Le château de Peyrepertuse (en ) est un ancien château fort dit cathare, aujourd'hui en ruine dont les vestiges se dressent sur la commune française de Duilhac-sous-Peyrepertuse dans le département de l'Aude, en région Occitanie. Il est le centre du micro-pays et de l'ancienne seigneurie du Peyrepertusès (en ).

Les ruines du château font l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par arrêté du .. Il est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO au sein du bien en série intitulé Forteresses royales capétiennes du Languedoc – comprenant également les remparts et le château de Carcassonne, les Au Moyen Âge la défense de la France contre le Royaume_d'Aragon s'appuyait sur la cite de Carcassonne et cinq forteresses de frontière, l'actuel département des Pyrénées-Orientales étant possession du royaume d'Aragon.(dont il fait partie avec les châteaux d'Aguilar, de Puilaurens, de Termes, et de Quéribus) ainsi que des châteaux de Montségur et de Lastours –, le 26 juillet 2026 lors de la du Comité du patrimoine mondial.

L'inscription du château et ses abords aux sites naturels a été abrogée au profit du classement en 2017 du site du « Puech de Bugarach et de la crête nord du synclinal du Fenouillèdes » englobant le château..

Toponymie Le nom de Peyrepertuse est un emprunt à l'occitan languedocien Pèirapertusa, de pèira et pertusa qui veut dire « pierre percée » :

Pèira vient du latin pĕtra, lui-même emprunté au grec ancien , « rocher, roche », Pertusa vient du latin pertūsa, participe passé nominatif singulier féminin de pertundō « percer d'outre en outre, transpercer ; perforer ; creuser ; percer  ».

Localisation Les vestiges du château se dressent sur une crête calcaire à près de d'altitude, en haut d'une colline qui sépare Duilhac-sous-Peyrepertuse du village de Rouffiac-des-Corbières, dans le département français de Aude, dans le massif des Corbières.

Position stratégique, dominant garrigue et vignes, il permet à la fois de voir loin dans les différentes vallées qui l'entourent, de contrôler les cols ou de communiquer par signaux avec le château de Quéribus un peu plus au sud.

La vue du château depuis Duilhac (au sud) est impressionnante en raison de l'abrupt de sur lequel le château est posé. L'entrée principale se trouve du côté nord mais, à l'époque des cathares, un passage dérobé permettait, après un chemin étroit derrière un gros éperon rocheux, de pénétrer dans le château au moyen d'une échelle amovible. Aujourd'hui la poterne du passage dérobé est fermée, mais le chemin est toujours présent (le passage derrière l'éperon est exceptionnel) et il est possible de terminer l'ascension par une voie d'escalade.

Historique vignette|gauche|Le bas-château de Peyrepertuse au soleil couchant. vignette|gauche|Vieux donjon du château. Le château de Peyrepertuse appartient à l'ensemble des Forteresses royales du Languedoc, les , aux côtés des châteaux d'Aguilar, de Quéribus, Puilaurens, Termes, tous édifiés au sommet de pitons rocheux réputés « imprenables ». En raison de son étendue remarquable, il est surnommé la .

Des fouilles archéologiques ont révélé la présence sur le site de vestiges remontant au .

Époque carolingienne Au , le territoire du Perapertusès, dépendant de Peyrepertuse, relève du comté de Razès jusqu’en 874. À cette date, il en est détaché, ainsi que la vicomté de Fenouillèdes, juridiquement liée au Perapertusès. Il passe dans le domaine des comtes de Cerdagne et Besalú au cours du ..

Moyen Âge central Avant 1010, le site passe sous la souveraineté du comte Bernard Taillefer de Besalú. C’est également à cette époque que la première mention d'un château est attestée. Celui-ci fait l'objet d'importants travaux de fortification au .

