L'Organisation de coopération de Shanghai (OCS ; , ; en , ) est l'une des nombreuses organisations intergouvernementales à caractère politique et économique actives en Asie.
Son actuel secrétaire général est Nurlan Yermekbayev..
Succédant au « groupe de Shanghai », elle est instituée en 2001 par la Chine, la Russie et quatre États d'Asie centrale : le Kazakhstan, le Kirghizistan, l'Ouzbékistan et le Tadjikistan. Elle s'élargit à l'Inde et au Pakistan en 2016, puis à l'Iran en 2021 et enfin au Bélarus en 2024.
L'OCS vise d'abord à répondre aux bouleversements géopolitiques en Asie centrale consécutifs à l'effondrement de l'URSS en 1991 et à l'instabilité que cela entraîne dans la région. Le groupe de Shanghai puis l'Organisation institutionnalisent peu à peu une coopération visant à assurer la sécurité collective de ses adhérents face aux menaces . La Chine et la Russie sont au centre de cette entente et formalisent par son biais une forme de rapprochement géostratégique qui dépasse le cadre régional.
L'OCS est l'un des fers de lance de la géopolitique de la Russie dont le tournant vers l'Asie, amorcé dès 1996, est amplifié par Vladimir Poutine dans les années 2010, en même temps que se détériorent ses relations avec les Occidentaux.
Historique Origines
L'Organisation de coopération de Shanghai s'inscrit dans le tournant progressif vers l'Asie de la politique étrangère de la Russie depuis le milieu des années 1990. À l'origine de cette réorientation, la « doctrine Primakov », du nom du ministre des Affaires étrangères russe de 1996 à 1998, consiste à conduire une diplomatie triangulaire en nouant des liens forts avec Pékin de manière à retrouver des marges de manœuvre dans les relations avec Washington et les Européens, dans une période d'unilatéralisme américain où les Russes subissent plus qu'ils ne sont acteurs de leur destin.
À cet effet, un « partenariat stratégique » est noué avec la Chine dès par Boris Eltsine. Les accords signés portent sur le nucléaire civil, l'exploitation des ressources énergétiques, l'industrie de l'armement et le commerce.. Les deux parties se fixent aussi comme objectif de régler leurs différends relatifs à leur frontière commune longue de .
« Groupe (ou Forum) de Shanghai » (1996-2001) Le partenariat stratégique initié avec la Chine en est immédiatement étendu sur un plan régional par l'instauration du « Groupe (ou Forum) de Shanghai »Le « Groupe de Shanghai » est aussi connu sous le nom des « 5 de Shanghai » (en anglais « Shanghai Five »). dont sont membres, outre la Russie et la Chine, trois États centre-asiatiques : Kazakhstan, Kirghizistan et Tadjikistan. L'objectif de Moscou est de ne pas laisser le champ libre à une Chine en plein développement en nouant une coopération avec elle et ses alliés traditionnels d'Asie centrale.. Né dans la foulée du bouleversement géopolitique entraîné par la disparition de l'URSS et la création de républiques autonomes en Asie centrale, le Groupe de Shanghai répond aussi à l'inquiétude de la Chine relative à l'influence que le Kazakhstan et le Kirghizistan pourraient exercer dans la province du XinjiangComplicité avec les Républiques d'Asie centrale, Martine Bulard, Le Monde diplomatique , août 2009, page 13..
Au-delà d'établir un forum politique conjoint, les cinq États signent en 1996 des « accords visant à renforcer la confiance dans le domaine militaire dans la région de la frontière », puis l'année suivante un « accord sur la réduction conjointe des forces militaires dans les régions frontalières ». Il s'agit en premier lieu pour les cinq pays de mettre fin aux tensions sur leurs longues frontières, et en second lieu de stabiliser la région d'Asie centrale considérée comme un enjeu commun de sécurité au regard notamment de la montée des phénomènes terroristes et extrémistes dans la région. Plusieurs accords de règlement des conflits frontaliers sont signés entre 1996 et 2000 par la Chine avec les autres pays membres.
