Bni Makada est l'un des quatre arrondissements de la ville de Tanger, elle-même située au sein de la préfecture de Tanger-Assilah, dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima.

Cet arrondissement a connu, de 1994 à 2024, une hausse de population, passant de à 567 465 habitants .

Géographie

Localisation et topographie L'arrondissement de Bni Makada s'étend dans la partie sud et sud-est de l'agglomération tangéroise. La zone présente un relief vallonné caractéristique de la péninsule tingitane. L'altitude moyenne s'établit à environ 56 mètres, oscillant entre un point bas de 4 mètres dans les lits des cours d'eau et un point culminant de 135 mètres sur les collines environnantes.

Hydrographie Le territoire est traversé par plusieurs cours d'eau, les principaux étant l'Oued Souani et l'Oued Mghogha, qui convergent vers la baie de Tanger.

Urbanisme

Typologie et morphologie urbaine L'espace urbain de Bni Makada est extrêmement dense. Le tissu urbain est principalement composé d'habitats de type « R+2 » ou « R+3 », historiquement issus de l'auto-construction. Les rez-de-chaussée sont très souvent dédiés aux activités commerciales ou à la petite manufacture, créant une forte mixité fonctionnelle. Les espaces verts y sont rares.

Quartiers Le territoire est constitué d'une mosaïque de quartiers dont les noyaux historiques sont Saada, Ben Dibane et Bir Chifa. Avec l'étalement urbain, l'arrondissement englobe de nombreux autres secteurs tels que : Aharrarine, Achennad, Ahlane, Aouama Gharbia, Beni Makada Lakdima, Beni Said, Beni Touzine, Bir Aharchoune, Bir El Ghazi, Bouchta-Abdelatif, Bouhout, Dher Ahjjam, Dher Kanfoud, Dher Lahmam, El Mers, Gourziana, Jirrari, ou encore Les Rosiers.

Risques naturels et technologiques L'imperméabilisation des sols due à la densification du bâti et la proximité de l'habitat hyper-dense avec les lits fluviaux (Oued Souani, Oued Mghogha) exposent l'arrondissement à un risque chronique d'inondation. Ce risque s'est tragiquement concrétisé le 8 février 2021, lorsqu'une infiltration d'eaux de ruissellement dans la cave d'une villa du quartier El Mers, abritant un atelier de confection textile clandestin en zone inondable, a causé la mort de 24 ouvriers.

Projets d'aménagement Pour pallier les dysfonctionnements historiques de son développement, l'arrondissement fait l'objet programmes de restructuration. En juin 2023, un nouveau Plan d'Aménagement (PA) a été homologué, redéfinissant rigoureusement les zones inconstructibles le long des cours d'eau. Le Programme d'Action Communal (2022-2027) prévoit d'importants investissements pour la régularisation foncière, le renforcement du maillage routier vers le Grand Stade de Tanger et la gare TGV, et la mise à niveau des réseaux d'eau et d'électricité.

Toponymie Le toponyme « Bni Makada » tire son origine d'une fraction de la confédération tribale des Houara, implantée dans la région à la fin du XVIIe siècle.

Histoire

Origines L'implantation des Houara dans ce qui allait devenir Bni Makada correspondait à une stratégie initiée sous le règne du Sultan alaouite Moulay Ismaïl, à la fin du XVIIe siècle. L'objectif était de sécuriser les pourtours de Tanger, repousser les influences étrangères après les occupations anglaise et portugaise, et repeupler cette région stratégique. Jusqu'au milieu du XXe siècle, y compris pendant la période du Statut International de Tanger (1923-1956), la zone est demeurée rurale et agricole, servant d'arrière-pays nourricier à la médina.

L'explosion démographique (1970-1990) La morphologie de Bni Makada bascule brutalement à partir des années 1970. L'essor industriel de Tanger et la création de zones d'activités limitrophes (Mghogha, Moulay Ismaïl) déclenchent un exode rural massif, principalement en provenance du Rif et de la péninsule tingitane. Attirée par les besoins en main-d'œuvre de l'industrie textile, la population afflue. Les autorités locales adoptent alors une posture de « laisser-faire », entraînant la création de vastes quartiers auto-construits, dénués d'infrastructures de base.

Restructuration et intégration (Depuis les années 1990) À partir de 1996, face à l'insalubrité et au risque d'exclusion sociale, l'État lance des programmes de désenclavement (notamment à Bir Chifa). Cette normalisation s'accélère avec le plan de mise à niveau 2009-2013 (doté de 1,2 milliard de dirhams pour la voirie et le ravalement) et surtout avec le programme royal « Tanger-Métropole » (lancé en 2013), qui a permis le raccordement quasi total des foyers aux réseaux vitaux.

