thumb|alt=Gros plan sur lettres GV précédant le numéro d'immatriculation d'un petit bateau|right|upright=1|Initiales du quartier d'immatriculation GV (ancien quartier maritime du Guilvinec).

La pêche bigoudène est l'activité de pêche maritime professionnelle du pays Bigouden, dans le Finistère, en Bretagne. Les huit ports bigoudens du sud (Saint-Guénolé, Saint-Pierre, Kérity, Guilvinec-Léchiagat, Lesconil, Loctudy, l'Île-Tudy et Sainte-Marine) formaient de 1919 à 2009, avec le port voisin de Bénodet, le quartier maritime du Guilvinec, dont les initiales d'immatriculation étaient GV. Les bateaux de l'ancien quartier maritime font aujourd'hui partie d'un même quartier d'immatriculation, et gardent les mêmes initiales.

Depuis 2008, trois ports (Saint-Guénolé, Guilvinec et Loctudy) pratiquaient le chalutage et disposaient d'une criée. En 2011, le quartier d'immatriculation GV comptait et . En 2014, dans les trois criées bigoudènes, la vente « déclarée en criée » par les bateaux français représentait pour une valeur de (données provisoires).

Situation thumb|alt=Carte du pays Bigouden. Au nord-ouest, Pors Poulhan est proche des ports capistes d'Audierne et de Poulgoazec. Au sud, sont groupés et encadrés les 9 ports du quartier d'immatriculation GV.|right|upright=1.5|Proche d'Audierne, Pors Poulhan est dans le quartier d'immatriculation AD. Groupés au sud, les huit autres ports bigoudens et Bénodet forment le quartier d'immatriculation GV.

Formant la pointe sud-ouest de la Bretagne, le pays Bigouden est une aire culturelle, une entité de tradition qui n'a pas d'existence administrative. Cet espace est baigné par la mer Celtique à l'ouest et par le golfe de Gascogne au sud. La pointe de Penmarc'h initie la ligne de partage entre ces deux zones de l'océan Atlantique« Code de la mer », sur sandre.eaufrance.fr)..

Ports Pors Poulhan

Situé au nord, éloigné des autres ports bigoudens, Pors Poulhan est partagé entre les communes de Plouhinec et de Plozévet. En 2009, il compte douze bateaux (de deux à cinq tonneaux) armés par des pêcheurs professionnelsJean-Jacques Doaré, Plouhinec autrefois, Plouhinec, AS3P, 2009, I, 95.. Autrefois rattaché au quartier maritime d'Audierne du fait de la proximité, il est aujourd'hui compris dans le quartier d'immatriculation AD. Aussi n'entre-t-il pas dans les données concernant le quartier d'immatriculation GV.

Quartier d'immatriculation GV

La côte sud du pays Bigouden compte huit ports d'importance inégale. Ce sont, d'ouest en est : Saint-Guénolé, Saint-Pierre et Kérity, tous trois sur la commune de Penmarc'h ; Guilvinec-Léchiagat, qui réunit les ports du Guilvinec (rive ouest) et de Léchiagat (rive est, sur la commune de Treffiagat) ; la criée se trouve sur la rive guilviniste, l'élévateur sur la rive de Léchiagat, le lycée professionnel maritime du Guilvinec est à Treffiagat ; Lesconil (sur la commune de Plobannalec-Lesconil), dont la criée a fermé en 2008 et dont l'activité de chalutage s'éteint ; Loctudy ; l'Île-Tudy, qui n'a plus aujourd'hui de bateaux armés à la pêche professionnelleAnne Lessard, « La cale de l'Île-Tudy », sur bretagne.com. ; Sainte-Marine, sur la commune de Combrit.

De 1919 à 2009, les huit ports bigoudens sont réunis en un quartier maritime du Guilvinec comprenant en plus un port du Pays fouesnantais, Bénodet, qui n'est séparé du pays Bigouden que par l'embouchure du fleuve Odet.

