L'abbaye de Bonne-Espérance est située à Vellereille-les-Brayeux, aujourd'hui dans la commune d'Estinnes, à au sud-ouest de la ville de Binche, en Belgique.
Raynard, seigneur de Croix-lez-Rouveroy, offre à Hugues de Fosses, abbé de Prémontré, une partie de son alleu de Ramegnies. En 1126, Hugues de Fosses y envoie des religieux prémontrés emmenés par Odon, qui y fondent un nouveau monastère l'année suivante. Après plusieurs déménagements, la communauté norbertine s'établit vers 1130 sur le site actuel.
Au cours des , la communauté acquiert plusieurs milliers d'hectares de terres. Le prélat Philippe de Harveng s'y distingue comme intellectuel. La situation économique de la communauté reste relativement stable jusqu’au . Le est marqué dans la région par les troubles politiques et religieux au cours desquels l'abbaye subit de nombreux pillages. Elle connait alors une période d'endettement et de précarité.
À partir du , Bonne-Espérance commence à restaurer les bâtiments abbatiaux, s'appuyant en partie sur des mécènes, notamment les gouverneurs des Pays-Bas espagnols. Sous l’abbatiat de plusieurs prélats du , un vaste programme architectural confère au site son aspect néoclassique, notamment par l’intervention des architectes Nicolas De Brissy et Laurent-Benoît Dewez. L'abbaye est fermée et vendue après la Révolution française. Les chanoines survivants parviennent à la racheter, mais les difficultés à reformer la communauté sont telles qu'ils décident, en 1821, de faire don de leur abbaye au séminaire du diocèse de Tournai. Ce dernier y fonde en 1830 un établissement d'enseignement, un petit séminaire, à l'origine de l'actuel collège Notre-Dame de Bonne-Espérance.
Aujourd’hui, Bonne-Espérance constitue l’un des ensembles abbatiaux les plus complets de Wallonie et le mieux conservé du Hainaut, mêlant des édifices gothiques — cloitre, salle capitulaire, cuisine, tour de l’ancienne abbatiale — à un vaste ensemble néoclassique du , où se distinguent la basilique, le réfectoire et les ailes entourant le jardin. Classé comme patrimoine depuis 1973 et inscrit sur la liste du patrimoine immobilier exceptionnel de la Wallonie dès 1993, le site bénéficie de campagnes de restauration continues depuis la fin du , permettant de revaloriser tant les façades que les espaces intérieurs.
Géographie Localisation Proche de l'ancienne chaussée romaine de Bavay à Cologne, l'abbaye de Bonne-Espérance est située à Vellereille-les-Brayeux, aujourd'hui dans la commune d'Estinnes, en Belgique, dans la province de Hainaut, précisément à au sud-ouest de la ville de Binche.
Bonne-Espérance surplombe la vallée de la Haine et se situe au point de confluence de deux petits cours d'eau, le ruisseau de Pincemaille et le ruisseau des Marais, qui prennent leur source à 2 ou de là, non loin de la ligne de crête séparant le bassin de la Meuse de celui de l'Escaut.
Abbayes voisines
450px|Abbayes voisines de Bonne-Espérance dans le Hainaut.
Histoire L'histoire de l'abbaye de Bonne-Espérance est mal connue. En effet, on ne dispose que d'informations incomplètes sur l'économie, les abbés et les constructions entreprises au fil des siècles. Toutefois, une source importante permettant de retracer partiellement l’histoire de l’abbaye est le travail d’Englebert Maghe, de Bonne-Espérance. À la suite d'un conflit, Maghe vérifie, classe et copie toutes les archives de l'abbaye, qu'il compile en un cartulaire en dix-huit volumes. À partir de ce cartulaire et d'une chronique antérieureCelle de Jean de Sivry (mort en 1320 ou 1322), prieur de Bonne-Espérance. Sa chronique, jamais retrouvée, décrivait les années 1096 à 1318 ()., Maghe fait publier en 1704 une Chronique de Bonne-Espérance ..
