Harald Hardrada, Harald Sigurdsson ou (vers 1015 ou 1016 - ) est roi de Norvège de 1046 à sa mort. Son surnom (Hardråde en norvégien, harðráði en vieux norrois) signifie « au commandement dur », ce qui est souvent traduit par « l'Impitoyable » ou « le Sévère ». D'autres surnoms, plus poétiques, lui ont été ultérieurement donnés, tels que « l'Éclair du Nord » ou « le dernier des Vikings ».

Fils d'un roitelet du Ringerike et demi-frère utérin du roi norvégien Olaf Haraldsson, Harald est contraint de s'exiler après la défaite d'Olaf à Stiklestad, en 1030. Il se réfugie d'abord en Rus' de Kiev, puis à Constantinople où il devient chef de la garde varangienne. De retour en Norvège en 1046, il s'allie avec le roi danois Sven Estridsen contre le nouveau souverain de la Norvège, Magnus le Bon, qui accepte de partager le pouvoir avec Harald en échange de l'abandon de l'alliance avec Sven. Magnus meurt l'année suivante, laissant Harald seul roi de Norvège.

Le règne de Harald est marqué par un renforcement brutal de l'autorité royale et plusieurs campagnes navales contre le Danemark, qu'il s'efforce en vain de conquérir. En 1066, il fait partie des candidats à la succession du trône d'Angleterre. Son invasion du Yorkshire est d'abord couronnée de succès, mais elle connaît un terme prématuré à Stamford Bridge, où Harald trouve la mort en affrontant Harold Godwinson.

Biographie

Jeunesse

Harald voit le jour dans le Ringerike en 1015 ou 1016. Il est le troisième fils d'Åsta Gudbrandsdatter par son second mari, Sigurd Syr, un roitelet du Ringerike qui compte parmi les plus importants et les plus riches seigneurs de la région. Par sa mère, Harald est le demi-frère d'Olaf Haraldsson, qui devient roi de Norvège en 1015. Il fait preuve très jeune de grandes ambitions, ce en quoi il se distingue de son père et de ses frères, de tempérament plus terre-à-terre.

D'après les sagas islandaises, en particulier la Heimskringla rédigée au début du par Snorri Sturluson, Harald est un descendant d'Harald à la Belle Chevelure par son père, comme l'est Olaf par son propre père Harald Grenske. En effet, d'après Snorri, Sigurd Syr serait le fils de Halfdan de Hadafylke, fils de Sigurd Rise, fils de Harald. La plupart des historiens considèrent que ce lignage est une invention ultérieure, liée au contexte politique et social de l'époque de la rédaction des sagas, plusieurs siècles après la mort de Harald Hardrada. Cette prestigieuse ascendance n'est jamais mentionnée du vivant de Harald, alors qu'elle aurait constitué un argument de poids en faveur de ses prétentions au trône de Norvège.

Olaf est chassé de son royaume par une révolte en 1028 et Knut le Grand, déjà roi de Danemark et d'Angleterre, ceint la couronne de Norvège. Olaf rentre en Norvège en 1030 afin de reconquérir le trône. En apprenant l'arrivée de son demi-frère, Harald, alors âgé d'une quinzaine d'années, rassemble six cents hommes avant de le rejoindre. Le , l'armée d'Olaf affronte celle des nobles et paysans norvégiens fidèles à Knut à la bataille de Stiklestad, dans le Trøndelag. Harald se distingue sur le champ de bataille, mais il est grièvement blessé, tandis que son frère trouve la mort, ce qui permet à Knut de conserver le trône norvégien.

L'exil chez les Slaves et les Byzantins

Après la défaite de Stiklestad, Harald parvient à s'enfuir jusqu'à une ferme isolée de l'Est de la Norvège avec l'aide de Rognvald Brusason. Il y séjourne le temps de soigner ses blessures, puis repart vers le nord et entre en Suède. En 1031, il arrive en Rus' de Kiev et réside probablement quelque temps à Staraïa Ladoga. Le grand-prince Iaroslav le Sage, dont la femme est une lointaine parente de Harald, réserve un accueil chaleureux au prince exilé et à ses fidèles. En manque de chefs militaires, il reconnaît les capacités du jeune homme et le nomme capitaine de ses troupes. Harald participe ainsi à une campagne contre les Polonais en 1031, et il est possible qu'il ait également combattu d'autres adversaires de la principauté de Kiev, comme les Tchoudes d'Estonie, l'Empire byzantin ou les Petchénègues et autres nomades des steppes.

vignette|gauche|La garde varangienne dans le manuscrit de Madrid de la Chronique de Jean Skylitzès.

