vignette|Blason de Digne-les-BainsLes Armoiries de Digne-les-Bains se blasonnent ainsi :D’azur à la fleur de lys d’or accompagnée en chef d’une croisette de gueules, aux flancs de deux lettres L capitales affrontées d’argent et en pointe d’une capitale aussi d’or.Ces armories dans leur forme actuelle remontent à 1693..La croix symbolise l'évêché, la lettre D est l'initiale de la ville, la fleur de lys rappelle Charles Ier d'Anjou, comte de Provence, les lettres L ont été ajoutées sous Louis XIV, roi de France, comte de Provence et de Forcalquier..

La ville de Digne-les-Bains a une histoire qui remonte à la période gauloise, à la fin du

Nommée Dinia, elle est constituée comme chef-lieu de la civitas des Bodiontiques sous l’Empire romain. Son nom évolue ensuite assez peu, jusqu’au changement de nom vers Digne-les-Bains en 1988.

Au Moyen Âge, elle est le siège d’un évêché, la présence d’une sénéchaussée renforçant son rôle administratif, qui est confirmé à la Révolution française lorsqu’elle devient le chef-lieu du nouveau département des Basses-Alpes, dont elle est toujours préfecture. En 1862, trois communes voisines lui sont rattachées, Courbons, Gaubert et Les Sièyes, puis Digne s’agrandit encore en 1974 avec Les Dourbes.

Préhistoire Dès la préhistoire, les hommes se sont installés à l’emplacement actuel de Digne.

La présence de trois rivières (la Bléone, le Mardaric, et les Eaux-Chaudes, en a fait un endroit idéal pour l’implantation humaine. Avant la conquête romaine, elle est la capitale des Bodiontici (ou Brodiontii) dont le nom est retrouvé sur le trophée des Alpes à .

Antiquité La ville devient une cité romaine nommée Dinia au , puis Digna en 780., appréciée pour ses eaux thermales.

On retrouve quelques établissements ruraux tout autour de la ville, comme aux Hôtelleries de Gaubert (sud-est de la ville), où le bâtiment fouillé est occupé du début du à la fin du . . Dans ce secteur, au pied du Cousson, le sol a été cultivé de façon continue depuis l’Antiquité jusqu’au reboisement récent.

Moyen Âge Haut Moyen Âge Au , des fortifications sont élevées sur deux hauteurs de la ville afin de résister aux invasions barbares.

Deux quartiers distincts se forment : le Bourg et la Cité. Le bourg, site antique, se voit doublé d'un castrum autour du château épiscopal construit sur le Rochas. Ces deux quartiers fonctionnaient comme deux villes indépendantes l’une de l'autre et ce dès leur création : le bourg restait sous la tutelle du prévôt du chapitre alors que la cité ou castrum relevait de l'évêque..

Moyen Âge classique L'arrivée des Angevins à la tête du comté de Provence en 1246 accélère le processus de récupération des droits comtaux usurpés pendant la période précédente par les seigneurs laïcs ou ecclésiastiques. Ainsi Charles , comte de Provence, fait établir un paréage à Digne en 1257 et prend sous sa tutelle la cité, l’évêque voyant ses droits restreints. Ces seigneurs prélevaient des péages, l’un à Digne, et l’autre à Gaubert, sur la route rejoignant la vallée de l’AsseLucien Stouff, « Ports, routes et foires du », carte 86 et commentaire in .. Dans le troisième quart du (entre 1250 et 1274), une maison des frères du Sac s’implante à Digne, avant de devoir fermer peu après lorsque l’ordre est dissousIsabella Rava-Cordier, « L'expansion d'un ordre mendiant originaire de Provence : les frères sachets », Provence historique, 2005, volume 55, 219, 16..