Origines
Selon la tradition, l'abbaye est fondée grâce à la générosité de Raynard, seigneur de Croix-lez-RouveroyOu Renaud de Croix ().. Son fils, Guillaume, est un adepte des idées de Tanchelin, un prédicateur anversois considéré comme hérétique par l'Église catholique. Norbert de Xanten, fondateur de l'ordre des chanoines réguliers de Prémontré, parvient néanmoins à convertir Guillaume de Croix, qui devient chanoine à l'abbaye de Prémontré. Raynard de Croix offre alors à Hugues de Fosses, abbé de Prémontré, une partie de son alleu de RamegniesSartum Richwini, allodium in Ramelgeis et in villa Vellerella et Sartha ()., un lieu-dit proche de Merbes-Sainte-Marie et Peissant.
En 1126, Hugues de Fosses envoie à Ramegnies des religieux prémontrés emmenés par Odon, un chanoine de Laon, puis de Cuissy. Ils y fondent un nouveau monastère l'année suivante, mais ne restent pas longtemps à cet endroit et s'installent par la suite à Sart-Richevin, sur le territoire de Vellereille-les-Brayeux, toujours sous l'impulsion de Raynard et Béatrix de Croix. En 1128, la fondation est érigée en abbaye et, l'année suivante, Odon est nommé premier abbé de la communauté. Enfin, un second déménagement, vers 1130, mène Odon et ses chanoines au site actuel. Ces deux déménagements s'expliquent probablement par un manque d'eau et un sol instable.
L'origine du nom Bonne-Espérance demeure obscure. Ce nom apparait pour la première fois en 1131 dans une charte de Liétard, évêque de Cambrai. Selon une première hypothèse, les chanoines, ayant bon espoir d'avoir enfin trouvé un endroit stable pour y établir leur communauté, auraient baptisé leur maison Bona Spes, traduction latine de bonne espérance. La légende dit même qu'en découvrant le site, les religieux auraient prononcé la phrase « Bonæ spei fecisti filios tuos », qui signifie « Tu as inspiré à tes fils la bonne espérance » (Sg 12,19). Une seconde hypothèse suppose que le lieu s'appelait déjà Bonne-Espérance et peut-être qu'un culte à Notre-Dame de Bonne-Espérance existait déjà à cet endroit au moment de la fondation de l'abbaye.
Philippe de Harveng vignette|redresse=0.7|alt=Dessin représentant l'habit d'un chanoine de Bonne-Espérance|Habit d'un chanoine de Bonne-Espérance.
Une personne-clé des débuts, qui participe substantiellement à la prospérité économique de la communauté, est le frère Philippe de Harveng ( 1100-1183), prieur de Bonne-Espérance dès 1130-1131. Vers 1147, Philippe se querelle avec Bernard de Clairvaux au sujet du transfert d’un religieux de Bonne-Espérance vers l’abbaye de Clairvaux. Cet incident conduit les supérieurs de Philippe à le pousser l’exil en 1148. Cependant, trois ans plus tard, le chapitre général de Prémontré revient sur sa décision et l'innocente. En 1152, Philippe de Harveng peut donc regagner le monastère, dont il devient le deuxième prélat de 1157 à 1182.
Gestionnaire de Bonne-Espérance, Philippe de Harveng est surtout un grand intellectuel. On lui attribue plusieurs lettres à caractère théologique ou plus personnelles ; des œuvres d'exégèse comme un opuscule sur la Damnation de Salomon, des commentaires sur le Cantique des Cantiques. Son œuvre De institutione clericorum tractatus VI (« six petits traités sur les devoirs des clercs ») offre des informations utiles à la compréhension de la vie religieuse durant le , notamment chez les Prémontrés. Philippe rédige également des vies de saints écrites en prose rimée, comme celles de Feuillen de Fosses, de Ghislain de Mons, de Landelin ou encore d'Oda de Rivreulle, contemporaine de Philippe, prieure d'un éphémère monastère norbertin dépendant de Bonne-Espérance et situé près de FaurœulxLe monastère de Rivreulle est fondé par Odon dans l'alleu éponyme, qu'il acquiert en 1140 de l'abbaye Saint-Sauveur d'Anchin. La communauté norbertine s'installe à Rivreulle avant 1156. À partir du milieu du , on ne parle plus que de la « ferme » et non du plus du « monastère de Rivreulle » ().. Enfin, on lui a attribué bien souvent à tort certains poèmes.
