Le mémorial national sud-africain du bois Delville est un monument commémoratif de la Première Guerre mondiale situé sur le territoire de la commune de Longueval, dans le département de la Somme. Il commémore l’engagement des troupes sud-africaines pendant la Grande Guerre. Un musée commémoratif retrace l’histoire de la participation de l’Afrique du Sud à la Première, à la Seconde Guerre mondiale et aux différents conflits de la guerre froide. Le cimetière militaire britannique du bois Delville est situé en face du mémorial.

Le bois Delville représente, pour les Sud-Africains, le lieu où les soldats de l'Union sud-africaine ont été engagés pour la première fois sur le front occidental. Le , la brigade sud-africaine, composée de quatre bataillons, environ , avait reçu l'ordre de tenir ses positions « coûte que coûte ». Sous le feu incessant de l'artillerie ennemie, ils avaient résisté et connus un véritable enfer (Delville wood fut rebaptisé Devil wood, le bois du Diable). Quand ils furent relevés le , ils laissèrent leurs, tués ou disparus et .

Histoire La bataille du bois Delville (juillet 1916)

Situé dans un parc de , le mémorial national sud-africain du bois Delville commémore le sacrifice sur le sol de France des soldats de la Brigade d'infanterie sud-africaine ( South African Infantry Brigade) qui prit part aux combats de la Bataille de la Somme à partir du .

Pendant cinq jours, les Sud-Africains, commandés par le brigadier-général Henry Timson Lukin, subirent, coupés de l'arrière, dans le secteur de Longueval, au bois Delville appelé Devil Wood (bois du Diable) par les soldats anglophones, de très violents tirs d'artillerie (jusque à la minute). Des qui constituaient la brigade, sortirent indemnes des tranchées…

Les Sud-Africains dans la Première Guerre mondiale Au cours des deux guerres mondiales, si seuls les hommes blancs ont pu s'enrôler en tant que combattants au sein des Forces de Défense sud-africaines, les noirs, les métis et les Indiens d'Afrique du Sud avaient pu s'engager volontairement pour servir militairement en tant que non-combattants. Si noirs et métis accomplirent principalement des tâches de travail et de transport, noirs servirent en France au sein du South African Native Labour Contingent (SANLC), la plupart d'entre eux affectés au déchargement dans les grands ports françaisSouth African Native Labour Corps..

En 1917, le navire Mendi, transportant un contingent du SANLC de noirs, blancs et , sombra, emportant avec lui du SANLC (un épisode de la guerre représenté sur un des panneaux du musée, œuvre de Jo Roos). La plupart d'entre eux sont commémorés sur le mémorial aux disparus en mer d'Hollybrook à Southampton.

En tout, sur tués durant la Première Guerre mondiale, il y eut, en Europe, parmi les recrues des SANLC dont au cimetière britannique d'Arques-la-Bataille.

En outre, deux bataillons du Cape Corps servirent en tant qu'unités combattantes en Afrique orientale et en Palestine durant la Première Guerre mondialeLa lutte pour la liberté et la démocratie en Afrique du Sud..

Construction du mémorial Le mémorial national sud-africain du bois Delville a été inauguré le , par le général James Barry Munnik Hertzog, premier Ministre sud-africain, l'écrivain et homme politique Sir Percy Fitzpatrick, le maréchal Douglas Haig et les veuves des généraux Louis Botha et H.T. Lukin.