C'est probablement en 1033 ou 1034 que Harald et ses hommes se rendent à Constantinople, la capitale de l'Empire byzantin, pour rejoindre la garde varangienne. Bien qu'elle soit censée former la garde rapprochée de l'empereur, la garde varangienne participe à des conflits aux quatre coins de l'empire. Ainsi, Harald commence par affronter des pirates arabes en Méditerranée avant de tomber sur les villes d'Anatolie les ayant soutenus. Il participe à des campagnes jusqu'à l'Euphrate lors desquelles, d'après le scalde , il contribue à la prise de quatre-vingts forteresses arabes. Les sagas rapportent que Harald se rend ensuite à Jérusalem et combat dans la région, mais la position chronologique de ce voyage dans sa vie est incertaine. Il serait plus vraisemblable qu'il ait eu lieu après le traité de paix conclu entre l'empereur et le calife fatimide al-Mustansir Billah en 1036. Dans ce cas, Harald est peut-être chargé d'escorter des pèlerins jusqu'à Jérusalem et les batailles mentionnées dans les sagas l'opposent à des brigands locaux.

En 1038, la garde varangienne participe à une expédition byzantine en Sicile. Menée par Georges Maniakès, elle a pour objectif la reconquête de l'émirat de Sicile. Harald côtoie à cette occasion des mercenaires normands tels que Guillaume Bras-de-Fer et Snorri Sturluson rapporte qu'il s'empare de quatre villes de l'île. Au terme de cette expédition, en 1041, une révolte éclate dans le Sud de l'Italie et les Varègues sont envoyés la mater. Aux côtés du catépan Michel Dokeianos, Harald remporte d'abord plusieurs succès, mais les Lombards et les Normands, conduits par Guillaume Bras-de-Fer, remportent des victoires décisives à l'Olivento en mars, puis à Montemaggiore en mai. Rappelée à Constantinople, la garde varangienne est envoyée en Bulgarie à la fin de l'année 1041 et contribue à l'écrasement du soulèvement de Pierre Deljan, ce qui vaut à Harald d'être surnommé « le brûleur de Bulgares » () par Þjóðólfr Arnórsson. À son retour à Constantinople, il est couvert d'honneurs. D'après le Stratégikon de Kékauménos, un livre grec rédigé dans les années 1070, « Araltes » (c'est-à-dire Harald) aurait reçu les faveurs de l'empereur : il est d'abord nommé manglabites après l'expédition de Sicile, puis spatharokandidatos après la campagne de Bulgarie. Le texte du Stratégikon implique que ces titres se situent aux échelons inférieurs de la hiérarchie impériale.

Après la mort de , en , la cour byzantine est secouée par les querelles entre le nouvel empereur et la puissante impératrice Zoé, veuve de son prédécesseur. Harald ne bénéficie plus de la faveur impériale et se retrouve même emprisonné pour une raison incertaine. D'après les sagas, il a été arrêté pour avoir puisé dans le trésor impérial et exigé la main d'une parente de Zoé ; d'après Guillaume de Malmesbury, pour avoir entretenu des rapports avec une femme de la noblesse ; d'après Saxo Grammaticus, pour meurtre. Il est possible que ait voulu se protéger d'un Varègue jugé trop loyal envers son prédécesseur. Il existe également plusieurs variantes quant à la manière dont Harald sort de prison. Il pourrait s'être évadé avec une complicité externe, en profitant de la révolte contre qui éclate en . La garde varangienne est divisée : certains de ses membres protègent l'empereur, tandis que d'autres, menés par Harald, apportent leur soutien aux rebelles. En fin de compte, est aveuglé et envoyé dans un monastère, et les sagas affirment que c'est Harald lui-même qui a crevé les yeux de l'empereur déchu. Au mois de juin, une fois Zoé rétablie sur le trône avec son nouvel époux , Harald demande la permission de rentrer en Norvège, mais l'impératrice refuse. Harald parvient néanmoins à s'échapper par le Bosphore avec deux navires et quelques fidèles. L'un des navires est détruit par les chaînes tendues en travers du détroit, mais l'autre parvient à franchir l'obstacle et permet à Harald de s'enfuir par la mer Noire.

vignette|Une fresque du à la cathédrale Sainte-Sophie de Kiev représentant les filles de Iaroslav.

