Charles-Eugène Le Bègue, comte de Germiny, né à Melun le et mort en à Buenos AiresAlbert Révérend (dir.), Annuaire de la noblesse de France, vol. 55, 1899, p. 454., est un avocat et homme politique français.

Figure montante de la droite catholique parisienne, il est foudroyé en 1876 par une affaire de mœurs.

Biographie

Eugène naît en 1841 à Melun, où son père, Charles Le Bègue de Germiny, occupe le poste de préfet de Seine-et-Marne. Fils d'un pair de France et gendre du ministre Georges Humann, Charles Le Bègue de Germiny sera ministre des Finances sous la Deuxième République, gouverneur de la Banque de France puis sénateur sous le Second Empire. Comme tous les membres de leur famille depuis 1715, Charles et ses fils portent le titre de « comte de Germiny ».

L'ascension d'un notable catholique

Après une scolarité au collège jésuite de Vaugirard dirigé par le père Olivaint, Eugène Le Bègue de Germiny poursuit ses études et devient docteur en droit. Jeune avocat inscrit au barreau de Paris en 1865Almanach national, annuaire officiel de la République française pour l'année 1873, Paris/Nancy, Berger-Levrault, ., il est élu secrétaire de la Conférence du stage en 1867Charles-Eugène, comte Lebègue GerminyNobuhito Nagaï, Les conseillers municipaux de Paris sous la république (1871-1914), Publications de la Sorbonne, Paris, 2002, . avant d'être lauréat du prix Liouville en 1868Bulletin annuel de l'Association amicale des secrétaires et anciens secrétaires de la Conférence des avocats à Paris, 1899, .. La même année, il épouse Emma-Clémence-Marianne Le Bègue de Germiny, fille d'Henri-Gabriel-Marie Le Bègue de Germiny, un cousin de son père. Collègue et ami du jeune marié, l'ancien ministre Michel Hébert figure parmi les témoinsRegistres d'état civil du de Paris, acte de mariage n 94, 17 février 1868.. Eugène et Marianne auront trois enfantsFrançois Ducuing, « Affaire de Germiny », Le XIXe siècle, 25 décembre 1876, p.2-3., Raoul, Charles et MarieAlbert Révérend (dir.), Annuaire de la noblesse de France, vol. 51, 1895, p. 329..

Disciple d'Henri PerreyveL'Abbé Henri Perreyve, Paris/Lille, Lefort, 1867, p. 71-74., ami d'Albert de MunPhilippe Levillain, Albert de Mun, catholicisme français et catholicisme romain du syllabus au ralliement, École française de Rome, 1983, p. 437. et homme d'ordre profondément marqué par les événements de la Commune (pendant lesquels son ancien maître, le père Olivaint, qui souhaitait lui confier sa défense, a été exécuté sommairementArmand de Ponlevoy, Actes de la captivité et de la mort des RR. PP. Olivaint, L. Ducoudray, J. Caubert, A. Clerc, A. de Bengy, de la compagnie de Jésus, , Paris, 1872, p. 86 et 165-172.), Eugène est un catholique militant. Il appartient ainsi à plusieurs œuvres et cercles liés à l’Église, comme le comité de la basilique du Sacré-Cœur de MontmartreEdmond About, « La chute d'un ange », Le XIXe siècle, 15 décembre 1876, p. 1.. Secrétaire général de la Société générale d'éducation et d'enseignement, membre de l’Œuvre du Vénérable de La Salle, membre-fondateur puis administrateur (avec Charles Hamel et Ferdinand Riant) de l'Université catholique de Paris, il est, en 1876, l'avocat du père Stanislas du Lac, recteur de l'école jésuite de la rue des Postes.

Cet engagement le fait entrer en politique sous la bannière de la droite catholique et légitimiste. Le , Eugène de Germiny est élu conseiller municipal du quartier Saint-Thomas-d'Aquin dans le de Paris. Également membre du conseil général de la Seine, il se présente aux élections législatives de février 1876 dans la circonscription correspondant à son arrondissement. Se présentant aux électeurs comme le défenseur de l'ordre, de la propriété, de la famille et de la religion« Élections de la Seine », Le Temps, 8 février 1876, p. 2., il est cependant largement devancé par le bonapartiste Anatole Bartholoni, le radical Charles-Félix Frébault et le républicain modéré Amédée Langlois, député sortant, qui se désiste avant le second tour en faveur de Frébault« Bulletin », Le XIXe siècle, 7 mars 1876, p. 1.. Germiny se désiste également, mais sans appeler à voter pour Bartholoni« Chronique électorale », Journal des débats, 3 mars 1876, p. 3., qui sera finalement battu par Frébault.

Le scandale vignette|Vespasiennes du jardin des Champs-Élysées (photographie de Marville). vignette|Caricature de 1881 associant Germiny (à gauche) au capitaine , victime d'une affaire similaire. Espoir de la droite monarchiste et cléricale en lutte contre les républicains, Eugène de Germiny voit sa réputation et sa carrière s'effondrer le .

Ce soir-là, vers 23 heures, il est en effet arrêté par la police des mœurs alors qu'il se trouve dans une vespasienne des Champs-Élysées, près du café des ambassadeurs, en compagnie d'un jeune ouvrier de 18 ans, Pierre Chouard. L'affaire est très rapidement ébruitée : dans une lettre du adressée à Tourgueniev, Gustave Flaubert semble s'en réjouir : Gustave Flaubert, Correspondance, éd. Danielle Girard et Yvan Leclerc, Rouen, 2003 (consultable en ligne).).

Accusé d'outrage public à la pudeur et de rébellion, Germiny se défend en prétendant ne s'être rendu dans ce lieu notoire de rencontres homosexuelles que pour y enquêter sur « Tribunaux », La Presse, 25 décembre 1876, p. 3-4.. Le , la huitième chambre du tribunal correctionnel le condamne à deux mois de prison et 200 francs d'amende« Tribunaux », Le Rappel, janvier 1877, p. 3..

Cette condamnation infamante d'un partisan de l'Ordre moral fait la joie des républicains et, surtout, des plus anticléricaux d'entre eux. Elle prive Eugène de Germiny de son mandat municipal et de son poste d'administrateur de l'Université catholique, auquel il sera remplacé par Octave DepeyrePierre-Louis Péchenard, L'Institut catholique de Paris, 1875-1901, Paris, 1902, p. 25..

L'exil en Argentine

Après avoir purgé sa peine à la prison de la Santé, il se sépare de son épouse en 1886« Séparation de biens », Archives commerciales de la France, n 85, 23 octobre 1886, p. 1330. et s'exile en Argentine sous le nom de « Lebègue ».

Installé à Buenos Aires, où il vit en concubinage avec une mulâtresse, il écrit quelques articles pour L'indépendant, l'un des journaux de la colonie française. Il gagne tout d'abord sa vie comme clerc dans l'étude de maître Carlos Delcasse avant de passer des examens de droit pour être admis au barreau local« Le comte de Germiny et le général d'Andlau », Gil Blas, 28 janvier 1893, p. 3.. Il reprend ainsi avec succès son ancienne activité d'avocat dans la capitale argentine, où il meurt en 1898.

Dans son testament, rédigé en 1892, il pardonne à ceux qui ont , et demande à son exécuteur testamentaire « Nouvelles de l'étranger », Le Temps, 8 juin 1898, p. 2..

Notes et références

Bibliographie . Christian Gury, L’Honneur perdu d’un politicien homosexuel en 1876, Kimé, 1999.

Liens externes

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