thumb|200px|La collection de vases en exposition jusqu'en 2010

thumb|200px|Face arrière Le groupe des vases funéraires apuliens peints est un complexe cohérent de 29 vases, plat, assiettes, fragments de vases et groupes de fragments. Ces pièces font partie de la collection d'antiquités de l'Altes Museum (Ancien musée) de Berlin. L'ensemble consiste en vases en partie surdimensionnés et précieux, richement ornés avec des figures du « style riche » de la céramique à figures rouges d'Apulie. Des pièces de qualité moyenne ou inférieure les accompagnent. Ces pièces proviennent vraisemblablement de la fouille sauvage d'une tombe pendant la deuxième moitié du .

Histoire et composition des fouilles

On ne connaît pas les circonstances exactes des fouilles. Les pièces ont été acquises en 1984 par la collection d'antiquités de Berlin par l'entremise d'un marchand d'antiquités, Christophe Léon, prétendument des possessions d'une famille de BâleSur l'histoire officielle de l'acquisition, voir . Selon des indications du marchand d'art, les vases auraient été achetés à Naples par un voyageur inconnu de Genève à la fin du . Mais entretemps, il a été démontré que les vases n'ont été trouvés que dans la seconde moitié du dans des fouilles de tombes illégales dans les Pouilles, et sont parvenues sur le marché genevois par l'intermédiaire du marchand d'antiquités Giacomo MediciPeter Watson: The Medici Conspiracy. The Illicit Journey of Looted Antiquities. New York 2006, , S. 199-200. 282. En 1984, le musée n'avait pas acquis l'ensemble des fouilles, car apparemment, tout l'ensemble n'était pas encore en vente. Cela a pu être rattrapé en 1991, quand on a acquis des fragments, avec lesquels on a pu reconstruire de nombreuses pièces, et trouver des points de départ pour de nouvelles pièces à intégrer au complexe.

Les analyses stylistiques ont permis de classer ces vases d'argile comme des productions apuliennes. Comme ce genre de vases était rarement exporté hors des Pouilles, des fouilles près de Naples ou du voisinage sont pratiquement exclues. Tous les vases sont datés de vers 340 av.J.C. et attribués à une certaine manufacture de vases de Tarente. La peinture de beaucoup de ces vases – sur 20, 8 sont ornés par devant ou par derrière de motifs funéraires, comme les naïskosLes naïskos représentent un ou deux personnages dans une petite construction de structure semblable à un temple. V. naïskos – laisse penser qu'ils font partie de mobilier funéraire. Également le fait que, à part quelques pièces, pour lesquelles les contreparties ont été vraisemblablement perdues ou dirigées vers d'autres collections, la plupart des vases peuvent être regroupés par paires, ce qui plaide pour leur regroupement dans des buts de représentation. Ce genre de motivation était fréquent dans les cérémonies funéraires apuliennes, dans le cadre desquelles un effort vers une disposition symétrique du tombeau était tout à fait usuel.

Les trouvailles consistent maintenant, après restauration, en sept très grands cratères à volutes, deux amphores, deux skyphoiAu singulier skyphos, au pluriel skyphoi, gobelet à boire le vin mêlé, une hydrie, un grand plat, neuf assiettes ornées de poissons avec des fragments, quatre assiettes ornées de têtes de femme avec des fragments et de nombreux tessons, parmi lesquels le pied d'un cratère à volutes et de nombreuses coupes. Tous ces récipients avaient dans la vie réelle des fonctions spécifiques. Mais une partie des pièces retrouvées dans ces fouilles ne sont pas utilisables, ou difficilement, pour le but auquel elles correspondent. Par exemple les skyphoi, où l'on buvait le vin mêlé, ont une capacité de plus de dix litres, ce qui exclut une utilisation normale. Presque tous les autres grands récipients étaient également inutilisables, le corps du vase et son pied n'étant pas jointifs, ou il manquait même le pied, ce qui fait que les récipients ne pouvaient pas recueillir de liquide. Ces faits parlent pour une utilisation sacrale ou funéraire, c'est-à-dire dans un contexte en rapport avec la mort.

