alt=Le chef du gouvernement soviétique et commissaire aux Affaires étrangères Vyacheslav Molotov fait ses adieux au ministre des Affaires étrangères du Reich, von Ribbentrop, à la gare d'Anhalt, Berlin, November 1940.|vignette|Le chef du gouvernement soviétique et commissaire aux Affaires étrangères Vyacheslav Molotov fait ses adieux au ministre des Affaires étrangères du Reich, von Ribbentrop, à la gare d'Anhalt, Berlin, novembre 1940. En octobre et novembre 1940, se tinrent les négociations germano-soviétiques concernant une éventuelle entrée de l’URSS dans l'Axe en tant que quatrième puissance. Les négociations comprenaient une conférence de deux jours à Berlin entre le ministre soviétique des Affaires étrangères Viatcheslav Molotov, Adolf Hitler et le ministre allemand des Affaires étrangères Joachim von Ribbentrop, suivie par des accords commerciaux entre les deux pays. Les discussions ont été suivies par l'échange de propositions d'accords écrits entre les deux pays.

Après deux jours de négociations, du 12 au , l'Allemagne présente aux Soviétiques un projet d'accord écrit qui définissait les sphères d'influence mondiales des quatre puissances de l'Axe proposées (Allemagne, Italie, Japon et Union soviétique). Hitler, Ribbentrop et Molotov tentent de fixer les sphères d'influence allemande et soviétique. Hitler encourage Molotov à regarder vers le sud, vers l'Iran et éventuellement l'Inde, afin de préserver l'accès allemand aux ressources de la Finlande et d'éliminer l'influence soviétique dans les Balkans.

Molotov reste ferme et cherche à faire retirer les troupes allemandes de Finlande et à obtenir un port dans la Baltique. Les calculs de la politique étrangère soviétique reposaient sur l'idée que la guerre serait une lutte de longue haleine et les affirmations allemandes selon lesquelles le Royaume-Uni serait vaincu rapidement étaient donc traitées avec scepticisme. En outre, Staline cherchait à rester influent en Bulgarie et en Yougoslavie. Ces facteurs ont conduit Molotov à adopter une ligne ferme.

Selon une étude d'Alexander Nekrich, le , les Soviétiques présentent néanmoins une contre-proposition écrite rédigée par Staline, acceptant le pacte des quatre puissances mais incluant les droits soviétiques sur la Bulgarie et une sphère d'influence mondiale, centrée sur la région de l'Irak et de l'Iran.

Réagissant à la contre-proposition, Hitler fait remarquer à ses principaux chefs militaires que Staline « exige de plus en plus » et « une victoire allemande est devenue insupportable pour la Russie » de sorte qu'« elle doit être mise à genoux le plus rapidement possible ».

L'Allemagne n'a jamais répondu à la proposition soviétique du , laissant les négociations en suspens. L’Allemagne rompt le pacte Molotov-Ribbentrop en en envahissant l'Union soviétique.

Contexte thumb|upright|Ribbentrop et Staline lors de la signature du pacte germano-soviétique.

Hostilités passées et accords germano-soviétiques de 1939

Au cours de l'été 1939, après avoir mené des négociations avec une délégation franco-britannique et avec l'Allemagne concernant d'éventuels accords militaires et politiques, l'Union soviétique choisit l'Allemagne et signa le l’accord commercial germano-soviétique prévoyant la fourniture de certains matériels militaires et civils allemands en échange de matières premières soviétiques. Quatre jours plus tard, les deux pays signèrent le pacte Molotov-Ribbentrop, qui contenait des protocoles secrets divisant l'Europe septentrionale et orientale en « sphères d'influence » allemande et soviétiqueText of the Nazi-Soviet Non-Aggression Pact, executed August 23, 1939.