Politique et administration

Administration locale En tant qu'arrondissement de la commune urbaine de Tanger, Bni Makada dispose de compétences de proximité. Fin 2019, un nouveau complexe administratif de 3 340 m² a été inauguré à l'intersection des rues Al-Quds et du Royaume-Uni pour centraliser les services.

Tendances politiques et gouvernance De par son poids démographique, Bni Makada est une circonscription électorale décisive et disputée.

Mandat 2015-2021 : La présidence a été assurée par Mohamed Khayi (Parti de la Justice et du Développement - PJD). Ce mandat s'est illustré par la modernisation de l'état civil, le raccordement administratif de ménages irréguliers et la transition vers l'éclairage public LED.

Mandat 2021-en cours : Suite aux élections de septembre 2021, Mohamed El Hammami (Parti de l'Istiqlal - PI) prend la présidence à la tête d'une coalition (PI, RNI, PAM). Ce mandat a toutefois été marqué par de vives instabilités politiques, des boycotts de sessions par la majorité elle-même et des affaires judiciaires impliquant certains élus, poussant les autorités de tutelle à une grande rigueur administrative.

Population et société

Démographie Avec 567 465 habitants en 2024, Bni Makada a connu une hausse de près de 47 % de sa population en l'espace d'une décennie.

L'arrondissement connaît également des mutations sociologiques : la taille moyenne des ménages baisse (nucléarisation de la famille), la proportion de personnes vivant seules augmente, et le taux d'analphabétisme recule significativement (estimé à 15,2% au niveau préfectoral en 2024). Linguistiquement, la Darija marocaine y est parlée par 98,5 % de la population.

Équipements sociaux, éducation et santé Le rattrapage des équipements sociaux s'appuie largement sur l'Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH) :

Santé : Le Centre de prise en charge des maladies chroniques de Bir Chifa offre des services d'hémodialyse et le suivi du diabète, allégeant la pression sur l'hôpital régional.

Action sociale : Des centres d'éducation et de formation pour femmes (Bni Makada Kdima, Dhar Kanfoud) favorisent l'autonomisation économique via l'apprentissage de métiers (couture, informatique, etc.).

Éducation : Le maillage scolaire est en constante densification, illustré par la programmation récente du Lycée Collégial Qasim Amin.

Sports et culture Bni Makada est doté de plusieurs structures récentes visant l'intégration sociale des jeunes. Le centre culturel Les Étoiles du Détroit, fondé par la Fondation Ali Zaoua sur la Place Tafilalet, propose une médiathèque et des formations artistiques. Sur le plan sportif, l’école de football initiée par la Fondation du Real Madrid au stade Souani situé dans l’arrondissement voisin, encadre environ 900 jeunes dont une grande partie venants de Bni Makada. Le quartier s'intègre également au circuit des grands événements locaux, accueillant certaines scènes du Festival Twiza.

Économie

Une vocation industrielle et ouvrière Bni Makada constitue le principal bassin de main-d'œuvre de la métropole tangéroise. L'arrondissement est bordé par des zones industrielles historiques (Mghogha, Al Majd, Moulay Ismaïl) axées sur le textile et la confection. Ses habitants alimentent également les plateformes logistiques et industrielles du grand complexe Tanger Med et de la Tanger Free Zone (TFZ).

Commerces et services L'économie locale repose fortement sur un maillage commercial dense visant à répondre à la consommation d'un demi-million d'habitants. L'intégration du commerce informel est un enjeu majeur, concrétisé par l'inauguration en 2015 par le Roi Mohammed VI du Marché de proximité Beni Makada (plus de 620 commerces aménagés). Les artères principales, telle l'Avenue Arabie Saoudite, concentrent de nombreuses banques, agences de transfert d'argent et commerces de gros, traduisant le dynamisme de cette économie de proximité.

L'immobilier y est par ailleurs plus abordable que dans le centre-ville de Tanger, maintenant une attractivité forte pour l'acquisition de logements.

Culture locale et patrimoine

Culture urbaine La précarité généralisée et l'hybridation des populations rurales immigrées ont forgé l'identité de Bni Makada. L'arrondissement est considéré comme l’un des berceau du rap marocain. Des artistes emblématiques comme le rappeur Muslim, Ali Ssamid ou le groupe Loco Lghadab y ont fait leurs débuts. À travers leurs textes, ils abordant le chômage, l'exclusion et la fierté d'appartenance (comme dans les morceaux Bni Makada 85 ou A.k.a Moutamarred).

Dynamisme associatif Les retards de développement ont favorisé le développement d’un tissu associatif particulièrement dense. L'association Chifae pour le Développement et la Formation (fondée en 1998) en est l'un des exemples les plus notables, œuvrant au quotidien pour l'éducation et l'insertion des jeunes marginalisés.

Notes et références

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