Serge Frontier, né le à Neuilly-sur-Seine et mort le à Saint-Boil, est un scientifique français dont l'activité s'est exercée dans les domaines de la planctologie, de la systémique et de l'écologie numérique.
Repères biographiques Serge Frontier est né le dans la région parisienne. Il est l’aîné de trois enfantsSes deux frères sont le physicien Jean-Pierre Frontier (1939-), ingénieur au Commissariat à l’Énergie Atomique, qui sera l’auteur en 1987 d’une thèse d’Université intitulée Contribution à la détermination de profils de concentration par émission X induite par bombardement de protons : application à la diffusion du Zinc dans l’alliage AG-ZN : thèse ; et le poète et grammairien Alain Frontier. Il est par ailleurs le neveu du physicien René Coustal et un lointain descendant du naturaliste Bory de Saint-Vincent.. On sait peu de choses de son enfance, sinon qu’elle s’est déroulée en grande partie à Étréchy (Essonne), qu'il passa une année dans un collège allemand près de Bonn, et termina ses études secondaires au Collège Le collège Geoffroy Saint-Hilaire ne deviendra le Lycée Geoffroy Saint-Hilaire qu’en 1961. Geoffroy Saint-Hilaire d’Étampes. Après avoir suivi un cursus universitaire scientifique à la Sorbonne (agrégation de sciences naturelles en 1958), il effectue, dans le cadre du CNRS, un stage à la Station Biologique de RoscoffStation Biologique de Roscoff, puis est intégré à l’ORSTOM (« Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-mer ») en qualité de chercheur spécialiste du zooplancton.
Il y travaille de 1958 à 1980, principalement à Madagascar, où il est nommé directeur de la Station de Nosy Be en 1977. Il publie les résultats de sa recherche dans de nombreux articlesVoir infra bibliographie, ainsi que dans sa thèse de doctorat, soutenue devant l’Université de Marseille en 1974Le professeur Jean-Marie Pérès préside le jury d’examinateurs. et intitulée Contribution à la connaissance d’un écosystème néritique tropical : étude descriptive et statistique du peuplement zooplanctonique de la région de Nosy Be (Madagascar) Thèse de doctorat de Serge Frontier.
Si la recherche qu’il effectue est d’abord individuelle, elle ne tarde pas à éveiller des intérêts convergents, que Frontier s’attache à fédérer : « Cette synthèse », écrit-ilin thèse, pages 4 et 5., « n’a été possible que grâce aux travaux des chercheurs venus étudier, dans la même région, les divers aspects de l’océanographie locale. La plus grande partie des recherches réalisées à Nosy Bé depuis 1962 ont été conçues dans un esprit de concertation de plus en plus poussé à mesure que les années passaient et que les résultats partiels se faisaient jour. » Parmi les noms qu’il cite, figurent notamment ceux d’Ibanez, Berrit, Alain SourniaAlain Sournia/La philosophie sauvage ; Alain Sournia recevra en 1980 le prix Jean-Rostand pour son livre Dix milliards de neurones (éd. La Pensée Universelle). Il est mort en 2018., etc.
Au cours de cette même période, il professe un enseignement destiné à des étudiants et chercheurs en écologie, dans le cadre de l’ORSTOM, mais aussi dans celui de la Station Marine de Villefranche-sur-Mer (Université Paris VI), du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, et de l’Université de Guayaquil (Équateur) S. Frontier, Avant propos de Méthode Statistique, page 5.. Enfin c’est vraisemblablement à partir de 1980 qu’il noue d’étroites relations de travail avec deux océanographes de renom : le Québécois Louis Legendre et le Catalan Ramon Margalef.