En 1111, Peyrepertuse est intégré au comté de Barcelone avant de passer sous la domination de la vicomté de Narbonne. À partir de 1180, le comte de Barcelone, Alphonse II, devenu roi d’Aragon, s’affranchit de la suzeraineté du roi de France, faisant de la région une zone frontalière de facto.

Sous Louis IX Durant la croisade des Albigeois, le château est le fief de Guillaume de Peyrepertuse, excommunié pour hérésie en 1224. Après la chute de Carcassonne, il se soumet et cède le château à Louis IX en 1239Livre "Les grandes heures du Languedoc", de Henri-Paul Eydoux, année 1973, page 261.. À partir de 1242, l'édifice connaît une importante phase de renforcement : entre 1250 et 1251, est édifié le donjon Sant Jòrdi, construit plus en hauteur sur la crête et accessible par l’« escalier de saint Louis », taillé dans la roche. Le « Donjon Vieux » ainsi que l’église Sainte-Marie, antérieurement existante, font également l’objet de réaménagements.

La situation politique demeure instable jusqu'à la signature du traité de Corbeil en 1258, qui fixe définitivement la frontière entre la France et l'Aragon au sud des Corbières près du château. Il devient alors une place forte maîtresse qui appartient au dispositif défensif français dont le commandement est Carcassonne que constituent en défense avancée de la Cité de Carcassonne, les Forteresses royales du Languedoc, ensemble défensif remarquable édifié au par les Capétiens en la personne du roi Louis IX (1214-1270), après la croisade contre les Albigeois. Il fait à ce titre partie des les avec les châteaux d'Aguilar, de Puilaurens, de Quéribus et de Termes et également avec les châteaux de Montségur et de Lastours.

Chantier de reconstruction Le chantier de construction du château de Peyrepertuse est documenté entre et par un registre comptable royal, étudié par Lucien Bayrou. Ce document, conservé dans les archives de la sénéchaussée de Carcassonne, offre un aperçu précis de l'organisation matérielle, humaine et financière d'un chantier royal au .

Sont mentionnés :

Le maître d'œuvre, désigné comme massonus operi, est un officier royal rattaché à la sénéchaussée. Il n'est pas rémunéré directement pour sa fonction, bénéficiant déjà d'un traitement en tant qu'officier royal, ainsi que de remboursements pour ses déplacements. Cependant, le compte révèle qu'il tire un profit substantiel de l'achat des pierres en mentant sur le prix réel des pierres, réalisant une marge de 2400 % en acquérant 2000 pierres à 1 sou chacune. Arnaud Boname ou Bonome Arnaud Estaut, dont la bête (c'est le mot utilisé dans le texte) a porté le bois au chantier Arnaud Pertaut Colin : ouvrier charpentier à la journée Sire Étienne : ouvrier Galardo : ouvrier Gauffroy le Poitevin Gérard : ouvrier charpentier à la journée Giraldin Guilami le Breton : ouvrier Guilhem de Pasen Jaquet Jauffroy : tailleur de pierre Jauffroy de Come : lapidice, il porte le titre de massonus operi, chef de chantier présent sur place Jean : ouvrier charpentier à la journée Jean de Gant : ouvrier Jean de Montadeira Nicolas Bon Philippe de Rouffiac : ouvrier Pierre de Brave : fournisseur de tuiles pilées Pierre de Cusor Pierre de Nafina Pierre Maria : porté par une bête, a fourni une bête qui a porté le bois au chantier Pierre Pauc ou Pauch : maitre des citernes ; le texte parle de l'achat d'une robe pour Pierre Pauc Pierre Pons Raimond Arnaud Raimond Bonome Raimond Carbonel Raimond Estaut Raimond Gerard Raimond Gros Raimond Pastor Raoul de Reims Raoulin de Compeine : ouvrier Stéphane le Normand Symon : maçon la femme de Paza

