vignette|Toyoko Kugata, hibakusha de 22 ans, recevant des traitements à l'hôpital de la Croix-Rouge de Hiroshima le . est un terme qui désigne généralement les victimes des bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki les 6 et sur l'ordre de Harry S. Truman.

Définition Le terme hibakusha est un emprunt linguistique d'un mot japonais écrit en kanji signifiant « personne affectée par la bombe ». S'il a pu être utilisé en japonais pour toute victime de bombe dans sa forme : + + , sa démocratisation au niveau mondial a conduit à une définition concernant les victimes des bombes nucléaires larguées au Japon par l'armée américaine les et ..

Les victimes des bombes nucléaires à Hiroshima et Nagasaki ayant été les premières victimes de telles armes, le terme en japonais a été repris pour les désigner spécifiquement mais est aussi utilisé pour d'autres victimes de bombes nucléaires, telles que celles des essais nucléaires de Bikini, d'Algérie, des États-Unis (particulièrement dans l'État du Nevada), des Iles Marshall, du Tibet, au Kazakhstan et dans le Xinjiang et celles d'armes à uranium appauvri, dont celle probable de Fallujah en 2004..

Les mouvements et associations anti-nucléaires, notamment les associations de hibakusha, ont élargi le terme pour désigner toute victime directe de désastre nucléaire, et notamment celles de la centrale nucléaire de Fukushima.. Il leur est donc préféré l'écriture : + + , soit « personne affectée par l'exposition », sous-entendu « personne affectée par l'exposition nucléaire ». Cette définition tend depuis 2011 à être reprise..

Le statut juridique de hibakusha est reconnu à certaines personnes, principalement par le gouvernement japonais.

On note que le mot hibakushi a pu également être emprunté, notamment par Svetlana Aleksievitch dans son essai La Supplication : Tchernobyl, chroniques du monde après l'apocalypse (1997).

Chiffres

Le gouvernement japonais a reconnu le statut de hibakusha à environ .

En , il y avait en vie reconnus par le gouvernement japonais.. En , ils étaient Source : Article du Japan Times daté du 15 mars 2006.. Au , étaient encore en vie, principalement au Japon.. Selon le recensement de 2020, seraient en vie au de la bombe..

Les mémoriaux à Hiroshima et Nagasaki contiennent les noms des hibakusha reconnus et décédés depuis les bombardements. Les listes sont mises à jour annuellement à l'anniversaire des bombardements. En , les mémoriaux contenaient les noms de ; à Hiroshima. et à Nagasaki..

Le nombre de personnes tuées par l'explosion, la chaleur et la tempête de feu, est difficile à déterminer et seules des estimations sont disponibles. Le département de l'Énergie des États-Unis (DOE) reprend les données de l' (ou USSBS) et avance les nombres de pour Hiroshima et de pour Nagasaki. Pour sa part, le musée du mémorial pour la paix d'Hiroshima avance le nombre de , pour la seule ville d'Hiroshima. Selon l'historien Howard Zinn, le nombre de victimes atteint . À celles-ci s'ajoutent les morts causées ultérieurement par divers types de cancers ( et sur la population suivie recensés par l'Atomic Bomb Casualty Commission (ABCC), moins de au total selon une source américaine) et de pathologies, alors que selon d'autres estimations, le nombre de victimes dues au syndrome d'irradiation aiguë est largement supérieur.

Hiroshima - Little Boy vignette|Écolière hibakusha non identifiée, hôpital de la Croix-Rouge de Hiroshima, le . Le nombre des victimes ne sera sans doute jamais connu car les circonstances (ville en partie évacuée, présence de réfugiés venant d'autres villes, destruction des archives d'état civil, disparition simultanée de tous les membres d’une même famille, crémations de masse, censure suivie) rendent toute comptabilité exacte impossible, en particulier des morts survenues dans les premières heures : d'après une estimation de l' en 1946 (durant l'occupation), la population au moment de l’attaque aurait été de , de d’entre eux auraient été tués et autant blessés ; d’après une estimation du département de l'Énergie des États-Unis en 1956, sur une population de , d’entre elles furent tuées et blessées ; d’après une estimation de la (ou RERF, succédant à l'ABCC), sur une population de , de d’entre elles furent tuées ; d'après le maire d'Hiroshima, Tadatoshi Akiba, lors d'un discours en 2005, le nombre total des morts le jour-même s’élèverait à .

D'après une étude réalisée par échantillonnage en (durant l'occupation alliée) par la faculté de médecine de l'université impériale de Tokyo, 73,5 % des victimes seraient décédées dès le bombardement ou le jour même. 11,3 % des victimes seraient décédées avant la fin de la première semaine, et 3,4 % au cours de la deuxième semaine ; dans l'ensemble, près des neuf dixièmes des victimes (88,3 %) seraient décédées dans cette première période de deux semaines. Le reste serait décédé majoritairement (9,9 % des victimes) après trois à huit semaines, et quelques-uns encore (1,4 % des victimes) après trois à quatre mois.

D'après la même étude, mais sur un échantillon différent, 26,2 % des victimes moururent le premier jour de causes inconnues, 45,5 % moururent de causes « mécaniques » consécutives au souffle de l'explosion et aux incendies (écrasements, traumatismes, brûlures) ; 16,3 % de brûlures dues au « flash thermique » de l'explosion nucléaire ; et 12,0 % des suites de l'irradiation. Si l'on considère que les causes inconnues sont essentiellement des causes « mécaniques », cette catégorie serait donc à l'origine de plus de 70 % des décès.

