La période d'Isin-Larsa est une phase de l'histoire de la Mésopotamie antique, qui s'étend entre la fin de la troisième dynastie d'Ur et la conquête de la Mésopotamie par le roi Hammurabi de Babylone. Suivant la datation conventionnelle, approximative, cette période débute en 2004 av. J.-C. et s'achève en 1763 av. J.-C. Elle constitue la première partie de la période paléo-babylonienne (2004-1595 av. J.-C.), la seconde étant la période de domination de la première dynastie de Babylone.
Comme son nom l'indique, cette période voit s'affirmer successivement deux grandes puissances en Basse Mésopotamie : le royaume d'Isin, qui tente de briguer la succession du royaume d'Ur après sa chute, et le royaume de Larsa, dont la chute marque la fin de la période. En réalité, aucun de ces deux royaumes n'exerce une hégémonie incontestable en Basse Mésopotamie, et ils doivent cohabiter avec d'autres royaumes moins puissants (Uruk, Babylone, Mankisum, etc.), tandis que plus au nord leur influence est nulle et laisse la place à d'autres entités politiques puissantes (Eshnunna, Ekallatum, Mari, Yamkhad). Les dynasties de cette période ont pour point commun d'être d'origine amorrite, même si elles sont rapidement acculturées aux traditions mésopotamiennes.
thumb|Localisation des principaux sites datés de la fin de l'époque d'Isin-Larsa.
La chute d'Ur et la formation des dynasties amorrites
Les tribus amorrites deviennent de plus en plus turbulentes durant la période de la troisième dynastie d'Ur, au . Les raisons des mouvements de populations amorrites sont difficiles à évaluer. Sans doute est-ce lié à un phénomène de réchauffement climatique, qui affecte plus rapidement les semi-nomades vivant dans les steppes où la survie dépend de rares points d'eau qui se tarissent rapidement quand les conditions climatiques se durcissent. Les mentions d'Amorrites dans les textes se font alors de plus en plus nombreuses, jusque dans le pays de Sumer et d'Akkad. Le roi Shulgi alla jusqu'à construire un mur pour se protéger face à ces incursions, mais ce fut inutile. En Syrie, les sites urbains perdent de leur importance, ce qui semble démontrer que le nomadisme prend de l'importance, et il faut voir un signe de l'établissement massif d'Amorrites dans cette région. C'est sans doute à ce moment que les dynasties amorrites commencent à s'installer en Syrie du Nord. Dans le Sud mésopotamien, la pression exercée par les Amorrites se fait de plus en plus forte à la fin du . Le roi Ibbi-Sîn perd une grande partie de son territoire septentrional face aux tribus amorrites, alors que son pays est sujet à la disette (ce phénomène étant sans doute en partie lié à ces attaques). C'est à ce moment (vers 2017) que le gouverneur de la cité d'Isin, Ishbi-Erra, fait sécession alors qu'il a été chargé par Ibbi-Sîn d'approvisionner Ur en grain. Le royaume s'en retrouve encore plus affaibli. Le coup de grâce vient finalement d'un raid initié par Kindattu, le roi d'Élam, qui prend Ur et d'autres villes sumériennes vers 2004. Ibbi-Sîn est déporté en Élam, et avec lui s'achève le puissant royaume d'Ur III. Si ce sont les Élamites qui ont achevé ce royaume, il ne fait aucun doute que les Amorrites sont les principaux artisans de sa chute. Ce sont d'ailleurs eux qui en récoltent les fruits : alors que les Élamites repartent vite chez eux, des souverains amorrites sont à la tête de nombreux royaumes dans tout le Moyen Orient.
Sur les ruines du royaume d'Ur s'élèvent tout un ensemble de royaumes dirigés par des dynasties amorrites. Dans le pays de Sumer, Ishbi-Erra a réussi à garder le pouvoir à Isin, et domine encore la région après avoir chassé les Élamites d'Ur. Mais des rois amorrites sont déjà installés dans la cité de Larsa depuis la fin du règne d'Ibbi-Sîn. Les archives du royaume d'Eshnunna mentionnent la présence de tribus amorrites puissantes dans la région de la Diyala. Dans le pays d'Akkad, les royaumes amorrites se fondent plus tardivement, pendant la période de luttes entre Isin et Larsa, dans les cités de Kish, Sippar et Babylone. En Syrie, c'est sans doute dans cette même période que sont fondées les dynasties amorrites dans les royaumes de Mari, d'Alep et de Qatna, ainsi que toutes les principautés de la région du Khabur, du Balikh et de tout le Moyen Euphrate.
