vignette|William Blake, L'Ancien des jours (Urizen mesurant le Monde), gravure à l'eau-forte et aquarelle (1794), British MuseumIllustration dEurope, une prophétie, planche I. « Cette figure de Dieu en vieillard vu agenouillé de face (…) penché sur un compas qu'il tient de la main gauche à bras étendu remonte à 1794. Le compas à pointe sèche, attribut traditionnel de Dieu en tant que créateur, représente souvent chez Blake la construction sans âme », François Bœspflug, Dieu et ses images, éd. Bayard, 2011, . Description du : « … L'Ancien des Jours, un nu masculin barbu (probablement Urizen) accroupi dans une sphère céleste, sa lumière partiellement couverte par les nuages. Son bras gauche tenant un compas descend mesurer l'obscurité environnante… » en ligne..

Dieu (hérité du latin deus, lui-même issu d'une racine indo-européenne *deiwos, « divinité », de la base *dei-, « lueur, briller » ; prononciation : ) est un être ou une force suprême structurant l'Univers ; il s'agit selon les croyances soit d'une personne, soit d'un concept philosophique ou religieux. Principe fondateur dans les religions monothéistes, Dieu est l'être suprême, , transcendant, universel, créateur de toutes choses, doté d'une perfection absolue, constituant le principe de Salut pour l'humanité et qui se révèle dans le déroulement de l'histoire, I.B.2... Comme entité philosophique, Dieu est le ..

L'existence réelle d'un être suprême et les implications politiques, philosophiques, scientifiques, sociales et psychologiques qui en découlent font l'objet de nombreux débats à travers l'Histoire, les croyants monothéistes appelant à la foi, tandis qu'elle est contestée sur les terrains philosophique et religieux par les libres-penseurs, agnostiques, athées ou croyants sans Dieu.

La notion de Dieu revêt un considérable impact culturel, notamment dans la musique, la littérature, le cinéma, la peinture, et plus généralement dans les arts. La représentation de Dieu et la façon de nommer Dieu varient en fonction des époques et des systèmes de croyances.

Étymologies et désignations Étymologie

Le mot dieu vient du latin , lui-même issu de la racine indo-européenne dei- « briller » qui, élargie en deiwo- et en dyew-, sert à désigner le ciel lumineux en tant que divinité ainsi que les êtres célestes par opposition aux êtres terrestres, les hommes.. Étroitement liée à cette notion de lumière, c'est la plus ancienne dénomination indo-européenne de la divinité qui se retrouve dans le nom du dieu grec Zeus dont le génitif est Dios. De la même racine est issue la désignation de la lumière du jour (diurne) et du jour, lui-même ( en latin)..

Dans la langue française, le mot est attesté dès le tout premier texte français, les Serments de Strasbourg, en 842 sous les formes Deo au cas régime et Deus au cas sujetDictionnaire étymologique et historique du français, Larousse.Voir TLFI/étymologie/dieu, TLFI.. Dans ce texte, le terme désigne avec une majuscule la divinité du monothéisme chrétien. On trouve ensuite Deu et Dieu aux . Il indique également une divinité du polythéisme à partir du . Considéré comme un nom propre, le nom « Dieu » prend alors une majusculeEncyclopédie Larousse en ligne, article en ligne. ainsi que les métonymies ou les pronoms qui s'y substituentpar exemple : « Son Nom » ou « Lui »..

Les termes qui désignent Dieu dans les langues germaniques (𐌲𐌿𐌸 Guþ en gotique, en allemand, en anglais et en néerlandais, Gud dans les langues scandinaves, Guð en islandais) ont une autre origine, elle aussi indo-européenne, liée à la notion d'« appel » ou d'« invocation »Selon la plupart des linguistes, cette origine viendrait du radical indo-européen reconstitué *ǵhu-tó-m, provenant lui-même de la base *ǵhau(ə)-, signifiant « appeler » ou « invoquer » ; .. Sa plus ancienne mention écrite se trouve dans le Codex Argenteus, au . Ce Codex est une copie de la traduction de la Bible effectuée selon l'alphabet inventé par l'évêque Wulfila deux siècles plus tôt.

Les termes qui désignent Dieu dans les langues slaves (Бог en biélorusse, bulgare, macédonien, russe, serbe, ukrainien ; Bog en croate ; en polonais ; Bůh en tchèque) sont issus du proto-slave bogъ lui-même issu de l'indo-européen bhag-Iaroslav Lebedynsky, Scythes, Sarmates et Slaves: l'influence des anciens nomades iranophones sur les Slaves, L'Harmattan, 2009, , extrait en ligne..

Dans le Tanakh (la Bible hébraïque), le Nom sacré par excellence s'écrit YHWH et ne se prononce pas.

Le nom de « Dieu » en arabe est « Allah » () issu de l'arabe préislamique ʾilāh-Ce terme, que l'on trouve dans la poésie arabe préislamique, semble alors désigner un dieu impersonnel. Parmi les théories de construction du nom Allah, la plus répandue chez les chercheurs fait précéder le terme ilāh de l'article al-, si bien que la contraction des deux a donné Allah. Ce nom était déjà utilisé à l'époque préislamique, notamment en milieux chrétiens, ainsi qu'en atteste une inscription du trouvée à Um el-Jimal ou encore comme semble le signifier le nom du père de Mahomet, ’Abdullah (« Le serviteur d'Allah ») ; Paul Ballanfat, article « Allâh » in Mohammad Ali Amir-Moezzi (dir.), Dictionnaire du Coran, Robert Laffont, 2007, ..

