alt=schéma de blason|vignette|redresse=0.9|Grandes armes actuelles de la ville de Lyon.
L'histoire de Lyon, troisième commune de France la plus peuplée en 2023, est riche. Si le lieu est habité depuis la Préhistoire, la première ville, nommée Lugdunum, date de la Rome antique. Sous l'Empire romain, Lyon devient une puissante cité, capitale de la Gaule romaine. La chute de l'Empire romain la relègue à un rôle secondaire dans l'espace européen en raison de son éloignement des centres de pouvoir. Puis la division de l'Empire carolingien la place en position de ville frontière. La cité rhodanienne garde ces deux caractéristiques durant tout le Moyen Âge. Jusqu'au , le pouvoir politique est tout entier entre les mains de l'archevêque, qui protège jalousement l'autonomie de sa ville. Il faut attendre 1312 - 1320 pour voir une institution consulaire prendre le pouvoir, au moment même où la cité intègre définitivement le royaume de France.
À la Renaissance, Lyon se développe considérablement et devient une grande ville commerçante européenne. Mais ce second âge d'or est fauché par les guerres de religion, qui font fuir définitivement une partie des marchands-banquiers étrangers. Durant la monarchie absolue, Lyon reste une cité moyenne en France, dont la principale richesse est le travail de la soie. La Révolution dévaste la ville, qui s'oppose en 1793 à la Convention. Prise militairement, elle est sévèrement réprimée et sort de la tourmente révolutionnaire très affaiblie.
Napoléon aide à son redressement par un soutien aux soyeux, qui arrive en même temps que la mise au point du métier Jacquard. C'est le point de départ d'un essor économique et industriel qui dure, malgré quelques fluctuations, jusqu'à la Première Guerre mondiale. Durant le , Lyon est une ville canut et connaît en 1831 et 1834 de violentes révoltes ouvrières. La Belle Époque marque la fin de la domination de la soie lyonnaise et l'essor de nombreuses autres industries (automobiles, chimie, électricité). La municipalité, quant à elle, retrouve ses pouvoirs avec la Troisième République et s'engage dans un long siècle de radicalisme, qui se termine avec Édouard Herriot en 1957. La Seconde Guerre mondiale voit Lyon, une des principales villes de la zone libre, être le centre des plus grands réseaux de la Résistance. Jean Moulin, notamment, les unifie au sein des Mouvements unis de la Résistance.
À la sortie de cette guerre, Lyon se redresse rapidement et connaît un vigoureux développement urbain, avec l'édification d'un grand nombre de quartiers d'habitation. Dotée d'industries puissantes et d'un secteur tertiaire en plein essor, la ville tient son rang de grande métropole française et européenne.
Préhistoire et époque précédant la conquête romaine
vignette|alt=photos de restes de char|Char processionnel (entre Âge du bronze final et Âge de fer) découvert à La Côte-Saint-André et conservé au musée gallo-romain de Fourvière.
La présence d'une population significative dès la Préhistoire est attestéeLa dernière synthèse des connaissances sur la Préhistoire lyonnaise est l'ouvrage dirigé par Matthieu Poux et Hugues Savay-Guerraz : Lyon avant Lugdunum, Infolio (éd. par le Pôle archéologique du département du Rhône), 2003, Gollion, 151 p., . Le précédent ouvrage dirigé par Christian Goudineau faisant le point sur la question : Aux origines de Lyon : actes d'un séminaire tenu le 24 janvier 1987 au Musée de la civilisation gallo-romaine de Lyon, DARA (Documents d'archéologie en Rhône-Alpes), 1989, Lyon, 127 p., , doit être consulté avec précaution, les méthodes et les données ayant été considérablement renouvelées entre-temps.. De nombreux objets datant, pour les plus anciens, du Mésolithique, ont été retrouvés sur le site de Vaise. Les nombreuses traces d'habitats et les céramiques découvertes datant du premier âge du fer ( à cet endroit) prouvent l'existence de circuits commerciaux entre le littoral méditerranéen et le nord de l'Europe passant par le site, sans que l'on puisse parler de lieu urbanisé.
