Le diocèse de Luçon (en latin : ) est un diocèse de l'Église catholique en France. Le siège épiscopal est à Luçon.

Érigé en 1317, il est le diocèse historique du Bas-Poitou. Il correspond aujourd'hui au département de la Vendée.

Depuis 2002, il est suffragant de l'archidiocèse de Rennes et relève de la province ecclésiastique du même nom qui comprend les diocèses d'Angers, Laval, Le Mans, Nantes, Quimper et Léon, Rennes, Dol et Saint-Malo, Saint-Brieuc et Tréguier, et Vannes.

Depuis , l'évêque de Luçon est Renauld de Dinechin, précédemment évêque de Soissons, Laon et Saint-Quentin.

Histoire

Avant la création du diocèse, celui de Poitiers couvrait l'intégralité du Poitou. Aux origines du christianisme, la région a été évangélisée par Hilaire, évêque de Poitiers, et Philibert de Noirmoutier.

L'érection d'un diocèse poitevin Par la bulle Salvator Noster du de , le diocèse de Poitiers est démembré avec la création de ceux de Luçon et de Maillezais en raison principalement de l'extension territoriale de celui-ci et de l'augmentation considérable du nombre de ses habitants, atteignant presque un million de personnes. En effet, l'évêque ne pouvait alors fournir tous les services spirituels nécessaires pour son diocèse. Comme l'abbaye de Maillezais, dans la partie occidentale du Bas-Poitou, le monastère Sainte Marie de Luçon est choisi pour devenir le siège épiscopal, de préférence à l'abbaye de Saint-Michel-en-l'Herm. Les choix des nouveaux évêchés s’appuient notamment sur la forte implantation monastique qui a insufflé au sud du Bas-Poitou un remarquable dynamisme. Ces créations ne sont pas des faits isolés : elles font partie d'un mouvement plus important de réorganisation de l'administration pontificale menée par le pape, qui aboutit à un total de seize nouveaux évêchés dans le sud de la France entre le et le .. L'abbé de Luçon, de La Veyrie, est dès lors promu évêque et suffragant de l'archevêque de Bordeaux.

Un territoire au cœur de la guerre de Cent Ans Lorsque les Plantagenêts affirment leurs droits sur la couronne de France, la guerre, à partir de 1346 à Crécy, se concentre dans le nord de la France, mais les côtes poitevines connaissent les incursions des Anglais, qui débarquent à Talmont et incendient l'abbaye d'Orbestier. Cependant, outre la guerre, c'est la grande peste qui fait le plus de ravages au sein des populations du Bas-Poitou (1348-1350).

En 1356, les Anglais débarquent en Poitou et vainquent à Poitiers. Jean Chandos, lieutenant d'Édouard de Woodstock, dit "le Prince Noir" prend possession des villes de Niort, Fontenay, La Roche-sur-Yon, Montaigu, et ses troupes sèment à travers les campagnes la "terreur anglaise". Par le traité de Brétigny en 1360, le Poitou est cédé au royaume d'Angleterre. Neuf ans plus tard, rompt le traité et confie la reconquête du Poitou à Bertrand Du Guesclin. Celui-ci, aidé par Olivier de Clisson, reprend une à une les villes perdues et fait tomber Poitiers en 1372. Pendant vingt ans, le Poitou se relève de ses ruines.

Cependant, la guerre civile et les désordres internes au royaume de France relancent les ambitions du roi d'Angleterre. débarque en Normandie, triomphe à Azincourt en 1415 et se fait livrer le royaume de France par le traité de Troyes. Le dauphin (futur ) se réfugie à Poitiers dont il fait sa capitale, mais son armée ne subit que des revers contre les Anglais. De nombreux seigneurs du Bas-Poitou accompagnent Jeanne d'Arc dans son épopée : Gilles de Rais, Chabot-Perceval de La Roche-sur-Yon et Arthur de Richemont de Fontenay. Malgré l'arrestation de la pucelle, l'impulsion donnée permet la reconquête des territoires sous occupation anglaise jusqu'à la bataille de Castillon en 1453.

