La Galicie ( ; ; en ukrainien : , ) est une province de l'empire d'Autriche, formée en 1772 à partir des territoires polonais annexés par la monarchie des Habsbourg lors du premier partage de la Pologne, et restée autrichienne jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale.

D’une superficie d’environ , la Galicie est actuellement répartie entre la Pologne pour sa partie ouest autour de Cracovie, et l’Ukraine pour sa partie est autour de Lviv.

Toponymie Le nom du cette région historique européenne ne doit pas être confondu avec la Galice espagnole, et se décline comme suit : Галичина soit Halyčyna en ukrainien ; Galicja en polonais ; גאַליציע soit Golicje en yiddish ; Galizien en allemand ; Gácsország en hongrois ; Halič en tchèque et en slovaque ; Galiția en roumain ; Галиция soit Galitsiya en russe et Galiçya en turc.

Avant 1772, « Galicie » désignait le bassin du haut-Dniestr, autour de la ville de Halytch ayant donné son nom à la principauté de Galicie-Volhynie du , que l'historiographie ukrainienne considère comme le berceau initial de l'Ukraine. La ville de Lviv, capitale de la Galicie autrichienne (sous le nom allemand de Lemberg) a été fondée au par de Galicie.

Dans une perspective protochroniste, en vogue en Europe orientale, les groupes montagnards des Ukrainiens des Carpates, les Boykos et les Houtsoules, seraient respectivement les descendants slavisés des Celtes Boïens (ayant aussi laissé leur nom à la Bohême) et des tout premiers Slaves du avant leur différenciationDes historiens comme O.D. Boïko, V.I. Borisenko, R. Ivantchenko, A. Kotsur, V. M. Litvine, V.M. Mordvintsev et A.G. Slyousarenko avancent l'hypothèse d'une « population-relique » dans les Carpates..

Le terme de Ruthénie rouge (en ukrainien , en polonais , en latin ) a été utilisé pour désigner la Galicie orientale du Moyen Âge jusqu’à la Première Guerre mondiale.

Géographie

Le territoire du royaume de Galicie et de Lodomérie, au sein de l'Autriche-Hongrie, s'étendait en 1914 sur et correspond aujourd’hui aux régions suivantes :

En Galicie, se trouvent les parties polonaise et ukrainienne des Carpates (orientales et occidentales). Les pics Gerlach (, plus haut sommet des Carpates dans le massif des Tatras) et Hoverla (, plus haut sommet des Carpates ukrainiennes) en sont les sommets les plus significatifs.

Villes principales Brody, mentionnée pour la première fois en 1084, connue aussi sous le nom de Lubicz. Drohobytch, fondée en 1422. Jarosław, mentionnée pour la première fois en 1152. Kalouch, fondée en 1437. Kolomyia, fondée en 1370. Cracovie, fondée en 1257. Lviv (Lwów, Lemberg, Lvov), fondée vers 1256. Nowy Sącz, fondée en 1292. Przemyśl, fondée en 1383. Rzeszów, fondée en 1354 par le diplomate et chevalier Jan Pakosławic de Strożysk, primogéniteur de la famille Rzeszowski. Sambir, fondée en 1390. Sanok, fondée vers 1356. Ivano-Frankivsk (Stanislawów), fondée en 1663. Stryï, fondée en 1431. Tarnobrzeg, fondée en 1567. Tarnów, fondée en 1380. Ternopil, fondée en 1540. Tchervonohrad, fondée en 1692.

Histoire Jusqu'au début du , des peuples germaniques et celtiques, comme les Bastarnes ou les Lugiens, sont mentionnés en Galicie par Ptolémée dans sa Géographie à côté de peuples iraniens comme les Agathyrses ou les Sarmates, ou de peuples daciques comme les Costoboces..

Peuples et monarchies slaves En provenance de Polésie, des Slaves remplacèrent et absorbèrent les peuples antérieurs durant le . Ces Slaves étaient des Croates blancs alliés au à la Moravie et au à la Bohême. Au , une différenciation entre Slaves occidentaux à l'Ouest de la Galicie, et Slaves orientaux à l'Est, commence à se produire : sur le plan politique, les rois de Pologne et les princes de Kiev se disputent le pays tandis que sur le plan religieux, le christianisme de rite romain lié à la Pologne s'impose à l'Ouest, et le christianisme de rite byzantin lié à Kiev à l'Est.

