Les reliefs de la colonne Trajane forment un bas-relief qui s'enroule en hélice autour du fût de la colonne Trajane, de la base au sommet. Ils racontent, du point de vue des Romains, le déroulement des guerres que Trajan a menées en Dacie.

Histoire Construction de la colonne Trajane

Dès la fin de la deuxième guerre dacique, Trajan décide de célébrer son triomphe par la construction d'un grand forum à Rome et confie la supervision des travaux, financés grâce au butin amassé lors de la conquête de la Dacie, à l'architecte Apollodore de Damas. La construction du forum de Trajan nécessite de lourds travaux d'excavation pour agrandir la zone constructible au nord-est du Forum Romain, afin d'araser l'ensellement reliant les collines du Capitole et du Quirinal. De tels travaux, qui transforment irrémédiablement le paysage, peuvent être considérés comme un sacrilège (sacrilegium) et c'est peut-être comme monument expiatoire (piaculum) qu'est élevée la colonne Trajane, dont la hauteur rappelle celle de la colline qui a été supprimée. La colonne est dédiée le .

Réalisation des reliefs

De nombreuses hypothèses ont été émises proposant les étapes de construction de la colonne et des reliefs. L’une d’elles en donne trois principales. Tout d’abord, il a fallu réaliser le dessin sur rouleaux des reliefs pour qu’ils puissent être soumis à l’examen du commanditaire. Ensuite, on a probablement créé une maquette de la colonne afin d’optimiser la succession des scènes le long de la frise. Et enfin, on a pu se lancer dans le montage des blocs et le travail des sculpteurs sur la colonne au fur et à mesure de son érection.

Les reliefs semblent avoir été ébauchés avant que les blocs de marbre de la colonne ne soient assemblés et ils ne sont achevés qu'après la fin de la construction. La hauteur de la frise varie tout au long des 23 spires entre et . Elle est comprise entre 1,1 et jusqu’à la treizième spire puis diminue jusqu’à à la dix-neuvième spire. C’est seulement sur les dernières spires que la frise s’élargit jusqu’à atteindre sa hauteur maximale. Cette observation semble contradictoire avec l'explication généralement admise depuis le qui veut que l'artiste ait voulu anticiper l’éloignement du spectateur en agrandissant progressivement les sujets. Il semblerait plutôt que les sculpteurs, progressant le long du fût en même temps que la colonne est peu à peu montée, n’aient pas pu évaluer correctement la place qui leur restait et n’aient pu corriger la taille de la frise qu’une fois la colonne entièrement bâtie.

Les sculpteurs ont commencé en taillant des formes grossières avec des outils larges et ne permettant pas de sculpter de fins détails. Au fur et à mesure de l’avancement des travaux, les outils utilisés se sont faits de plus en plus précis. Les reliefs n’ont pas été polis à la fin des travaux, mais laissés tels quels, les coups donnés par le sculpteur restant visibles dans la patine jaune doré d'oxalate de calcium qui recouvre le marbre. De petits trous ont été pratiqués sur certains personnages, afin de fixer de petites pièces de métal figurant principalement les outils et armes des soldats. Ces pièces de métal ont aujourd’hui disparu, laissant de nombreux personnages les mains vides. Les reliefs ont pu être peints pour en faciliter la lecture mais aucune trace de peinture n’a été retrouvée sur la colonne.

Copies et moulages Au départ, les moulages servent à créer des copies fidèles en bronze ou en plâtre d’œuvres d'art antiques que seuls les rois sont en mesure de s'offrir afin de décorer leurs châteaux, palais et demeures. Mais à partir du milieu du , l'objectif change et il s'agit dorénavant de créer des modèles dans un but pédagogique. L'importance croissante accordée à l'enseignement de l'art se traduit par la fondation en quelques années de deux institutions importantes, l'Académie royale de peinture et de sculpture à Paris et l'Académie de France à Rome. Les moulages permettent une étude approchée des reliefs qui est malaisée sur place. En effet, depuis le pied de la colonne, seules les premières spires peuvent être lues en détail à l’œil nu. De plus, les reliefs se dégradent au fil du temps à cause de l'érosion naturelle mais cette dégradation s'est nettement accélérée ces deux derniers siècles du fait de l’accroissement de la pollution atmosphérique.

Premiers moulages Les principales campagnes de moulage des reliefs de la colonne en vue de les reproduire grandeur nature émanent de monarques, alors seuls capables de financer la coûteuse opération de moulage. Le premier des souverains français à avoir tenté une reproduction des reliefs de la colonne Trajane est François qui commande les premiers moulages en 1540, ainsi que les moules des sculptures d'époque romaine les plus célèbres afin de décorer le château de Fontainebleau avec des copies en bronze. Il envoie Le Primatice, sculpteur, peintre et architecte italien, à Rome pour superviser l'opération. Sur place, le travail n'est pas mené à terme, jugé trop coûteux. Le projet est repris par Louis XIII en 1640 mais une fois encore, il demeure inabouti à la mort du roi.

En 1665Salomon Reinach, Répertoire de reliefs grecs et romains : T1. Les ensembles, Paris, 1909., Louis XIV envisage à son tour de réaliser un moulage complet des reliefs. L'opération, supervisée par Charles Errard, alors directeur de l'Académie de France, dure de 1666 à 1670. Quelques moules sont transportés jusqu'à Paris où sont réalisés les copies en plâtre entre 1671 et 1672.