Les traces d'occupations humaines du Second âge du fer ne démontrent pas de sédentarisation avant l'époque romaine, mais elles attestent que le site de Fourvière est utilisé par les peuples environnants comme un site sacré. Les indices archéologiques tendent à démontrer l'existence de grands rassemblements gaulois et l'existence d'un emporium. Celui-ci sert de lieu d'échanges entre les Romains et les peuples Ségusiaves et Éduens.
Antiquité
Créée par la volonté de Rome, Lugdunum devient, grâce à sa position stratégique, la capitale des Gaules. Centre politique, religieux et commercial important, la cité se développe considérablement, devenant une ville cosmopolite. Sa christianisation a lieu dès le L'ouvrage de synthèse le plus récent est : . Il présente notamment une bibliographie des plus exhaustive..
Fondation de Lugdunum Lugdunum aurait été fondée dans le cadre d'une politique de création de colonies initiée par Jules César, avec Vienne, Nyon ou Augst, visant à s'assurer de la stabilité de peuples nouvellement conquis et à récompenser des légionnaires vétérans en leur fournissant des terres et des droits. Dans le cas de Lugdunum, il s'agirait de surveiller les Allobroges.
Site avant la fondation alt=photo de buste en marbre|vignette|Buste représentant peut-être Munatius Plancus, , musée gallo-romain de Fourvière. Le site de Lyon présente de nombreuses traces d'occupation gauloise avant la fondation ; notamment au quartier Saint-Vincent, à VaiseSur l'occupation pré-romaine de Vaise, voir E. Delaval, C. Bellon, J. Chastel, Vaise : un quartier de Lyon antique, Lyon, Ministère de la culture et de la communication, Service régional de l'archéologie, 1995 (Documents d'archéologie en Rhône-Alpes. Série lyonnaise, 5), 291 p. . ou Fourvière.. Le toponyme de Lugdunum désigne plus particulièrement la colonie de Fourvière, les pentes de la Croix-Rousse étant Condate et les plaines proches du fleuve les canabae. Avant la fondation, la confluence entre le Rhône et la Saône a une physionomie très différente de l'actuelle. La Saône coule aux pieds de la colline ; ce n'est que lors des premiers siècles de notre ère qu'un deuxième bras de la rivière se forme, et que par comblement progressif, un espace est dégagé à l'endroit de l'actuel Vieux Lyon.
Il est possible que des Romains venus de Vienne se soient installés auparavant, et aient fourni un noyau de population initial pour la colonie, mais cette question est discutée par les historiens.
Fondation de la colonie Ancien officier de Jules César, proconsul de la Gaule chevelue, Lucius Munatius Plancus procède à la fondation en 43 , le jour exact étant discuté par les historiensConsulter Amable Audin, Lyon, miroir de Rome, Fayard, 1979, Paris, 301 p., et Armand Desbat (dir.), Lugdunum, naissance d'une capitale, Gollion (éd. par le Pôle archéologique du département du Rhône), 2005, 181p., pour avoir les détails des deux théories. Aucune certitude n'existe sur l'origine des colons et leur position sociale. Les spécialistes proposent qu'ils soient issus en partie de la colonie de Vienne., et en partie des légions de Munatius Plancus.
La colonie n'est pas solidement fortifiée, tout juste dispose-t-elle de levée de terres et de palissades de bois. De taille réduite, elle ne possède pas de forum. Nommée par son fondateur , elle perd sous l'empereur Claude la référence à Munatius Plancus pour devenir . Les habitants sont citoyens romains, ceux de naissance libre sont rangés dans la tribu Galeria, les affranchis dans la tribu Palatina.
Origine du nom Lugdunum Il y a débat chez les historiens sur la signification exacte du toponyme . Le terme de Dunum désigne en langue celte une hauteur, une colline ou une citadelle. Mais celui de Lug est moins évident. Certains proposent la possibilité d'une référence au dieu celte Lug. Toutefois, les archéologues n'ont pas retrouvé de traces de culte sur place, mais à Condate ou à Vaise. Il serait alors possible de rapprocher lug de la racine lux, signifiant lumière. Enfin, d'autres avancent un extrait de l'ouvrage De Fluviis du pseudo-Plutarque qui donne au lieu le nom de Lougoudounon, avec Lougos signifiant corbeau.
