Antoine Wiertz, né à Dinant le et mort le dans son atelier de la rue Vautier à Bruxelles, est un peintre, sculpteur et lithographe belge. Artiste marginal et hors norme, il fut surnommé « le philosophe au pinceau ».

Biographie Jeunesse et débuts

Artiste précoce, le jeune Antoine, âgé d’à peine dix ans, passait son temps libre à sculpter des grenouilles en bois dans la boutique de son père, tailleur d’habits à Dinant. Ses aptitudes pour les arts plastiques seront mises en forme auprès de Guillaume Herreyns et Mathieu-Ignace Van Brée à l'académie de peinture d'Anvers, où il est admis en 1820 grâce à une bourse d’études du roi Guillaume des Pays-Bas. Le retour des œuvres de Pierre-Paul Rubens dans sa ville natale impressionne d’autant plus le jeune artiste qu’il se revendique haut et fort de l’esthétique baroque flamande.

Comme nombre de ses contemporains, son séjour en Italie – à la suite d’un prix de Rome obtenu en 1832 – lui bourre la tête de sujets mythologiques ou antiques. Il ramène dans ses bagages une gigantesque toile applaudie à Anvers mais dédaignée au Salon de Paris de 1839, Les Grecs et les Troyens se disputant le corps de Patrocle, où par ailleurs il est admis à présenter cinq autres toilesFiche exposant Salon de 1839, base salons du musée d'Orsay.. Wiertz en gardera une rancœur tenace à l’égard de la France, lui qui prétend . En guise de pied de nez à ses détracteurs, il parvient à faire refuser une toile de Rubens maquillée sous sa signature par le jury du Salon de Paris, ainsi mystifié.

En 1842, alors établi à Liège, quai Sauvenière, il dessine sur pierre lithographique une copie de son tableau exécuté à Rome, Les Grecs et les Troyens se disputant le corps de Patrocle. Cette lithographie est tirée par l'imprimeur bruxellois Pierre Degobert Marie-Christine Claes, « Les débuts de la photographie à Liège : autour d'Avanzo, Wittert et Fabronius », in: Bulletin de l'Institut archéologique liégeois, 117, 2013, (2.8 Le Patrocle de Wiertz : l'essai d'un grand maître échappe à Cremetti.).

Antoine Wiertz, en raison du caractère audacieux de ses œuvres, est refusé au Salon d'Anvers en 1843, et expose l'année suivante au Salon de Gand la statuette en plâtre d'une Baigneuse qu'il dédie ironiquement à l'innocente [sic] commission d'Anvers. Il expose également Un rideau d'alcôve entr'ouvert. Ces deux œuvres ne sont visibles que dans son cabinet secret et ne reçoivent la visite que d'amateurs robustement constitués [sic]..

Après la mort de sa mère, modeste journalière mosane, il s’installe définitivement à Bruxelles, d’abord dans le vaste hangar d’une usine désaffectée de la rue des Renards où il peint Le Triomphe du Christ, La Belle Rosine, L’Enfant brûlé et La fuite d’Égypte que l’on retrouvera bientôt dans le chœur de l’église Saint-Joseph au quartier Léopold. Ses expositions remportent un franc succès mais il n’y vend rien, et pour cause. Estimant que ses œuvres n’ont pas de prix – écrit-il dans sa correspondance - Wiertz manie la dérision jusqu’à organiser une tombola dont le prix, remporté par un épicier du quartier, n’est autre que le fameux Patrocle. Sous le prétexte qu'elles n'étaient jamais finies, Wiertz refusait souvent de vendre ses œuvres.

Un atelier en échange de ses tableaux

Sa réputation aidant, il propose au ministre de l’Intérieur, Charles Rogier, de léguer son œuvre à l’État belge en échange du financement de la construction d’un atelier, assez vaste, commode et lumineux pour accueillir ses œuvres souvent de très grand format. À sa mort, il serait reconverti en musée ou en refuge artistique. Pour ce faire, il a trouvé un terrain sur un remblai du chemin de fer du Luxembourg en plein chantier. Isolé et peu coûteux, il est à un jet de pierre d’un nouveau quartier, promis à un bel avenir. Antoine veut y édifier un temple humanitaire « dédié à la religion de l’avenir dont la Bible devait être la croyance au Progrès ». Prenant pour modèle un temple de Neptune qui l’a ébloui à Paestum, il en dresse les plans. Les façades de son vaste cube – 35 x 15 x 15 m – recouvert d’une verrière sont enserrées de colonnes grecques et curetées de niches à fresques destinées à vanter son œuvre. Clin d’œil du Destin, seul Le Démon de l’orgueil y sera peint. En fidèle gardien des deniers de l’État, les ministres lui allouent le budget au compte-gouttes au fur et à mesure de l’élévation de l’édifice en échange de tableaux toujours plus nombreux. Le Combat d’Homère, La Chute des anges, Le Triomphe du Christ et Le Phare du Golgotha tombent ainsi dans l'escarcelle de l'État.

Le peintre humaniste

Installé dans son ermitage, Wiertz s’inscrit désormais dans les combats philosophiques de son temps. Il prend la défense des petites gens contre la guerre (en témoignent ces toiles intitulées Napoléon aux enfers, De la chair à canon, Le Dernier Canon, La Paix), milite pour la démocratie et l’abolition de la peine de mort (La Vision d’une tête coupée). Soucieux de pédagogie, il rêve d’accrocher ses toiles pacifistes dans les gares, les hôtels de ville ou les palais de justice. Pour supprimer les reflets des tableaux exposés dans de telles conditions, il travaille sur une peinture mate, à base de térébenthine. Ses expériences n’aboutissent qu’à lui empoisonner le sang.

