumineuses retombent sur des tailloirs décorés de dents de scie en bas-relief, ce qui évoque la fin ou le début . Le clocher lui-même pourrait être un plus récent, car ses baies sont déjà agrémentées de colonnettes à chapiteaux. Bernard Duhamel suppose que l'église romane qui existe au second quart du est de plan cruciforme, et possède donc un transept dont les croisillons sont prolongés vers l'est par des absidioles. Rien ne prouve toutefois l'existence d'un transept roman..
Au nord de la base du clocher, l'on trouve la chapelle de la Vierge qui se termine par une abside en hémicycle. Cette chapelle est de style gothique primitif, et date de seconde moitié du , sauf les voûtes, qui ne semblent pas antérieures au début du . La chapelle est donc largement postérieure au clocher, et ne semble pas englober des éléments plus anciens. En plus, il n'y a pas de raison de croire qu'il y avait une seconde chapelle du même plan au sud. En effet, l'archivolte d'une fenêtre romane subsiste encore à l'intérieur, et peu de temps après la construction de la chapelle, un nouveau chœur est édifié à partir des années 1220 / 1230 environ. Ce chœur comporte une étroite travée au sud du clocher, qui prouve qu'il n'y a pas de croisillon sud à cette époque, et deux larges travées rectangulaires. Ainsi, les parties orientales prennent leur forme actuelle. C'est également à la période gothique que le clocher est exhaussé d'un second étage octogonal, dont la facture très simple défie toute datation précise. Plus de cinq siècles après, la vieille nef est démolie, et remplacée par une grande salle carrée. Rustique à l'intérieur, elle porte les caractéristiques du style néoclassique à l'extérieur. Bernard Duhamel souligne qu'en dépit des différences de style, les quatre parties de l'église harmonisent bien grâce à l'emploi de pierres de la même teinte. L'église est inscrite aux monuments historiques par arrêté du . — Rattachée au diocèse de Versailles à la Révolution française, la paroisse de Condécourt fait partie du diocèse de Pontoise depuis sa création en 1966. Elle est aujourd'hui affiliée à la paroisse Avernes et Marines, et les messes dominicales y sont célébrées irrégulièrement, deux ou trois fois par an..
Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.
À peu près régulièrement orientée, avec une légère déviation de l'axe vers le sud-est du côté du chevet, l'église répond à un plan irrégulier. Elle se compose d'une nef approximativement carrée, sans bas-côtés, qui s'ouvre à l'est sur la base du clocher et une étroite travée au sud de celle-ci, qui établissent la communication avec le chœur. La base du clocher abrite le chœur liturgique actuel. Le chœur dans le sens architectural du terme se compose de deux larges travées, qui se terminent par un chevet plat. Au nord, la base du clocher s'ouvre sur la première travée de la chapelle de la Vierge, qui est rectangulaire. La seconde travée de la chapelle est en hémicycle, et est reliée au chœur par une petite arcade. La sacristie se situe dans l'angle entre nef et chapelle. La sacristie devant le chevet, que l'on voit sur des photographies anciennes, n'existe plus. Le clocher comporte deux étages octogonaux. La nef est simplement plafonnée, tandis que la base du clocher est voûtée d'arêtes. Le reste de l'église est voûté d'ogives. L'on entre par le portail occidental de la nef, ou plus couramment par le portail latéral au sud de la nef. Nef et chœur sont munis de toits à croupes, comme à l'usage à la période classique.
Extérieur thumb|upright|Clocher, côté nord-est. thumb|upright|Chevet. thumb|upright|Chapelle de la Vierge.