La Réforme et les conflits de religion Après la guerre de Cent Ans suit un siècle de prospérité pour le diocèse et sa région. La prospérité économique revient avec la progression du commerce du sel dont l'Abbaye Saint-Michel-en-l'Herm située en Marais Poitevin, fut un important acteur économique en Bas-Poitou, mais aussi d'autres denrées tels le poisson et les fruits de mer. En bordure du marais, Fontenay-le-Comte, capitale du Bas-Poitou, connaît un éveil intellectuel et artistique de premier ordre avec tout ce que la Renaissance apporte de nouveautés et d'élégances. Par exemple, on y retrouve le poète François Rabelais, dont le protecteur était l'évêque de Maillezais. Cette nouveauté s'enfonce jusque dans les croyances et la foi chrétienne. La Renaissance, en Bas-Poitou comme partout, est inséparable de la Réforme.

Dès 1515, les pensées de la Réforme sont prêchées par Michelle de Saubonne au Parc Soubise à Mouchamps. De grandes familles bas-poitevines la suivent tels les Rohan. Les premières persécutions se déclenchent en Bas-Poitou contre les réformés tandis que la religion calviniste progresse parmi les populations rurales. De nombreuses paroisses comme Pouzauges, Chantonnay ou Saint-Gilles-sur-Vie deviennent des bastions du calvinisme en Bas-Poitou. En 1562, le bocage devient le théâtre d'instabilités : combat de Mouilleron, saccage de Luçon et des bourgades environnantes (), siège et occupation de Fontenay. Pouzauges, Montaigu et La Châtaigneraie sont prises par les huguenots en 1563. La paix d'Amboise ramène cependant le calme jusqu'à la Saint-Barthélémy en 1572 où les violences s'allument puis s'éteignent au gré des trêves et des reprises de combats. Les scènes de pillage, d'incendies, perpétrées par l'un ou l'autre parti, se répètent et ravagent le Bas-Poitou, notamment sur les abbayes.

À partir de 1574, le conflit prend une dimension politique avec de Navarre. Il participe aux combats jusqu'en 1580, auxquels succèdent une paix relative pendant cinq ans. , s'allie alors avec le roi de Navarre contre les excès de la Ligue catholique des Guise. Quand il est assassiné, il laisse son trône au chef de la maison de Bourbon qui entame alors une entreprise afin de le conquérir. Devenu , il abjure le protestantisme et proclame l’édit de Nantes (1598) pour ramener la paix. Les territoires bas-poitevins refusent pourtant de désarmer obligeant le roi de revenir en Bas-Poitou pour réduire les derniers ligueurs réparer les dommages de la guerre.

gauche|vignette|200px|Le Cardinal de Richelieu par Philippe de Champaigne, musée des Beaux-Arts de Strasbourg. Après être passé entre les mains de quelques grandes familles, le diocèse de Luçon passe entre les mains de la famille de Richelieu à partir de 1584 avec . En 1605, son petit-neveu Armand-Jean du Plessis de Richelieu devient évêque de Luçon. Il rencontre le chapitre de Luçon à Fontenay-le-Comte le et ne se rend à Luçon que l'année suivante. Peu après son installation dans son diocèse, il montre son caractère de réformateur catholique en étant le premier évêque en France à mettre en œuvre les réformes institutionnelles que le concile de Trente avait prescrites entre 1545 et 1563.

En 1622, les protestants, reprennent les armes avec Benjamin de Rohan. En 1625, Richelieu s’adresse au roi en son conseil pour le mettre en garde contre les huguenots. À la suite de l'édit de Nantes, les protestants de France forment un État dans l’État : ils ont leurs assemblées politiques, une organisation territoriale et leurs places fortes militaires. Leur métropole est la ville de La Rochelle qui s’est de fait depuis un demi-siècle affranchie de l’autorité royale. Richelieu décide de soumettre définitivement la ville, et en entreprend le siège sur un an (1627-1628) qui achève de réduire les forces des réformés. Cette nouvelle insurrection des nobles bas-poitevins entraîne la destruction de beaucoup des forteresses décidée par Richelieu qui connaît bien son ancien diocèse. confirme cependant la liberté de culte par l’édit de grâce d’Alès (1629). Le climat religieux de l'époque est cependant à l’heure d’une contre-offensive du catholicisme, c’est la contre-réforme.