Le mémorial contesté vignette|upright=1.0|Plaque commémorative en anglais, afrikaans et français relatant l'ouverture du musée national sud-africain à Longueval par le président Pieter Botha le . En , le MRAP organise avec la Ligue des droits de l'homme et SOS Racisme, une manifestation à Longueval pour protester contre l'hommage rendu par le président Botha aux soldats sud-africainsCf. Interdit de séjour, in Liberté, Lille, 30 octobre 1986 ; Levée de boucliers contre la venue de Pieter Botha, in Le Courrier picard, Amiens, 5 novembre 1986 ; Botha en France : une présence contestée, in L'Indépendant, Perpignan, 10 novembre 1986 ; La manif des antiracistes, in Midi Libre, Montpellier, 12 novembre 1986 ; La visite de M. Botha à Longeval, in La Voix du Nord, Lille, 12 novembre 1986 ; Botha à Longeval : le chef de l'apartheid sous haute protection, in La Marseillaise du Berry, Châteauroux et L'Écho Dordogne, Périgueux, 12 novembre 1986.. La CGT est la première à organiser, le , une journée d'action contre la visite du président sud-africain. Cela s'est concrétisée par une journée de manifestation à Paris et en provinces au cours de laquelle se sont joints plusieurs personnalités engagées comme Bernard Lavilliers, Salif KeÏta, Rachid Bahri, Jean Ferrat, Bernadette Lafont, Isabelle Huppert, Didier Daeninckx, des dirigeants de la CGT, de l'OIM, de l'ANC, du PCF, de la SWAPO, de la FEN, du SNES, de la jeunesse communiste, de l'AFASPA (Association française d’amitié et de solidarité avec les peuples d’Afrique), etc.Cf. Persona Non Grata, La Liberté, Lille, 6 novembre 1986 et Révoltés, La Liberté, Lille, 7 novembre 1986.. Le , ils sont rejoints par la section de Lille du Parti communiste français, la Ligue communiste révolutionnaire, des associations regroupant des immigrés, le Comité régional anti-fasciste et anti-raciste (CRAFAR), l'Union locale de Lille de la CFDT, le Mouvement de la paixCf. Nord Matin, Lille, 8 novembre 1986.. Lors de la manifestation, le MRAP plante, devant l'église de Longueval, deux arbres, l'un à feuilles blanches et l'autre à feuilles rouges, pour dénoncer un régime qui classe les hommes selon la couleur de leur peau. »Le visiteur de la honte, Témoignage chrétien, du 17 au 23 novembre 1986, . Botha, le FN et les paras font la Somme, Libération, Paris, 12 novembre 1986.Racistes sous protection, Liberté, Lille, 12 novembre 1986.Longeval sur apartheid, Courrier de l'Oise, Chalons-sur-Saône, 12 novembre 1986. L'article contient par ailleurs une photo de ce militant du MRAP en train de crier contre un dignitaire (photo de G. Grignier). Voir également Le Courrier Picard d'Amiens du 12 novembre 1986.Longeval (Somme) : l'Afrique du Sud s'offre une belle contre-publicité, Nord Matin, Lille, 12 novembre 1986 ; Le Président Sud-Africain dans la Somme : représentant le gouvernement français, le sous-préfet de Péronne est hué par la foule en déposant une gerbe ; la manifestation anti-apartheid tourne à la bataille d'éclairs au chocolat, Nord Éclair, Roubaix, 12 novembre 1986..

Selon toutes ces organisations, le but est non seulement de protester contre la venue du Président Botha mais aussi contre un mémorial organisé selon les principes de l'apartheid avec des tombes et des plaques pour les Blancs et une fosse commune sans aucun nom pour les NoirsCf. Nord Matin, Lille, 8 novembre 1986. Voir également Visa pour la Honte, dans je journal Révolution, Paris, du 14 novembre 1986, qui contient une photo de A. Senna des pierres tombales.. Par ailleurs, le MRAP y voit un mémorial de l'apartheid et affirme que le monument ne comporte pas de noms de Sud-Africains NoirsCf. Lyon Matin, Lyon, Saint-Étienne, 11 novembre 1986 ; Le Dauphiné Libéré, 11 novembre 1986 ; Vaucluse matin, Avignon, 11 novembre 1986..

En fait, le mémorial ne porte aucun nom et aucun soldat noir sud-africain n'est alors enterré à Longueval. En effet, seuls les hommes blancs avaient eu le droit de s'enrôler dans les troupes combattantes au sein des Forces de défense de l'Union Sud-Africaine et de porter des armes. Enfin, le mémorial fut construit et inauguré en 1926, soit avant que la politique institutionnelle de l'apartheid n'ait été conçue et appliquée (1948-1991) quoique la ségrégation raciale existât, de fait, en Afrique du Sud.

