Paul Vigné d'Octon, nom de plume de Paul Vigné, né le à Montpellier et mort le à Octon, est un homme politique, naturiste et écrivain français.
Biographie Paul-Étienne Vigné naît rue de la Blanquerie, actuelle rue de l'Université, à Montpellier. Son père est boulanger, né à Octon, libre penseur et athée, ami de Jules Guesde. Sa mère est catholique très pratiquante. Après un bref passage au Petit séminaire et la mort de son père, il fréquente le lycée et obtient son baccalauréat en 1876.
Il est admis en 1880 au concours d'entrée à l'École navale de Toulon. Il y passe un an, puis est admis au concours de l'internat à la Faculté de médecine de Montpellier. Il est détaché à l’hôpital d'Aix-en-Provence, puis promu médecin de la marine. Il part en Guadeloupe.
De retour à Montpellier, il passe sa thèse de médecine en 1884. Il est alors promu médecin de deuxième classe et est envoyé au Sénégal puis en Guinée.
En 1886, il sollicite un congé sans solde de trois ans et devient médecin de la Compagnie du chemin de fer de Dakar à Saint-Louis.
En 1888, en France, il épouse Madeleine Vigné, veuve d'un premier mari. Il la connaissait depuis longtemps mais ses parents lui avaient refusé sa main.
Il se lance en politique et affronte Paul Leroy-Beaulieu aux élections du canton de Lunas pour le conseil général de l'Hérault de 1889. Il est battu.
Aux élections législatives de 1893, il est élu député de Lodève. Il retrouve à l'Assemblée nationale Jules Guesde, élu à Roubaix. Vigné est élu, en 1895, conseiller général du canton de Lunas. Il est maire d'Octon l'année suivante, et battu aux municipales de 1905 et aux législatives de 1906.
On lui doit la loi du . Elle permet la réapparition des universités en France que la Révolution avait suppriméesIl y avait bien en France jusqu'à cette date une Université, créée en 1806 par Napoléon 1er, mais le mot désignait la totalité des établissements d'enseignement public du pays, c'est-à-dire, en fait, ce que l'on nommera plus tard le Ministère de l'Education nationale.. Cette loi, adoptée à la suite du discours de Paul Vigné d'Octon, le de la même année, crée ce que l'on appelait aussi des « universités régionales » : elles regroupent dans une même ville plusieurs facultés (droit, médecine, lettres, sciences).
L'ouvrage de référence sur le sujet est Il y a cent ans... la renaissance des universités françaises. Textes législatifs et débats parlementaires (1885-1896)Préfaces de François Bayrou, Ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche et de Jean-Marie Monteil, Premier vice-Président de la CPU. Textes présentés par Jean Sagnes, Président de l'Université de Perpignan, Paris, Conférence des Présidents d'Université, 1996..
De 1907 à 1909, il effectue des missions d’inspection pour le ministère de l'Instruction publique. Elles alimenteront son ouvrage La Sueur du burnous, dans lequel il dénonce, notamment, l'accaparement des terres indigènes en Tunisie par des personnalités françaises. Publié en 1911, l'ouvrage s'inscrit dans son combat anticolonialiste. Il dénonce, à la même période, la conquête de la Tripolitaine ottomane par l'Italie, au moyen de photographies réalisées par le reporter de guerre Gaston Chérau. Henri Brunchwig, un des grands historiens de l'Afrique noire selon Léopold Sédar Senghor, constate que Vigné d'Octon ne remet pas en cause le colonialisme et se contente d'en dénoncer les excès. Vigné d'Octon écrit notamment : . Il mentionne « l'âme simpliste des races nigritiennes » mais dans La gloire du sabre (p. 84), il condamne « l'abominable théorie des races inférieures ». L'historien Daniel Hemery, dans son livre Ho Chi Minh. De l'Indochine au Vietnam (Gallimard, 2013) , écrit à la page 138 : vignette Vigné d'Octon publie plus d'une trentaine de romans. Les premiers sont exotiques, en lien avec ses voyages en Afrique. Il se consacre ensuite à des romans naturalistes, ancrés dans la paysannerie du Languedoc. Les amours de Nine, paru en 1893, est un de ses gros succès, apprécié de José Maria de Heredia. Il est adapté en pièce de théâtre en 1929 par Emile Barthe, une version cinématographique est envisagée, sans succès. Le roman d'un timide, paru en 1892, obtient le prix du roman de l'Académie Française en 1893.
En , Nguyen A. Q. ( nom du futur Ho Chi Minh) sollicite l'hospitalité de Vigné d'Octon pour assister au premier congrès du Parti communiste français, tenu à Marseille (Roland Andréani, Les correspondants de Paul Vigné d'Octon (1859-1943) in 120e Congrès national des sciences historiques à Aix en Provence, 1995, p. 734).