Juste avant la signature des accords, les parties abordèrent les hostilités passées, le ministre allemand des Affaires étrangères Joachim von Ribbentrop affirmant aux diplomates soviétiques « qu'il n'y avait aucun problème entre la Baltique et la mer Noire qui ne pouvait être résolu entre les deux pays »Vehviläinen, Olli, Finland in the Second World War: Between Germany and Russia, Macmillan, 2002, , page 30. Les diplomates des deux pays abordèrent les points communs de l'anticapitalisme, en déclarant qu’il y avait « un élément commun dans l'idéologie de l'Allemagne, de l'Italie et de l'Union soviétique : l'opposition aux démocraties capitalistes »Bertriko, Jean-Jacques Subrenat, A. and David Cousins, Estonia: Identity and Independence, Rodopi, 2004, page 131 et que « ni l’Allemagne, ni l'Italie n’avaient quelque chose en commun avec le capitaliste occidental » et qu’il lui semblait « plutôt contre nature qu’un Etat socialiste se tînt aux côtés des démocraties occidentales ».

Un officiel allemand expliqua que l'hostilité de son pays à l'égard du bolchevisme soviétique avait disparu avec les changements dans le Komintern et le renoncement soviétique à la révolution mondiale. Un responsable soviétique qualifia la conversation d’ « extrêmement importante ». Lors de la signature, Ribbentrop et Staline apprécièrent les conversations chaleureuses, échangeant des toasts et discutant plus avant des anciennes hostilités entre leurs pays dans les années 1930.

Ribbentrop déclara que la Grande-Bretagne, qui avait toujours cherché à perturber les relations soviéto-allemandes, était « faible » et voulait « laisser les autres se battre pour sa revendication présomptueuse de domination du monde ». Staline fut d'accord, ajoutant : « Si l'Angleterre a dominé le monde, cela était dû à la stupidité des autres pays qui se sont toujours laissé bluffer ». Ribbentrop déclara que le pacte anti-Komintern n’était pas dirigé contre l'Union soviétique, mais contre les démocraties occidentales, et « effrayait principalement la City de Londres [les financiers britanniques] et les commerçants anglais ».

Il ajouta que les Berlinois avaient plaisanté en disant que Staline rejoindrait lui-même le pacte anti-Komintern. Staline proposa un toast à Hitler, et Staline et le ministre soviétique des Affaires étrangères Viatcheslav Molotov portèrent à plusieurs reprises un toast à la nation allemande, au pacte Molotov-Ribbentrop et aux relations germano-soviétiques. Ribbentrop répliqua avec un toast à Staline et un toast aux relations entre les deux pays. Alors que Ribbentrop partait, Staline le prit à part et lui déclara que le gouvernement soviétique prenait le nouveau pacte très au sérieux, et qu'il « garantissait de sa parole d'honneur que l'Union soviétique ne trahirait pas son partenaire ».

Relations pendant la division de la Pologne thumb|upright|Soldats allemands et soviétiques pendant le transfert de souveraineté de Brest au profit de l'URSS, devant un portrait de Staline. thumb|Généraux soviétiques et allemands saluant lors du défilé organisé pour le transfert officiel de Brest à l'URSS le 23 septembre 1939.

Une semaine après la signature du pacte Molotov-Ribbentrop, le partage de la Pologne débuta avec l'invasion allemande de la Pologne occidentale. L'Internationale communiste soviétique suspendit toute propagande anti-nazie et anti-fasciste, en expliquant que la guerre en Europe était une question d’États capitalistes s’attaquant les uns les autres à des fins impérialistesCohen, Yohanon, Small Nations in Times of Crisis and Confrontation, SUNY Press, 1989, , page 110. Lorsque des manifestations anti-allemandes éclatèrent à Prague, en Tchécoslovaquie, le Komintern ordonna au parti communiste tchécoslovaque d'employer toutes ses forces pour paralyser les « éléments chauvins ». Moscou ordonna bientôt au parti communiste français et au parti communiste de Grande-Bretagne d’adopter une position anti-guerre.