Dans le calendrier, le nom dimancheDu latin chrétien , « jour du Seigneur », avec dissimulation entraînant la chute du second d ; article « Dimanche » in Albert Dauzat , Nouveau dictionnaire étymologique, éd. Larousse, , 1971. vient du titre « Seigneur » donné dans la plupart des religions chrétiennes aussi bien au Père qu'à Jésus, le fils. Il est aussi donné indirectement, dans plusieurs langues romanes, au jeudi, jadis consacré à Jupiter, V° dei-, . thème dyew..

Difficulté de définition Le concept de Dieu possède des aspects religieux et métaphysiques très divers, ce qui rend particulièrement difficile sa définition« »« Il est difficile de donner une définition universelle de ce terme, qui a une portée aussi vaste et variée (…). Le concept de Dieu a à la fois des aspects religieux et métaphysiques. Alors que la religion part du principe que Dieu existe, la métaphysique fait de grands efforts pour examiner les arguments rationnels en faveur de son existence. L'approche de Dieu est très différente selon la religion et le système métaphysique. », article « » in .. Certains auteurs estiment même que Dieu est si grand qu'il échappe à toute tentative de définition par des mots humains« »« Les trois principales religions occidentales — le christianisme, le judaïsme et l'islam — ont toutes proclamé que Dieu est la réalité suprême. Parfois, leurs penseurs ont dit que Dieu est si grand que nous ne pouvons rien en dire avec des mots humains. », .. C'est en particulier le cas de ceux qui s'inscrivent dans une approche apophatique. Ainsi, par exemple, Jean Scot Erigène a pu écrire :

Et le Pseudo-Denys l'Aréopagite :

Élaboration de Dieu Naissance des dieux Fait religieux Abordée au , l'étude de l'évolution religieuse de l'humanité est un champ de recherche longtemps délaissé, victime d'une part de conceptions souvent « évolutionnistes » sous-tendant la démarche — présupposant un « sens » de l'histoire jalonné d'étapes précises, ou fondé sur l'idée de l'accomplissement d’une rationalité immanente — et, paradoxalement, victime de la spécialisation de la recherche au fil de l'accroissement de la connaissance des religions elles-mêmes. Certains grands noms de la sociologie des religions, parmi lesquels Émile Durkheim, Marcel Mauss, Georg Simmel et Max Weber Émile Durkheim, Les Formes élémentaires de la vie religieuse, éd. P.U.F., 1968 et « Religion, morale et anomie », in Textes, , Minuit, 1975 ; Max Weber, La Sociologie des religions, Gallimard, 1996 ; Camille Tarot, De Durkheim à Mauss, l’invention du symbolique, La Découverte, 1999., ont cependant jeté les bases de cette étude. Le sociologue des religions Yves Lambert, développant une grille d'analyse avancée par Karl Jaspers, propose la poursuite de cette approche par la sociologie historique et comparée des religions afin de présenter des clefs d'analyse pour l'appréhension du « fait » religieux, sans éluder la singularité de chacun des grands ensembles religieux. Jaspers a souligné la contemporanéité de changements radicaux intervenus à travers de grandes aires civilisationnelles en Iran, en Palestine, en Grèce, en Inde ou en Chine entre le (particulièrement au ), permettant des innovations culturelles fondamentales — parmi lesquelles l'unicité et l'universalité de Dieu — lors d'une étape qualifiée par Jaspers de « période axiale »Yves Lambert, La Naissance des religions, Armand Colin, 2009, ..

Suivant Yves Lambert, une religion est à considérer comme une Yves Lambert, La Naissance des religions, Armand Colin, 2009, . Recension sur ASSR.. Cinq types de religions peuvent être distingués, qui correspondent à autant de moments « nouveaux » de l'histoire humaine, sans qu'il faille y voir pour autant une forme « évolutive », les modèles émergents n'étant pas exclusifs des précédents : aux premières religions connues (celles des peuples de chasseurs-cueilleurs) succèdent les religions orales agraires corrélatives à la sédentarisation, au développement de l'agriculture et de l'élevage. Les grandes civilisations antiques s'accompagnent de l'émergence des polythéismes auxquels succèdent les religions du salut, qui se transforment ensuite à partir du . L'apparition du concept de « Dieu » s'opère à l'époque de l'« âge axial » qui, suivant Jaspers, correspond à « la naissance spirituelle de l'homme »Yves Lambert, La naissance des religions, Armand Colin, 2009, ..

Apparition des dieux La religion mésopotamienne se distingue des religions orales agraires par différentes caractéristiques telles que l'apparition d'un panthéon, d'épopées, d'une caste sacerdotale nombreuse et hiérarchisée, de grands édifices religieux, de théodicée La plus ancienne liste de dieux connue figure sur des tablettes datant du et compte les noms de Yves Lambert, Le Monde des religions , mai 2005, article en ligne..

Les dieux locaux perdent peu à peu de leur prestige au fil de la domination étrangère pour constituer progressivement un « polythéisme au seuil du monothéisme ». C'est à cette époque, vers le qu'apparaît au sein du peuple hébreu la mutation d'une monolâtrie — caractérisée par un aniconisme inédit — au monothéismeYves Lambert, La Naissance des religions, Armand Colin, 2009, . et qu'émergent « l'Unicité et la Transcendance absolues de Dieu »Suivant Jean Bottéro, Naissance de Dieu. La Bible et l’historien, Gallimard, 1986, , cité par Yves Lambert, , ..

Vers le(s) monothéisme(s) vignette|Bas-relief représentant (de droite à gauche) Akhenaton, Néfertiti et deux de leurs filles célébrant le culte d'Aton représenté sous la forme d'un disque solaire coiffé de l'uræus et d'où s'échappent des rayons solaires terminés par des mains, Amarna,