Ces grands vases de grande valeur aux motifs frappants n'étaient pas faits pour l'usage, mais devaient faire impression lors de l'enterrement. Les pièces conservées étaient apparemment les clous du spectacle d'un enterrement. Par contre la fonction des céramiques simples, servant apparemment aussi de dons dans la tombe, est incertaine. Des analogies avec d'autres fouilles de tombes laissent penser que le tombeau d'où proviennent les vases est un tombeau à chambre, dont le type est apparu au début du .

Principales pièces

Cratère de Phrixos

thumb|200px|upright|Face avant du cratère de Phrixos thumb|200px|upright|Face arrière du même

Le cratère nommé cratère de Phrixos d'inventaire 1984.41, Description dans ; , un cratère à volutes avec des poignées en masques est avec ses de haut le troisième par ordre de taille. Ce vase, attribué par Arthur Dale Trendall au peintre de DariusToutes les attributions sont empruntées à est considéré comme une des meilleures œuvres de cet artiste. Les dessins sur le vase sont exécutés avec particulièrement de soin et sont très élégants. Il n'y a pas de contrepartie, mais on suppose que le pied de vase d'inventaire 1984.48, description dans est le fragment d'une contrepartie.

La qualité particulière de ce cratère se montre déjà sur la décoration du col. Des deux côtés de deux êtres ailés placés au centre, on voit un sarment s'élançant vers le haut plein de fantaisie. À première vue, cela apparaît désordonné et chaotique. Une analyse montre cependant que l'artiste a donné à la plante une structure bien définie, sans prendre modèle sur quelque objet naturel. Le sarment présenté par le peintre de Darius avec ses rameaux sortant des fleurs n'a aucun modèle dans la nature. Au-dessus de cette décoration se trouve une bande de feuilles de chêne, formant une sorte de guirlande, et ornée d'une chaîne d'œufs peints. Les œufs paraissent soufflés, collés sur une bande et joliment peints. L'artiste s'est sans doute inspiré là de quelque décoration habituelle dans les Pouilles pour les fêtes.

Le tableau principal est organisé sur deux plans : un plan supérieur divin et un inférieur humain. Les principales figures du tableau sont désignées par des inscriptions. Au centre, le pied appuyé sur l'autel, le jeune Phrixos. Il couronne un bélier, comme on le fait d'habitude pour les victimes de sacrifice. L'autel peint un peu plus loin confirme qu'il s'agit bien d'une scène de sacrifice. À gauche, à côté de Phrixos se tient sa belle-mère Ino, à droite son père, le roi Athamas, avec le couteau du sacrifice dégainé. Mais ce n'est pas le bélier, mais Phrixos qui doit être sacrifié, à cause d'un faux oracle initié par sa belle-mère. Plus loin à droite, un vieux sage informe la sœur de Phrixos, Hellé, qui doit aussi être sacrifiée, du sacrifice imminent de son frère, ce qui se reflète dans la position horrifiée de la jeune femme. Le dernier personnage sur le côté est une femme décrite sous le nom d'Euphemia. Euphemia – celle à la bonne réputation – n'est pas seulement un nom, mais aussi la description du silence rituel des personnes participant à une cérémonie sacrée.

Dans la frise supérieure, une assemblée de dieux regarde ce qui se passe en bas chez les hommes. La deuxième personne à partir de la gauche est Néphélé, la mère de Phrixos et de Hellé, qui s'agite, pleine d'angoisse et de colère, mais très élégante. À sa droite, se tient Hermès, qui va apparemment lui apporter la nouvelle de l'imminent sauvetage de ses deux enfants par les dieux.

