L’Union démocratique (UD), officiellement Union démocratique de Nouvelle-Calédonie et des Nouvelles-Hébrides, est un ancien parti politique de Nouvelle-Calédonie formé le sur la base des listes d'« Entente » qui avait unies l'ensemble des formations d'opposition de droite et anti-autonomiste lors des élections territoriales du . Prise en main en 1971 par sa tendance gaulliste menée par Georges Chatenay et Gaston Morlet, elle voit la dissidence d'une grande partie de ses membres regroupés derrière le sénateur Henri Lafleur et le maire de Nouméa Roger Laroque au sein de l'Entente démocratique et sociale (EDS). En 1979, fortement diminué, l'Union démocratique finit par se dissoudre dans la nouvelle Fédération pour une nouvelle société calédonienne (FNSC), formation centriste et autonomiste voulant constituer une troisième force entre le Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) de droite anti-indépendantiste du député Jacques Lafleur et le Front indépendantiste (FI) de Jean-Marie Tjibaou.
Formation
La création de l'Union démocratique en 1968 vient couronner une démarche progressive de rapprochement des différentes tendances de l'opposition à l'Union calédonienne (UC, parti initialement centriste, démocrate-chrétien et autonomiste qui domine la vie politique néo-calédonienne de 1953 à 1972). La droite, alors minoritaire sur l'ensemble du Territoire mais fortement implantée à Nouméa et sur la côte Ouest, est en effet divisée depuis les années 1950 en raison de différences idéologiques reprenant les clivages traditionnels des droites métropolitaines - tout en étant presque tous fortement favorables au général de Gaulle - et de querelles de personne. Trois grandes tendances se sont surtout démarquées à partir des élections législatives partielles de 1964J. LE BORGNE, Nouvelle-Calédonie : 1945-1968 - La confiance trahie, éd. L'Harmattan, Paris, 2005, p. 491-492 : la fédération locale de l'Union pour la nouvelle République (UNR) de Georges Chatenay (président) et Gaston Morlet (secrétaire général), principal soutien localement du gouvernement parisien et de ses représentants locaux (dont en tout premier lieu les gouverneurs), disposant depuis 1964 de 3 conseillers territoriaux sur 28 (Georges Chatenay et Thomas Hagen dans le Sud, et René Hénin dans l'Ouest) et de 1 conseiller de gouvernement sur 5 (Arnold Daly) ; le Rassemblement calédonien (Rascal), plutôt proche des Républicains indépendants et conservateurs libéraux, représentant surtout les milieux d'affaires, les propriétaires indépendants de mines et les éleveurs de « Brousse », présidé par le sénateur Henri Lafleur, qui détient depuis 1962 4 conseillers territoriaux sur 28 (Henri Lafleur, Claude Parazols et M. Berge dans le Sud ainsi que Marcel Bordes dans l'Ouest). Peut s'y ajouter le maire de Nouméa qui est néanmoins sans étiquettes et ne siège pas à l'Assemblée territoriale ; l'Action calédonienne (AC), fondée en 1964 par des dissidents de l'UNR et les membres du mouvement mélanésien d'inspiration protestante, l'Association des indigènes calédoniens et loyaltiens français (AICLF) de Doui Matayo Wetta ainsi que, plus tardivement, le catholique Michel Kauma. Ces deux derniers furent des fondateurs de l'UC avant de le quitter en 1960. Ils se sont rassemblés autour de la candidature du docteur Edmond Caillard aux législatives de 1967. Ils regroupent depuis 1964 6 élus sur 28 à l'Assemblée territoriale dont 3 AICLF (Edmond Nékiriaï dans l'Ouest, le maire de Ponérihouen Doui Matayo Wetta et le chef de la tribu de Ouanache à Touho Kiolet Néa Galet à l'Est), 2 ex-UNR (Bernard Brou dans l'Est et le grand-chef de Guahma à Maré Henri Naisseline aux Îles Loyauté) et 1 mélanésien catholique (Michel Kauma aux Îles également). L'AC dispose aussi d'1 conseiller de gouvernement sur 5 (Auguste Parawi-Reybas, de l'AICLF).
Aux élections territoriales du , ces trois tendances décident de partir unies dans les quatre circonscriptions à travers des listes baptisées « Entente » (nom désormais pris traditionnellement par les coalitions électorales de droite) menées respectivement par Henri Lafleur suivi de Georges Chatenay dans le Sud, par Jean-Pierre Le Marrec (UNR) dans l'Ouest, Kiolet Néa Galet dans l'Est et Léonard Waneissi Jié (AC) dans les Îles Loyauté. Ils obtiennent en tout 26,9 % des suffrages exprimés et 10 sièges sur 35 contre 55,5 % et 22 élus à l'UC. Ils sont devancés par cette dernière dans toutes les circonscriptions, et obtiennent 5 élus sur 16 dans le Sud (outre Lafleur et Chatenay, les deux autres Rascal Édouard Pentecost et Claude Parazols et l'UNR René Hénin), 2 sur 7 dans l'Ouest (outre Le Marrec, le Rascal Roger Pêne), 2 sur 7 également dans l'Est (tous deux de l'AC, Néa Galet et le maire de Houaïlou Paul Malignon) et 1 sur 5 aux Îles Loyauté (Waneissi Jié)Ibid., p. 536-537.. Ils perdent 3 sièges par rapport à ce que ces trois formations de droite cumulaient dans l'Assemblée sortante. Pour la constitution du Conseil de gouvernement le , une liste là aussi dénommée « Entente » est constituée derrière Arnold Daly : elle gagne deux postes pour ce dernier et pour Lionel Cherrier (Rascal, suppléant du sénateur Henri Lafleur). La même logique unitaire se manifeste lors des élections législatives du , la droite se regroupant derrière la candidature de Roger Laroque avec Kiolet Néa Galet comme suppléant : le sortant de l'UC, Rock Pidjot, est toutefois réélu au avec 50,87 % des suffrages exprimés, contre 42,43 % à LaroqueLes élections législatives de 1968, Ministère de l'Intérieur, 1968, p. 1104.