Vigné consacre le dernier tiers de sa vie au naturisme. Influencé par les engagements d’Élisée Reclus, il allie pratique et investissement militant. Doyen des médecins naturistes, il publie des articles dans les revues Le Naturisme, La Revue Naturiste et La Joie de Vivre. Il écrit la Bible du Naturiste en trois volumes. Elle ne sera pas publiée mais en partie diffusée dans les colonnes du Petit Méridional entre 1931 et 1933. Il transforme sa résidence, dite le « château » d'Octon, en centre naturiste et station uvale : la « Maison du Soleil ».
Il se remarie en 1939 (Madeleine était décédée en 1936) avec Hélia Clément-Béridon. Il meurt en 1943 et est enterré au cimetière d'Octon.
Ouvrages Les rivières du sud de la Sénégambie : le Rio-Nunez, 1889 Chair noire, A. Lemerre, 1889 Au pays des fétiches, A. Lemerre, 1890 Visions sahariennes, F. Juven, 1890 et 1909 L'Éternelle Blessée, A. Lemerre, 1891 Le Roman d'un timide, A. Lemerre, 1892, prix de Jouy de l’Académie française 1893 Terre de mort : Soudan & Dahomey, Lemerre, 1892 Fauves amours, A. Lemerre, 1892 Les Angoisses du docteur Combalas. Tiennet l'innocent, A. Lemerre, 1893 Les Amours de Nine, A. Lemerre, 1893 En buissonnant, A. Lemerre, 1894 Petite amie, A. Lemerre, 1895 Le Vœu de Juliette, A. Quantin, 1899 Le Pont d'amour, A. Lemerre, 1900 La Gloire du sabre, Flammarion, 1900 Le Pèlerin du soleil, Grasset, 1910 Les Crimes coloniaux de la Troisième République. La sueur du burnous, Éditions de la Guerre sociale, 1911 La Vie et l'Amour : les doctrines freudiennes et la psychanalyse. Enquête dirigée par P. Vigné d'Octon, Éditions de L’Idée libre, 1934.
Éditions récentes La Gloire du sabre, préface d'Abdelaziz Bouteflika, Alger, Éditions ANEP, 2006 La Sueur du burnous, éditions Les nuits rouges, 2001 Les Amours de Nine, C. Lacour, 1998 La Gloire du sabre, illustrations de Cabu, Quintette, 1984 Jean Grave, La colonisation, suivi de Paul Vigné d'Octon, Le Massacre d’Ambiky, Éditions du Sextant, 2019, 60 pp.
Notes et références
Annexes
Bibliographie
Jean Sagnes, « Paul Vigné d'Octon » dans le tome 15 du Dictionnaire du mouvement ouvrier français, dirigé par Jean Maitron (Editions Ouvrières, 1977)
Marie-Joëlle Rupp, Vigné d'Octon : un utopiste contre les crimes de la République, Ibis Press, 2009. Ouvrage couronné du Prix Paul Vigné d'Octon de l'Académie des sciences morales et politiques en 2010 Jean Sagnes, Le choléra à Clermont-L'Hérault en 1893 et l'action de Paul Vigné d'Octon...Etudes héraultaises, N°55,2020, pp. 105-110.
Hélène Vigné d'Octon (Hélia Clément-Béridon), La vie et l'œuvre de Paul Vigné d'Octon, Montpellier, impr. de Causse, Graille et Castelnau, 1959.
Anticolonialisme
Henri Brunschwig, « Vigné d'Octon et l'anticolonialisme sous la Troisième République (1871-1914) », Cahiers d'études africaines, 14, 54, 1974, 265-298. Lazhar Mejri, « Paul Vigné d'Octon, La Sueur du burnous : un regard extérieur sur la politique coloniale française en Tunisie (1881-1909) », Sami Bargaoui et Hassan Remaoun, Savoirs historiques au Maghreb, Oran/Tunis, Centre national de recherche en anthropologie sociale et culturelle/C.E.R.E.S, 2006, 249-263 Jean Sagnes, « Paul Vigné d'Octon (1859-1943). Un anticolonialiste sous la » dans Jean Sagnes Ils voulaient changer le monde , Editions du Mont, 2016 (pages 127-154) Jean Suret-Canale, « L'anticolonialisme en France sous la : Paul Vigné d'Octon », Les Cahiers Internationaux, N° sept.-oct. 1959
Analyse littéraire
Roland Andréani, « Le Thermalisme dans l’œuvre romanesque de Paul Vigné d'Octon (1859-1943) », dans Villes d'eaux, histoire du thermalisme, Paris, 1994, Roland Andréani, « Le "bon prêtre" dans l'œuvre romanesque de Paul Vigné d'Octon (1859-1943) » , dans Bernard Plongeron et Pierre Guillaume (dir.), De la charité à l'action sociale : religion et société, Paris, 1995, Roland Andréani, « Les correspondants de Paul Vigné d'Octon » (1859-1943) dans Pierre Albert (dir.), Correspondre jadis et naguère, Paris, 1997,
Fonds d'archives
Liens externes
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