La crise des missiles nord-coréens de 2013, également dénommée parfois crise nord-coréenne de 2013 dans les médias, est une série de fortes tensions diplomatiques entre la Corée du Nord et la Corée du Sud, les États-Unis et le Japon qui trouve ses origines après le lancement par les Nord-Coréens du satellite Kwangmyŏngsŏng 3 numéro 2 le et l'essai nucléaire du 12 février 2013, largement condamnés par la communauté internationale et qui ont conduit le Conseil de sécurité des Nations unies à envisager et à prendre de nouvelles sanctions contre le gouvernement de la république populaire démocratique de Corée (RPDC) (résolutions 2087 et 2094).

Elle est marquée par une escalade de la rhétorique belliqueuse du régime de Kim Jong-un et des mesures suggérant une guerre nucléaire imminente contre les États-Unis et la Corée du Sud. Cette crise a par ailleurs eu pour effet de démarrer une nouvelle course aux armements en Asie du Nord-Est.

Contexte

Programme spatial nord-coréen La Corée du Nord lance le satellite artificiel Kwangmyŏngsŏng 3 numéro 2 en orbite le afin de célébrer le premier anniversaire de la mort de l'ancien dirigeant Kim Jong-il et peu avant l'élection présidentielle sud-coréenne de 2012 (). Certains pays (États-Unis, Corée du Sud et Japon) considèrent ce lancement comme un test de missile balistique et l'ont vivement condamné, amenant le conseil de sécurité des Nations unies à prendre de nouvelles sanctions contre la Corée du Nord..

Essais nucléaires nord-coréens vignette|Carte sismique de l'essai nucléaire nord-coréen du 12 février 2013.

Le , deux jours après avoir été condamnée pour le lancement d’une fusée Unha 3 le par le Conseil de sécurité des Nations unies, la Corée du Nord annonce qu'elle allait procéder à un nouvel essai nucléaire. À la télévision nord-coréenne, le présentateur annonce ouvertement que cet essai allait être dirigé contre leur « ennemi », les États-Unis.

L'essai souterrain, d'une puissance de 6 à 7 kilotonnes selon les services sud-coréens, a eu lieu à 2 h 57 min 49 s UTC le et a été confirmé par la Korean Central News Agency (KCNA). Selon l'United States Geological Survey (USGS), la magnitude de l'activité sismique mesurée dans la péninsule coréenne était de 5,1. Des secousses ont été par ailleurs ressenties par des résidents d'Hunchun et d'Antu dans la province de Jilin en Chine 吉林珲春市民感到晃动 老太错以为心脏病犯了, News.ifeng.com, 12 février 2013. Il s'agit du troisième essai nucléaire de la Corée du Nord en sept ans après ceux de 2006 et de 2009.

Chronologie

Janvier et février 2013 Le , à l'occasion du Nouvel An, Kim Jong-un s'adresse à la télévision d'État et prononce un discours appelant à de meilleures relations avec le Sud. Le , la Corée du Nord annonce en revanche cibler les États-Unis grâce à ses armes nucléaires, qualifiant ceux-ci .

Le , la Corée du Nord mène un essai nucléaire, condamné en grande partie par la communauté internationale. Trois jours plus tard, le , le régime nord-coréen informe la république populaire de Chine qu'il mènera un ou deux autres essais nucléaires supplémentaires en 2013. Les forces armées sud-coréennes sont mises immédiatement en état d'alerte tandis que le président américain Barack Obama a qualifié l'essai de « provocateur » et portant atteinte à la stabilité régionale. Il exprime dans une déclaration sa détermination à défendre les États-Unis et leurs alliés. Les États-Unis ont par ailleurs envoyé un aéronef équipé de capteurs pour savoir si du plutonium ou de l'uranium a été utilisé par les Nord-Coréens.

Mars 2013 vignette|Le déploiement de Northrop B-2 Spirit par l'US Air Force le 28 mars 2013, bombardiers stratégiques furtifs capables de transporter des armes nucléaires, a conduit le régime nord-coréen à déclarer être en état de guerre contre le Sud le 31 mars.

