François Isidore Maille, né le au Bosc-Roger-en-Roumois (Eure) et mort le à Saint-Aubin-jouxte-Boulleng, commune du canton d'Elbeuf (Seine-Inférieure), est un propriétaire-cultivateur et homme politique français.
Biographie Il est issu d'une famille ouvrière : son père était « colier » (encolleur de fils de chaîne avant tissage, dans le textile) puis tisserand. Lui-même est tisserand à son mariage (1863), puis boucher à la mort de sa femme (1889) et enfin propriétaire-cultivateur. Sa famille maternelle est originaire de Bosc-Roger, commune à laquelle il resta toujours attaché.
Il se marie le avec Laure Elisa Dudan (marchande bouchère), veuve en premières noces. Un contrat de mariage est établiÉtat-civil de la commune de Saint-Aubin-jouxte-Boulleng. Les témoins du marié sont un cultivateur et un facteur aux lettres, deux oncles ; ceux de la mariée un marchand de pierre et un marchand épicier, son frère et son beau-frère.. Il perd son épouse le et ne se remarie pas.
Ses obsèques civiles sont l'occasion d'un hommage où l'on note la présence de tous les notables et de la grande majorité des élus du cantonOn note en effet l'absence des maires d'Elbeuf, de Caudebec-lès-Elbeuf et de Saint-Pierre-lès-Elbeuf (de la droite catholique). L'Elbeuvien, 13 janvier 1917. La volonté du défunt d'avoir des obsèques civiles en est probablement la cause..
Maire de Saint-Aubin-jouxte-Boulleng Sous son long mandat (plus de ), la population de la commune baisse de au recensement de 1872, à à celui de 1911.
Il est élu conseiller municipal de Saint-Aubin le (avant la chute de l'Empire) à l'occasion de l'entrée d'éléments libéraux au conseil et il apporte son adhésion au Comité républicain anti-plébiscitaire de la Seine-InférieureDans la commune, au plébiscite du 8 mai 1870, sur 508 électeurs inscrits, il y eut 470 votants, dont 355 déposèrent un oui, 107 un non, et 8 dont les bulletins furent considérés comme nuls. Dans le canton, il y eut 50 % de oui et 48 % de non. Dans la commune ouvrière de Caudebec-lès-Elbeuf où la Fédération ouvrière (affiliée à la Première Internationale) était bien implantée, il y eut 37 % de oui et 62 % de non. Source : Fabrique des Savoirs, Centre d'archives patrimoniales K 54.. Après la proclamation de la République, une commission municipale est formée le dont il est nommé secrétaire. Le , il est élu adjoint. Après la démission du maire en place, les élections le placent au premier rang de la liste. Il est élu maire le et le restera jusqu'à sa mort. Dès le début de sa fonction politique, il eut, sous le gouvernement de « l'ordre moral », à soutenir de vives luttes contre les adversaires de la République, fort puissants dans sa commune.
Le est instaurée la gratuité des écoles publiques (garçons et filles). En 1878, la municipalité crée le Bureau de bienfaisance et en 1880 une Bibliothèque populaire où peuvent être consultés moyennant une cotisation de 1 F par an, les (par son testament il y léguera ses deux riches bibliothèques). La Caisse des Écoles est fondée en 1881. En 1883, Isidore Maille entreprend la construction d'écoles ; délégué cantonal pour l'instruction primaire, il sera officier d'Académie. Après plusieurs années de démarches incessantes, un Bureau de postes et télégraphes est inauguré en 1901. Son grand souci fut de créer des rues nouvelles pour desservir les quartiers privés de communications faciles et d'améliorer celles qui existaient. Le quartier de la gare est l'objet de son attention.
En 1883, il fonde avec l'aide financière des habitants sollicités, la compagnie de sapeurs-pompiers ( dont 2 officiers) qui intervient dans toutes les communes de la rive droite.
La construction, décidée en 1881, des écoles de filles et garçons se fit avant l'édification de la nouvelle mairie (inaugurée en 1915) sous son mandat. Il fait voter les crédits nécessaires à la distribution de l'eau, à la construction d'égouts.
