La province de Rotanah Kiri, également appelée Ratanakiri, est une province du nord-est cambodgien.

Elle est habitée depuis longtemps par des populations montagnardes collectivement désignées sous le nom de Khmer Loeu ("Khmer d’en haut"), terme qui regroupe en fait une douzaine de groupes distincts. Il s’agit de la seule province du Cambodge où l’ethnie khmère est minoritaire.

En raison principalement de son enclavement, le Rotanah Kiri est une des régions les moins développées du Cambodge. Ses infrastructures sont très restreintes et le pouvoir du gouvernement local est très limité.

Histoire

thumb|left| alt=Cambodge 1886 |Carte du Cambodge de 1866, à l'époque où le Rotanah Kiri appartenait au Siam.

Des recherches ont révélé que la région est occupée depuis l’âge du bronze, voire celui de la pierre et des échanges commerciaux ont été démontrés entre les zones montagnardes et les villes du golfe de Thaïlande au moins depuis le . Au début de son histoire, la région fut régulièrement occupée par l’Annam, le Champā, l’empire khmer ou le Siam, au gré des conflits qui opposèrent ces empires sans toutefois qu’aucun d’entre eux ne daigne jamais y installer une administration centrale chargée de la contrôler. Du au début du , les villages étaient fréquemment la proie des marchands d’esclaves khmers, lao ou thaïs qui venaient s’y approvisionner. Au , la région fut conquise par un prince laotien, avant, au , d’être annexée par le Siam.. La contrée fut incorporée à l’Indochine française en 1893. Les Français construisirent d’énormes plantations d’hévéas, notamment à Labansiek, qui n’était pas encore devenu Banlung ; des travailleurs indigènes furent réquisitionnés pour la construction et affectés à la récolte du caoutchouc . Bien qu’elles soient sous le contrôle des Français, les terres qui forment l’actuel Rotanah Kiri avaient été transférées du Siam au Laos, puis au Cambodge. Même si certains groupes d’indigènes résistèrent au départ au pouvoir colonial, ils étaient tous assujettis en 1953, à la fin du protectorat.

En 1959, Rotanah Kiri, jusqu’alors rattachée à Stoeng Treng devient une province à part entière. Elle tire son nom de deux termes khmers (montagne (giri) et pierres précieuses (rotna)), tous deux d'origine sanskrite et qui décrivent deux aspects par lesquels la province était alors connue . Dans les années 1950 et 1960, Norodom Sihanouk lance une campagne de développement et de « khmérisation » dans le nord-est du Cambodge destiné à mettre les villages sous le contrôle du gouvernement, à limiter l’influence des rebelles dans les campagnes et « moderniser » les communautés indigènes. Certains indigènes furent déplacés dans les plaines où on les contraignit à s’éduquer à la langue et à la culture khmères alors que dans le même temps, des représentants de l’ethnie khmère s’installaient dans la province. On édifia des routes et on construisit de grosses plantations d’hévéas. Ayant à subir de rudes conditions, voire du travail forcé dans les plantations, beaucoup de Khmer Loeu quittent leur habitat traditionnel pour s’installer loin dans les villes de provinces. En 1968, les tensions débouchèrent sur des émeutes de l’ethnie bru pendant lesquelles plusieurs Khmers furent tués. La réponse du gouvernement fut brutale ; des centaines de villageois furent tués et des habitations incendiées.

thumb| alt=Piste Hô Chi Minh| La piste Hô Chi Minh qui permettait de ravitailler les maquis du FNL (Viêt Công) via le sud-est du Laos et le Rotanah Kiri.

Dans les années 1960, les maquisards communistes, que le prince Norodom Sihanouk allait bientôt appeler khmers rouges, exploitèrent le ressentiment des Khmer Loeu envers le gouvernement central pour s’allier à eux. Le parti communiste du Kampuchéa déplaça son siège dans la province en 1966 et reçut l’appoint de plusieurs centaines de combattants montagnards. À cette époque, la région était le théâtre d’une forte activité Việt Cộng ; les combattants s’y étaient installés dans les années 1940, et en , dans une conférence de presse, Norodom Sihanouk reconnaissait que le Rotanah Kiri était devenu « de facto, un territoire Nord-vietnamien ». De à , les États-Unis mirent en œuvre l’opération Menu, une campagne de bombardement massif de la région, espérant couper les troupes communistes vietnamiennes de leurs sanctuaires .. C’est à cette occasion que Lumphat, alors capitale provinciale fut entièrement détruite et perdit définitivement son importance au profit de Banlung qui devint le centre administratif. Afin d’échapper aux destructions, les habitants durent quitter leurs villages pour chercher refuge et protection auprès des khmers rouges. Ceux-ci, qui au départ étaient plutôt bienveillants dans cette province, devinrent de plus en plus brutaux. Les Khmers Loeu n’eurent bientôt plus le droit d’utiliser leur propre langue ni de pratiquer leurs religions ou leurs coutumes traditionnelles qui devinrent considérées comme « anticommuniste » ; la vie et les repas en commun devinrent la règle et les rares écoles durent fermer. Les purges au sein des minorités ethniques s’intensifièrent et des milliers de réfugiés s’enfuirent au Laos et au Viêt Nam, alors que des groupes de guérilla anti khmers rouges se développent, dont celui de Taveng, emmené par un certain Bou Thorng qui deviendra député de la province une trentaine d’années plus tard . De premières études semblent accréditer que 5 % de la population du Rotanah Kiri ont été victimes des khmers rouges, un chiffre de loin le plus bas de tout le Cambodge .

