La série de fusées Aggregat est un ensemble de modèles de fusées militaires développées entre 1933 et 1945 dans le cadre d’un programme de recherche de la Wehrmacht, l'armée de terre de l'Allemagne nazie. Son plus grand succès fut l'A4, plus connue sous le nom de V2. Le mot allemand Aggregat fait référence à un groupe de machines fonctionnant ensemble.
Variantes A1 L'A1 est la première conception de fusée de la série Aggregat. Elle fut conçue en 1933 par von Braun dans le cadre d’un programme de recherche de la Wehrmacht à Kummersdorf, dirigé par Walter Dornberger. L'A-1 était la grand-mère de la plupart des fusées modernes. La fusée faisait de long, de diamètre, et avait une masse au décollage de . Le moteur, conçu par Arthur Rudolph, utilisait un système de propulsion alimenté sous pression brûlant de l'alcool et de l'oxygène liquide, et produit () de poussée pendant . La fusée était stabilisée par un gyroscope d’une vingtaine de kilos situé dans le nez, mais on craignait que cela puisse causer des problèmes avec les combustibles liquides. Bien que le moteur ait été testé avec succès lors d’un essai, la fusée lors de la première tentative de vol explosa sur la rampe de lancement. La conception fut évaluée comme étant instable, et aucune autre tentative de mise à feu ne fut faite. Les efforts se portèrent alors sur la conception de l'A2Gatland 1989, .
A2 vignette|400px|Fusée A2
La fusée A2 fut conçue en 1934 par von Braun dans le cadre du programme dirigé par Dornberger à Kummersdorf. D'une longueur de et développant une poussée de en brûlant de l'alcool et de l'oxygène liquide, elles étaient dans ses grandes lignes similaires à la fusée A1. Cependant, à la différence de l'A1, les gyroscopes de stabilisation de l'A2 étaient au centre de la fusée, entre les réservoirs d'alcool et d'oxygène, ce qui fait qu'elle était plus stable. La fusée avait une masse à vide de , et de au décollage. Le premier vol d'essai fut effectué en à Kummersdorf.
Deux A2 furent construites pour un test à plein régime, et furent nommées d'après la bande dessinée de Wilhelm Busch, Max et Moritz. Les 19 et , elles furent lancées sur l'île de Borkum en mer du Nord. Elles atteignirent respectivement l'altitude de et de Gatland 1989, .Fusées Aggregat A1 et A2..
A3 Le développement de l'A3 peut être retracé au moins à partir de , lorsque l'Oberstleutnant Ernst Ritter von HorstigBiographie de Ritter von Horstig genannt d'Aubigny von Engelbrunner, Dipl. Ing. Ernst. alloua au général Karl Becker un budget de près d'un demi-million de reichsmarks pour la construction de deux nouveaux bancs d'essai à Kummersdorf. Cela comprenait des bancs d'essais mobiles, de petites locomotives, des bureaux et des espaces de rangement. Les plans de l'A3 prévoyaient une fusée avec un système de guidage inertiel et une poussée moteur de ..
En , le Generaloberst Werner von Fritsch fut le témoin d'un tir statique d'un moteur d'A3 à Kummersdorf et fut suffisamment impressionné pour apporter son soutien au programme de fusées.. Comme les premières fusées A1 et A2, l'A3 utilisait également un système de propulsion alimenté sous pression et le même mélange d’oxygène liquide et d'alcool (75 %) que les modèles antérieurs. Il générait de poussée pendant . Elle utilisait un système à trois gyroscopes pour piloter les ailettes de tuyère en alliage de tungstène.. La conception fut terminée et secrètement brevetée au printemps 1936. Des modifications tendant à rendre stable la fusée à des vitesses supersoniques furent finalisées à l'automne.