Ce qui est intéressant dans cette représentation est que le peintre renonce presque entièrement à des scènes d'action ou de dynamique. Sans les inscriptions, on pourrait croire à un sacrifice de bélier tout à fait normal. Ce n'est qu'avec la connaissance du mythe grec de Phrixos et Hellé que l'on peut reconnaître quelques détails, comme les couronnes sacrificielles dans les cheveux des jeunes gens, le doigt d'Athamas pointé vers sa femme, ou les émotions visibles de Hellé et de Néphélé. On doit donc en conclure que le vase a été créé pour un public à formation mythologique.

L'arrière du vase présente la construction funéraire en forme de temple (naïskos) dont il a déjà été question, et que l'on retrouve sur beaucoup de vases. Le jeune défunt est présenté décontracté, appuyé sur un bâton. Dans une main, il tient une coupe, dans l'autre une couronne. De chaque côté du tombeau apparaissent trois jeunes gens, habillés en vêtements de fête, et pas en deuil. Sur le col du cratère le défunt apparaît une deuxième fois. Maintenant, il est dans l'au-delà, tient une coupe dans la main, avec laquelle il attrape le vin coulant de deux grappes pendant au-dessus de lui.

Cratère de Rhésos

thumb|200px|left|upright|Cratère de Rhésos

Le cratère de Rhésos d'inventaire 1984.39, description dans ; ressemble à beaucoup d'égards à celui de Phrixos. Il s'agit d'un cratère à volutes de de haut avec des poignées à trois rouleaux. Il est aussi attribué au peintre de Darius. Comme sur le cratère de Phrixos, les personnages sont identifiés par des inscriptions. L'histoire mythologique du roi de Thrace Rhésos appartient aux plus anciens mythes grecs, et est déjà rapportée par Homère. La variante évoquée ici se rapporte à la tragédie d'Euripide du nom de Rhésos. Le centre de l'histoire, qui se situe en pleine guerre de Troie, est le meurtre de Rhésos par Diomède. Celui-ci se glisse avec Ulysse dans le camp du roi thrace, pour empêcher son intervention le lendemain aux côtés des Troyens, car il a été prophétisé que les Troyens ne pourraient pas perdre la guerre si les chevaux de Rhésos pouvaient brouter devant Troie.

Dans la partie supérieure de l'image, on voit Diomède se glisser avec une démarche prudemment élastique et une certaine tension vers la couche du roi dormant. À droite, à côté de la couche, se tient la déesse Athéna qui montre sereinement et calmement le roi qui dort. Tournant son corps à la scène, mais regardant ce qui se passe par-dessus son épaule, la mère du roi, une des Muses est assise. Dans le champ inférieur de l'image, on voit Ulysse qui conduit les chevaux blancs de Rhésos hors du camp. La scène est délimitée à droite par le père de Rhésos, le dieu thrace du fleuve Strymon, caractérisé par les attributs d'un dieu-fleuve : les cornes, le coquillage et le roseau.

Cratère de Perséphone

thumb|200px|upright|Cratère de Perséphone

Le cratère de Perséphone d'inventaire 1984.40, description dans ; est un cratère à volutes avec des poignées en spirale de de haut. Il est attribué au peintre des Enfers, et est la contrepartie du cratère de Rhésos, même si le style du dessin ne présente pas l'élégance et la finesse de son pendant. L'histoire représentée est un motif extrêmement apprécié sur les vases apuliens, mais il n'a été que rarement mis en scène aussi à fond. C'est l'histoire du rapt de Perséphone, déesse de la végétation, par le dieu suprême de l'au-delà, Hadès. Le motif central de la frise inférieure est le rapt lui-même. Hadès est en route vers l'au-delà sur son quadrige, avec Perséphone, désespérée, qui étend son bras pour appeler au secours. Deux autres divinités assistent à l'événement. Mais Perséphone ne peut pas attendre d'aide de leur part. Hermès, le conducteur des morts vers les Enfers connaît le chemin au mieux et conduit son oncle Hadès. Derrière la voiture se trouve la mystérieuse déesse Hécate, qui tient une torche en main.