L'antiféminisme est une idéologie caractérisée par l'opinion selon laquelle le féminisme est un mouvement dépassé et néfaste ; il se manifeste par son opposition aux mouvements ou aux approches féministes.
Définitions Selon Mélissa Blais, sociologue québécoise, ..
Michael Kimmel, sociologue américain spécialisé en études de genre, définit l'antiféminisme comme . Selon lui, les membres de ce mouvement s'opposent à . Kimmel écrit en outre que leur argumentation repose sur des tandis que leurs partisans avancent leur cause comme un moyen de . Ils considèrent la ..
Selon Marie Devreux et Diane Lamoureux, l'antiféminisme est décrit comme un ensemble de réactions au progrès social en faveur de l’émancipation des femmes, qui s'appuie sur l’idée que les inégalités de genre ont disparu et qu'en conséquence le féminisme contemporain est dépassé et combat des objectifs déjà atteints et crée de nouvelles inégalités à l’encontre des hommes. Il englobe une déclinaison de discours et d'actions dans différents domaines (politique, religieux, culturel, social).
Mélissa Blais et le politologue Francis Dupuis-Déri écrivent, en 2012, qu'un aspect particulier de l'antiféminisme se développe sous la forme du masculinisme, dont . Ces deux chercheurs déclarent : .
L'antiféminisme est motivé par la croyance que les théories féministes du patriarcat et des désavantages subis par les femmes dans la société sont incorrectes ou exagérées..; ou motivé par une opposition générale aux droits des femmes.
Le terme « antiféministe » est également utilisé pour décrire des figures féminines publiques en raison de leur opposition à certains ou à tous les éléments des mouvements féministes, bien que certaines se définissent elles-mêmes comme féministes.. Des écrivaines féministes d'étiquette, telles que Christina Hoff Sommers, Jean Bethke Elshtain, Katie Roiphe et Elizabeth Fox-Genovese, s'identifient ainsi à ce terme... Pour Miya-Jervis et Zeisler, il s'agit plutôt de , qui ont accaparé l'attention de la presse et été proclamées porte-paroles des féministes, tandis que les vraies féministes travaillaient dans l'ombre..
Dans les années 1908, des Londoniennes fondent la , faisant campagne contre le suffrage féminin aux élections parlementaires, mais non contre celui aux élections locales et municipalesThe Spectator, février 1908.. Le mouvement compte dans le pays en 1910. À cette date, il fusionne avec pour former la National League for Opposing Woman Suffrage. La loi y met fin en donnant le droit de vote à certaines femmes Roger Owen, Lord Cromer: Victorian Imperialist, Edwardian Proconsul, Oxford University Press, 2004, page 376 ., étendu de façon égalitaire par la Representation of the People (Equal Franchise) Act 1928.
Tendances Mélissa Blais distingue trois grandes tendances dans le mouvement antiféministe, qui peuvent être regroupées sous les appellations d'« antiféminisme ordinaire », d'« antiféminisme religieux et conservateur » et de « masculinisme ».. La sociologue québécoise Francine Descarries décrit le premier groupe comme relevant du « sexisme ordinaire », par lequel les partisans de ce mouvement expriment leur désaccord envers l’émancipation des femmes. Le deuxième groupe est celui dans lequel les antiféministes s’en prennent aux mouvements « prochoix », à travers lesquels les féministes expriment leur désir d’autonomie dans les décisions qu’elles prennent vis-à-vis de leur corps, par le biais de moyens contraceptifs ou par le recours, au besoin, à l’avortement. Cette deuxième forme est la plus observable aux États-Unis, où l’avortement est proscrit dans plusieurs États. Finalement, la dernière tendance, le « masculinisme », est une branche de l’antiféminisme par laquelle les antiféministes critiquent le fait que les femmes en général, mais plus précisément les féministes, ont trop de pouvoir au sein de la société. Ce groupe tend à victimiser les hommes et à défendre les intérêts des pères divorcés.
Arguments historiques antiféministes Appels à la nature et à la volonté divine
L’antiféminisme né au milieu du est un contre-mouvement de pensée et d’action qui s’oppose au féminisme et qui puise son inspiration dans une misogynie historique. Il trouve sa justification dans la défense de la tradition à travers un discours différentialiste sur les sexes selon lequel les fonctions sociales hiérarchisées et complémentaires des hommes et des femmes seraient prescrites par leurs natures spécifiques et/ou la volonté divine.
Dans ce discours, la sphère publique est par nature réservée aux hommes et la sphère privée, où s'accomplissent les fonctions féminines (économie familiale, éducation…), aux femmes..
Tout changement est interprété comme dangereux pour l’ordre social et l’avenir de l’humanité.
S'il repose sur une structure relativement stable, le discours antiféministe s'est recomposé au cours de l'histoire en fonction des enjeux posés par la redéfinition des normes de genre. Ce type de discours est cependant rejeté par la majorité de la communauté scientifique, puisque l'Homme étant un être social., les normes qui l'entourent ne sont pas naturelles. Les travaux d'historiens ont confirmé que les rôles attribués aux hommes et aux femmes changent selon les cultures et les époques et les sociologues et les psychologues ont mis en évidence le caractère socialement construit des différences entre le masculin et le féminin..
« Nature » des rôles genrés
L’apparition de nouveaux modèles de féminité s’est traduit par l’émergence de discours dénonçant le risque du « chaos sexuel »Christine Bard, .. Dans les années 1920, la garçonne apparaît comme une « manifestation de l’égoïsme féminin », retardant sous l’influence des féministes l’âge de son premier enfant à des fins de jouissance, contre l’intérêt de la nation qui promouvait une politique nataliste.