Les protestants gardent durant quelques décennies la liberté de pratiquer leur culte. Mais avec l'avènement de , ils sont de nouveau persécutés par les dragonnades. En 1685, révoque l’édit de Nantes par l’édit de Fontainebleau, supprimant officiellement le protestantisme, et entraînant l'exil de nombreux poitevins en dehors du royaume.

Les , une période de missions Henri de Barillon, évêque de 1671 à 1699, se distingue par sa charité et par ses aumônes. Il fait construire un séminaire, des maisons de retraite et des refuges pour les nouveaux convertis. Il dépense près de 24.000 livres pour faire rebâtir le clocher de sa cathédrale qui s'était écroulé quelques années avant sa nomination.

vignette|redresse=0.7|Louis-Marie Grignon de Montfort et Marie-Louise Trichet.

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, breton d'origine, né en 1673, a suivi une carrière ecclésiastique assez laborieuse en s'appuyant toute sa vie durant sur deux pôles essentiels : l'aide aux pauvres et l'apostolat missionnaire. C'est dans cet élan qu'il a fondé la congrégation de la Compagnie de Marie (Pères montfortains) en 1705. Ces prêtres missionnaires ruraux avait pour objectif d'évangéliser les campagnes de l'Ouest de la France. Aussi, avec Marie-Louise Trichet, il fonde en 1703 la congrégation féminine des Filles de la Sagesse. Au cours de ses missions, il ramène les habitants marqués par plus d'un siècle de calvinisme à la religion catholique, y organisant les plus importantes de ses missions. S'usant au travail, il meurt en 1716 au cours de l'une d'elles, à Saint-Laurent-sur-Sèvre, ville où il est enterré.

Les apparaissent cependant comme une période de relative prospérité économique dans la région, mais qui reste cependant confrontée à un certain immobilisme dans la société gérée par la paroisse et la seigneurie. L'évêque Guillaume-Samuel de Verthamon de Chavagnac se heurte à partir de 1743 aux Jésuites qui dirigent le séminaire mais aussi aux Ursulines. À partir de 1755 les conflits se concentrent sur le catéchisme dit de Luçon qui l'oppose aux religieuses de l'Union chrétienne. L'affaire remonte au roi et même au pape. Cependant la congrégation de l'Index saisie ne condamne pas l'évêque le . Après cet épiscopat lourd de conflits, Claude-Antoine-François Jacquemet-Gaultier d'Ancyse a la lourde tâche de rétablir l'orthodoxie et la discipline religieuse. Il publie des statuts synodaux et impose la liturgie parisienne.

Les troubles révolutionnaires Le Bas-Poitou catholique et royaliste manifeste une vive opposition aux bouleversements créés par les événements révolutionnaires de 1789. En 1790, le territoire diocésain est calqué sur les limites du département de la Vendée, et le diocèse devient celui de la Vendée, l'un des quatre-vingt-trois diocèses de l'Église constitutionnelle. L'administration révolutionnaire n'est pas bien admise, surtout quand elle se met en devoir d'appliquer la politique religieuse voulue par la Constituante. En effet, le l'Assemblée vote la Constitution civile du clergé qui suscite une forte hostilité en Vendée : plus de 80 % des prêtres refusent de jurer, et leur arrestation aggrave les tensions. Les paysans vendéens ne voient pas d'un bon œil la confiscation des biens du clergé, perdent confiance quand on oblige leurs prêtres à prêter serment de fidélité à la nation et refusent de cautionner un pouvoir qui s'attaque à la religion. Les prêtres assermentés étant peu nombreux, beaucoup de paroisses restent sans curé, et l’exercice du culte prend un caractère clandestin.

De plus, le Poitou est une région rurale où la population est sensible au renchérissement des denrées, ce qui contribue à la misère. En , les assignats ont perdu la moitié de leur valeur, la rémunération du travail permet de moins en moins à faire face à la hausse du coût de la vie. De plus, les inégalités se creusent avec une bourgeoisie urbaine qui s'enrichit dans ce commerce des assignats : négociants, juges, avocats, fonctionnaires de l’État et propriétaires qui détiennent le pouvoir économique et politique et adhère aux idées de la Révolution.