Les fusées A3 sont les premières à être lancées de la région de Peenemünde., en l'occurrence de l'île de Greifswalder Oie où se trouve un phare, d'où le choix du nom de code retenu, opération Phare, à partir du . En raison de conditions météorologiques défavorables, la première fusée A3 ne put être tirée que le . Les premier et deuxième lancements furent affectés par plusieurs problèmes mettant en cause à la fois le déploiement prématuré du parachute et une panne de moteur. Les deux fusées s'écrasèrent à proximité de leurs points de lancement. Le parachute fut désactivé dans les troisième et quatrième fusées, mais celles-ci connurent aussi des pannes de moteur, bien que le non-déploiement de leur parachute leur permît de s'écraser plus loin de l'aire de lancement. Selon une autre source, une A3 atteignit une portée de et une altitude de Gatland 1989, ..
À chaque échec d'un lancement, von Braun et Dornberger cherchaient la cause. Au début, il fut estimé qu'une charge électrostatique avait prématurément déclenché le parachute, mais cela fut écarté. En fin de compte, les échecs furent attribués à la mauvaise conception du système de guidage inertiel de la fusée expérimentale et à des instabilités mineures dans le corps de la fusée et à la conception des ailettes.
Après cette série de lancements infructueux, la fusée A3 fut abandonnée et reconçue sous le nom d'A5. Pendant ce temps, le travail continuait sur la fusée A4 .
Caractéristiques Longueur : Diamètre : Ailettes : Masse au lancement : Ergols : l'éthanol et oxygène liquide Poussée au décollage : ()
A4 (fusée V2)
La fusée A4 est une conception en vraie grandeur avec une portée d'environ , à une altitude atteinte supérieure à , transportant une charge utile d'environ une tonne. Parmi les versions de l'A4, on trouve le premier missile balistique, le premier projectile à atteindre l'espace extra-atmosphérique, et des fusées activement utilisées dans la guerre..
Cette augmentation de capacité a été possible grâce à une refonte complète du moteur de l’A3 (ce qui a donné la fusée connue sous le nom A5) par Walter Thiel. Il devint clair que les conceptions de Wernher von Braun se transformaient en véritables armes, et Dornberger déplaça l'équipe du centre de tests d'artillerie de Kummersdorf (près de Berlin) dans une petite ville, Peenemünde, sur l'île d'Usedom sur la côte allemande de la mer Baltique, afin d’avoir plus de place pour les essais et maintenir le plus grand secret.
Cette version fut complètement fiabilisée et, en 1941, l'équipe avait tiré . Le premier vol de l'A4 en la vit voler environ et s'écraser dans l'eau. La deuxième fusée atteignit une altitude de avant d'exploser. La troisième fusée, lancée le , suivit une trajectoire parfaite. Elle retomba à , et atteignit une hauteur de .
La production de la fusée, maintenant connue sous le nom (V2), , commença en 1943 sur l'insistance du ministère de la Propagande de Goebbels. Les Alliés étaient déjà au courant de l'arme. En effet, un missile tiré d'un site d'essai à Blizna en Pologne avait été récupéré par les agents de résistance polonaise sur la rive du Bug, et des détails techniques vitaux avaient été donnés au service de renseignement britannique au cours de l'opération Most III.
vignette|left|210px|Débris de V2 récupérée dans la rivière Bug, près de Sarnaki;
Le site banc d'essai de missiles situé à Blizna fut rapidement localisé par le mouvement de résistance polonais, l'Armia Krajowa, grâce à des rapports d’agriculteurs locaux. Des agents de l’Armia Krajowa sur le terrain parvinrent même à obtenir des morceaux de roquettes, en arrivant sur les lieux de retombée avant les patrouilles allemandes.