La rivalité entre Isin et Larsa
thumb|Localisation des principales villes de la Basse Mésopotamie durant la période d'Isin-Larsa.
La domination d'Isin
Ishbi-Erra a donc réussi à maintenir son pouvoir à Isin après la chute d'Ur. Il reprend cette ville après huit ans de domination élamite. À ce moment-là, il a déjà étendu son pouvoir plus vers le nord, comme à Eshnunna où il installe un nouveau gouverneur qui ne tarde cependant pas à s'émanciper. Au sud, le royaume de Larsa reste indépendant. Ishbi-Erra meurt vers 1985, et est remplacé par Shu-ilishu (1984-1975), qui restaure Ur au cours de son règne, en faisant notamment revenir la statue du dieu Sîn emportée en Élam en 2004. Le règne suivant, celui d'Iddin-Dagan (1974-1954) est très peu documenté, alors que celui de son successeur Ishme-Dagan (1953-1935) a laissé un grand nombre de sources, dont de nombreux textes littéraires. On sait qu'il a procédé à des constructions ou des reconstructions dans les principales cités sumériennes. C'est alors l'apogée d'Isin : sous le règne suivant, celui de Lipit-Ishtar (1934-1924), connu pour avoir laissé un code de lois, que Larsa commence à devenir une menace sérieuse et à prendre le dessus.
L'ascension de Larsa thumb|Liste des rois de Larsa, musée du Louvre.
D'après la Liste royale sumérienne, produit de l'historiographie du royaume de Larsa, cette cité est le siège d'une dynastie amorrite indépendante dès 2025, quand un certain Naplânum, inconnu par ailleurs, prend cette ville au souverain d'Ur. Pour être renseigné de manière certaine sur le royaume de Larsa, on doit cependant attendre les règnes de Samium (1976-1942), qui s'empare de la ville de Lagash, et de Zabaia (1941-1933). À la mort de ce dernier, le trône revient à son frère Gungunnum (1932-1906), qui est l'artisan de la puissance de Larsa. Il s'empare dans un premier temps d'Ur, puis de Kisurra et d'Uruk, le tout aux dépens d'Isin. Il défait ensuite l'autre grande puissance régionale, l'Élam, en s'emparant momentanément de Suse, et précipite ainsi la chute de la dynastie élamite de Simashki, et ce pays n'est dès lors plus une grande menace pour la Mésopotamie pour plus d'un siècle. À sa mort, Larsa est devenu le royaume le plus puissant du Sud mésopotamien. Isin ne s'avoue cependant pas vaincue, et une nouvelle confrontation entre les deux royaumes sous les souverains suivants a lieu, qui se solde par la victoire du roi Abi-sarê de Larsa (1905-1895), et la mort d'Ur-Ninurta d'Isin (1923-1896) au combat. L'affrontement suivant voit en revanche Bur-Sîn (1894-1874) prendre la revanche pour Isin face à Sumu-El (1894-1866). Mais cela n'empêche pas ce dernier de prendre de nouvelles cités plus au nord : Kish, Kazallu, et surtout Nippur. Il eut aussi une grande activité au niveau des aménagements fluviaux, puisqu'il fit détourner un bras de l'Euphrate coulant en direction du territoire d'Isin au profit de son propre royaume, ce qui eut des conséquences économiques énormes. Son règne semble cependant s'être achevé par une catastrophe dont la nature est inconnue.
La fragmentation politique du Sud mésopotamien
À cette même période, la Babylonie du nord est divisée entre plusieurs petits royaumes amorrites : Kish, qui tombe entre les mains de Larsa sous le règne de Sûmû-El, Sippar, Marad, qui connaît à un moment une grande expansion, Dilbat, Damrum, et Babylone, où une dynastie est fondée par Sûmû-la-El (1880-1845). Encore plus au nord, dans la vallée de la Diyala, le royaume d'Eshnunna s'empare de toutes les principautés voisines à partir du règne d'Ipiq-Adad (c. 1850), et devient une grande puissance politique. Dans le pays de Sumer dominé par Isin et Larsa, une nouvelle dynastie est fondée à Uruk par vers 1860, qui a une grande activité de bâtisseur dans sa capitale. Il s'allie à Babylone en épousant la fille de Sumu-la-El.