Isidore Maille est un des invités du Banquet des mairesLe gigantesque banquet organisé à l'occasion de l'Exposition universelle réunit plus de sur théoriquement possibles. « Pour qu'ils soient venus si nombreux, il fallait bien que la République ait conquis ou amadoué la province, même rurale » (Agulhon (Maurice) La République de 1880 à nos jours, Paris, Hachette, 1990. organisé le , jour anniversaire de la République de 1792.
Un grand banquet de sera organisé en pour fêter les vingt-cinq années de sa fonction de premier magistrat de la communeLe 21 juin avait eu lieu le premier congrès du parti radical et radical-socialiste; le juillet, la loi sur les associations, si importante dans le domaine politique et social, avait été promulguée.. Le préfet se déplacera et pas moins de six discours seront prononcésL'Elbeuvien, 10 octobre 1901. vignette|Mairie Saint-Aubin-lès-Elbeuf en 2008.
Conseiller général Le décès de Jules Doublet provoque de nouvelles élections. Le Comité de l'Union républicaine désigne alors Isidore Maille pour candidat. Il est élu le par suffrages contre à Paul Pion (maître-teinturier, président de la Chambre de commerce) et successivement réélu en 1895 (par contre ), en 1889 ( contre ), en 1895 ( contre 1943) puis en 1901 sans concurrent, par , sans concurrent. Ses interventions eurent pour objet les voies de circulation terrestre et fluviale. C'est à lui que l'on doit la conservation de l'ancien pont de chemin de fer d'Oissel et sa transformation en voie routière, l'entretien et la modernisation du barrage et des écluses, la réglementation de la pêche dans le fleuve. Il est membre de la Commission de pisciculture et président de la Commission de statistique agricole. À ce titre, il reçoit une Mention honorable du Ministre de l'Agriculture le , pour sa collaboration aux Enquêtes nationales agricoles nationales. Il est également membre de la Commission d'hygiène du canton.
Les élections départementales de 1907 ont lieu dans la confusion puisqu'elles voient l'affrontement de deux candidats Isidore Maille et Émile Lafosse qui se réclament des mêmes Comités radicaux. Au-delà des questions de personnes, Émile Lafosse a un programme nettement plus proche de celui des socialistes ; en 1910 ne déclare-t-il pas que Darnière, un candidat socialiste S.F.I.O. se désistera pour lui. Jean Jaurès à la même époque dans L'Armée nouvelle précisera ce qu'il prend au marxisme notamment la lutte des classes.. Affirmation impensable pour le maire de Saint-Aubin qui sera élu (la droite a voté pour lui) avec 52 % des suffrages exprimés contre 40 % au adjoint de Charles Mouchel, maire d'Elbeuf.
En 1911, il est membre de la Commission d'enquête sur la concession à la Compagnie Centrale d'Énergie Électrique de la distribution d'électricité pour Le Grand-Quevilly, Petit et Grand-Couronne, Orival, Saint-Aubin, Elbeuf, Le Petit-Quevilly, Rouen et Déville (l'industriel Paul Fraenckel est aussi membre de la Commission). Il jouissait d'une grande autorité en ce qui concerne l'agriculture et l'élevage. C'est à ce titre que les Comices agricoles de Routot et du Neubourg l'appelaient chaque année pour faire partie des jurys.
Positions économiques, sociales et politiques D'après ses adversaires politiques il appartient à la franc-maçonnerie. Une caricature le montre défilant avec ses amis derrière une bannière arborant les trois points et dénonçant le Péril cléricalHenri Saint-Denis, Histoire d'Elbeuf, tome XII, (caricature tirée du Supplément de L'Indépendant-Journal d'Elbeuf du 8 mai 1898) non conservée aux Archives et l'article de ce bihebdomadaire (même date)..
Reproduction de la caricature en encadré avec le texte ci-après :
LIBERTÉ
À gauche, un "Fils d'Israël" montre, d'un geste autoritaire, l'urne du scrutin qui a l'air d'en avoir plein le dos d'être obligé d'avoir à accomplir la besogne qu'on lui impose.
