L'église Saint-Sulpice est une église catholique paroissiale située à Seraincourt, dans le département français du Val-d'Oise. Elle est d'origine incertaine, et était desservie par des chanoines Prémontrés de 1175 à 1791. D'un aspect extérieur très hétérogène, l'église réunit des parties de quatre principales époques, et sa structure ne peut se comprendre qu'en regardant l'intérieur. Contrairement à ce que suggère la fenêtre gothique flamboyante du chevet, qui n'est pas antérieure à la fin du , les parties les plus anciennes sont le chœur voûté en berceau, la base du clocher et le clocher lui-même, qui abritent des chapiteaux romans d'une facture archaïque, et devraient remonter à la période comprise entre 1110 et 1125 environ. La mouluration des arcs-doubleaux est loin d'être la règle à cette époque, ce qui confère à l'église un rôle de précurseur. Le clocher est quant à lui un prototype des clochers en bâtière à colonnettes d'angle du Vexin français. Sans doute après l'installation des chanoines, l'église est pourvue d'un nouveau croisillon nord et d'une chapelle latérale nord du chœur, qui sont de style gothique primitif, hormis un portail d'apparence romane. Le voûtement d'ogives est peut-être effectué après coup, au début du . C'est au premier tiers du qu'une vaste chapelle de deux travées est édifiée au sud du sanctuaire. Elle affiche le style rayonnant tardif, et est d'une architecture très soignée. Quant à la nef, qui s'apparente extérieurement au croisillon et à la chapelle nord, elle date seulement de 1863, mais les blocs sculptés et les matériaux proviennent en grande partie de l'ancienne nef, ainsi que les colonnettes à chapiteaux du portail occidental, qui se situait initialement au sud. L'église Saint-Sulpice a été classée aux monuments historiques par arrêté du .. C'est la seule église du Val-d'Oise qui reste dans le diocèse de Versailles au moment de l'érection du diocèse de Pontoise en 1966. En 2017, elle rejoint enfin le diocèse de Pontoise et est affiliée à la paroisse Avernes et Marines. Des messes dominicales y sont célébrées quatre fois par an.
Localisation thumb|left|Vue générale du chevet.
L'église Saint-Sulpice est située en France, en région Île-de-France et dans le département du Val-d'Oise, près de la limite avec le département des Yvelines, dans le Parc naturel régional du Vexin français, dans la vallée de l'Aubette de Meulan, sur la commune de Seraincourt, au centre du bourg, près du principal carrefour où se croisent la rue du Vexin (RD 43), la rue Normande, la rue de l'Aubette (RD 43), et la rue des Vallées (RD 205). Le chevet donne sur cette rue. L'angle sud-est de l'édifice la touche presque. Il est entièrement dégagé de constructions mitoyennes, et l'on peut en faire le tour. Une pelouse se situe devant l'élévation méridionale, et un parking, devant la façade et au nord. La mairie se trouve près de l'église, au sud-ouest.
Histoire L'histoire de la paroisse thumb|Vue sur l'église depuis l'ouest. thumb|Vue depuis le sud-est. thumb|Croix rappelant l'ancien cimetière.
