Les Corses (en corse, italien et ligure : Corsi) sont un peuple d'origine italique d'Europe du Sud originaire de Corse, la quatrième plus grande île de la mer Méditerranée, et parlant une langue italo-romane, le corse.

Ils doivent leur nom aux Corsi, un peuple antique tribal originaire du nord de la Sardaigne qui s'est installé sur l'île qui porte désormais leur nom. Les Corsi étaient d'anciens Sardes, avec les Bàlari et les Ilienses.

Leur histoire est mouvementée, les hommes étaient connus pour être des militaires depuis le Moyen Âge, où, à travers le temps, ils ont participé à des guerres en tant que condottieri et de nombreuses unités militaires de plusieurs pays avaient des divisions corses (la Garde corse pontificale, les Bandes corses du royaume de France et les Royal Corsican Rangers britanniques). Ils ont participé à la Révolution française, à l'Empire où ils ont une place forte, notamment l'Empereur mais aussi plusieurs généraux. La culture corse est très spécifique et la religion a un fort rôle dans celle-ci.

Ethnonymie En corse : Corsu. En italien : Còrso. En sarde : Cossu ou même Corsicanu (latin : Corsicanus).

Anthropologie, ethnologie et histoire Antiquité

Les Corses modernes doivent leur nom à un ancien peuple connu par les Romains sous le nom de Corsi. Les Corsi, qui ont donné leur nom à l'île, étaient en fait originaires de la partie nord-est de la Sardaigne nuragique (Gallura). Selon Ptolémée, les Corsi étaient constitués d'un grand nombre de tribus qui vivaient en Corse (à savoir les Belatones ou Belatoni, les Cervini, les Cilebenses ou Cilibensi, les Cumanenses ou Cumanesi, les Licinini, les Macrini, les Opini, les Subasani, les Sumbri, les Tarabeni, les Titiani et les Venacini) ainsi que dans l'extrême nord-est de la Sardaigne (les Lestricones, Lestrigones ou Lestriconi / Lestrigoni, les Longonenses ou Longonensi). Ces Corsi partageaient l'île avec les Tibulati, qui habitaient à l'extrême nord de la Sardaigne, près de l'ancienne ville de Tibula..

Louis Dussieux considère les Corses comme étant un peuple descendant des Ligures, il indique également qu'ils sont mêlés d'éléments pélasgiques (premiers habitants de la Grèce) et qu'ils ont été italianisésLouis Dussieux, Géographie générale, Lecoffre et , 1866, « Chapitre VII : ethnographie et religions ».. D'après Giovanni Ugas, il est probable que les Corses de l'Antiquité appartiennent à la famille des peuples Ligures Giovanni Ugas, L'alba dei Nuraghi, Fabula, 2006..

Strabon dit que quand les capitaines romains faisaient quelques courses en Corse et qu'ils emmenaient un grand nombre d'esclaves à Rome, on regardait avec admiration le fait que les Corses étaient tous sauvages et tenaient plus de la bête que de l'homme : car ou ils se pourchassaient à mort en toutes les façons qui leur étaient possibles, ou bien ils ennuyaient si fort leurs maîtres avec leur impatience et leur peu d'esprit, que lesdits maîtres se fâchaient d'y avoir mis leur argent, encore qu'ils ne leur eussent coûté que fort peu.

Les Corses, après la conquête romaine, sont intégrés à l'administration et à l'armée de la République romaine puis de l'Empire. La population corse bénéficie de la Pax Romana et des unions entre insulaires et latins mènent alors à l'intégration complète des Corses (désormais d'origine mixte Latin-Corsi). Tacite décrit les légionnaires corses comme de « Bons cavaliers et bons fantassins, les Corses étaient aussi d'excellents marins. La flotte de Misène avait deux stations dans l'île, l'une à Aléria et l'autre à Mariana. Le commandement de la flottille était exercé par un "triérarque des galères. »Tacite, Histoires, Livre II, 16..

Comme dans le reste de l'Empire au , ils sont progressivement christianisés. La Corse est plutôt calme pendant 500 ans de règne romain et la population devient progressivement ethniquement italique à la fin de l'Empire.

