Lu Xun (, aussi orthographié LuxunLa graphie Luxun ne se rencontre que dans l'édition francophone et est due essentiellement à la principale traductrice en français de Lu Xun, Michelle Loi. Pour Simon Leys, elle est erronée (v. ). ou Lou Sin), de son vrai nom Zhou Shuren (), né le à Shaoxing, province de Zhejiang, et mort le à Shanghai, est un écrivain chinois, l’un des Œuvres choisies I..

Biographie Une enfance traditionnelle

Lu Xun naît dans une famille de lettrés sur le déclin. Si son grand-père, Zhou Fuqin (1838-1904), passe avec succès le plus haut degré des examens impériaux et obtient une place d'étudiant à l’Académie impériale de Hanlin de la dynastie des Qing, sa carrière de fonctionnaire reste médiocre. Son père, Zhou Boyi, né en 1861, échoue aux examens provinciaux et, sans emploi à la fin de sa vie, tire ses revenus de la location des terres familiales..

Lu Xun est l'aîné de trois frères : Lu Xun, de son vrai nom Zhou Shuren, est né en 1881, Zhou Zuoren en 1885, et en 1888. Avant l'âge d'un an, il reçoit, conformément à la tradition, un prénom bouddhique, Changgeng, « Mon premier maître », ..

Enfant, Lu Xun est élevé par une gouvernante, Ah Chang. Il découvre légendes et histoires populaires par son intermédiaire« De Cent plantes à Trois senteurs », .. « Ah Chang et le Livre des monts et des mers », .. C'est elle qui lui offre le premier livre qu'il possède, une édition illustrée du Livre des monts et des mers. Les représentations de monstres de l'ouvrage l'impressionnent fortement. Il collectionne alors les éditions illustrées de classiques.. Les représentations théâtrales données à l'occasion de fêtes sont une autre source de son intérêt pour la culture populaireFeng Xuefeng, « Lu Xun, sa vie, son œuvre », p. 2, dans .. Il évoque dans plusieurs textes les esprits et démons qui ont marqué son enfance : Wu Chang« Wu Chang ou La-vie-est-passagère », ., le Serpent-Femme, la Femme-pendue« La déesse de la pendaison », .…

Lu Xun commence son éducation à l'âge de six ans dans une école primaire, et à onze ans, il entre dans une école privée, le « Cabinet de travail aux trois senteursLes « trois senteurs » sont les classiques, l'histoire et la philosophie. ». Il reçoit dans ces deux écoles une éducation traditionnelle, basée surtout sur les Entretiens de Confucius et le Classique des vers au primaire, puis les Quatre Livres et les Cinq Classiques aux « Trois Senteurs ».. Mais, l'année suivante, son grand-père est impliqué dans un trafic d’influence et condamné à la décapitationLa corruption parmi les fonctionnaires n'est en effet pas rare, et le cas de Zhou Fuqin est l'un des trois que l'empereur Guangxu a choisi de dénoncer à travers l'Empire, en 1893, à titre d'avertissement.. Emprisonné, Zhou Fuqin est gracié en 1901. Son père, devenu dépressif, alcoolique et opiomane, tombe malade, atteint d'hydropisie et décède deux ans plus tard, en 1896.. Lu Xun conserve de cette période le souvenir de médecins traditionnels ignorants et cupides« La Maladie de mon père », .. L'emprisonnement du grand-père et la maladie du père ont en outre considérablement appauvri la famille..

La découverte des idées occidentales thumb|alt=Evolution and Ethics de Thomas Henry Huxley, traduit par Yan Fu|upright|Evolution and Ethics de Thomas Henry Huxley, traduit par Yan Fu en 1898. De 1898 à 1902, Lu Xun continue son parcours à l’École navale de Nankin, parce qu’on n'y demande pas de frais de scolarisation, puis à l’École des chemins de fer et des mines, qui est rattachée à l'École militaire de NankinFeng Xuefeng, « Lu Xun, sa vie, son œuvre », p. 3, dans .. L'enseignement qui y est délivré est de type occidental, avec des cours d'allemand, de géologie, de chimie, etc.. C'est alors que « j'en vins peu à peu à la conclusion que les médecins chinois n'étaient, consciemment ou non, que des escrocspréface à Cris, .. ..