En 1084, des principautés indépendantes émergèrent à Przemyśl, Terebovlia et Zvenyhorod, dirigées par les fils de , respectivement, Riurik, et , de la dynastie des Riourikides. En 1141, Vladimirko de Galicie les réunit au sein d'une seule principauté et transféra la capitale à Halytch, d'où le nom de « Galicie ». Sous , celle-ci connut un développement économique rapide et étendit sa zone d'influence sur les Volochovènes et les Valaques, en Moldavie jusqu'aux bouches du Danube et aux ports de Halats et de Kilia, établissant un commerce florissant avec l'Empire byzantin et le Royaume bulgaro-valaque, et .. En 1199, Roman de Volhynie, dit le Grand, s'empara de la Galicie et forma la principauté double de Galicie-Volhynie, avec Halytch pour capitale.

En 1241, la Galicie-Volhynie fut ravagée par l'invasion mongole de l'Europe qui aboutit à la vassalisation des principautés slaves orientales, chrétiennes orthodoxes, par la Horde d'or et ses états-successeurs tatars, tengristes puis musulmans. Les souverains galiciens cherchèrent donc du soutien à l'Ouest, en s'adressant à l'Église catholique. , sacré roi de Galicie-Volhynie par le pape en 1253, et son fils réussirent ainsi, en s'alliant à leurs voisins occidentaux polonais, à alléger la tutelle mongole sur leur royaume. Sous leur règne, la Galicie-Volhynie restaura sa croissance économique et de nombreuses villes furent fondées, dont Lviv, attirant des commerçants et artisans allemands, juifs, grecs et arméniens. gauche|vignette|redresse=0.8|La cathédrale de Stryï.

Période polonaise À la mort de et , derniers rois de la dynastie fondée par Roman le Grand, probablement lors d'un combat contre les Mongols en 1323, leur neveu, descendant de la branche de Mazovie de la dynastie des Piast, monta sur le trône sous le nom de Boleslas . En 1340, il fut empoisonné. Il en résulta une lutte de pouvoir entre la Pologne dont la dynastie des Piast revendiquait le trône, le grand-duché de Lituanie, et la Hongrie dont les rois revendiquèrent le titre de « rois de Galicie et Lodomérie » (nom latinisé de la Volhynie).

C'est le roi de Pologne Casimir le Grand qui assura son autorité sur la majeure partie du territoire galicien, qu'il distribua à ses nobles, inaugurant la polonisation du pays, facilitée par la conversion au catholicisme des voïvodes, des boyards et des joupans ruthènes auparavant orthodoxes. Sous Louis le Grand qui régnait à la fois sur la Pologne et la Hongrie, une hiérarchie catholique fut définitivement établie. En 1378, la Galicie autour de Lviv fut partiellement rattachée à la Hongrie pour neuf ans. À la mort de Louis en 1382, le grand-duc de Lituanie épousa la reine de Pologne Hedwige. Ainsi les deux pays furent liés l'un à l'autre, formant une Union qui accueillit de nombreux Juifs chassés d'autres pays européens, notamment des Ashkénazes d'Allemagne. Le mouvement hassidique s'y développa fortement, avec de nombreuses dynasties de rabbins. En 1387, Ladislas Jagellon reconquit la Galicie pour la Pologne, qui la conserva jusqu'au premier partage de la Pologne en 1772. gauche|vignette|redresse=0.8|La synagogue de Lesko (voïvodie des Basses-Carpates) qui abrite le musée des Juifs galiciens. Lorsqu'en 1569, l'union de Lublin transforma la Pologne et la Lituanie en une république des Deux Nations, les territoires de la future Galicie des Habsbourg fut divisée en voïvodies : la voïvodie ruthène avec Lviv , Halicz, Chełm et Sanok ; la voïvodie de Volhynie avec Łuck et Równe ; la voïvodie de Podolie ; la voïvodie de Belz.

Au sein du royaume de Pologne, la Galicie connut, sous la gouvernance de la noblesse polonaise, une période de développement rapide. De nombreuses villes obtinrent ou, à l'instar de Lviv, se firent confirmer le droit de Magdebourg. En s'appuyant sur ses différentes communautés nationales et religieuses, plusieurs centres commerciaux se développèrent en Galicie, source de prospérité dont témoignent encore de nombreux monuments Renaissance et baroque.