En se tiennent des exercices militaires conjoints entre la Corée du Sud et les États-Unis, d'une durée théorique d'au moins un mois, jusqu'à fin avril, nom de code Foal Eagle (en hangeul : 독수리 연습), provoquant la colère du Nord. Le , la Corée du Nord menace de dénoncer l'armistice de 1953 avec la Corée du Sud.

Le , alors que le conseil de sécurité doit se réunir pour discuter de nouvelles sanctions, la Corée du Nord menace d'une « frappe nucléaire préventive » : « Comme les États-Unis sont sur le point de déclencher une guerre nucléaire, nous exercerons notre droit à une attaque préventive contre les quartiers généraux de l'agresseur afin de protéger notre intérêt suprême. » a déclaré le porte-parole des affaires étrangères dans un communiqué diffusé par l'agence de presse officielle KCNA.

Le , la Corée du Nord annonce ne plus être liée par les protocoles de paix qui ont mis fin à la guerre de Corée et ferme tous les points d'accès avec la Corée du Sud. Les généraux nord-coréens affirment que leurs missiles à longue portée visent le continent américain (ainsi que Guam dans le Pacifique) North Korea ends peace pacts with South, BBC News, 8 mars 2013. Ces avertissements, menaces et propos guerriers se succèdent à un rythme quasiment quotidien. Toutes les communications entre Séoul et Pyongyang sont coupées.

Le , les exercices militaires conjoints américano-sud-coréens continuent en dépit des menaces nord-coréennes.

Le , le secrétaire à la Défense des États-Unis, Chuck Hagel, annonce que fort Greely en Alaska (site de l'armée américaine dédié au lancement de missiles antibalistiques) pourrait être rouvert en cas d'attaque de l'Iran ou de la Corée du Nord après avoir planifié le déploiement de 14 Ground Based Interceptor supplémentaires sur le sol américain d'ici 2017.

Le , la Corée du Sud est victime d'une cyberattaque provenant d'adresses IP chinoises mais des experts sud-coréens estiment que les services de renseignement nord-coréens pourraient être derrière cette attaque.

Le , l'Agence sud-coréenne de sécurité internet (KISA) confirme après avoir analysé les codes d'accès et les codes malveillants (notamment d'un certain virus dénommé « DarkSeoul ») que le Nord est bien à l'origine de celle-ci.

vignette|Le test d'un missile balistique américain Minuteman III fut planifié le 9 avril 2013 mais reporté en raison des tensions dans la péninsule coréenne.

Le , l'United States Air Force déploie des bombardiers Boeing B-52 Stratofortress de Guam afin de survoler le territoire sud-coréen dans le cadre des exercices militaires conjoints et ainsi assurer une présence continue en Corée du Sud. Le même jour, la force maritime d'autodéfense japonaise déploie 3 destroyers dotés de systèmes de combat Aegis selon les médias japonais. Le , deux bombardiers stratégiques furtifs Northrop B-2 Spirit américains capables de transporter des armes nucléaires décollent de Whiteman Air Force Base au Missouri pour une mission d'entrainement au tir au-dessus de la Corée du Sud avant de retourner à leur base. Le , la Corée du Nord annonce être en état de guerre avec le Sud. Le , deux chasseurs furtifs américains Lockheed Martin F-22 Raptor sont déployés à Osan Air Base depuis Kadena Air Base à Okinawa au Japon, principale base aérienne de l'US Air Force en Corée du Sud.

Avril 2013 Le , la république populaire de Chine place des formations de l’armée populaire de libération en état d'alerte près de la frontière sino-coréenne, les forces de Taïwan déploient des batteries de missiles sol-air en cas de tir vers leur île.

Le , la Corée du Nord annonce qu'elle va relancer son complexe nucléaire de Yongbyon, fermé depuis 2007, afin de renforcer son arsenal nucléaire en .