Depuis 2015, estimant avoir été touchées par les retombées radioactives de la pluie noire mais n'ayant pas le statut de hibakusha ont lancé un recours collectif devant le tribunal d'Hiroshima. En , le procès s'est conclus par la décision de les inclure officiellement comme hibakusha et de les faire bénéficier des mêmes soins de santé que les survivants de la bombe déjà reconnus.. Le gouvernement a fait appel de cette décision.. centré|vignette|283x283px|Mémorial de la paix d'Hiroshima. Au plan, flamme de la Paix à l'emplacement de l'hypocentre de Little boy, au plan cénotaphe des hibakusha, au plan musée de la Paix. Nagasaki - Fat Man vignette|241x241px|Brûlures thermiques profondes d'un hibakusha. De même qu'à Hiroshima, le nombre des victimes à Nagasaki a fait l'objet de plusieurs estimations. Selon les mêmes sources : d’après l’estimation de 1946 : auraient été tuées et un peu plus blessées ; d’après celle de 1956 : sur une population de , furent tués et ; d’après la plus récente : sur une population de , à d’entre eux furent tués.

Il existe à Nagasaki quelques particularités par rapport à Hiroshima : l’arme utilisée étant plus puissante (une puissance équivalente à environ de TNT) les dommages proches de l’hypocentre semblent avoir été plus importants ; grâce aux collines, les destructions ont été moins étendues, car le relief a protégé certains quartiers ; l’habitat étant plus diffus, la violence des incendies fut plus limitée, ils mirent deux heures pour prendre des proportions importantes, avec une durée de quelques heures et il n'y eut pas de conflagration généralisée ; l’arme étant d’un modèle différent (bombe à plutonium au lieu d’une bombe à uranium), la répartition du rayonnement γ et neutrons a été différente, ce qui semble avoir modifié la fréquence des types de leucémies observées. centré|vignette|586x586px|Mémorial de l'hypocentre de l'explosion de Fat Man, Nagasaki.

Classification vignette|Brûlure de hibakusha symptomatique du rayonnement thermique. Les motifs foncés du vêtement porté au moment du « flash ». Certains hôpitaux japonais et le centre de recherches, d'études et d'expérimentations militaires américain (l'Atomic Bomb Casualty Commission ou ABCC.) ont classé et analysé les répercussions des bombes nucléaires sur le corps et pour les hôpitaux éventuellement traiter les séquelles des hibakusha, dans des situations encore inconnues jusqu'alors. Leurs traitements se perfectionnèrent dans un contexte expérimental.

Le rapport par le comité japonais donna des données détaillées et décrit différents stades des effets sur les survivants peu après la bombe : stade 1 : « blessures causées par commotion, blessures externes, brûlures causées par la chaleur… » avec un taux de mortalité atteignant 80 % dans un cercle d' en dessous de l'hypocentre, ainsi que des symptômes variés dus aux blessures radioactives : hémorragie des muqueuses, fièvre douloureuse, nausées, hémorragies du système respiratoire et du système digestif ; stade 2 : « période environ et demi après la bombe durant de la à la semaine, […] symptômes tels que la perte de cheveux, hémorragies sous une différente forme comme une légère hémorragie de la peau » ; stade 3 : les survivants commençaient à récupérer dans le ou mois après le bombardement, variant selon le nombre de globules blancs présents ; stade 4, futur : les scientifiques avaient noté des différences de capacités reproductives mais demandaient plus d'investigation. Cette partie décrivait ce qui sera plus tard appelé le syndrome d'irradiation aiguë.

L'ABCC a créé une en quatre types de victimes de la bombe : ceux qui étaient présents à quelques kilomètres de l'épicentre des explosions quand elles ont eu lieu ; ceux qui ont été à moins de d'un épicentre pendant les deux semaines qui ont suivi une des explosions ; ceux qui ont été exposés aux radiations des retombées ; Les bébés qui étaient dans le ventre de leur mère à la déflagration entrent également dans l'une trois catégories précédentes tout en constituant une catégorie propre.

Affections médicales spécifiques à long terme Si l'immense majorité des victimes des bombes nucléaires est décédée dans l'année qui a suivi les déflagrations, les hibakusha ayant survécu à long terme sont principalement sensibles à certaines maladies : les leucémies : selon les analyses de l'ABCC à partir de 1947, une augmentation de l'incidence des leucémies a été observée parmi les survivants irradiés. Un maximum serait atteint en 1951, ensuite cette incidence aurait décliné. pour en 1985. Sur irradiés suivis de 1950 à 2000, il a été reconnu de leucémies mortelles attribuables aux radiations. ; les cancers « solides » : l'étude des survivants irradiés a montré, à partir de la fin des années 1950, une augmentation progressive de l’incidence des cancers, en particulier ceux du poumon, du tube digestif et du sein. Sur irradiés suivis de 1958 à 1998, il a été observé de cancers mortels attribuables aux radiations ; effets médicaux autres que les cancers chez les survivants irradiés : survenue de cataractes, de stérilité (souvent réversible chez l'homme), d'une augmentation de la fréquence des maladies (non cancéreuses) pulmonaires, cardiaques ou digestives avec une possible diminution de la durée de vie. Le nombre de ces décès semble égal au nombre ou à la moitié du nombre de ceux dus aux cancers et leucémies (soit environ de 0,5 % à 1 %)..

Acquis sociaux vignette|Scène de rue le lendemain de Fat Man (), de l'hypocentre, Nagasaki. Yōsuke Yamahata Les bombes nucléaires ayant presque entièrement rasé les deux villes d'Hiroshima et Nagasaki, le personnel médical ayant aussi subi de nombreuses pertes et le gouvernement n'étant pas préparé à une telle catastrophe humanitaire ajoutée à la peur des radiations, les survivants aux conséquences directes de la bombe ont pour la majorité souffert d'extrême précarité, de famine, de manque d'accès aux soins médicaux et d'itinérance. Le manque de connaissances sur les radiations a aggravé leur situation.