Développement économique vignette|alt=En bas à gauche de cette photo couleur figurent les vestiges du refuge de Bonne-Espérance à Binche (XIIIe – XVIe siècle)|En bas à gauche, les vestiges du refuge de Bonne-Espérance à Binche ().
Les représentent une période d’important développement économique pour l’abbaye : en moins de deux siècles, la communauté acquiert, par donation ou par achat, plusieurs milliers d'hectares de terres dispersées géographiquement. Comme dans d'autres abbayes prémontrées, l'exploitation de ces terres est très vite confiée à des frères convers, des hommes laïcs qui passent l'essentiel de leur journée à l'exercice de leur métier. Cependant, le nombre de frères convers travaillant pour Bonne-Espérance diminue dès le , ce qui pousse l'abbaye à faire appel à des domestiques, puis à passer à un régime de tenure de certaines de ses terres. Cette situation entraine le déclin progressif de la prospérité de l'abbaye, qui l'amène à renvoyer tous les gens de métier.
Guerres et pillages vignette|gauche|alt=Photographie en noir et blanc montrant les matrices des sceau et contre-sceau de l'abbaye, probablement utilisées à partir des années 1570. Ces matrices ont été volées en 2017.|Matrices en argent des sceau et contre-sceau de l'abbaye, probablement utilisées à partir des années 1570. Elles ont été volées en 2017.
La première moitié du est marquée dans la région par la rivalité politique entre François et Charles Quint. Durant cette période naissent également les tensions entre catholiques et protestants. La situation géographique de Bonne-Espérance est telle qu'elle subit onze pillages entre 1543 et 1794. En 1542, puis en 1554, les troupes du dauphin de France assiègent la ville de Binche, située à quatre kilomètres de l'abbaye. Les environs sont pillés par les soldats et l'abbaye n'échappe pas au pillage.
Dans le contexte des guerres de religion, les 10 et , les troupes du prince d'Orange envahissent l'abbaye pour la piller, puis mettent le feu aux bâtiments. La communauté se tourne alors vers le refuge de Binche, que l'abbaye possède depuis 1380. Dès l'année suivante, l'abbé Jean Trusse (1559-1580) commence cependant à restaurer les bâtiments incendiés. En 1572, un autre refuge de l'abbaye situé à Mons est mis à sac par les troupes de Louis de Nassau et celui de Binche subit le même sort en 1576. Quant au refuge de Nivelles, il est incendié en 1599. S'ensuit alors une période d'endettement et de pauvreté pour la communauté.
Renouveau vignette|alt=Dessin représentant l'abbaye de Bonne-Espérance vers 1600 dans les Albums de Croÿ. On y distingue le clocher gothique à côté d'autres bâtiments aujourd'hui disparus.|Bonne-Espérance vers 1600 (Albums de Croÿ). On distingue le clocher gothique à côté d'autres bâtiments aujourd'hui disparus. Bonne-Espérance tente alors de se relever et emprunte des fonds pour pouvoir restaurer les bâtiments abbatiaux. Sous l'abbatiat de Jean Lucq (1580-1607), on restaure une partie du quartier abbatial à l'aide d'un emprunt. Les chanoines peuvent également compter sur de pieux mécènes. Grâce aux gouverneurs des Pays-Bas espagnols, les archiducs Albert de Habsbourg et Isabelle-Claire-Eugénie d'Autriche, qui se montrent généreux envers les communautés religieuses, l'abbé Nicolas Chamart (1607-1642) peut entreprendre la reconstruction de l'abbatiale dès 1608. En 1620, il reconstruit le dortoir incendié neuf ans plus tôt.