Rien n'est connu sur les origines de la paroisse et de son église. Sous tout l'Ancien Régime, elle relève de l'archidiocèse de Rouen, de l'archidiaconé du Vexin avec siège à Pontoise, et du doyenné de Meulan. L'église est dédiée à saint Sulpice le Pieux (576 - 647), dit aussi le bon ou le débonnaire, évêque de Bourges et chapelain de Clotaire II. On ne peut que conjecturer sur le motif du choix de ce vocable ; toujours est-il que les églises et de Sailly (actuel hameau de Sagy) sont placés sous la protection du même patron, bien que dépendant d'abbayes différentes. — Entre 1170 et 1176, Rotrou de Warwick, archevêque de Rouen, donne la paroisse de Seraincourt à l'abbaye Saint-Josse de Dommartin, à Tortefontaine, dans l'actuel département du Pas-de-Calais. Anschaire ou Anchez est alors abbé de Dommartin. L'acte authentique s'est probablement perdu. La donation est uniquement connue grâce à une annotation qui figure sur une pièce de la collection Lévrier (conservée à la Bibliothèque nationale de France, vol. 23, fol. 45). L'abbaye de Dommartin, connue aussi sous le nom de Saint-Josse-aux-Bois, dépend de l'ordre des chanoines réguliers de Prémontré. Au moment de la donation, ce même ordre possède déjà un prieuré dédié à saint Pierre à Gaillonet, actuel hameau de Seraincourt, à mi-chemin vers Gaillon-sur-Montcient (d'où son nom). Cette fondation remonte à 1163 ou un peu avant, quand Hugues III d'Amiens, archevêque de Rouen, confirme à l'abbaye ses possessions à Gaillonet. Il avait auparavant arbitré un litige opposant les Prémontrés à l'abbaye Saint-Martin de Pontoise, qui leur laissent à perpétuité des terres situées au hameau de Rueil. La chapelle Saint-Jean de Rueil demeure, dans un premier temps, dans le giron de la puissante abbaye pontoisienne...
L'histoire du prieuré Saint-Pierre reste encore mal connue, et à plus forte raison, celle de la paroisse de Seraincourt. En 1904, Pierre Coquelle déplore déjà la rareté des sources. Les archives de l'abbaye Saint-Josse, déposées à Arras, ont brûlé en 195. Au cours des années 1990, Aimée Rivière découvre le cartulaire du prieuré aux archives de Rouen. Il est toutefois peu éloquent au sujet de Seraincourt, et plusieurs pièces manquent. Ce que l'on peut retenir, est que les chanoines réguliers de Prémontré établissent un prieuré-cure à Seraincourt. C'est l'un des nombreux prieurés ruraux du Vexin, où le prieur officie en même temps comme curé. Il est nommé par l'évêque sur proposition de l'abbé de Saint-Josse. Jusqu'au milieu du , deux autres chanoines lui sont associés. L'un est chapelain de Saint-Sulpice, et sans doute responsable des messes particulières de fondation, et l'autre est chapelain de Saint-Jean de Rueil, que l'abbaye Saint-Martin a cédé aux Prémontrés en vertu d'un accord de 1269. La chute des revenus effectifs sous l'inflation qui sévit sous le règne de Louis XIV ne permet ensuite plus que d'entretenir un unique chanoine, le prieur-curé. Néanmoins, la paroisse de Seraincourt ne change pas une seule fois de bénéficiaire jusqu'à la Révolution, ce qui est assez rare. Les liens entre les deux prieurés de Seraincourt et de Gaillonet sont étroits. Pour les grandes cérémonies, un chanoine de Gaillonet vient officier à Seraincourt en tant que diacre, moyennant rétribution. En , la Révolution française entraîne la suppression de l'abbaye Saint-Josse et de ses prieurés. Le dernier prieur-curé de Seraincourt se nomme Évrard. Nommé en 1760, il prête encore sermon à la constitution civile du clergé le , et reste fidèle au poste jusqu'en 1793.
