Comme les vaisseaux de la , les trente-cinq navires de la classe Tonnant étaient issus des travaux du chevalier de Borda et de l'ingénieur naval Sané pour uniformiser les constructions navales françaises selon des normes très définies et relevées.
Ils constituaient le plus grand modèle des navires de ligne à deux ponts, armés de quatre-vingts canons, classé en deuxième rang, intermédiaire avantageux entre le vaisseau de 74 canons, navire de ligne de base des flottes à la fin du , et les lourds, lents et onéreux trois-ponts (de 100, 110, voire 118 ou 124 canons). Puissamment armé de deux batteries complètes de canons lourds, rapide et très « manœuvrant », le « vaisseau de 80 classe Tonnant » a été probablement le navire le plus prisé par les commandants des marines de la période napoléonienne.
Histoire Les précurseurs (1743-1782) Après le développement des premiers vaisseaux de 74, les chantiers navals français s'attaquèrent à des navires à deux rangées de batteries plus puissants et longs.
Vers le milieu du sont lancés quelque deux-ponts de 80 canons, comme, déjà, un premier navire baptisé Tonnant en 1747 ou le Soleil Royal en 1749. Sensiblement plus stables, plus maniables, plus rapides et aussi puissants que les trois-ponts de 80 à 110 canons, ils n'étaient que des 74 rallongés, avec 30 canons de 36 livres et 32 de 18, mais sur le Soleil Royal, on remplaça ses canons de 18 par des puissants 24 livres sur son second pont de batterie, cette modification tout d'abord isolée fut reprise à partir de 1765 de façon systématique.
La classe Tonnant : le standard de Borda et Sané (1789-1831)
À partir de 1787, sous la conduite du chevalier de Borda et selon les plans de l'architecte naval Jacques Noël Sané, à l'exemple des vaisseaux de 74 canons de la classe Téméraire, la construction fut standardisée, à partir de l'établissement d'un cahier des charges rigoureux fondé sur un compromis poussé entre de nombreuses exigences : celle d'une forte artillerie, capable de rivaliser avec les trois-ponts britanniques ; celle de qualités de navigation au moins aussi remarquables que celles des vaisseaux de 74 ; celle de facilité de construction (standardisation) pour être susceptible d'être lancés dans tous les arsenaux du royaume ; celle aussi d'être moins exigeants que les immenses trois-ponts de 118 canons de la classe Océan qui jaugeaient plus de 5 000 tonnes, pour lesquels un équipage de plus de 1 100 hommes était nécessaire ; et enfin celle d'être beaucoup moins coûteux que ces derniers.
Ceci aboutit à la mise en chantier d'une nouvelle série de vaisseaux, dotés de deux longues batteries de canons de gros calibres, contre une pour les « 74 », nettement plus longs que ceux-ci et que les trois-ponts britanniques : 60,30 m contre 56,70 m pour le ; à peine moins larges : 15,60 m contre 15,80 m ; et jaugeant plus de 3 800 tonnes contre 3 550 t. pour le plus célèbre vaisseau anglais. Ainsi en 1789, le lancement d'un nouveau Tonnant, le premier d'une longue série, est l'aboutissement d'une expérience remarquée universellement en matière de construction navale par les chantiers navals français de l'époque.
Les meilleurs navires de guerre de leur temps…
Ces vaisseaux, mieux toilés que leurs opposants, porteront sans complexe la marque de l'amiral de l'escadre, et se sont effectivement avérés encore plus rapides et aussi fins manœuvriers que les « 74 » de Borda et Sané, car sensiblement plus longs, et qui déjà faisaient référence dans toutes les flottes européennes à la fin du . De tels navires auraient dû logiquement surclasser tous les deux-ponts ennemis et même les trois-ponts de 98 canons auxquels ils vont s'opposer souvent dans les nombreuses batailles de la Révolution et de l'Empire.
… ou l'âge noir de la marine française ? Dans les faits, ces superbes machines de guerre ont été régulièrement défaites par leurs adversaires britanniques, non en raison de leurs qualités intrinsèques, mais à cause d'équipages beaucoup moins habiles, peu aguerris en mer avant d'affronter l'ennemi, souvent incomplets, car on ne se bousculait pas sous la Révolution et l'Empire pour s'engager dans celle qu'on appelait encore la « Royale ». À la différence de leurs homologues de la Royal Navy les marins français souffraient encore trop souvent du manque d'hygiène et du scorbut (plaies mortelles que les Britanniques avaient commencé de neutraliser efficacement depuis 1795).