Le , les services chargés de la mer et du littoral sont réorganisés, et les quartiers maritimes disparaissent« Nouvelle organisation des services chargés de la mer et du littoral », sur affaires-maritimes.mediterranee.equipement.gouv.fr.. Les anciens quartiers maritimes de Douarnenez, d'Audierne et du Guilvinec dépendent maintenant du PAM (pôle des Affaires maritimes) du Guilvinec. En revanche, les initiales des numéros d'immatriculation ne changent pas. Elles restent DZ, AD et GV : trois « quartiers d'immatriculation » correspondent maintenant aux trois anciens quartiers maritimes. La notion de « quartier » reste donc forte, et l'administration elle-même ne dédaigne pas d'y avoir recoursDDTM-DML Quimper, « La pêche en Finistère : quelques chiffres 2011 », sur comitedespeches-finistere.fr..

Sur les neuf ports du quartier d'immatriculation GV, seuls les trois plus importants (Saint-Guénolé, Guilvinec et Loctudy) pratiquent le chalutage et disposent d'une criée.

Histoire Époque médiévale thumb|left|upright=1|Le petit port de Saint-Pierre, à la pointe de Penmarc'h, en 2007.

Il semble que le berceau de l'activité de pêche et de commerce de la pointe de Penmarc'h soit Saint-Guénolé (alors trève de Beuzec-Cap-Caval. ). Selon Serge Duigou et Jean-Michel Le Boulanger, ce port est d'abord situé au sud de la presqu'île. Au , les habitants de la pointe de Penmarc'h pêchent le merlu de nuit comme de jour (mais sans s'éloigner plus d'une journée de la côte). Ils pêchent aussi le congre et la julienne. En 1395, la paroisse de Tréoultré (aujourd'hui, commune de Penmarc'h) compte de pêcheurs (ses deux ports sont Saint-Pierre et Kérity). C'est la plus grande concentration de marins du Cap Caval (ancien nom du pays Bigouden). Le poisson est séché pour être expédié dans les grandes villes de Nantes, de La Rochelle et surtout de Bordeaux. Au , le port de Saint-Guénolé est transféré au nord de la presqu'île.

Renaissance Au , l'ensemble formé par Tréoultré, Saint-Pierre et Kérity est le plus important port de commerce breton. Il ne s'agit pas d'une « ville ». La paroisse est bien constituée de trois agglomérations distinctes. . Elle ne prend le nom de Penmarc'h qu'au . Enfin, elle n'intègre Saint-Guénolé qu'en 1802. .. Kérity en est le centre économique. Il possède un marché aux poissons.

Deux autres ports se montrent particulièrement dynamiques : l'Île-Tudy et Sainte-Marine (que les auteurs anciens appellent régulièrement Loctudy et Bénodet).

Après la mise à sac de la paroisse de Tréoultré par La Fontenelle en 1596, l'activité de pêche et de commerce va continuer, mais bien moins florissante. Les caboteurs de Saint-Pierre et de Kérity vont livrer le merlu et le blé jusqu'à Saint-Jean-de-Luz. Mais, du au milieu du , c'est l'Île-Tudy qui est le plus important port bigouden. Ses marins se partagent entre le cabotage et la pêche au merlu et au congre.

L'activité maritime au gré des guerres () En 1669, Colbert instaure le système des classes pour fournir des hommes d’équipage à la Marine royale. Les conséquences sont lourdes pour les populations du littoral bigouden, notamment à l’occasion des guerres de Sept Ans (1756-1763), d’Amérique (1778-1783), de la Révolution (1792-1802) et napoléoniennes (1803-1815). Ceux qui ne disparaissent pas dans les combats pourrissent captifs sur les pontons anglais, où ils meurent d’épidémieJean-Louis Lenhof, André Zysberg, « Le système des classes de 1665 à 1784 », sur unicaen.fr.. Pendant la guerre d'Amérique, de Guilvinec-Léchiagat sont enrôlés, 12 ne reviennent pas ; 30 de l'Île-Tudy sont enrôlés, 10 ne reviennent pas. Les paies sont réglées avec des années de retard, le régime de protection invalidité fait certes l’objet de prélèvements sur la paie, mais le versement d'une pension ne constitue qu’une faveur royale, pas un droit. Les familles sont jetées dans la misère. C’est un et une pour le littoral bigouden.

Développement progressif de l'activité de conserve au thumb|right|upright=1|Kérity, en 2011.

De 1848 à 1919, l'inscription des navires bigoudens se fait à Quimper, faute de locaux disponibles sur la côte. Le numéro d'immatriculation est alors précédé de la lettre Q.