Un nouveau symbole de la «  nation arc-en-ciel » Le dimanche , une cérémonie au cimetière militaire du bois Delville s’est tenue en présence du vice-président sud-africain, Cyril Ramaphosa, de Nathi Mthethwa, ministre de la Culture, et de Nomaindia Mfeketo, ministre adjointe aux Relations internationales et à la Coopération. À partir de ce jour, «  l’Afrique du Sud regarde son histoire pour la deuxième fois  », a affirmé Cyril Ramaphosa, en présidant à l’inhumation du premier soldat sud-africain noir mort en France, durant la Grande Guerre, Beleza Miengoua, volontaire noir de la SANLC, exhumé d'un cimetière du Havre et enterré désormais auprès de «  ses frères blancs  ». «  Durant l’apartheid, ils séparaient même les morts. Ainsi les soldats blancs ont été enterrés dans un même lieu, tandis que les soldats noirs ont été éparpillés dans différents cimetières de France. » Il s’agit là d’un symbole pour la cohésion de la Nation arc-en-ciel d’aujourd’hui, a rappelé Cyril RamaphosaLe Monde du 9 juillet 2014..

Beleza Miengoua est devenu officiellement, le symbole posthume des soldats noirs sud-africains morts lors de la Première Guerre mondiale et le seul dont le nom est inscrit sur un cénotaphe.

Centenaire de la bataille du bois Delville Le président sud-africain Jacob Zuma, s'est rendu à Longueval, le accompagné du secrétaire d'État aux anciens combattants français pour inaugurer, au mémorial national sud-africain du bois Delville, un « mur de la mémoire » sur lequel sont inscrits les noms de sud-africains morts au cours des conflits auxquels l'Afrique du Sud a participé au .

Caractéristiques du site vignette|150px

Le site du bois Delville se compose d'un parc paysager, du mémorial sud-africain, et du musée sud-africain. En face du bois, est situé un cimetière militaire britannique.

Le parc Le bois Delville rebaptisé « Devil wood » - le « bois du diable » par les soldats britanniques fut ravagé par les combats fut acheté par l'Union sud-africaine, alors dominion britannique en 1920. vignette|gauche|150px|Le Dernier Arbre

La superficie du bois, qui a conservé peu ou prou son contour de 1916, est de 63 hectares. Le site a été replanté notamment de chênes provenant d'Afrique du Sud.

Une large allée centrale conduit au mémorial. Elle est bordée de deux rangées de chênes. L'histoire de ses chênes est singulière : en 1920, le Département forestier sud-africain fut chargé de la replantation du bois. Des glands tombés d'un chêne issu d'un des six glands de chênes du Limousin apportés en Afrique du Sud par Jean Gardiol, huguenot français, en 1688, furent mis à germer puis envoyés en France. Ils permirent de reboiser en partie le bois Delville et notamment l'allée centrale.

Les allées du bois ont repris le tracé des allées cavalières d'avant la Grande Guerre. Élargies, elles portent des noms qui sont gravées sur des bornes à chaque intersection d'allées.

Le Dernier Arbre est le nom donné à un charme, seul arbre à avoir survécu aux combats du bois Delville. Il a été préservé lors de la replantation du bois. Des pousses de cet arbre furent amenées en Afrique-du-Sud et ont été plantées en plusieurs lieux dont le Jardin du Souvenir de Pietermaritzburg..

Le mémorial vignette|150px|gauche|La pierre du Souvenir. Le mémorial se situe en face du cimetière militaire du bois Delville, à l’extrémité d’une large allée bordée de chênes, dont les glands originels provenaient d’Afrique du Sud.

Le mémorial monumental est composé : d'un arc de triomphe dû à Herbert Baker, surmonté par un groupe sculpté en bronze, réalisé par Alfred Turner. Cette sculpture est une allégorie représentant les Dioscures, Castor et Pollux, les jumeaux de la mythologie grecque, symbolisant les colons anglais et les Afrikaners (Boers) jadis ennemis mais désormais unis dans la guerre, tenant un cheval fougueux (symbolisant le nouvel État qu'est l'Union sud-africaine) ; d'un cénotaphe situé quelques mètres derrière le monument. Il est l’œuvre de l’architecte Herbert Baker.

Le , une pierre du Souvenir fut inaugurée par la mère du major Edwin Swales, un aviateur sud-africain décoré à titre posthume de la Victoria Cross. Cet autel est alors dédié à la mémoire de tous les Sud-Africains tombés durant la Seconde Guerre mondiale.

Cimetière militaire du bois Delville (Delville Wood Cemetery)