Le retour du pouvoir comtal dans la cité entraîne une modification dans les rapports entre pouvoirs locaux et communauté : en 1260, la cité de Digne se voit reconnaître le droit de nommer des cominaux, chargés de veiller à la gestion de la ville. De même, la présence de consuls est attestée au bourg, manifestant clairement la séparation des deux lieux de peuplement. Le regroupement des deux sites se fait administrativement en 1385 lors de l'institution de syndics, remplaçant les cominaux, chargés de représenter à la fois la cité et le bourg. L'évolution de l'institution permet d'observer une rationalisation administrative au début du . La mort de la reine Jeanne I ouvre une crise de succession à la tête du comté de Provence, les villes de l’Union d'Aix (1382-1387) soutenant Charles de Duras contre Louis d'Anjou. La communauté de Digne soutient les Duras jusqu’au 18 septembre 1385, puis change de camp pour rejoindre les Angevins grâce aux négociations patientes de Marie de Blois, veuve de Louis et régente de leur fils Louis II. . Le seigneur de Courbons, Jean Isoard (également seigneur d’Entrages), se rallie aux Angevins en juillet 1386.

Bas Moyen Âge Une épidémie de peste touche la ville de septembre 1451 à juillet 1452.

À partir de 1475, la prédication des franciscains provoque plusieurs émeutes antijuives meurtrières. Ces meurtres, pillages, et les départs qu'ils entraînent font passer la communauté juive de Digne de 20 feux (soit plus de cent personnes) en 1468 à trois seulement en 1493.

Époque moderne (, )

Comme le reste de la France, Digne est prise dans les guerres de religion. Dès 1562, les huguenots pénètrent dans la cathédrale, lacèrent les tableaux et brisent les statues, retirent les reliques et les font brûler avec les ornements du chœur sur le parvis. . Elle est attaquée par les protestants en 1574.. En 1575, c’est l’église Saint-Jérôme qui est saccagée. Dans les années suivantes, la ville reste sous pression : en 1579, c'est le capitaine d'Archal qui occupe les campagnes alentour.

En 1589, à l’avènement d’Henri IV, les ultras-catholiques de la Ligue catholique prennent le pouvoir dans la ville, jusqu’en 1591. Cette année, la ville tombe devant les armées royales de Lesdiguières : la cathédrale est fortifiée et attaquée : elle est bombardée avec des catapultes, puis prise d’assaut. C’est aussi pendant cette période que les habitants s’emparent du château des évêques, sur le Rochas, et le détruisent, pour éviter qu’il ne tombe aux mains d’un parti ou de l’autre.

Digne est touchée par une épidémie de peste (1629), qui fait tomber la population de la ville de dix mille à mille cinq cents habitants ; l’épidémie revient en 1631.

Le fief de Gaubert est érigé en marquisat en 1717Édouard Baratier et Ernest Hildesheimer, « Les fiefs provençaux au », carte 111 et commentaire in ..

Un bureau de la poste royale est installé à Digne à la fin de l’Ancien Régime.

Époque contemporaine

Révolution française et Premier Empire

Monarchie constitutionnelle

La nouvelle de la prise de la Bastille est accueillie favorablement, cet événement annonçant la fin de l’arbitraire royal et, peut-être, des changements plus profonds dans l’organisation de la France. Immédiatement après l’arrivée de la nouvelle, un grand phénomène de peur collective s’empare de la France, par peur du complot des aristocrates désirant recouvrer leurs privilèges. Des rumeurs de troupes en armes dévastant tout sur son passage se propagent à grande vitesse, provoquant des prises d’armes, l’organisation de milices et des violences anti-nobiliaires. Cette Grande Peur, arrivée à Seyne le et appartenant au courant de la « peur du Mâconnais », atteint Digne et sa région le 31 juillet 1789 dans la journée avant de se propager vers Riez où elle arrive dans la journée, Moustiers et CastellaneMichel Vovelle, « Les troubles de Provence en 1789 », carte 154 et commentaire, in ..

