Le ghetto de Minsk est le lieu de déportation, sous la contrainte des forces armées allemandes, des Juifs de Minsk (Biélorussie), selon un processus visant à l'extermination des Juifs, pendant l'occupation allemande de la Biélorussie, pendant la Seconde Guerre mondiale, du au .
Ce ghetto fut l'un des plus importants d'Europe. Dans les territoires occupés de l'URSS, il fut le deuxième par le nombre de victimes, après le ghetto de Lvov (plus de victimes juives à Lviv).
La communauté juive de Minsk La communauté juive de Minsk est attestée depuis le , au temps du condominium polono-lituanien. Au , une yechivah s'y établit dont les plus importants dirigeants ont été Jehiel b. Solomon Heilprin, Aryeh Leib ben Asher Gunzberg et Raphaël Cohen. Au , la communauté de Minsk devient l'une des plus importantes de l'Empire russe. Elle était dominée par les Mitnagdim traditionalistes, bien plus nombreux que les Hassidim mystiques. Toutefois, il s'y développa aussi un important mouvement laïc et socialiste dit « bundiste ».
Après la révolution d'Octobre, les institutions cultuelles sont supprimées et remplacées par des institutions culturelles. Alors que les partis juifs et les organisations sionistes sont contraints, au début des années 1920, d'entrer dans la clandestinité, le gouvernement communiste, qui cherche à abolir tout groupe susceptible de constituer une opposition, dissout le « Conseil des nationalités ». L’organisme officiel responsable des Juifs : le KOMZET, le remplace, bientôt secondé par l’OZET en , pour disperser les Juifs dans les campagnes : de 1923 à 1938, l'Union soviétique transforme ses schtetlech (villages agricoles juifs) en kolkhozes.. Mais beaucoup reviennent en ville : en 1926, il y avait Juifs à Minsk (40,8 % de la population) et en 1939, Juifs (29,7 % de la population).
Pourquoi tant de Juifs sont-ils restés à Minsk alors qu’ils avaient connaissance de la ruée allemande ? Beaucoup considéraient qu'ils avaient été trahis par les autorités soviétiques dont les dirigeants s'étaient enfuis. Plus tard , après la guerre, des historiens soviétiques ont tenté d’expliquer que des plans avaient été élaborés, que plus de dix convois se sont mis en route vers les terres russes mais qu’il n’était pas possible d’organiser des évacuations en masse.
Occupation et création du ghetto Minsk est occupée par les forces de la Wehrmacht pendant trois ans, du au . Dès le , pendant trois jours, les forces d'occupations imposent une « contribution » aux Juifs de Minsk, les obligeant à donner une quantité déterminée d'argent et de bijoux. Bientôt, ils sont obligés de créer un Judenrat (comité juif), représenté par un président Рубинштейн Л. М. (L.M. Rubinstein) Нельзя забыть (« Vous ne pouvez pas oublier »), ed. Médisont, Minsk 2011 . Du fait de sa connaissance de la langue allemande, les occupants choisissent comme président du Judenrat Ilya Mouchkine, ancien responsable de l'administration soviétique de Minsk. Le , trois semaines après la prise de Minsk, les Allemands, conformément au programme hitlérien d'extermination des Juifs, prennent la décision de créer un ghetto. À cette date, à Minsk, se tient une réunion regroupant le commandement pour l'arrière du « groupe d'armée Centre », le gauleiter Wilhelm Kube, Eduard Strauch, chef des SS et le brigadeführer SS Zenner chef de la police du district général « Biélorussie ». Durant cette réunion sont examinées les modalités pratiques de l'extermination des juifs. Une décision est promulguée (et collée sur les poteaux) pour le jour suivant, soit le , en biélorusse et en allemand.