Fondation de l'Organisation de coopération de Shanghai en 2001 Les relations sino-russes prennent de l'ampleur dans le domaine énergétique, économique, mais aussi en matière politique. Les deux puissances s'appuient réciproquement l'une sur l'autre. Pour peser en Europe, la Russie cherche des soutiens du côté de la Chine, qui de son côté utilise son partenariat avec la Russie pour diversifier son approvisionnement énergétique et contrebalancer l'influence des États-Unis en Asie-pacifique. Les relations bilatérales entre la Russie et la Chine et celles entre les cinq pays du Groupe de Shanghai franchissent une étape importante en 2001 :
D'une part, le Traité sino-russe de bon voisinage, d'amitié et de coopération signé le consacre le partenariat stratégique entre les deux pays. La Russie s'aligne sur la Chine concernant Taiwan (article 5 du traité) : Le traité met aussi l'accent sur la défense de l'unité nationale et de l'intégrité territoriale ; concrètement, les deux parties s'engagent à régler pacifiquement les différends relatifs à leur frontière encore existants. D'autre part, les cinq du Groupe de Shanghai sont rejoints par l'Ouzbékistan et transforment le forum en l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) dont la priorité demeure la sécurité collective, et la lutte contre le terrorisme, les séparatismes et les extrémismes selon la déclaration conjointe publiée le ..
L’OCS est à l'origine créée pour des raisons sécuritaires et économiques strictement régionales et non comme un outil d'opposition à la présence des États-Unis en Asie. Cependant, l’OCS est progressivement devenue l’une des tribunes privilégiées de la Russie et de la Chine pour manifester leur solidarité politique face à l’hégémonisme des États-Unis. Elle sert largement les intérêts de Moscou en ce qu'elle pérennise son influence en Asie centrale et lui permet de ne pas laisser Pékin développer seule une politique de leadership régional.
L'OCS a acquis le statut d'observateur aux travaux et aux sessions de l'Assemblée générale des Nations unies en .. L'OCS a instauré des relations formelles avec plusieurs autres organisations intergouvernementales, parmi lesquelles la Communauté des États indépendants (depuis 2005), l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (depuis 2005), et l'Organisation du traité de sécurité collective (depuis 2007).
Élargissement de l'OCS L'évènement le plus important dans l'évolution de l'OCS est son élargissement à l'Inde et au Pakistan. L'initiative remonte à 1998 quand, lors d'une visite officielle en Inde, Ievgueni Primakov promeut l'idée d'un axe Moscou-Pékin-Delhi, dans le but de renforcer l'impact du partenariat stratégique noué par la Russie avec la Chine. L'idée fait long feu en raison des tensions persistantes entre la Chine et l'Inde et aussi parce que cette dernière ne veut pas afficher une stratégie trop ouvertement anti-américaine. La situation évolue en 2012 avec l'annonce par Vladimir Poutine d'un « pivot stratégique vers l'Asie ». Le président russe met l'accent sur le rôle international de la Chine et de l'Inde et sur l'importance de la région Asie-pacifique. Cette nouvelle orientation remet la coopération entre la Russie, la Chine et l'Inde au centre de l'agenda géopolitique de la Russie. La crise ouverte avec les Occidentaux résultant des évènements d'Ukraine en 2014 renforce encore ce tournant vers l'Asie. Cette initiative se heurte toutefois aux réticences des Chinois et des Indiens.
Un compromis finit par être trouvé entre Pékin et Moscou. L'admission de l'Inde dans l'OCS s'accompagne de celle du Pakistan. Ainsi, l'équilibre interne de l'Organisation n'est pas modifié, la Chine préserve ses relations en plein développement avec le Pakistan et l'OCS accroît encore sa crédibilité en tant que forum politique majeur alternatif des organisations dominées par les États-Unis. Le , l'OCS décide d'admettre l'Inde et le Pakistan comme membres à part entière. Cette décision prend effet en 2017. La volonté de Moscou de trouver des solutions pour contrebalancer le poids économique écrasant de la Chine parmi les membres de l'OCS explique l'insistance des Russes à ce que l'Inde rejoigne l'organisation. Pour autant, l'Inde maintient sa politique de bonnes relations avec les États-Unis et ses alliés dans la région comme l'atteste la tenue en 2018 d'un premier sommet « JAI » trilatéral avec les Américains et les Japonais en marge du G20, et comme le montre aussi sa participation au « Dialogue quadrilatéral pour la sécurité » (en anglais Quadrilateral Security Dialogue ou Quad) avec l'Australie, les États-Unis et le Japon réactivé en 2020.