Malgré les circonstances de son départ, Kékauménos salue la loyauté du Varègue à l'égard de l'empire, une loyauté qui aurait persisté après l'avènement de Harald au trône de Norvège. D'après Þjóðólfr Arnórsson, il aurait participé à dix-huit grandes batailles en tant que membre de la garde varangienne. Durant cette période, il accumule d'importantes richesses qu'il envoie en Rus', sous la garde de Iaroslav le Sage, pour plus de sûreté Thenrik Bimbaum, « Yaroslav's Varangian Connection », Scando-Slavica, volume 24, , p. 5-25.. D'après les sagas, cette fortune provient non seulement du butin ramassé sur les champs de bataille, mais aussi de ses participations à trois « pillages de palais » (), un terme pouvant désigner soit les fonds versés aux Varègues par un nouvel empereur pour s'assurer de leur loyauté, soit un véritable pillage de la chambre des comptes du palais impérial au moment d'un changement de régime. Ces trois « pillages de palais » correspondent vraisemblablement aux disparitions de en 1034, en 1041 et en 1042, trois occasions pour Harald de capter des sommes importantes. C'est sûrement cet argent qui lui permet de financer ses prétentions au trône de Norvège.

Harald retourne en Rus' dans la deuxième moitié de l'année 1042. L'année suivante, Iaroslav le Sage attaque Constantinople ; il bénéficie probablement d'informations apportées par Harald sur l'état de l'Empire. C'est durant son second séjour en Rus' que Harald épouse Élisabeth, fille de Iaroslav et petite-fille du roi suédois Olof Skötkonung. Il est possible qu'ils aient été promis l'un à l'autre dès le premier passage de Harald en Russie, ou du moins qu'ils se soient rencontrés. Durant ses années byzantines, Harald compose un poème d'amour qui pourrait mentionner Élisabeth. D'après le Morkinskinna, Harald aurait demandé la main d'Élisabeth durant son premier séjour en Rus', mais le grand-duc aurait refusé en raison de sa pauvreté. Quoi qu'il en soit, c'est un mariage prestigieux pour Harald : les autres enfants de Iaroslav ont en effet épousé des personnalités importantes telles que le roi des Francs , le roi de Hongrie et la fille de l'empereur .

Roi de Norvège

Le retour au pays

vignette|redresse|gauche|Cette page du Codex Frisianus inclut le passage où la Heimskringla relate la campagne de Harald contre le Danemark, en citant les scaldes et .

Harald quitte Novgorod au début de l'année 1045. Son objectif est de reconquérir le royaume perdu par son demi-frère Olaf quinze ans plus tôt. Son voyage l'amène à Staraïa Ladoga, où il trouve un bateau pour traverser le lac Ladoga, descendre la Neva et entrer dans la Baltique. Il touche terre à Sigtuna, en Suède, à la fin de l'année ou au début de l'année suivante. En son absence, Knut le Grand est mort en 1035 et le trône de Norvège est passé à Magnus le Bon, un fils illégitime d'Olaf. Il est possible que Harald ait été au courant de ce développement et qu'il soit même à l'origine de son retour en Norvège. La position de Magnus en Norvège est particulièrement solide : les fils de Knut, Harold Pied-de-Lièvre et Harthacnut, sont morts jeunes après s'être disputé le trône d'Angleterre, et aucun soulèvement ou crise intérieure n'est attesté durant ses onze années de règne. Il est également élu roi du Danemark après la mort de Harthacnut, en 1042, et parvient à défaire Sven Estridsen, un neveu de Knut qui revendiquait le trône danois.

vignette|Une pièce de monnaie portant la légende , qui semble faire référence à la royauté conjointe de Magnus et Harald.