Lyon, capitale des Gaules alt=photo de statue en marbre|vignette|Statue d'Auguste, musées du Vatican.
Située sur un point stratégique, la colonie devient rapidement la capitale des Gaules du fait de la volonté d'Auguste. Trois facteurs contribuent ce choix. Premièrement, l'ambition d'Auguste, dans les années 20 , de conquérir la Germanie. Lugdunum est idéalement située et un réseau de routes est rapidement tracé au départ de la cité. Elle se retrouve ainsi au centre des communications de la Gaule, et constitue la base de départ des opérations vers les territoires du nord. En second lieu, lors des premières décennies de sa fondation, l'organisation administrative de la Gaule n'est pas encore établie et les gouverneurs généraux assurent sa surveillance et sa gestion depuis cette cité. Enfin, et même si cela ne se déroule pas à proprement parler sur le territoire de la colonie, la réunion annuelle des notables gaulois au confluent à partir de 12 renforce sa position politique.
Développement urbain vignette|gauche|alt=carte de Lyon à l'époque romaine|Schéma des principaux monuments de Lugdunum.
Grâce à sa localisation et son influence, la ville grandit et s'enrichit rapidement. Des aqueducs sont construits, à des dates délicates à estimer, peut-être entre 20 et 10 .. De nombreux monuments sont rapidement édifiés. Le premier est le théâtre, le plus ancien de Gaule, inauguré entre 16 et 14 sous l'empereur AugusteGilbert Charles-Picard, analyse comparée de la modénature romaine en Gaule de la seconde moitié du in Amable Audin, Lyon, miroir de Rome dans les Gaules, Résurrection du passé, Fayard, 1965, ., dont la capacité est de places. En 19 est inauguré l'amphithéâtre des Trois GaulesInscription latine des Trois Gaules, (AE 1959, )., agrandi vers 130-136. À la même époque, l'autel du sanctuaire fédéral des trois Gaules est rénové.
Au sommet de la colline de Fourvière, à l'emplacement de l'actuelle basilique, qui est le cœur de la cité à son apogée, des vestiges monumentaux ont été interprétés par A. Audin comme le forum, un temple capitolin, la curie et la basilique, identifications remises en cause depuis.
Au cours du , un cirque est édifié, dont la localisation est incertaine, connu en grande partie grâce à une mosaïque le représentant. Antonin, vers 160, procède à l'adjonction au théâtre d'un odéon de places. vignette|alt=photo de ruines|Vue du théâtre de Fourvière. Au-delà des monuments prestigieux, c'est l'ensemble des noyaux urbains de l'agglomération qui se développe. Les communautés de commerçants prospèrent : les nautes, les négociants en vin, les utriculaires, les stucateurs, les potiers, etc. Chaque communauté est hiérarchiquement organisée, avec un conseil et des dignitaires qui structurent la profession et la représentent auprès des autorités. Certaines ont également leur propre cimetière.
La population globale a été estimée par Amable Audin à habitants, par Pelletier à et par Bruno Benoit entre à . Une des plus grandes cités de Gaule, Lyon est une ville cosmopolite, comprenant de nombreuses personnes portant des noms grecs, probablement plus du quart de la population.
Fonctionnement et intégration dans l'empire
Dès sa fondation, la colonie lyonnaise bénéficie du statut de colonie romaine de plein droit (), ses citoyens ont tous les avantages politiques et civiques des Romains, mais paient plusieurs impôts directs. Au , elle possède alors le droit italique, dispensant ses habitants des impôts directs. Elle s'administre elle-même, mais aucun texte sur les lois municipales ne subsiste. En revanche, les nombreuses inscriptions latines (plus de trois mille) renseignent sur ses habitants et leurs fonctionsListe de 3172 inscriptions trouvées à Lyon sur Epigraphik Datenbank..