Durant ses études à Nankin, Lu Xun découvre la théorie de l'évolution de Darwin et le darwinisme social, à travers l'ouvrage de Thomas Henry Huxley, Evolution and EthicsFeng Xuefeng, « Lu Xun, sa vie, son œuvre », , dans ., dont la traduction faite par Yan Fu est assortie de commentaires sur la situation chinoise. Il découvre aussi la littérature occidentale grâce aux traductions faites par Lin Shu. Lu Xun s'intéresse en particulier à certaines œuvres dont la thématique est aisément transposable au contexte chinois, celui de la soumission des Han aux Mandchous : Ivanhoé de Walter Scott ou encore La Case de l'oncle Tom de Harriet Beecher Stowe..

Le séjour au Japon Diplômé de l'École des chemins de fer et des mines en 1902, Lu Xun quitte la Chine pour le Japon. et étudie le japonais dans une école préparatoire, l’institut Kobun de Tokyo.. Il décide en 1903, à l'instar de nombreux autres étudiants chinois au Japon, de couper sa natte, symbole de l'oppression mandchoue sur les Han.. Il traduit Jules Verne, écrit des essais sur les découvertes géologiques., et découvre, en japonais et en allemand, les œuvres de Byron, Shelley, Heine, Pouchkine, Lermontov, Mickiewicz, Petöfi…

Suivent des études à la faculté de médecine de Sendai (la future faculté de médecine de l’Université du Tōhoku) de 1904 à 1906, ville où il est bien accueilli, y étant à son arrivée le premier étudiant étranger.. En butte, malgré tout, à l'hostilité de certains étudiants japonais, il se lie avec l'un de ses professeurs, M. Fujino« Monsieur Fujino », .. thumb|alt=Exécution d'un espion lors de la guerre russo-japonaise, aux environs de Kaiyuan en Chine, en 1905|left|Exécution d'un espion lors de la guerre russo-japonaise, aux environs de Kaiyuan en Chine, en 1905.

En 1906, à la fin d'un cours, il assiste à la projection de diapositives d'actualités sur la guerre russo-japonaise. L'une de ces images, montrant l'exécution publique d'un Chinois accusé d'espionnage, et dont il raconte dans la préface de Cris le bouleversement qu'elle lui causa, lui fait prendre conscience que . Et, conclut-il, « Préface à le Cri », , .. Il abandonne alors ses études de médecine. À Tokyo, durant les trois années suivantes, il écrit divers essais en chinois classique sur l'histoire de la science, la littérature européenne, la société chinoise et traduit la littérature de plusieurs auteurs étrangers en chinois. thumb|alt=De la Terre à la Lune et Voyage au centre de la Terre de Jules Verne traduits par Lu Xun|De la Terre à la Lune et Voyage au centre de la Terre de Jules Verne, traduits par Lu Xun sous une forme abrégée à partir d'une version japonaise, en 1903, dans un but de vulgarisation.

En 1908, Lu Xun adhère à la Société de Restauration, une organisation chinoise anti-QingFeng Xuefeng, « Lu Xun, sa vie, son œuvre », , dans .. Avec d'autres étudiants chinois, Lu Xun suit les événements liés au mouvement révolutionnaire contre la dynastie Qing dans la presse japonaise : assassinat du gouverneur de l'Anhui par , exécution de Qiu Jin… Il fait la connaissance d'un ancien élève de Xu Xilin, Fan Ainong« Fan Ainong », ..

Shaoxing et Pékin En 1909, Lu Xun retourne en Chine et enseigne la physiologie et la chimie à l’École normale de Hangzhou, puis dans une école de sa ville natale de Shaoxing. En 1911, il assiste à la révolution républicaine : . Il devient recteur de l’école normale supérieure de Shaoxing et publie la nouvelle En souvenir d’un passé lointain, rédigée en langue classique et ridiculisant le féodalisme. Il soutient la création d'un journal lancé par un groupe de jeunes gens opposés à la nouvelle administration, puis démissionne de son poste.