Analyse Le chantier mobilise une grande diversité d'ouvriers. On trouve ainsi des ouvriers spécialisés (charpentiers, maçons, tailleurs de pierre, forgerons) rémunérés entre 12 et 14 deniers par jour. Au contraire, les manœuvres (simples porteurs et aides) sont rémunérés entre 5 et 9 deniers par jour. Les "hommes de terre" sont des paysans des villages voisins (Rouffiac, Soulatgé, Duilhac) réquisitionnés pour porter du bois, payés 4 deniers par jour. Quelques noms révèlent leur origine (Guilami le Breton, Jean de Gant), signalant une mobilité géographique ; ces personnes sont probablement venues de leur région dans le Languedoc, dans un contexte de reconstruction après la croisade des Albigeois et donc de besoin de main d'œuvre créant une offre avec des salaires intéressants. Le sire Étienne est possiblement un seigneur cathare vaincu.

Les matériaux utilisés comprennent le bois, la pierre, le métal et la corde. Le bois est prélevé dans les forêts environnantes, transporté jusqu'à Rouffiac, puis acheminé au château. Le compte mentionne l'utilisation d'un ingenium, probablement une cage à écureuil, pour faciliter le levage des matériaux.

Moyen Âge tardif En 1321, la ville de Carcassonne reçoit l’ordre d’acheminer au château vingt casques à large bord plat, dix-sept arbalètes de deux modèles distincts et neuf crocs, nécessaires à son équipement.

En 1355, Henri de Trastamare, prétendant au trône de Castille et allié de Bertrand du Guesclin, défait à la Bataille de Nájera, trouve refuge au château avec l’autorisation du roi de France Charles V.

Époque moderne En 1542, Jean de Graves, seigneur de Sérignan, s'empare brièvement de Peyrepertuse au nom de la réforme protestante, avant d’être capturé et exécuté.

Le traité des Pyrénées, signé en 1659, déplace la frontière franco-espagnole au sud des Pyrénées, entraînant le déclassement de Peyrepertuse en tant que place stratégique. Le château conserve cependant une garnison réduite, sous le commandement d’un officier subalterne, jusqu’à son abandon à la Révolution française.

Époque contemporaine Vendu comme bien national en 1820, le site tombe progressivement en ruines. La première campagne de consolidation et de restauration du monument débute en 1950, marquant ainsi le début de sa mise en valeur patrimoniale.

De nos jours vignette|Vestiges de l'église Sainte-Marie.

Ses ruines accueillent aujourd'hui près de par an. À d'altitude, elles dominent le vignoble des Corbières et le village de Duilhac-sous-Peyrepertuse.

On y accède par une route qui s'arrête juste au-dessous de la falaise sur un parking, les visiteurs peuvent ensuite utiliser un chemin (environ un quart d'heure) pour faire le tour du château par l'est et rentrer par l'entrée principale côté nord. Même si le château est en ruines, la plupart des murs sont encore debout, certaines pièces sont encore bien conservées, notamment l'église Saint-Marie fortifiée dans le bas-château, avec son autel, et une partie de sa voute. Une citerne se trouve au fond.

Un sentier de grande randonnée, une variante du sentier cathare, part du village de Duilhac (prendre la route du château sur quelques centaines de mètres avant de prendre à droite un petit chemin qui coupe les lacets).

Par temps d'orage ou de grand vent, la montée est fortement déconseillée et souvent interdite pour protéger les visiteurs de la foudre et des glissades dangereuses dans l'escalier Saint-Louis, qui relie l'ancien château au donjon, déjà fort glissant par beau temps.

La falaise de calcaire est propice à l'escalade et les voies aboutissent toutes ou presque dans l'enceinte, les grimpeurs terminant leur ascension sous le regard des touristes spectateurs.

Description Les ruines actuelles datent pour l'essentiel du (époque française).

Le château mesure de long et de large dans sa plus grande largeur, et présente une allure générale d'un immense vaisseau de pierre, avec sa proue effilée sur laquelle on disposait une pierrière..