La nef du affiche un style classique sobre, et comme souvent à cette époque, ne porte aucune marque indiquant sa vocation d'édifice religieux. L'absence de contreforts montre qu'un voûtement n'a jamais été prévu. Les murs en moellons sont conçus pour être enduits, ce qui est encore le cas à l'extérieur. Seules les premières assises et les chaînages d'angle, réalisées en pierre de taille, sont exclues. Les chaînages font légèrement saillie, et sont censés suggérer des pilastres. Ainsi, sont-ils pourvus de bases et de chapiteaux doriques simplifiés, et portent un entablement ébauché. Celui-ci se poursuit sur les murs, et constitue leur unique ornement au nord et au sud. À l'ouest, s'y ajoute un bandeau plat au niveau des impostes du portail. La façade ne comporte pas d'autre ouverture que le portail. De grandes dimensions, il est en plein cintre, et son tympan ajouré en forme de demi-lune sert de fenêtre. Au sud, il y a deux fenêtres en plein cintre, qui encadrent une petite porte rectangulaire. La symétrie est parfaitement respectée. Le mur gouttereau nord est aveugle. Une corniche saillante termine les murs.
D'une apparence modeste, le clocher représente néanmoins un jalon intéressant dans l'architecture religieuse de la région. Il s'élève au-dessus de la croisée du transept, ce qui est le cas le plus fréquent au nord de l'Île-de-France jusqu'au . Moins courant dans la région est l'adoption d'un plan octogonal. D'autres exemples dans le Vexin et dans le département voisin de l'Oise sont , Foulangues, Frémécourt, Jambville, Rieux (aujourd'hui mutilé), avec un seul étage ; Bouconvillers, Cambronne-lès-Clermont, Cauvigny, Lierville, Tracy-le-Val, avec deux étages ; et Acy-en-Multien, avec trois étages. L'étage supérieur du clocher de Poissy est également octogonal. Il a peut-être servi de modèle aux autres. — , dit Pierre Coquelle, . La disposition du premier étage est unique dans le Vexin, mais néanmoins très simple : il n'y a pas de colonnettes aux angles, et les baies en plein cintre sont cantonnées de deux colonnettes en délit, ce qui traduit un souci d'élégance, mais elles sont surmontées d'un simple rang de claveaux non moulurés, ou dans certains cas, de linteaux échancrés à claveaux simulés par des lignes gravéesSelon ; p. 291-292.. Certaines colonnettes sont octogonales et torsadées, ce qui est assez rare. D'autres exemples existent sur les clochers d'Arronville (étage bouché), Omerville et Saint-Vaast-de-Longmont, et dans le chœur de Saint-Clair-sur-Epte..
La plupart des bases sont abîmées, ou ont disparu quand la partie inférieure de plusieurs baies a été bouchée lors de l'exhaussement des toitures. Celles qui subsistent présentent la curieuse disposition d'un cavet entre deux scoties, toutes ces moulures étant peu profondes. Les chapiteaux sont sculptés de volutes d'angle et de feuilles plates et lisses, et reflètent bien le style roman primitif. Il n'y a pas de tailloirs à proprement parler. Aucun élément de scansion ne souligne la limite entre les deux étages de baies. Pourtant, ils sont bien issus de deux campagnes de construction distinctes, comme le prouve l'arc brisé des baies du second étage. Elles sont simplement entourées d'un tore, sans chapiteaux. Un bandeau fait le tour de l'étage au niveau des impostes. La corniche est moulurée d'un cavet et d'un filet, ce qui évoque la période gothique flamboyante. L'architecture est toutefois trop simple pour indiquer une date exacte. — Dans son étude des clochers romans du Vexin, Pierre Coquelle classe les clochers d'Arthies, , Brueil-en-Vexin, Boubiers, Omerville, , parmi les représentants du style roman primitif, et dit qu'ils datent . Les linteaux à claveaux simulés sont une marque d'archaïsme, et se retrouvent également à Arthies (nef et clocher) et Omerville (base du clocher), et en dehors du Vexin, à Angy (nef), Frocourt (nef), Noël-Saint-Martin, Rosoy, Saint-Maximin (clocher), Villeneuve-sur-Verberie (nef), etc. L'on peut donc sans réserve ajouter le premier étage du clocher de Condécourt à cette liste. Parmi les clochers octogonaux, Brueil-en-Vexin et Condécort semblent être les plus anciens. À Condécourt, les baies du premier étage sont flanquées de colonnettes à chapiteaux, ce qui n'est pas le cas à Brueil, où la décoration fait du reste complètement défaut.