Michèle Battesti résume la situation lamentable des équipages français :
Aussi la plupart des vaisseaux appareillaient le plus souvent avec des équipages incomplets, parfois réduits de plus du quart.
Les défaites sont aussi dues à des commandants de flotte ou de vaisseaux souvent impuissants ou sans initiative, à quelques exceptions remarquables. Car ces amiraux de la Révolution et de l'Empire, vite promus par défaut (la noblesse commandante avait fui précisément outre-Manche) se sont avérés incapables de s'adapter aux innovations tactiques de leurs ennemis (celles utilisées par Nelson : l'encerclement entre deux feux à Aboukir, ou la coupure de la ligne à Trafalgar) et aux innovations techniques comme l'utilisation des caronades, ces canons courts, de très gros calibre, imprécis à moyenne portée, mais capables de nettoyer un pont tout entier en une seule salve de mitraille, et se réarmant en moins de deux minutes ; armes qui ont renforcé l'efficacité de tactiques fondées sur le canonnage à courte distance, sur lesquelles les amiraux britanniques fondaient leurs tactiques.
Ceci aurait fait dire à Nelson : « la meilleure marine du monde serait composée de navires français montés par des marins anglais. »
Ce sera fait souvent, car quand ils en capturaient, les Britanniques les réarmaient au plus vite sous leur drapeau. Ainsi tous les six premiers vaisseaux de 80, lancés entre 1788 et 1796, ont été capturés par la Royal Navy et réarmés au nom de sa Glorieuse Majesté, tous! Beaucoup réaliseront une longue et brillante carrière dans la Navy. Comme le Tonnant lui-même, qui a amené son pavillon tricolore à Aboukir, et qui combattra contre les Français à Trafalgar sous le nom de HMS Tonnant.
La construction en grande série (1807-1815) thumb|333px|Lancement du Friedland le à Anvers, en présence de Napoléon et de l'Impératrice. Ces vaisseaux construits, d'abord en petit nombre, vont être dotés de six caronades supplémentaires à partir de 1806, date à partir de laquelle ils vont être mis en chantier en grand nombre, notamment à Anvers, arsenal pour lequel l'Empereur avait d'ambitieux projets. À la chute de Napoléon pas moins d'une quinzaine est en construction dans les différents arsenaux impériaux, dont la moitié à Anvers. Grâce à cet effort de construction des vaisseaux, et à la multiplication des arsenaux (outre Brest, Toulon et Rochefort ont été développés Lorient, Anvers, Cherbourg et Venise), l'Empire était sur le point de retrouver une flotte aussi nombreuse et potentiellement plus puissante encore que celle que Louis XVI avait laissé à la France révolutionnaire ; sur le papier en tous cas.
Caractéristiques Dimensions Leur coque avait des dimensions relativement supérieures à celle de leurs contemporains de 74, elle était longue de 182 pieds et 6 pouces (60,26 mètres), large de 47 pieds et 6 pouces (15,6 mètres), ils présentaient un creux de 23 pieds et 6 pouces (7,7 mètres) au centre, soit au total un déplacement de quelque 3 860 tonnes.
Armement 30 canons de 36 livres en première batterie ; 32 canons de 24 livres en seconde batterie ; 18 canons de 12 livres et 6 caronades de 36 livres sur les gaillards. Poids total d'une bordée : 1 140 livres de fonte, soit plus d'une demi-tonne.
À partir de 1808 (l’Illustre), le nombre de canons de 12 est réduit à 14 pièces pour pouvoir porter le nombre de caronades à 10 de 36 livres. À partir de 1827 (le Magnifique), les 12 livres passent à seulement 2, tandis que les caronades sont désormais 22. La bordée est désormais de 1 368 livres.
Équipage Selon le règlement français du Source : Archives nationales, fonds Marine, B5-28., l'équipage de temps de guerre doit être théoriquement de 854 hommes (594 en temps de paix) : soit 12 officiers, 7 élèves ou volontaires, 60 officiers-mariniers, 45 canonniers (des troupes de marine), 7 timoniers, 503 matelots, 130 soldats (troupes de marine ou infanterie de ligne), 60 mousses, 14 surnuméraires et 13 valets.
Sous la République et l'Empire, l'équipage passe à 866 hommes (626 en temps de paix), dont quatorze officiers (un capitaine de vaisseau , un capitaine de frégate, cinq lieutenants et sept enseignes).
Navires de la classe