La Révolution substitue les communes aux paroisses de l'Ancien Régime. La commune de Seraincourt englobe les villages de Gaillonet et Rueil. Une seule église paroissiale est jugée suffisante. Le prieuré Saint-Pierre et la chapelle Saint-Jean sont vendus comme bien national, ainsi que le presbytère (ou prieuré) du chef-lieu. Rien ne subsiste du prieuré, et la chapelle a perdu sa vocation. Toutes les églises du département de Seine-et-Oise sont regroupées dans le nouveau diocèse de Versailles. Sous la Terreur, entre l'automne 1793 et le printemps 1795, le culte catholique est interdit partout en France. Son rétablissement est successif, et officialisé par le Concordat de 1801, mais il n'est pas toujours possible de trouver rapidement un curé pour chaque village. D'abord, il n'y a qu'une seule paroisse par canton, les autres villages ayant, au mieux, la qualité de succursales. Aimée Rivière ne dit rien de tout cela. Il est probable que les documents se font nombreux sur l'histoire de la paroisse depuis le début du , mais l'auteur a choisi d'évoquer uniquement les aspects concernant les travaux sur l'église. Sinon, elle mentionne seulement que le cimetière autour de l'église est transféré en dehors du bourg en 1884. En 1966, la réforme territoriale en Île-de-France apporte la création du département du Val-d'Oise, et motive l'érection du diocèse de Pontoise, dont le découpage correspond au nouveau département. À titre d'exception, Seraincourt reste toutefois dans le diocèse de Versailles en raison de sa proximité géographique avec Meulan-en-Yvelines. Le village rejoint la paroisse de Jambville, puis , et enfin le groupement paroissial Limay - Vexin, qui s'étend sur seize communes... En 2016, une consultation des habitants de Seraincourt est organisée pour savoir s'ils préfèrent le statu quo ou veulent rejoindre le diocèse de Pontoise. C'est la deuxième option qui est plébiscitée, et c'est dans ce sens que décident les évêques de Versailles et Pontoise d'un commun accord. Le changement de diocèse devient effectif à compter du , et Seraincourt est désormais affilié à la paroisse Avernes et Marines, qui couvre trente-cinq communes au total. La fréquence des messes dominicales ne change pas. Elles sont toujours assurées quatre fois par an ..
Les campagnes de construction de l'église thumb|Chapiteaux dans l'angle nord-ouest du chœur (pile nord-est du clocher).
Les documents sur la construction de l'église faisant défaut, l'étude archéologique doit suffire pour identifier ses différentes campagnes de construction. La nef, qui ne date que de 1863, sera évoquée dans le chapitre ci-dessous. L'église existe déjà bien avant sa donation à l'abbaye Saint-Josse, vers 1170-1176. Selon Aimée Rivière, qui tient compte des avis des différents architectes en chef des monuments historiques, elle remonte, dans ses parties les plus anciennes, à la fin du ou au premier tiers du . Elle compte ainsi parmi les églises les plus anciennes de l'ancien archidiaconé du Vexin. De la même époque, datent les travées les plus anciennes d'Arronville (nef), Arthies (base du clocher), Condécourt (base du clocher), Cormeilles-en-Vexin (nef), Saint-Gervais(base du clocher), Parnes (chœur), Saint-Clair-sur-Epte (chœur et transept partiellement). Il convient toutefois de différencier, et d'analyser les différentes composantes de l'architecture pour définir une fourchette chronologique plus précise. Pierre Coquelle ne précise pas l'époque de construction exacte. Sans justifier son opinion, l'auteur est persuadé qu'elle se situe pendant la première moitié du pour le chœur, et , pour le clocher. Or, le même auteur a justement identifié la source qui permet de dater la donation des années 1170-1176, ce qui n'est plus le milieu du ... Bernard Duhamel se borne, comme à l'accoutumée, à répéter les hypothèses des auteurs anciens. Aimée Rivière s'appuie uniquement sur les chapiteaux. Le problème est ici que les mêmes motifs sont utilisés pendant plusieurs décennies. Un autre élément à prendre en compte, parmi tant d'autres, est la modénature des nervures des voûtes et des arcades. En effet, la voûte en berceau du chœur est nervurée, comme à Saint-Clair-sur-Epte et Asnières-sur-Oise (en dehors du Vexin), où les doubleaux sont toutefois à angles vifs. À Seraincourt, les doubleaux sont moulurés, à l'instar des doubleaux intermédiaires des chœurs de Parnes, Morienval (église d'influence normande dans le Valois) et Luzarches (en pays de France), qui datent d'une période comprise entre 1100 et 1130. Les profils sont par ailleurs toujours semblables, et se composent de deux gros tores avec un léger intervalle.... thumb|upright|Chœur, cul-de-lampe du doubleau intermédiaire. thumb|upright|Intérieur de l'étage de beffroi du clocher. thumb|upright|Chapelle de latérale sud, chapiteaux dans l'angle.