La ville est érigée en chef-lieu des Basses-Alpes et de district dès mars 1790, à la création des départements. La société patriotique de Digne est créée en septembre 1790 (deuxième du département par son ancienneté) ; elle s’affilie aux Jacobins en juin 1791, et devient un relais de ce club dans le département, en acceptant les affiliations de nombreux clubs des Basses-Alpes ; elle reçoit aussi la demande d’affiliation de celui de Carpentras. D’abord appelée chambrette bourgeoise, elle prend ensuite le nom de Club patriotique, puis le 9 octobre 1792, de Société des amis de la Constitution, de la Liberté, de l’Égalité. Elle établit un comité de correspondance chargé des relations avec les autres sociétés populaires qui lui sont affiliées le 14 novembre 1792. Les 10 et 11 janvier 1793, le général Peyron effectue une descente depuis Marseille, soutenu par des clubistes marseillais en armes. Il se venge car il n’a pu obtenir le poste de procureur général syndic, deux administrateurs départementaux sont destitués et une amende de versée au club marseillais.

La Convention

En 1792-1793, la section de Digne est contrôlée par les fédéralistes. En relation avec la section de Marseille, elle diffuse les idées des Girondins, jusqu’à leur proscription le 31 mai 1793 et l’écrasement de l’insurrection fédéraliste en juillet, qui se traduit par une condamnation à mort à DigneMichel Vovelle, « Diffusion et répression du mouvement fédéraliste en 1793 », carte 157 et commentaire, in ..

L’arrêté du 9 juillet 1794 désigne Digne comme lieu de rassemblement des prisonniers de guerre faits par l’armée d'Italie, avant leur répartition dans le reste de la FranceHugues Marquis, « La Convention et les prisonniers de guerre des armées étrangères », Histoire, économie & société 3/2008 (), ..

Le 5 frimaire an , le représentant en mission Gauthier épure la société.

Consulat et Premier Empire

Digne accueille la préfecture sous le Consulat. Le préfet Lameth, très populaire (1802–1805), crée une promenade ombragée entre le pré de Foire et les rives de la Bléone, et plante des platanes sur le boulevard Gassendi.

Napoléon passe à Digne au début des Cent-Jours, lors du Vol de l’Aigle entre sa prison de l’île d'Elbe et Paris.

Second Empire

En 1851, l’annonce du coup d’État du 2 décembre provoque un soulèvement dans les campagnes, et les paysans installent un gouvernement provisoire à Digne. Après l’échec de l’insurrection, une sévère répression poursuit ceux qui se sont levés pour défendre la République : 52 habitants de Digne sont traduits devant la commission mixte, la majorité étant condamnés à la déportation en Algérie.. Les communes voisines ont aussi pris part à l’insurrection, et les habitants sont eux aussi poursuivis et condamnés : 20 aux Sièyes, 4 à Gaubert, un à Gaubert.

En 1862, Digne absorbe les communes voisines de Courbons, Gaubert et Les Sièyes.

Comme de nombreuses communes du département, Digne se dote d’écoles bien avant les lois Jules Ferry.. Cependant, aucune instruction n’est donnée aux filles en 1861, alors que la loi Falloux (1851) impose l’ouverture d’une école de filles aux communes de plus de 800 habitants (et que Courbons et Gaubert, petites communes rurales voisines, ont une école de filles). Ce n’est que dans les années 1860 que la municipalité de Digne choisit d’ouvrir une école de filles (à laquelle s’ajoutent les écoles de filles de Gaubert et de Courbons). Ce n’est qu’avec les lois Ferry que toutes les filles de Digne et des villages rattachés sont régulièrement scolarisées. Outre ce délai avant la scolarisation des filles, la commune traite différemment filles et garçons dans d’autres domaines : si elle emploie un agent communal pour le nettoyage des salles de classe des garçons, ce sont les filles qui balaient leur salle de classe. Le maire se justifie en disant qu’il faut « initier les jeunes filles aux travaux du ménage, [...] le balayage faisant partie de leurs attributions. ». Si l’existence d’écoles est relativement précoce, la commune se contente de louer des bâtiments inadaptés : décrépits, dont les portes ferment mal, ou trop petites (une salle de pour 22 élèves...). Ce n’est que dans les années 1880 que des bâtiments d’école satisfaisant aux nécessités de l’enseignement.

La première salle d’asile (école maternelle) ouvre à Digne en 1842.