Après un court passage à la Faculté de Médecine de l’Université de Rabat où il occupe une chaire de biostatistique, il rejoint en 1981 l’Université des Sciences et Technologies de Lille (Lille 1), où il crée le Laboratoire d’écologie numérique. Parallèlement à son activité de chercheur, il professe un enseignement portant sur la biostatistique, l’écologie numérique, l’écologie générale et théorique. Les témoignages concernant le rayonnement de Serge Frontier et la qualité de son enseignement ne manquent pasAinsi celui de Laurent Seuront et Christophe Luczak dans ’’A life of systemic thinking: a tribute to Serge Frontier” (= Une vie consacrée à la pensée systémique : hommage à Serge Frontier), Cah. Biol. Mar. (2013) 54 : 301-306; L. :
« During his years as a Professor at the University of Sciences and Technologies of Lille, Serge Frontier taught two generations of students, inspired a lot of them, and none were left untouched. We are two of his (many) students who were lucky enough to get out of the lecture theatres crowd, to have the privilege to create bounds with him and to receive his mentoring during the stammering of our scientific careers as Master and PhD students in themid-1990s. Neither one of us would have gone anywhere close to where we are without his extraordinary source of inspiration — we are not taking many risks claiming that many other scientists are in the very same situation — and we dedicate this short tribute to Serge’s achievements as a systemic thinker. »
(= Étant professeur à Lille1, Serge Frontier marqua deux générations d’étudiants, suscitant de nombreuses vocations, sans jamais laisser personne indifférent. Nous sommes deux d’entre eux, parmi beaucoup d’autres qui eurent la chance d’assister à ses conférences dans des amphithéâtres archi-pleins et le privilège de franchir avec lui les étapes de notre cursus universitaire et de le conserver comme maître pendant les premières expériences scientifiques de notre Master, dans les années 1990. Aucun de nous deux n’aurait pu devenir ce qu’il est sans son apport extraordinaire – nous pouvons affirmer sans risque que bien d’autres anciens étudiants partagent notre avis.).
En 1986, cette même Université, en liaison avec le CNRS, le nomme directeur de la Station Marine de WimereuxStation Marine de Wimereux, « avec mission de faire de la station un grand centre de recherche »Jean-Marie DEWARUMEZ, Historique des laboratoires maritimes du Boulonnais… Historique de la Station Marine de Wimereux. Il met alors en place une équipe de recherche sur les Écosystèmes littoraux perturbés du Nord-Pas-de-Calais et dirige jusqu’en 1997, date de son départ à la retraite, le Laboratoire d’Écologie Numérique.
Serge Frontier est mort le à Saint-Boil, dans le département de Saône-et-Loire.
Le parcours scientifique
Les tout premiers travaux de Serge Frontier concernent l’étude du zooplancton, tel qu’il peut être observé dans un lieu déterminé, en l'occurrence au large de l'île de Nosy Be. Ils supposent la récolte et la description des espècesVoir par exemple : *Hétéropodes et Ptéropodes récoltés dans le plankton de Nosy-Bé, Cahiers ORSTOM, Océanographie, , série Nosy Bé 2, 1963, pages 213-227. Présence de Criseis chierchiae (Boas) dans l’Océan Indien, Cahiers ORSTOM, Océanographie, , série Nosy Bé 2, 1963, pages 229-232. Notes sur quelques larves atypiques de Décapodes brachyoures récoltées dans le Plankton de Nosy Bé, Cahiers ORSTOM, Océanographie, , 1963, pages 31-59. Liste complémentaire des Ptéropodes du Plancton de Nosy Bé (Madagascar) , Cahiers ORSTOM, série Océanographie, volume IV, , 1966, pages 229-231, etc. — voire la découverte d’espèces nouvellesSerge Frontier découvrit notamment, dans le zooplancton de Nosy Bé, une espèce jusqu’alors inconnue et qui sera officiellement répertoriée sous le nom d’Atlanta frontieri n. sp. Cf. Gotthard Richter, Zur Kenntnis der Gattung Atlanta…, Archives Moll. 122, Frankfurt am Main, 28 février 1993, page 192-193 : « Die Namensgebung erfolgt zu Ehren von S. Frontier, der als erster die entscheidenden Merkmale der Art erkannte und darstellte. » (Le nom [d’Atlanta frontieri] a été attribué à cette espèce en l’honneur de Serge Frontier, qui fut le premier à en reconnaître et à en décrire les caractères spécifiques.) Cf. Atlanta frontieri. S. Frontier aura du reste la modestie de relativiser l’importance de sa découverte : « On décrit encore chaque année des espèces nouvelles, y compris dans les régions objets depuis très longtemps d’inventaires : on signale encore de nos jours des espèces nouvelles d’Insectes dans la région parisienne ! À l’échelle de la planète, on pense aujourd’hui que le nombre d’espèces vivantes est des dizaines de fois plus grand que le nombre d’espèces jusqu’ici décrites.» (S. Frontier et alii, Écosystèmes, structure, fonctionnement, évolution, éd. 2008, page 382, note 1).