Sous l'influence des ports voisins de Concarneau (à l'est) et de Douarnenez (au nord), la pêche bigoudène commence à se développer au avec l'activité sardinière. La pêche au maquereau s'y substitue quand la sardine s'éloigne des côtes.

En 1863, le chemin de fer arrive à Quimper. Le poisson est acheminé jusqu'à la gare par charrettes, qui accomplissent les quelque en deux heures. En 1884, le train relie Quimper à Pont-l'abbé, ce qui réduit le parcours charretier. .

À l'exception de Loctudy (port de commerce doté d'une cale dès 1848), les ports bigoudens ne sont que des lieux d'échouage mal abrités, peu accessibles à marée basse, dénués d'infrastructures de débarquement et de commercialisation. Tandis que d'importants travaux sont entrepris à Douarnenez et à Concarneau, les financements d'État sont refusés au pays Bigouden qui, aux yeux des pouvoirs publics, reste voué à l'agriculture. Il va falloir un siècle (de 1868 à 1968) pour que, petit à petit, quelques-uns des ports bigoudens soient correctement protégés et aménagés. En 1868, on construit un quai à l'Île-Tudy, et en 1870 une cale au Guilvinec. En 1880, les pêcheurs de Kérity construisent eux-mêmes leur cale. Celle de Saint-Guénolé voit le jour à la même époque. En 1882, la cale du Guilvinec est prolongée, mais reste inaccessible à marée basse.

Le réseau d'acheminement du poisson frais n'étant pas encore adapté, c'est l'implantation d'usines de conserve qui permet l'expansion des flottilles bigoudènes. Quinze conserveries et dix-neuf mareyeurs suscitent le développement de six ports : Saint-Guénolé (6 usines, 604 marins pour 100 bateaux en 1887) ; Kérity ; Guilvinec (6 usines, 6 ateliers de marée, 830 marins pour en 1891) ; Lesconil (1 usine, 60 bateaux en 1896) ; Loctudy ; l'Île-Tudy (2 usines, 60 bateaux).

Dans la deuxième moitié du , la France a le monopole de la conserve. La plupart des usines sont installées en Bretagne. Certes, des conserveries s'implantent en Espagne et au Portugal à partir de 1880, mais les effets de cette concurrence ne sont pas ressentis dans l'immédiat.

En 1874, l'ensemble du quartier maritime de Quimper (qui inclut alors Douarnenez et Concarneau en plus des ports bigoudens) compte 781 bateaux de pêche, employant en tout 3 903 hommes. En 1893, on compte en pays Bigouden maritimes pour : chaloupes de 10 à (menées par environ ) et canots plus courts, moins robustes et moins coûteux.

Le calendrier des pêches était approximativement le suivant : la crevette était pêchée de février à mai ; le maquereau de mars à juin ; le homard, la langouste, les crustacés et les coquillages de mars à novembre ; la sardine et le thon de juin à novembre ; le poisson frais toute l'année.

Début du thumb|left|upright=1|Sainte-Marine, au début du .

En 1900, la municipalité du Guilvinec finance la construction d'un môle.

De 1902 à 1909, la sardine disparaît des côtes françaises. Une misère noire s'installe sur la côte bigoudènePierre-Jean Berrou, « 1840 à 1939 », sur leguilvinec.com.. Le terrain de l'exportation est alors occupé par les conserveurs espagnols et portugais. La sardine revenue, les usiniers bretons n'arrivent pas à reconquérir leurs marchés extérieurs, ni à écouler leur production.

thumb|right|upright=1.5|La ligne du train birinik.

Le , s'ouvre la ligne du train birinik, à voie étroite, qui relie les ports de Saint-Guénolé, Kérity et Guilvinec à Pont-l'Abbé, via Treffiagat et Plobannalec.

De 1907 à 1914, on construit une digue à Lesconil. En 1909, on construit au Guilvinec une digue de à l'ouest et un môle de au sud.

En 1919, l'administration acquiert l'ancien hôtel de l'Océan, rue de la Marine, au Guilvinec. Ce port devient alors chef-lieu d'un quartier maritime qui porte son nom. Les lettres GV précèdent dorénavant le numéro d'immatriculation des navires bigoudens et bénodétois.