La situation d'Isin continue à empirer après les défaites infligées par Sûmû-El : une histoire raconte que le roi vaincu, Erra-imitti (1868-1861), ayant appris par des présages sa mort future, se fit remplacer momentanément par un « substitut royal », le jardinier Enlil-bâni, sur lequel la malédiction était censée s'abattre ; mais le sort avait décidé sa mort, et donc Enlil-bâni (1860-1837) devint roi légitime. Après ce règne, Isin continua de péricliter, alors que Larsa devenait la puissance dominante de la région. Dans cette cité, Nûr-Adad (1865-1850) a une activité de bâtisseur importante, mais son seul haut fait militaire est la prise de Mashkan-shapir au nord de son royaume, et il doit mater une révolte dans son territoire. Sîn-iddinam (1849-1843) eut un règne court mais prolifique : il vainquit Sumu-la-El de Babylone, puis Eshnunna, les deux puissances montantes situées au nord de son royaume. Après lui, Sîn-iqisham (1840-1836) défit une coalition formée par Isin, Uruk, Kazallu et l'Élam.
La puissance de Babylone s'affirmait alors au même moment : après la défaite de Sumu-la-El face à Larsa, son fils Sabium (1844-1831) s'empare des royaumes voisins : Sippar, Kish, Damrum, Dilbat et Marad. Il semble même qu'il défit une armée de Larsa. Dans cette cité, une nouvelle dynastie s'installe vers 1834, avec un personnage au nom élamite, Kudur-Mabuk, qui ne devient cependant pas roi de Larsa, contrairement à ses deux fils, Warad-Sîn (1834-1823) et Rîm-Sîn (1822-1763). Il semble que ce changement dynastique se soit fait successivement à une révolte de Mashkan-shapir, puis son alliance avec Kazallu qui aboutit à une offensive au cœur du royaume de Larsa. Kabur-mabuk rétablit la situation, alors que Warad-Sîn étend son autorité sur la cité sainte de Nippur, et défait le royaume de Malgium. Rîm-Sîn eut un règne très long, de presque soixante ans, dont la première moitié fut marquée par de grands succès militaires. En 1802, il s'empare du royaume voisin d'Uruk, et met définitivement la main sur la ville de Nippur qui était retournée dans l'orbite d'Isin. Ce premier grand succès ne le met pas à l'abri de l'expansion babylonienne : Sîn-muballit (1812-1793) lance plusieurs offensives vers le sud de son royaume, et s'empare momentanément de Nippur et même d'Isin vers 1797-1796. Rîm-Sîn ne met pas longtemps à contre-attaquer : ses troupes reprennent Nippur, puis il annexe Isin et les restes de son royaume en 1794. C'est l'évènement majeur de son règne, mais aussi sa dernière grande victoire. Sans doute épuisé par les guerres successives qu'il entreprend, le royaume de Larsa cesse son expansion, alors qu'à Babylone monte sur le trône le plus grand souverain de la période : Hammurabi (1792-1750).
La situation en Haute-Mésopotamie et en Syrie
Les évènements dans les régions septentrionales de la Mésopotamie et de la Syrie sont mal connus, faute de sources pour cette période. Les grands royaumes de la région sont le Yamkhad, centré autour de sa capitale Alep, Qatna, son rival au sud, Mari sur le Moyen Euphrate, d'où proviennent les principales sources pour cette époque, Karkemish à la bordure de l'Anatolie, Ekallâtum sur le Haut Tigre (le site n'a pas été localisé), et aussi la cité d'Assur, connue pour cette période par les archives des comptoirs de Cappadoce (Kanesh). Il faut aussi noter le royaume d'Eshnunna, qui a des visées sur la région du Moyen-Euphrate et aussi celle du Khabur, lieu de passage de routes commerciales majeures.