Au-dessous, le canard-phénomène à trois becs, en fâcheuse posture, excite ses lecteurs embarrassés à voter pour le trio dont il « pond » à profusion des bulletins.
À droite, le candidat « bourgeois-socialiste » agite bien haut un étendard sur lequel sont inscrits ces deux mots terribles : PÉRIL CLÉRICAL. Les pauvres prolos, hypnotisés, marchent docilement au scrutin, telle la gent moutonnière, et emboîtent consciencieusement le pas à un dignitaire franc-maçon qui les tient enchaînés sous prétexte d'une solidarité tyrannique et mensongère.
Au-dessous, le « canard »... Rouennais en train d'attraper une extinction de... bec à force de crier : « Votez pour le patron ! ».
MORALE
Pas la peine vraiment d'avoir lancé, en 1789, la Déclaration des Droits de l'Homme, démoli la Bastille, et fait la Grrrrrrrrrrande RRRRRRRévolution pour en arriver, cent ans plus tard, à voir ces mêmes droits si impudemment violés au nom de la Liberté.
Source : Fabrique des Savoirs, Centre d'archives patrimoniales, L'Indépendant-Journal d'Elbeuf, .
Que les patrons en soient israélites ou pas, Isidore Maille défendra toujours l'industrie textile elbeuvienne. La présence d'Eugène et Jules Blin au « Banquet démocratique » qui suivra sa décoration de la Légion d'honneur en 1904 est un signe de la gratitude qu'ils lui témoignent. Paul Fraenckel prononcera un discours à ses obsèques en 1917 : L'Elbeuvien, 13 janvier 1917.. Cet appui des industriels juifs alsaciens avait été dénoncé par le clérical Indépendant-Journal d'Elbeuf aux élections législatives de 1898.
Ses relations avec l'organisme consulaire d'Elbeuf sont une autre illustration de son point de vue prévenant pour l'économie localeConcato (Francis) et Largesse (Pierre), La Chambre et la Fabrique, Histoire de la Chambre de Commerce d'Elbeuf de 1861 à 1914, 1 vol., C.C.I. d'Elbeuf éditeur, 2001, 422 p. (Prix national d'histoire consulaire 2001). , 235, 237, 238.. Lorsqu'il s'agit d'appliquer la loi du relative aux élections consulaires, il est président de la commission et appuie sans réserve la position de Paul Fraenckel. Il déclare qu'. En , il participe à la réunion extraordinaire de la Chambre qui reçoit le rapporteur de la Commission parlementaire sur la révision tarifaire des douanes. Les Elbeuviens demandent le maintien des tarifs protecteurs. Isidore Maille parvint à faire relever les droits sur les tissus les plus lourds. À cette occasion, la Chambre lui adressa ses remerciements pour avoir suivi les dispositions . Malgré une ultime démarche commune (Émilien Nivert, Paul Fraenckel et le député d'Elbeuf) auprès du Ministre, les arguments des Elbeuviens ne furent pris en compte qu'en partie.
À l'égard des salariés, il se prononce pendant la campagne des élections cantonales de 1888, .
Sur les institutions, en 1901 (élections au Conseil général) il se déclare partisan de
Isidore Maille est un républicain laïque que l'on peut situer dans la ligne de Pierre Waldeck-Rousseau (loi sur les associations y compris syndicales, qui devait aboutir à la séparation des Églises et de l'État). Mais anticlérical. C'est ainsi qu'en 1904, il fera l'éloge d’Émile Combes. On ignore quelle fut son opinion pendant l'affaire Dreyfus. Il est très attaché à la mutualité, aux vertus républicaines, aux "immortels principes de 89", comme Jean Jaurès au début de sa carrière. Alors que ce dernier adhérera au socialisme après sa découverte de la question sociale, Isidore Maille est beaucoup moins engagé sur cette question, si on recense ses votes. Il aborde rarement le sujet, sauf dans les périodes électorales. En 1906, le programme qu'il défend présente des réformes politiques, judiciaires, scolaires, militaires, agricoles financières.