Le champ de son investigation ne tarde pas à nécessairement s’élargirVoir déjà, par exemple, Zooplankton récolté en mer d’Arabie, golfe Persique et golfe d’Aden ( océanographique du « Commandant Robert Giraud », avril à juin 1961), II. Ptéropopodes : systématique et répartition, Cahiers ORSTOM, Océanographie, , 1963, pages 233-254. aux dimensions des écosystèmes. Or la compréhension globale des écosystèmes offre de sérieuses difficultés méthodologiques, dues à l’extrême complexité ‘’Complexité’’ est à prendre ici dans le sens que lui donne par exemple le sociologue et philosophe Edgar Morin. de l’objet étudié. Son approche sera donc systémique :
« L’idée d’écosystème s’impose suite à la constatation que les espèces qui coexistent dans le milieu naturel montrent des dynamiques interactives et, par ailleurs, qu’elles interagissent collectivement avec le milieu physique ambiant qui les conditionne, et qu’en même temps elles modifient. L’ensemble forme alors un système »S. Frontier et alii, Écosystèmes, structure, fonctionnement, évolution, éd. 2008, page 373. La notion générale d’émergence sera évidemment ici essentielle’’ibidem’’, page 2 : « De cet ensemble d’interactions, complexe et très structuré… émergent des propriétés globales, nouvelles par rapport à celles des éléments interactifs — c’est-à-dire n’étant possédées en propre par aucun d’entre eux isolément. ».
S. Frontier est donc amené « à mettre au point certaines méthodes de statistique et de traitement des données, et à en déterminer la sécurité. Ce travail méthodologique, très pragmatique à l’origine, nous a contraint à aborder de façon approfondie la question de l'hétérogénéité des répartitions planctoniques : l'étude statistique de l'incertitude d'échantillonnage conduit inexorablement à l'étude fondamentale de la microdistribution des organismes. […] Ainsi, nous passons d'une description à l'échelle géographique et à l'échelle annuelle, à une description à plus petite échelle spatio-temporelle, puis à une description seulement statistique de la dispersion des organismes, à l'échelle où n'apparaît plus que l'effet du brassage turbulent. ».
Ces mêmes méthodes trouveront bientôt un champ d’application plus vaste que celui pour lequel elles furent d’abord conçues. Il en est ainsi de l’utilisation des ‘’diagrammes rang-fréquence »Utilisation des diagrammes rang-fréquence dans l’analyse des écosystèmes, « Journal de Recherche Océanographique », volume I, no 3, 1976, pages 35-48 ; voir également S. Frontier et alii, Écosystèmes, structure, fonctionnement, évolution, éd. 2008, pages 386 et suivantes., que leurs utilisateurs appelleront par la suite ‘’diagrammes de Frontier’’Par exemple Devaux J., ‘’Intérêt de l’utilisation des diagrammes de Frontier pour délimiter les stades des successions phyto-planctoniques’’, Comptes Rendus de l’Académie des Sciences, Paris, série D, 282: 1499-1501, 1976..Dans ces domaines, où seule la statistique peut rendre compte des phénomènes, Serge Frontier a ouvert la voie vers une meilleure estimation de la réalité, en dirigeant sa recherche vers ce qu’on appelle une espérance mathématique.