La sculpture Le Triomphe de la lumière, étudiée pour dominer le rocher de Dinant, est si proche de la statue de la Liberté, de Frédéric-Auguste Bartholdi, exécutée plus tard (New York, 1886), que certains parlent de plagiat de la part de ce dernier, même si aucune étude n'a été effectuée pour le prouver..

Pour vivre au quotidien, Wiertz se contentait de monnayer des portraits réalisés sur commande. Comme il l'écrivait à un de ses amis en 1839 : . On ne sait toutefois pas précisément combien il réalisa de portraits de famille durant sa carrière. Une cinquantaine de portraits ont été recensés à ce jour par l'Institut royal du Patrimoine artistique.

L'atelier-musée de la rue Wiertz

Peintre rebelle, maniaque fantasque, exalté et idéaliste intransigeant, la réputation d’Antoine Wiertz est à la démesure de son atelier-musée, situé au de la rue Vautier à Bruxelles. Les toiles accrochées à ses cimaises impressionnent autant par leur taille que par leur réalisme terrifiant, dans la plus pure tradition de la peinture expressive et monumentale. Converti en musée après sa mort, l’atelier agit comme un aimant sur les curieux mais aussi sur les peintres qui s’installent volontiers dans le Quartier Léopold. Longtemps, sa proximité se révèle stratégique pour proposer des toiles à la vente ou obtenir des commandes.

L'atelier-musée n'attire guère aujourd'hui plus de par an.

Œuvre

Autoportrait à l'âge de 18 ans, 1824, huile sur toile, 81,3 × 62,5 cm, Musée Wiertz, Ixelles La révolte des enfers contre le Ciel, 1841, huile sur toile, 1153 × 793 cm, Musée Wiertz, Ixelles Les Grecs et les Troyens se disputant le corps de Patrocle, 1844-45, huile sur toile, 520 × 852 cm, Musée Wiertz, Ixelles Deux jeunes filles, ou la belle Rosine, 1847, huile sur toile, 140 × 100 cm, Musée Wiertz, Ixelles La liseuse de romans, 1853, huile sur toile, 125 × 157 cm L'inhumation précipitée, 1854, huile sur toile, 160 × 235 cm, Musée Wiertz, Ixelles Le Suicide, 1854, huile sur toile, Jeune Sorcière, 1857, huile sur toile, 220 x 135 cm, Musée Wiertz, Ixelles Maria Mertens, 1860, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles Une scène de l'enfer, 1864, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles Le triomphe du Christ, huile sur toile, 625 × 1110 cm, Musée Wiertz, Ixelles On se retrouve au Ciel, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles Pensées et visions d'une tête coupée, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles L'enfant brulé, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles Une seconde après la mort, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles Les orphelins, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles Quasimodo, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles Le phare de Golgotha, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles Le dernier canon, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles La leçon de chant, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles Le soufflet d'une dame belge, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles Une jeune fille à sa toilette, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles Jeunes filles, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles La jeune sorcière, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles Le lion de Waterloo, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles La puissance humaine n'a pas de limite, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles La civilisation au , huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles La chair à canon, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles Le concierge, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles L'éducation de la Vierge, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles Esmeralda, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles La forge de Vulcain, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles Heureux temps, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles L'orgueil, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles Les botteresses, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles Le miroir du diable, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles Plus philosophique qu'on ne pense, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles L'embuscade, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles Étienne Nicolas Méhul, huile sur toile, Givet La lutte homérique, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles Insatiabilité humaine, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles Les partis jugés par le Christ, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles Les partis selon le Christ, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles Lonchamps a la Villa Borghese, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles Un grand de la terre, huile sur toile, Musée Wiertz, Ixelles Rosine à sa toilette, huile sur toile, 156 × 98 cm, Musée des beaux-arts de Liège L'Arrestation de Charlotte de Corday d'Armont, 102 x 84, collection particulière La sainte famille, Eglise Saint Joseph, Square Frère Orban, Bruxelles

Galerie

Distinctions ().. ()..

Notes et références

Annexes Articles connexes Virginie Bovie Liste de sculpteurs belges

Bibliographie

Roger Bodart, Antoine Wiertz, Anvers, Editions De Sikkel, collection « Monographies de l'art belge », 1949. Michel Coleau, « La Wiertzmania en terre dinantaise (1865-1980) », De la Meuse à l'Ardenne, 49 (2017), p. 55-90. D. Couvreur, Le Caprice des Dieux, vie et mort des ateliers d'artiste du quartier Léopold, Bruxelles, Altera éditions, 1996, 125 p. Luc Hiernaux, « La loge de Namur et l'Œuvre du monument Wiertz à Dinant (1881-1882) », Les Échos de Crèvecœur, 52 (2020), p. 145-147. Willy Koninckx, Le portrait dans l'œuvre d'Antoine Wiertz, Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, 1942, 24 p. (Conférences 1941-1942). Louis Labarre, « Antoine Wiertz. Étude biographique », Bruxelles, 1866, 182 p., avec en frontispice une photographie du Patrocle par Edmond Fierlants. B. Velghe, « Antoine Wiertz 'Faire bien n'est que question de temps' », Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, 2000, 6 p. Bram van Oostveldt, Stijn Bussels et Caroline van Eck, « Antoine Wiertz and the Quest of Modern Genius », XIX: Studies in 19th-Century Art and Visual Culture, vol. 7, Turnhout-Brepols, 2025. A. Wiertz, Œuvres littéraires'', Bruxelles, 1869, 447 p.

Liens externes

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