À la suite de l'effondrement de l'Empire romain, la Corse subit l'invasion des Vandales et est intégrée dans le Royaume vandale. Les Vandales détruisent des monastères par opposition religieuse (les Vandales étant des Chrétiens ariens, ils sont hostiles aux Chrétiens nicéen), mais les germains ne s'attaquent pas à la population. S'ensuit alors une domination lombarde qui chassent les Vandales de la Corse.

Moyen Âge En 1310, la Corse inquiète l'Église catholique du fait que les Ghjuvannali, une secte déviante issue des franciscains considérée comme hérétique se propage dans la population. Les autorités catholiques, appuyées par des opposants locaux parviennent à anéantir la secte en 1364Michel Casta, "Les Giovannali, lieu de mémoire de la dissidence en Corse", in Religion et politique dans les sociétés du Midi, CTHS, 2002..

Toutefois, durant le , les insurgés Corses menés par Sampiero Corso sont alliés avec l’alliance franco-ottomane contre la république de Gênes qui opprimait les Corses et les ottomans participent à la guerre corso-génoise de 1553 aux côtés des insurgés Corses, ce qui épargne de l’esclavage la population indigène de l’île pendant quelques décennies, les insurgés Corses étant les alliés du royaume de France et de l’Empire ottoman contre la guerre plus large contre les Hasbourg.

Au cours des siècles suivants, la Corse fut gouvernée et colonisée par les Pisans (de 1050 à 1295) et les Génois (de 1295 à 1755, lorsque l'île se libéra de La Superba) : cela se reflète dans le fait qu'une grande partie des patronymes d'origine corses ont une consonance italo-romane (Andreani, Andreoni, Agostini, Albertini, Bartoli, Battesti, Benedetti, Buresi, Casanova, Cesari, Colonna, Coppolani, Filippi, Luciani, Padovani, Paoletti, Paoli, Pietri, Rossi, Santoni, Simeoni, etc.). En effet, ils sont pour la plupart issus d’une « traduction » ou « italianisation » datant de l’époque de l’administration pisane ou génoise (qui utilisaient déjà le toscan comme langue officielle).. À l'inverse, d'autres patronymes sont directement issus de la colonisation (notamment Benigni, patronyme qui trouve son origine en Toscane ou Fieschi, qui trouve son origine dans la région génoise). Cela explique aussi le fait que les variétés corses modernes, en particulier celles du Nord, sont considérées linguistiquement comme faisant partie du dialecte toscan. Parce que l'île a été historiquement et culturellement liée au continent italien jusque-làAtlante linguistico etnografico italiano della Corsica, Gino Bottiglioni et Guido Colucci, Pise, 1933.Storia della Corsica Italiana, Gioacchino Volpe, Varese, Industrie Grafiche Amedeo Nicola e C., 1939, les populations italiennes du nord et du centre de l'Italie ont pu contribuer en partie à l'ascendance corse moderne.

Renaissance

Lors de la fin du Moyen Âge et au début de la Renaissance, les Corses s'illustrent au combat dans de nombreux conflits, beaucoup d'entre eux sont alors mercenaires (ou condottieri) et se battent pour des royaumes parfois rivaux. Des Corses s'illustrent notamment lors de la bataille de Lépante aux côtés de la Sainte Ligue contre l'Empire ottoman, d'autres sont des mercenaires au service du royaume de France (dont Sampiero Corso qui servit également le royaume de Naples et rentrera sur sa terre natale avec l'appui de la France, de Naples et de l'Empire ottoman pour affronter les occupants génois)https://archive.wikiwix.com/cache/20220918025031/http://os-mediavia.net/ce-quibn-khaldoun-nous-apprend-des-corses/..

Au début du , d'après Pierre Davity, les Corses ne sont guère civilisés pour la plupart et il n'y a pas en eux cette politesse que l'on voit chez les Italiens. Ils sont et retiennent encore ce que César a dit d'eux pour ce regard, néanmoins il y a chez eux de bien bons soldats et des hommes forts courageux. Au reste, ils sont tellement vindicatifs que les Italiens ont un proverbe commun qui dit qu'il ne faut se fier en un Corse ni vif ni mort, car aussitôt que quelqu'un a été tué, soudain tous ses parents s'assemblent pour faire mourir le meurtrier s'il leur est possiblePierre Davity, Les Estats, empires, et principautez du monde, Paris, Chevalier, 1616..