Mais au commença le déclin de la Pologne, avec une série de guerres appelée communément le Déluge, dont le soulèvement des cosaques ukrainiens mené par Bogdan Khmelnitski en 1648-1667 et l'occupation par la Suède en 1655. Quoique liée aux cosaques de Khmelnytsky par la langue et la religion, la majorité ruthène (ukrainienne) de la population de la Galicie resta loyale aux rois de Pologne, en dépit de deux campagnes menées par Khmelnitski, allié d'abord aux Tatars, et ensuite aux Moscovites. Lviv, la plus grande ville de la Galicie, résista à deux sièges russes en 1648 et en 1654. Au traité de Pereïaslav de 1654, la Pologne dut céder au tsarat de Russie la majeure partie de l'Ukraine, mais la Galicie resta polonaise.

Partages de la Pologne

Au début du , l'église catholique polonaise démarra un processus de « contre-Réforme » qui transforma la République des Deux Nations, jusque-là l'un des États d'Europe les plus tolérants à l'époque de la Réforme, en un terrain de chasse aux non-catholiques (protestants polonais, orthodoxes biélorusses ou ukrainiens, juifs). Ces discriminations pour raisons religieuses donnèrent aux puissances voisines l'occasion de s'immiscer dans les affaires du pays, sous le prétexte de protéger leurs coreligionnaires… à l'exception des juifs qui subirent un antisémitisme croissant, attisé par le système de l'« arenda » qui les mettait en position d'intermédiaires entre la noblesse polonaise et la paysannerie. La tolérance religieuse et l'équilibre économique qui avaient prévalu jusque-là furent mis à mal par cette tourmente, et les Juifs, en particulier ceux qui géraient les affaires des nobles polonais ou qui tenaient des commerces, furent victimes des raids cosaques. Toutefois, alors que les cosaques se livrèrent à des pogroms en Ukraine russe, ils se contentèrent de piller en Galicie tant que les diverses communautés (Polonais, Ruthènes, Arméniens) restèrent solidaires.

Le , la Prusse luthérienne, la Russie orthodoxe et l'Autriche catholique, cette dernière d'abord très réticente, conclurent un accord à Saint-Pétersbourg pour se partager la Pologne en annexant les territoires qui les intéressaient. Ainsi, une guerre européenne entre l'Autriche et la Russie fut évitée aux dépens de la Pologne.

Lors de ce premier partage, la Prusse obtint une grande partie de la Poméranie (sans Danzig ni Thorn), l'Ermeland et le district de la Netze. La Russie annexa les régions peuplées d'orthodoxes, Biélorusses, Russes et Ukrainiens à l'est de la Daugava et du Dniepr ainsi que la partie polonaise de la Livonie. Dans ces régions, la condition des Juifs, assignés à une zone de Résidence, se dégrada notablement. L'Autriche reçut la moitié sud de la Petite-Pologne comprenant les anciens duchés d'Auschwitz, de Zator et du Spisz, et la Galicie entière. Elle réunit tous ces territoires dans un « royaume de Galicie et de Lodomérie ». Plus au nord, l’État polonais continua d'exister, conservant deux tiers de son territoire et la moitié de sa population.

Marie-Thérèse d'Autriche, fille de , était reine de Bohême et de Hongrie ainsi qu'archiduchesse d'Autriche depuis la mort de ce dernier en 1740. À la mort de son mari, François de Lorraine, elle nomma son fils aîné co-régent. Il régna seul de la mort de sa mère (en 1780) jusqu'à la fin de sa vie, dix ans plus tard. Le traité d'abandon de la Galicie par la Pologne à l'Autriche ne fut signé que le . Marie-Thérèse n'ayant pris part au partage de la Pologne que poussée par son fils, elle se montrait dubitative quant à l'intégration d'autant de Slaves dans son Empire.

Pendant les années qui suivirent, elle invita des milliers de familles, essentiellement venues du Palatinat, à s'installer en Galicie et à y fonder de nouveaux villages, créant ainsi des communautés allemandes. Par ailleurs, elle améliora la condition des Juifs, car les Habsbourg ménageaient tant l'aristocratie polonaise locale (intégrée à la noblesse autrichienne) que les différentes minorités, juive et ukrainienne (cette dernière, en majorité gréco-catholique depuis 1596).