Un dénommé Gorodetsky est nommé représentant du commandement allemand dans le ghetto, avec des pouvoirs illimités. Allemand par sa mère, il avait habité Léningrad. Le Judenrat, ne possédant aucun droit administratif, répond, au début, à la demande de recette des contributions des Juifs de Minsk, à l'enregistrement scrupuleux de toutes les maisons dans le ghetto et de chaque prisonnier, et aussi au respect de l'hygiène dans le ghetto. Pour le regroupement des Juifs dans le ghetto, il avait été prévu cinq jours. Cependant, réaliser la migration de dizaines de milliers de gens en un temps si court se révèle impossible. Aussi, le délai est prolongé jusqu'à la fin du mois de juillet Д. Сацукевич. «Жизнь и смерть за колючей проволокой», газета «Минский курьер», 11 мая 2007 года. Au , ce regroupement est accompli, personnes s'entassant dans le ghetto. En septembre et , il y avait environ prisonniers dans le ghetto.
Structure vignette|Bundesarchiv N 1576 Bild-006, Minsk.Colonne de prisonniers du ghetto juif dans la rue, en 1941.|alt=|centré
Suivant les données archivées et les témoignages visuels, durant la période de guerre, il existait trois ghettos à Minsk : . Il existe depuis le mois d' jusqu'aux 21-. Le territoire du ghetto comprenait 39 rues et ruelles, autour de la Place du Jubilé, dans le quartier du cimetière juif et du marché de la ville basse. La rue de la République (à l'époque de l'occupation, la Mittelstrasse et aujourd'hui rue Sloboda Romanovska) coupe le ghetto de part en part et, de chaque côté, est séparée du ghetto par du barbelé. Elle est utilisée comme passage pour les transports en commun. Dans ce ghetto les nazis rassemblèrent plus de Juifs. L'entrée et la sortie du ghetto ne sont possibles que par deux accès : la rue Opanski (actuellement de la Cavalerie), et de la rue Ostrovski (actuellement Rakovskaia). : il se trouvait dans le quartier de la fabrique de radio Molotov (aujourd'hui du nom de Lénine), d' au (selon les données des archives du KGB du Belarus). (partie du ghetto dans la rue Soukha et Obouvnaïa) : un ghetto pour Juifs non-biélorusses, déportés par les nazis, depuis leurs régions natales de l'ouest, du centre et de l'est de l'Europe. Il exista de à .
Conditions de vie gauche|vignette|Bundesarchiv Bild 183-B07894, Minsk.Les Juifs doivent déblayer la neige à la gare.
Le Ghetto est délimité par des clôtures en fil de fer barbelé. Il est gardé 24 heures sur 24, par des forces armées SS, des policiers biélorusses collaborationnistes et des Lituaniens Архив Хаси Пруслиной, под редакцией Козака К. И., Минск, 2010, издатель Логвинов И. П. . Tous les prisonniers du ghetto, sous peine de mort, sont obligés de porter en permanence des signes distinctifs : des étoffes de couleur jaune d'un diamètre de , et des galons blancs portant le numéro de leur maison sur la poitrine et sur le dos. Les Allemands et les policiers dépouillent et tuent impunément les habitants du ghetto, violent les jeunes filles. La vie des juifs est remplie d'un grand nombre d'interdictions ; pour la moindre contravention il n'existe qu'une sanction : ils sont fusillés. Par exemple, il est interdit de quitter le ghetto sans autorisation, de se montrer sans les signes distinctifs, de posséder et de porter des vêtements de fourrure, d'échanger des affaires pour de la nourriture avec des non juifs. Il est interdit aux Juifs de marcher dans les rues centrales et sur les trottoirs, mais seulement sur les pavés et, quand ils croisent des Allemands, les Juifs sont obligés, à de distance, d'ôter leur coiffe. Il est interdit aux Juifs de saluer des connaissances non juives. Il leur est interdit d'accéder aux jardins et aux autres endroits publics. L'hiver, même par gel intense, il est interdit, dans le ghetto, de transporter des copeaux de bois pour le chauffage.