Lors de l’instauration du gouvernement provisoire après la chute des Qing, sur l'invitation du ministre de l’Éducation Cai Yuanpei, il devient attaché au ministère de l'Éducation.

Lu Xun loge, de 1912 à 1919, à l'auberge de Shaoxing de Pékin. Il traverse une période de dépression et s'adonne à des travaux d'érudition. : collecte d'inscriptions de l'époque des Six Dynasties, publication de l'œuvre de Ji KangFeng Xuefeng, « Lu Xun, sa vie, son œuvre », , dans .... Il évoque cette période dans la préface de son recueil Cris.

L’année 1918 voit la publication, dans la revue Nouvelle Jeunesse, de sa premièrer œuvre en langage parlé, ou baihua, Le Journal d’un fou, qui connaît un succès immédiat. Cette publication fait suite au manifeste pour l'adoption du baihua à l'écrit lancé l'année d'avant par Hu Shi dans la même revue. La nouvelle est considérée comme un texte fondateur pour le Mouvement du 4 mai 1919Lucien Bianco, , Gallimard, , 1967, pp. 71, 79-80.. C'est à cette occasion que Lu Xun adopte pour la première fois le pseudonyme sous lequel il est connu, Lu étant le nom de famille de sa mère.

En 1920, Lu Xun, opposé à l'orientation radicale voulue par Chen Duxiu, quitte, ainsi que Hu Shi, le comité de rédaction de la revue Nouvelle JeunesseLucien Bianco, Les Origines de la révolution chinoise, 1915-1949, .. Il devient maître de conférences à l'Université de PékinLe sceau actuel de l'Université de Pékin a été dessiné par Lu Xun. et à l'École normale supérieure nationaleFeng Xuefeng, « Lu Xun, sa vie, son œuvre », , dans ..

1921 voit la parution en feuilleton de la nouvelle La Véritable Histoire de Ah Q. En 1922, Lu Xun traduit Chinmoku no tō (la Tour du silence, 1910) du Japonais Mori Ōgai. En 1923 paraît Cris, recueil de nouvelles où figurent notamment Le Journal d'un fou et Ah Q.

Lu Xun traduit en 1924 Le Symbole de la souffrance du Japonais Kuriyagawa Hakuson, traité de théorie littéraire influencé par la psychanalyse. Il crée la revue Yu si (« Au fil des paroles ») avec, entre autres, son frère Zhou Zuoren, Yu Dafu, Lin Yutang, Qian Xuantong en 1924, puis La Plaine stérile, dont paraissent 32 numéros d'avril à : « Avant-propos », ..

En 1925, il soutient la révolte des étudiantes de l'École normale de jeunes filles de Pékin, où il est chargé de cours depuis 1921. Renvoyé de son poste au ministère de l'Éducation, il intente un procès qu'il gagne et réintègre son poste. Au début de l'année 1926 paraît le recueil Sous le dais fleuri, qui regroupe les essais parus au cours de l'année 1925, dont ceux consacrés à la révolte précitée. Il fonde une association ayant pour objectif de promouvoir la littérature russe en Chine par la traduction des classiques.

Les dernières années thumb|alt=Ligue chinoise des Droits de l'homme|Ligue chinoise des droits de l'homme : Lu Xun (à gauche), Song Qingling (à droite). D'août à , il est professeur de littérature à Xiamen. En 1927, Lu Xun épouse Xu Guangping, ancienne étudiante de l'École normale de jeunes filles de Pékin. En , il devient doyen de l'université Sun Yat-sen de Canton et responsable de sa faculté de langue et de littérature chinoises. En juillet paraît son recueil de poèmes en prose La Mauvaise Herbe. À la fin de l'année, il devient professeur à l'Université nationale du travail, d'obédience anarchiste, à ShanghaiJean-Jacques Gandini, « L'anarchisme, face cachée de la révolution chinoise », Perspectives chinoises, juin 1993, . .