Au début de , le quartier général du renseignement britannique reçut un rapport d'un agent de l’Armia Krajowa (nom de code: « Makary ») qui avaient secrètement étudié la voie ferrée de Blizna et observé un wagon extrêmement bien gardé par des troupes SS contenant un objet qui, bien que couvert par une bâche, ressemblait à une « torpille monstrueuse ».. Par la suite, un plan fut mis sur pied pour tenter de capturer une fusée V2 complète non explosée et de la transporter en Grande-Bretagne. Aux environs du , une fusée V2 en assez bon état était tombée sur la rive marécageuse de la rivière Bug près du village de Sarnaki. Les Polonais locaux réussirent à la dissimuler avant l'arrivée des Allemands. La fusée fut ensuite démontée et transportée à travers la Pologne. À la fin , la résistance polonaise (l'Armia Krajowa et les V-1 et V-2) transporta secrètement les parties de la fusée en dehors de la Pologne dans le cadre de l'opération Most IIIZak, Anatoly: RussianSpaceWeb.Com: 2009 afin qu'elle soit analysée par les services secrets britanniques.
A4 - missile mer-sol À l’automne 1943, le directeur du Deutsche Arbeitsfront, Otto Lafferenz, proposa l'idée d'un conteneur étanche à l'eau, tractable et qui pourrait contenir une fusée A4. Cette suggestion se concrétisa en la conception d'un conteneur de destiné à être remorqué derrière un sous-marin. Une fois en position de tir, les conteneurs seraient placés à la verticale pour le lancement. Le projet fut baptisé Projekt Schwimmweste et les conteneurs eux-mêmes par le nom de code Prüfstand XII. Les travaux sur les conteneurs furent réalisés par le Vulkanwerft, et un seul exemplaire fut achevé à la fin de la guerre, mais il ne fut jamais testé avec un lancement de fusée.
A4b/A9 Dans le cas où les sites de lancement devraient être déménagés à l’intérieur des frontières du Reich, la pression fut mise sur von Braun et ses collègues pour qu’ils développassent une version à plus longue portée de l'A4 connue alternativement sous les dénominations A9 et A4b. La raison de cette double désignation était que la série A4 avait reçu la « priorité nationale », la désignation A4b assurait donc la disponibilité de ressources limitéesNeufeld, .
En , Kurt Patt du bureau d'études de Peenemünde proposa d’y adjoindre des ailes pour convertir la vitesse et l'altitude de la fusée en portance aérodynamique et donc en portéeNeufeld, . Comme la fusée rencontrait une atmosphère plus dense sur sa phase de descente, elle planerait, convertissant sa vitesse en portée. Patt proposa également la Flossengeschoss (projectile effilé). Ces deux concepts furent utilisés par Dornberger quand il rédigea une note de présentation à Adolf Hitler à propos de la « fusée Amérique » le Neufeld, & 283.
Les études de conception de la fusée A-9 débutèrent en 1940. En plus de ses ailes, l'A9 aurait été un peu plus grande que l'A4 et son moteur aurait produit une poussée supérieure d'environ 30 %. À la suite d'essais de modèles en soufflerie, la conception fut modifiée par la suite pour remplacer les ailes par des apex de fuselage, les tests ayant montré que ceux-ci offraient une meilleure portance aux vitesses supersoniques et résolvaient le problème du déplacement du centre de portance aux vitesses transsoniques.
Le développement fut suspendu en 1941, mais en 1944, plusieurs V2 furent modifiées dans une configuration proche de celle de l'A9 sous la désignation A4b. Il avait été calculé que l’ajout d’ailes permettrait d'amener la portée des A4 à , ce qui permettait d’attaquer des cibles en Grande-Bretagne à partir de sites de lancement situés en Allemagne. Il était prévu que la courbe de la trajectoire de l'A4b serait plus arrondie et que la fusée planerait vers sa cible. Il était prévu que l'interception par des avions ennemis à la fin de la phase de planage serait pratiquement impossible, car au-dessus de sa cible, l'A4b devait plonger quasi verticalement, laissant peu de temps pour l'interception.
Le concept A4b fut testé en ajoutant des ailes en flèche à deux A4 lancés de Blizna. Cependant, peu de travail d'adaptation fut effectué et le premier lancement le fut un échec complet. La seconde tentative de lancement, le , fut partiellement réussie, car l'aile se rompit, mais l'A4b réussit quand même à devenir le premier missile ailé guidé franchissant le mur du son et atteignant Mach 4.
A5