Deux semaines après l'invasion allemande, l'Union soviétique envahit l'est de la Pologne, en coordination avec les forces allemandes. Le , les Soviétiques et les Allemands signèrent un accord formel de coordination des mouvements militaires en Pologne, incluant la liquidation des saboteurs. Un défilé conjoint germano-soviétique eut lieu à Lviv et à Brest. Staline avait décidé en août qu'il allait liquider l'État polonais, et une rencontre germano-soviétique en septembre aborda la future structure de la « région polonaise ». En dépit d'un avertissement par le Komintern à l'Allemagne, les tensions allemandes augmentèrent lorsque l'Union soviétique déclara en septembre qu'elle devait entrer en Pologne pour « protéger » ses frères ukrainiens et biélorusses en provenance d'Allemagne, mais Molotov admit plus tard devant des officiels allemands que cette excuse était nécessaire parce que les Soviétiques ne trouvaient aucun autre prétexte à leur invasion.

Les trois États baltes décrits par le pacte Molotov-Ribbentrop, l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie, n'eurent pas d'autre choix que de signer un prétendu pacte de défense et d'assistance mutuelle qui permit à l'Union soviétique de faire stationner des troupes sur leurs territoiresWettig, Gerhard, Stalin and the Cold War in Europe, Rowman & Littlefield, Landham, Md, 2008, , page 20-21.

Expansion des échanges commerciaux de matières premières et de matériel militaire

Hitler pressait pour une invasion allemande de la Pologne en 1939, . Le manque de matières premières en Allemagne impliquait qu'elle devait chercher à augmenter ses approvisionnements de l'extérieur. Cependant, le blocus britannique se mit en place, laissant une situation de plus en plus critique pour les matières premières. Le seul État capable de fournir à l’Allemagne le pétrole, le caoutchouc, le manganèse, les céréales, les matières grasses et le platine dont elle avait besoin était l'Union soviétique. Dans le même temps, les demandes soviétiques pour les produits manufacturés, comme les machines allemandes, étaient en augmentation alors que sa capacité à importer ces marchandises en provenance de l'extérieur avait diminué après que de nombreux pays eurent cessé leurs relations commerciales après la signature du pacte Molotov-Ribbentrop.

En conséquence, l'Allemagne et l'Union soviétique conclurent un accord commercial complexe le 11 février 1940, accord plus de quatre fois plus important que celui d'. Ce pacte commercial aida l'Allemagne à contourner le blocus britannique. La première année, l'Allemagne reçut des centaines de milliers de tonnes de céréales, de pétrole et d'autres matières premières vitales, qui furent transportées depuis l’Union soviétique à travers les territoires polonais occupés. Les Soviétiques fournirent en outre à l’Allemagne un accès à la route maritime du Nord pour les navires cargos et les navires corsaires (bien que seul le croiseur Komet utilisât cette route avant ), ce qui obligea la Grande-Bretagne à protéger les voies maritimes dans l'Atlantique et dans le Pacifique.

Détérioration des relations à la mi-1940 thumb|

La Finlande, les pays baltes et la Roumanie

En , l'Union soviétique envahit la FinlandeKennedy-Pipe, Caroline, Stalin's Cold War, New York : Manchester University Press, 1995, , entraînant des pertes sévères et un traité de paix intérimaire en mars 1940 accordant à l'Union soviétique la région orientale de Carélie (10 % du territoire finlandais). À la mi-, alors que l'attention internationale s'est concentrée sur l'invasion allemande de la France, les troupes soviétiques du NKVD attaquèrent les postes frontaliers de Lituanie, d’Estonie et de LettonieSenn, Alfred Erich, Lithuania 1940 : revolution from above, Amsterdam, New York, Rodopi, 2007 Les politiciens prosoviétiques qui furent mis en place demandèrent l'entrée de leurs pays respectifs dans l'Union soviétique. En juin, les Soviétiques lancèrent un ultimatum exigeant la Bessarabie, la Bucovine et la région de Herța de la Roumanie. Après que les Soviétiques se furent mis d'accord avec l'Allemagne qu'ils limiteraient leurs revendications en Bucovine à la Bucovine du nord, l'Allemagne invita la Roumanie à accepter l'ultimatum. Deux jours après l'entrée des Soviétiques, les Roumains cédèrent aux exigences soviétiques et les Soviétiques occupèrent le territoire.