L'apparition des premières étudiantes à la fin du a donné naissance au qualificatif péjoratif de « cervelines » pour désigner les femmes qui perdaient selon les masculinistes tout attrait du fait de leurs ambitions intellectuelles. Plus encore, leurs nouvelles dispositions les rendraient responsables d'une destruction de la relation sexuelle, de l'amour et du mariage et tuerait le jeu amoureux.
En permettant aux femmes de tenir des rôles sociaux jusque-là considérés comme exclusivement masculins, le féminisme conduirait également pour les antiféministes à une indifférenciation ou à une confusion des sexes ; la masculinisation des femmes ferait ainsi courir un risque aux relations de séduction entre hommes et femmes. Ainsi, le renforcement du pouvoir social des femmes est considéré par des auteurs antiféministes, tels Éric Zemmour, comme un obstacle à la séduction, conçue comme un rapport de force naturellement violent où l’homme devrait tenir le rôle dominantÉric Zemmour, Le Premier sexe, et 33..
Stéréotype de la féminité
S’il peut s’appuyer sur la misogynie, l’antiféminisme peut également se faire le défenseur d’une conception de la féminité exclusive de toutes les autres, par exemple en proclamant vouloir « préserver » les femmes de tâches qui seraient contraire à leur « nature ». Ainsi, à la question : « Les mains des femmes sont-elles bien faites pour les pugilats de l’arène publique ? », le sénateur français Alexandre Bérard répondait en 1919, pour s’opposer au droit de vote des femmes, que Rapport du Sénateur Bérard, 3 octobre 1919, cité in Achin et Lévêque, 2006, .
C’est pour défendre une conception biologisante des rôles féminins d’épouse et de mère qu’elle estimait impartis par Dieu que Phyllis Schlafly, issue de la droite chrétienne conservatrice, prit aux États-Unis dans les années 1970 la tête d’une puissante campagne publique contre l’Equal Rights AmendmentEvans, 1991, .. Son action fédéra le travail de plusieurs organisations féminines antiféministes — comme l’association « Les femmes contre l’égalité » — qui s’étaient formées en réaction au mouvement de libération des femmesEvans, 1991, ..
Travail des femmes
L'aspiration de nombreuses femmes à accéder aux professions libérales, dont les plus prestigieuses leur sont alors interdites, provoque à la fin du l'émergence d'un discours de défense, que les féministes désignent sous le vocable de « masculinisme ». Contre les partisans de la mixité, qui mobilisent des arguments égalitaires et méritocratiques, les « masculinistes » tentent de faire valoir la « spécificité masculine » des professions dont ils entendent interdire l'accès aux femmesJuliette Rennes, « Le prestige professionnel : un genre masculin. 1880-1940 », in Régis Reventin (dir.), Hommes et masculinités de 1789 à nos jours, 2007, .. Les avocats mettent ainsi en avant les qualités physiques nécessaires pour défendre son point de vue dans l'arène juridique : prestance, gravité de la voix, improvisation sont autant de caractéristiques présentées comme typiquement masculines et inaccessibles aux femmesRennes, 2007, , .. Quelques décennies auparavant, c'est avec des arguments similaires que les opposants américains aux premières oratrices du pays (Fanny Wright, Angelina Grimké...) avaient marqué leur réprobation devant un comportement en rupture avec les qualités attendues d'une lady. L'argumentaire masculiniste est cependant forcé d'évoluer au gré des percées féminines dans des univers autrefois exclusivement masculins. Dans les années 1930, alors que les femmes, admises au barreau, tentent cette fois d'accéder à la magistrature, la plaidoirie est présentée sous un jour nouveau : domaine du sentiment et de l'empathie, présentée comme compatible avec l'univers féminin, elle est construite en opposition à la froide raison du juge, perçue comme intrinsèquement masculineRennes (2007), , ..
La résistance du mouvement ouvrier naissant au travail des femmes est également forte, soit qu'il considère que les femmes, moins bien payées, représentent une concurrence sur le marché du travail, soit qu'il y voie une menace pour l’ordre familial. Pierre Joseph Proudhon, dont l'influence est grande sur le mouvement ouvrier français, justifie par l'infériorité naturelle des femmes le principe d'une différenciation sexuée des rôles sociaux, ce qui lui vaut d'être la cible de la féministe Jenny d'Héricourt. Pour défendre l’interdiction du travail des femmes lors du congrès de Genève de l’Association internationale des travailleurs (1866), les mutuellistes proudhoniens arguent qu’il « doit être énergiquement condamné comme principe de dégénérescence pour la race et un des agents de démoralisation de la classe capitaliste »Cité dans Michèle Riot-Sarcey, Histoire du féminisme, La Découverte, Paris, 2008, ..
Les antiféministes les plus virulents dénoncent plus largement le principe même du travail des femmes. Dans les milieux catholiques conservateurs maurassiens, la progression de la participation des femmes à la vie publique était considérée comme un facteur d’affaiblissement de la société ou de corruption morale. Après la défaite française de 1940, les théoriciens de la Révolution nationale vichyste comme Henri Massis ou Jean de Fabrègues faisaient du retour des femmes dans les foyers et du rétablissement d’une culture virile le préalable du redressement du paysChristine Bard, Les femmes dans la société française au , A. Colin, Paris, 2001, ..
Droit de vote des femmes