Les forces d'occupations imposent au ghetto de lourdes . La première fois : deux millions de roubles, d'argent et d'or. La deuxième fois, il est exigé des Juifs d'or et d'argent et, la troisième fois, encore davantage. Cette collecte était d'autant plus difficile que la majeure partie de l'or et les gemmes avaient déjà été confisqués par le pouvoir soviétique, leur détention par des particuliers étant interdite, exception faite des alliances. Le pillage organisé par les nazis fut mené par Gorodetski, avec la participation, sous peine de mort, du comité juif et de la police juive. Tous ceux qui possèdent quelques objets de valeur les échangent, durant une courte période, contre de la nourriture. Au début, il est permis aux non-juifs d'apporter de la farine en échange mais, bientôt, c'est interdit et cela ne se fait plus que secrètement, à travers les clôtures de barbelé. Le hareng saur, en barrique, est considéré comme un mets de choix ; les beignets aux épluchures de pommes de terre sont un plat habituel. Dans la nourriture est ajouté du sel raclé sur de vieilles peaux, à la tannerie.
Aux Juifs du ghetto qui sont employés aux travaux forcés, on donne, une fois par jour, une écuelle de soupe de pomme de terre, presque vide. Il n'existe aucun moyen de faire rentrer de la nourriture dans le ghetto et la principale source de survie, pour les Juifs, est devenue illégale : du troc avec la population non juive, dans les colonnes, vers le travail et à travers les barbelés, près des quartiers russes. Il existe aussi un , à l'intérieur du ghetto, et auquel prennent part certains Allemands possédant un laisser-passer pour y accéder. Un exemple de prix des échanges d'objets contre de la nourriture peut être donné : une miche de pain et trois oignons contre une montre en or. Durant toute la durée de l'existence du ghetto, depuis sa création jusqu'à sa destruction, les nazis maintiennent une densité extrêmement grande de population. Dans une maison à un étage, dans deux ou trois appartements, on jusqu'à 100 personnes ; dans un appartement de deux étages, jusqu'à 300 personnes, soit à par personne, sans compter les enfants. Dans une seule chambre vivent habituellement, au minimum, trois familles. La promiscuité insupportable, la faim et les conditions sanitaires déplorables entraînent, dans le ghetto, les maladies et épidémies. Le danger de diffusions des infections est tellement sérieux qu'en 1941 les Allemands décident d'ouvrir, sur le territoire du ghetto, deux hôpitaux, et même un orphelinat pour enfants (détruit en ). L’hôpital du ghetto, déjà complètement dépourvu de médicaments et d'équipement, l'est aussi de personnel médical. Le médecin fonctionnaire Tcharno le dirige et s'occupe de l'organisation.
Destruction vignette|Bundesarchiv Bild 183-N1213-348, Minsk.Forçats juifs.
Les nazis emploient l'euphémisme d'« actions », pour leurs assassinats. 7 et : Juifs tués ; : morts ; : morts ; : morts ; 21 et : Juifs amenés d'Europe et tués.
Au début, les nazis tuent ceux qui ne peuvent pas travailler mais, ensuite, ils commencent à organiser des assassinats de masse. À partir du printemps 1942, beaucoup d'enfants du ghetto sont attrapés dans la rue, puis jetés dans des voitures à gaz. En quelques jours, ces voitures font de nombreux voyages. Dans l'histoire du ghetto de Minsk, il y a eu de nombreux massacres, de jour et de nuit. La pratique habituelle est l'assassinat de masse des habitants restés à domicile, pendant que ceux qui sont aptes au travail étaient sur les chantiers. En , premiers massacres importants : Juifs sont tués. Le 7 , après que les colonnes de travailleurs aient été emmenées au travail, les Allemands et la police lituanienne encerclent le quartier, à partir des rues Zamkova, Podzamkova et Niemiga. Les Allemands massacrent par balles pendant que les Lituaniens gardent les issues et tuent les fuyards. Arrivés à la rue Opanski, en laissant derrière eux une multitude de corps de Juifs, les Allemands rassemblent des femmes et des enfants, les emmènent à Toutchinka et les fusillent au bord de fosses communes. Selon diverses évaluations, entre et prisonniers sont tués ce jour-là.