L'Iran est devenu membre observateur en 2005. Mais il échoue à deux reprises, en 2008 et 2010 à devenir membre à part entière de l'OCS. Cet échec tient pour partie au fait que le pays est excentré par rapport au bloc continental asiatique que ses membres forment. Cette continuité territoriale est un des atouts de l'OCS dont les activités principales sont plutôt auto-centrées que tournées vers l'extérieur. En second lieu, les membres de l'OCS, et tout particulièrement la Chine, ne tiennent pas à accueillir un pays aussi ouvertement hostile aux États-Unis avec lesquels la compétition ne peut primer sur la coopération économique. Ce blocage vis-à-vis de la candidature de l'Iran s'est encore vérifié lors du sommet de 2020 des dirigeants de l'OCS. Néanmoins, le , un mécanisme d'adhésion de l'Iran à l'OCS est engagé qui complète un accord de 25 ans entre la Chine et l'Iran... Le pays était jusqu'alors observateur depuis 2005. L'Iran devient membre à part entière de l'organisation en .
Après l'adhésion de l'Inde et du Pakistan, les huit pays membres de l'OCS représentent plus de 60 % du continent eurasiatique, environ 50 % de la population mondiale et plus de 20 % du PIB mondial.
Selon des statistiques officielles rapportées par l'agence de presse chinoise Xinhua, le PIB combiné des six membres fondateurs de l'OCS a atteint 12 630 milliards de dollars en 2017, soit une multiplication par sept du niveau de 2001 et représente près de 16 % du PIB mondial pour 43 % de la population mondiale. Durant la même période, leurs échanges commerciaux ont également été multipliés par sept, totalisant 4 900 milliards de dollars en 2017.
Place de l'OCS parmi les organisations multilatérales en Asie
Principales organisations internationalesen Asie auxquelles la Russie participe (2025)PaysZoneOCSUEEOTSCBRICSASEAN+11Les onze pays « partenaires officiels de dialogue » sont, en plus des six figurant dans le tableau, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, le Canada, le Royaume-Uni et l'Union européenne.Asie20012009 +11Amér. +11Eur.2001201519922009 +11Eur.20151992Eur.202420151993Asie200120151992Asie200120151992Asie2001Asie20011992Asie Cor. du SudAsie +11Asie +11Asie du S. E.(neuf pays)Outre l'Indonésie, les neuf pays d'Asie du Sud-Est membres de l'ASEAN sont : Brunéi, Cambodge, Myanmar, Philippines, Laos, Singapour, Thaïlande, Timor-Leste et Vietnam.Asie1967-1999Asie20251967AsieAsie20172009 +11AsieAsie2017M.-O.2024M.-O.2023 Arabie S.M.-O.M.-O.2024 Afr. du SudAfr.2011Afr.2024Amér.2009 Les organisations régionales ou sous-régionales se sont multipliées en Asie durant les décennies récentes, sous des formes et avec des objectifs très différents. Cette prolifération traduit d'une part des préoccupations sécuritaires ou économiques purement régionales et d'autre part la remise en cause par la Russie de la gouvernance mondiale sous domination américaine héritée de la guerre froide.
Pour la Russie, pays le plus actif en la matière, ces organisations symbolisent son retour dans le jeu géopolitique mondial après les années noires de la fin du . Elles lui servent de plate-forme de promotion d'un nouvel ordre mondial multilatéral qui ne soit pas dominé par les États-Unis et permettent d'harmoniser ses positions avec celles de la Chine et d'autres pays dans les instances mondiales traditionnelles comme l'ONU et le G20.