Les bandes corses au service de la France vignette|200px|Sampiero Corso (1498-1567), fondateur des bandes corses, proto-nationaliste corse et opposant à la République de Gênes.

vignette|200px|Alphonse d'Ornano (1548-1610), Maréchal de France, fils du précédent.

vignette|200px|Jean-Baptiste d'Ornano (1581-1626), maréchal de France, fils du précédent et petit-fils de Sampiero Corso. Les bandes corses étaient des unités militaires du royaume de France deux siècles avant l'annexion de la Corse par la France, fondées par Sampiero Corso et dirigés par la suite par ses descendants.

Les bandes corses, dirigées par Sampieru, avec le soutien des forces françaises de François 1er et les forces ottomanes de Dragut, participent à la Conquête franco-ottomane de la Corse de 1553 contre la République de Gênes et parviennent à repousser les Génois au maximum, avec le soutien de la population, mais la France finit par faire la paix avec Gênes, permettant aux Génois de reprendre la Corse.

Durant le , les bandes corses dirigées par Alphonse d'Ornano participent aux guerres de religion du côté du roi Henri III, prenant part à la guerre contre la Ligue qui s'était soulevée contre le pouvoir royal.

Elles étaient au service du Roi de France de 1547 avant d'être remplacées par le Régiment Royal-Corse. Des milliers de Corses en ont fait partie durant deux siècles.

Les Corses musulmans d'Afrique du nord vignette|Représentation d'un corsaire barbaresque, par Giovanni Guida (1837-1895).

Les Corses, comme de nombreux peuples méditerranéens d'Europe sont alors victimes des raids des Barbaresques. La plupart des kidnappés sont des enfants qui seront convertis à l'Islam sunnite par la suite. Ils participeront à la Taïfa des raïs par la suite et auront un rôle important.

Ainsi, la plupart se convertirent à l'Islam, ce qui les affranchi et rejoignent alors les rangs des corsaires Barbaresques, voire l'administration de la Régence d'Alger. Des milliers de musulmans d'Afrique du Nord étaient alors des Corses, dont deux se sont distingués, Hassan Corso et Mami Corso, par leurs participations aux raids et à la gouvernance. Ils se distinguent par leur leadership et sont souvent promus à des postes élevésLégendes de la Corse éternelle (2016) ; .

Comme ce fût souvent le cas, les Corses musulmans sont communautaires, ainsi, les hommes d'Hassan Corso se sont rebellés contre Mehmed Tekkelerli, le gouverneur de la régence d'Alger nommé par Soliman le Magnifique. Durant le conflit, Hassan est capturé et torturé à mort, les Corses musulmans ont jurés de le venger, ce qui souligne le communautarisme dont ils font preuve.

En 1613, Murād Qūrçū (né Ghjucumu Santi) prend le pouvoir dans la Régence de Tunis en succédant à Youssef Dey, fondant la dynastie des Mouradites régnant pendant quatre-vingt dix ans avant d'être renversée par un pacha arabe, Ibrahim Cherif en 1702..

Le dernier Corse musulman d'Afrique du nord connu est Abdallah Montera, proche de l'émir Abdelkader.

Guerre d'indépendance corse (1729-1769)

200px|vignette|Statue de Jean-Pierre Gaffory (en corse : Ghjuvan Petru Gaffory), chef de l'insurrection corse contre la République de Gênes jusqu'à son assassinat en 1753.

En 1729, alors que la République de Gênes impose des taxes exorbitantes à la population, les corses se soulèvent contre la domination génoise, provoquant la guerre d'indépendance corse. C'est à cette période qu'une identité spécifiquement corse se forge et que naquit le nationalisme corse.

Les Corses, soulevés par les multiples discriminations qu'ils subissent par les Génois (n'ayant aucun droit de servir dans l'armée génoise, rackettés fiscalement) décident de soutenir une indépendance de l'île, la première indépendance est déclarée en 1735, et ils nomment l'allemand Théodore de Neuhoff roi de Corse.