Moulages de Napoléon III Ces premiers moulages se détériorent rapidement et Napoléon III, qui porte un vif intérêt à l'histoire romaine comme en témoigne la rédaction de son Histoire de Jules César, fait réaliser à ses frais entre 1861 et 1862 une troisième et dernière copie intégrale de la colonne, depuis la base jusqu'au chapiteau. Cette campagne se déroule après avoir obtenu l'accord du pape Pie IX en . Ce dernier met à disposition des Français une équipe de mouleurs du Vatican dirigée par Alessandro Malpieri. Ces premiers moules, conservés d'abord au musée du Latran jusqu'en 1953 puis au Museo della Civiltà Romana, servent à produire deux autres séries complètes de moulages. La première, réalisée dès 1864, est une reproduction sur plaques de cuivre renforcées par galvanoplastie aujourd'hui entreposée au musée d'Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye. Le résultat est ensuite surmoulé pour la réalisation de la deuxième série qui est exposée au South Kensington Museum puis dans le Victoria and Albert Museum de Londres.

Expositions actuelles Le musée de la Civilisation romaine de lEUR, à Rome, présente une des trois copies réalisées en 1861 par Napoléon III, qui a donné cet exemplaire au pape Pie IX et qui compte en tout 125 moulages de plâtre. L'exposition actuelle, qui se déroule sur deux fois , permet une observation rapprochée de tous les reliefs de la colonne. Le musée d'Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye possède une galvanoplastie du de la partie basse du fût, placée dans les fossés du château. Le musée du Louvre conserve, dans sa collection de moulages hébergée dans la Petite Écurie de Versailles, environ un tiers de la frise, ainsi que toute la base remontée. Un moulage complet est présenté au Victoria and Albert Museum de Londres. Le musée national d'Histoire de Roumanie de Bucarest présente un autre moulage complet de la colonne, réalisé par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale.

Description des reliefs

Les reliefs se déroulent comme un rouleau (volumen)Luc Duret et Jean-Pierre Néraudau, Urbanisme et métamorphoses de la Rome antique, Les Belles Lettres, 2001, .Pierre Gros, Les enjeux historiques du débat de l'ordonnance du Forum de Trajan dans Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Vol. 149, 2005, ., impression renforcée par le fait que la colonne Trajane est située entre deux bibliothèques, l’une d’elles ayant certainement abrité les Commentaires de Trajan. La frise qu'ils forment est longue de près de et divisée en 155 scènes, disposées en 23 spires, dans lesquelles apparaissent personnages, dont 634 Daces.

Le récit débute par la traversée du Danube durant le printemps 101, qui marque le début de la première guerre, et se termine par la déportation de la population dace qui marque la fin de la seconde guerre dacique. À mi-parcours, la présence d’une Victoire qui écrit sur un bouclier, entourée de trophées, sépare le récit des deux guerres.

Les reliefs ne montrent pas seulement des scènes de batailles (21 % du total), mais aussi des transferts et des départs de troupes (29 %), des travaux de fortifications (12 %), des conseils de guerre, des sacrifices (7 %), des ambassades (9 %) et des discours de Trajan (6 %). Les scènes sont séparées par divers procédés : un arbre ou des personnages qui se font face. Les différents épisodes sont mis en scène avec des décors de rochers, arbres, bâtiments qui semblent bien se référer à des événements particuliers et vécus, et non à des modèles convenus, idéalisés. Les scènes de travaux accomplis par les soldats sont particulièrement riches en détails tels que ponts, forts, camps ou vues de fleuves et de fortifications à vol d'oiseau, appartenant probablement à la tradition de la peinture romaine des vues triomphales, dont on porte les panneaux en procession lors des triomphes des généraux victorieux pour montrer au peuple les exploits et faits de guerre les plus marquants.

L'armée romaine est composée d'une grande diversité de peuples reconnaissables à leur habillement ou à leur spécialité tactique: cavaliers africains, Ibères avec leur lance-pierres, archers orientaux avec leur casque à pointe, Germains portant des braies, Romains en toge. Certaines scènes sont difficiles à interpréter ou suscitent la controverse, comme celle montrant des femmes torturant des prisonniers.

Style Les scènes de la colonne Trajane constituent un récit historique où se rejoignent la tradition artistique de l'art hellénistique et la solennité toute romaine de l'exaltation de l'Empire. Le réalisme domine dans la narration et les éléments symboliques se limitent à la personnification de l'imposant et solennel Danube barbu qui, émergeant de son lit, invite les Romains à passer (scène III), à l'apparition de Jupiter lors de la bataille de Tapae (scène XXIV) et à la personnification de la Nuit (scènes XXXVIII et CL).

La représentation de Trajan Chaque scène illustre un évènement particulier. La signification de chacune d’entre elles est à analyser à travers le prisme de la propagande impériale et ne doit pas toujours être prise au premier degré. Chaque événement semble correspondre à un concept abstrait, comme la virtus (vaillance), la pietas (piété), la clementia (clémence), la fides exercituum (fidélité de l'armée) que le général idéal se doit de maîtriser. Trajan, représenté 58 fois au total le long de la colonne, se présente donc comme l’incarnation de ce général et utilise les reliefs comme moyen de propager et de faire perdurer cette idée. Sa présence dans chaque scène est soulignée par la convergence des mouvements et des regards dans sa direction. Sa représentation est par contre toujours réaliste et exprime sans artifice, au travers de gestes ou de regards mesurés, sa sagesse et son habileté militaire. Cette représentation idéale est indirectement renforcée par la façon dont sont représentés les Daces, et plus particulièrement Décébale. Ils apparaissent impétueux et féroces, livrant des combats acharnés et désespérés, dans une résistance héroïque face à la supériorité numérique et technique de l'armée romaine, ce qui permet d'augmenter encore le prestige du vainqueur.

Monuments et paysages