Après la chute du régime de Pol Pot, en 1979, la politique du nouveau gouvernement vis-à-vis du Rotanah Kiri peut être considérée comme de la « négligence bienveillante ». Les Khmers Loeu furent autorisés à retrouver leur mode de vie traditionnel, mais les autorités ne rénovèrent que peu d’infrastructures. Contrôlée par les Vietnamiens, l’administration provinciale n’avait que peu de contacts avec les communautés locales. Toutefois, bien après la chute de leur régime, les rebelles khmers rouges continuèrent à tenir les forêts.. Si la plupart d’entre eux ont rendu les armes dans les années 1990, des attaques le long des routes provinciales continuèrent jusqu’en 2002.

L’histoire récente du Rotanah Kiri est surtout marquée par la modernisation et les défis aux modes de vie traditionnels qu’elle engendre.. Le gouvernement a remis les routes en état, encouragé le tourisme et l’agriculture et enfin a facilité l’immigration massive de Khmers des plaines vers la province. L’amélioration du réseau routier et la stabilité politique on fait monter le prix des terrains et les litiges fonciers sont devenus un vrai problème. Même si une loi de 2001 permettait aux communautés indigènes d’obtenir des titres de propriété collectifs pour leurs terres traditionnelles, plusieurs villageois sont devenus sans-abris. Le gouvernement avait cédé des concessions sur les terres traditionnellement occupées par les tribus montagnardes, mais des « ventes » avaient néanmoins eu lieu, souvent entachées de pots-de-vin à de hauts fonctionnaires, de coercitions, de désinformations et de menaces. Toutefois, il semble que l’implication de plusieurs organisations non gouvernementales internationales ont fait diminuer les cessions abusives. Dans les années 2000, le Rotanah Kiri a dû accueillir des centaines de réfugiés Degar qui fuyait les persécutions dans le Viêt Nam voisin ; le gouvernement de Phnom Penh a été critiqué pour avoir rapatrié de force beaucoup de réfugiés..

Géographie

thumb|left | alt=Carte Rotanah Kiri| La carte du Rotanah Kiri, avec les routes en rouge.

Le Rotanah Kiri est bordé par le Laos au nord, le Viêt Nam à l’est et les provinces cambodgiennes de Mondol Kiri au sud et Stoeng Treng à l’ouest.. Elle s’étend sur kilomètres carrés.

Sa géographie est diversifiée, comprenant des collines, des montagnes, des plateaux, des plaines, des bassins versants, et des lacs de cratère. Deux rivières importantes, le Tonlé San et le Tonlé Srepok, coulent d’est en ouest à travers la province. Cette dernière est connue pour ses forêts denses ; en 1997, 70 à 80 % de la surface était occupée soit par de la forêt vierge, soit des forêts secondaires, régulièrement défrichées puis qui se reconstituent après avoir été laissées à l’abandon par les cultures sur brûlis.. L’extrême nord est occupé par les montagnes de la cordillère annamitique ; la région est caractérisée par de denses forêts tempérées sempervirentes, des sols assez pauvres et une abondante faune sauvage. Les hauts plateaux basaltiques vallonnés entre les rivières Tonlé San et le Tonlé Srepok héberge la majeure partie de la population du Rotanah Kiri, des forêts secondaires et des sols rouges fertiles.. Au sud du Tonlé Srepok s’étend une zone plate occupée par une forêt tropicale de feuillus. Les frontières orientale avec le Viêt Nam et occidentale avec la province de Stoeng Treng abritent un mélange de forêts sempervirentes et tropicales humides.

Certains des écosystèmes les plus diversifiés de forêts tropicales humides et d’étages montagnards de toute l’Asie du Sud-Est se trouvent dans le Rotanah Kiri. Une étude de 1996 portant sur deux sites du Rotanah Kiri et un de la province de Mondol Kiri ont répertorié de mammifères, 76 oiseaux et 9 reptiles.. La faune locale comprend des éléphants d’Asie, des ours malais, des tigres, des sangliers, des gaurs, des pygargues et des singes .. La région est aussi un site important pour la conservation de plusieurs sortes d’oiseaux en voie d’extinction, tels l’ibis géant ou le marabout argala. La flore est elle aussi très variée ; des observations portant sur un demi hectare de forêt ont permis d’inventorier d’arbres et 320 de plantes diverses.

Près de la moitié du Rotanah Kiri est occupée par des zones protégées. telles la réserve de Lumphat et le parc national de Virachey. Même si la province est surtout connue pour ses espaces vierges, le développement récent a engendré des problèmes environnementaux. Le paysage est en train de se modifier, avec l’accroissement de la population, l’intensification de l’agriculture et l’exploitation forestière. L’érosion des sols s’accélèrent et les microclimats se dégradent alors que l’abandon de l’habitat traditionnel et le braconnage contribuent à appauvrir la biodiversité de la province.

Climat

Comme tout le reste du Cambodge, le Rotanah Kiri est soumis à un climat tropical et aux moussons avec une saison des pluies (environ ) de juin à octobre, une saison froide () de novembre à février et une saison sèche (plus de ) de mars à mai..Le Rotanah Kiri semble être l’endroit le plus froid de tout le royaume khmer, avec, comme températures moyennes quotidiennes, une maximale à °C et une minimale à °C.

Les précipitations sont elles d’à peu près mm.

Des inondations sont fréquentes lors des saisons des pluies et sont en recrudescence depuis la mise en service du barrage de Yali Falls sur le Tonlé San..

Districts

Les 240 villages sont disséminés en 50 communes, elles-mêmes réparties en 9 districts, dont plusieurs ont gardé des noms issus du thaï ou des langues des minorités de la province :

thumb|alt=Districts |Les districts du Rotanah Kiri.