Le , Pyongyang interdit l'accès au complexe de Kaesong aux ressortissants sud-coréens. Cette décision a pour effet de faire douter la communauté internationale quant aux réelles motivations de Kim Jong-un. En effet, les conséquences directes seront une réduction des entrées de fonds au Nord et donc un handicap certain pour le régime en cas de guerre, ce qui est la situation la plus probable dans un futur proche d'après le Comité de la défense nationale. Le , la Corée du Nord annonce qu'elle retire tous ses employés du complexe de Kaesong, provoquant sa fermeture temporaire. Le même jour, le collectif Anonymous affirme avoir dérobé de passe d'utilisateur et avoir piraté Uriminzokkiri, principal site de propagande de la Corée du Nord, dans le cadre de sa cyberguerre menée contre la RPDC.

Le , après avoir déployé un second missile sur sa côte orientale, la Corée du Nord annonce qu'elle ne sera plus en mesure de protéger les ambassades étrangères à Pyongyang à partir du et demande au personnel diplomatique du Royaume-Uni, de Russie et de Suède de quitter le pays. Yonhap estime que l'attaque nord-coréenne pourrait avoir lieu le pour coïncider avec la naissance de Kim Il-sung. La marine sud-coréenne déploie deux navires dotés de systèmes de combat Aegis par mesures de précaution.

Le , les États-Unis reportent un essai de missile balistique intercontinental, planifié depuis longtemps et qui devait se tenir à Vandenberg Air Force Base en Californie, à voir dans le contexte des tensions avec la RPDC, annoncé par le département de la Défense des États-Unis.

Le , les autorités nord-coréennes recommandent aux ressortissants étrangers présents en Corée du Sud de quitter le pays le plus vite possible, après avoir répété que la péninsule coréenne se dirige vers une . Par ailleurs, le même jour, le Japon déploie des systèmes de missile surface-air MIM-104 Patriot dans le centre de Tokyo et sur l'île d'Okinawa ainsi que des navires de guerre supplémentaires en mer du Japon. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, met en garde que la crise pourrait bientôt devenir .

vignette|Batterie de missiles sol-air MIM-104 Patriot PAC-2 de la force aérienne d'autodéfense japonaise; Ces engins ont été déployés, entre autres, à Tokyo, lors du tir de la fusée nord-coréenne Unha le 13 février 2012 au cas-où celui-ci aurait représenté un danger pour le Japon. vignette|Un lanceur MIM-104 Patriot PAC-3 de la d'infanterie des États-Unis, composante terrestre des United States Forces Korea à Osan. vignette|La station radar flottante américaine Sea-based X-band Radar, déployée le 11 avril 2013 afin de détecter tout tir éventuel de missile par la Corée du Nord. vignette|La zone industrielle de Kaesong, à environ 5 kilomètres de la zone coréenne démilitarisée (DMZ), fermée en avril 2013.

Le , le plus important poste-frontière sino-nord-coréen entre Dandong et Sinuiju est fermé aux touristes (seuls les voyages d'affaires entre les deux pays semblent encore être autorisés). Les forces américaines et sud-coréennes passent en WATCHCON 2 (menace vitale, dernier stade avant le 1 qui est utilisé en temps de guerre) alors que la Corée du Nord a déployé au moins sept installations mobiles sur sa côte orientale avec des missiles balistiques BM25 Musudan qui pourraient être utilisés dans le cadre d'essais ou contre le Japon. Les forces armées de la fédération de Russie ne sont quant à elles pas placées en état d'alerte, l'état-major de la région militaire Est déclarant , tout en affirmant . Par ailleurs, le même jour, une fausse alerte par les autorités sur Twitter à propos d'un lancement d'un missile nord-coréen provoque la panique dans la ville japonaise de Yokohama de 3,7 millions d'habitants.

Le , les missiles nord-coréens BM25 Musudan sont parés au lancement. Un rapport du Defense Intelligence Agency (relevant du Pentagone) estime que la Corée du Nord a terminé d'acquérir le savoir-faire technique nécessaire pour monter des armes nucléaires sur des vecteurs, en l’occurrence des missiles balistiques tandis que le ministère sud-coréen de la Défense « doute » de la capacité de la Corée du Nord à lancer un missile balistique à tête nucléaire. La station radar flottante américaine Sea-based X-band Radar est déployée afin de détecter tout tir éventuel de missile par le Nord.