Malgré ces échecs électoraux, ce rapprochement aboutit à une fusion dans un nouveau parti, l'Union démocratique, le H. MOKKADEM, Ce souffle venu des ancêtres, éd. Expressions, 2005, p. 148. Arnold Daly (ex-UNR) en est le présidentG. PAÏTA, J. CAZAUMAYOU, Th. DE DEKKER, Gabriel Païta, Témoignage kanak : D'Opao au pays de la Nouvelle-Calédonie, éd. L'Harmattan, Paris, 1999, p. 100, n. 8, Roger Laroque (jusque-là DVD) le secrétaire généralPh. GODARD, Le Mémorial Calédonien, Vol. 6, éd. Éditions d'Art calédoniennes, 1979, p. 228.
Le retour rapide des divisions
Mais, très vite, deux tendances au sein du parti se démarquent en faisant ressortir les anciennes rivalités : une tendance dite Lafleur-Laroque, où se retrouvent les anciens élus du Rascal et de l'AC ; une tendance dite Chatenay-Morlet ou « gaulliste » car regroupant surtout ceux issus de l'UNR. Cette dernière est renforcée par la démission de Paul Malignon à l'Assemblée territoriale en 1970 et son remplacement par son suivant de liste, l'ancien UNR Marcel Dubois. Au congrès de Ponérihouen le , Georges Chatenay et Gaston Morlet prennent le contrôle du parti grâce à l'importance du poids des maires parmi les « mandataires » appelés à voter pour constituer la direction. Henri Lafleur et Roger Laroque créent le l'Entente démocratique et sociale (EDS) et quittent alors l'UD, réduit ainsi à sa frange gaulliste et qui ne dispose donc plus que de 4 conseillers territoriaux (Georges Chatenay, René Hénin, Jean-Pierre Le Marrec et Marcel Dubois) et 1 conseiller de gouvernement (Arnold Daly).
L'échec des élections territoriales de 1972
Lors des territoriales du , le parti présente des listes dans trois circonscriptions : dans le Sud (menée par Georges Chatenay), dans l'Ouest (tirée par René Hénin) et dans l'Est (avec Marcel Dubois). Elle n'obtient que le quatrième meilleur score dans le Sud, derrière l'EDS, le Mouvement libéral calédonien (MLC, créé en 1971 par des dissident européens de l'UC et depuis alliés à la droite) et l'UC. Elle obtient en tout 4 des 35 sièges de l'Assemblée territoriale, dont 2 dans le Sud (Georges Chatenay et Dick Ukeiwé), un dans l'Ouest (René Hénin) et un dans l'Est (Marcel Dubois), ce qui en fait la cinquième force politique du Territoire (et la troisième de l'opposition) derrière l'UC (12 élus), l'EDS (7 élus), le MLC (5 élus) et l'Union multiraciale (UMNC, créée en 1971 par des dissidents surtout mélanésiens, fermement autonomistes et de gauche de l'UC, 5 élus).
Il s'associe avec les 7 EDS et les 5 MLC pour porter Michel Kauma (EDS) à la présidence de l'Assemblée territoriale le , tandis que l'UD obtient, en la personne de Dick Ukeiwé, de présider la commission permanente le ). Pour l'élection du Conseil de gouvernement (l'exécutif local) le , l'UD ne présente aucune liste et s'abstient.
Les élections législatives de 1973, sénatoriales et présidentielles de 1974
Pour l'élection législative des 4 et , l'UD fait partie du « Front contre l'autonomie » (sous-entendu contre l'autonomie interne) avec l'EDS et le MLC, qui soutient la candidature de Jean Lèques du MLC contre le député sortant (UC) Rock Pidjot, tandis que son suppléant est le directeur de l'agence de Lifou de la Banque de l'Indochine, proche de l'EDS, Marcel Wacapo Arrêté n° 370 SAGE/AGL du 13 février 1973 portant relevé officiel des candidats à l'élection législative du 4 mars 1973, JONC n°5635, 16/02/1973, p. 224. Arrivé en tête au premier tour (avec 16 050 voix contre 15 295 à Rock Pidjot), il se qualifie pour le second tour, mais perd alors avec 48,13 % des suffrages contre 51,87 % à Pidjot« Un demi-siècle de législatives en Nouvelle-Calédonie », Les Nouvelles Calédoniennes, 06/07/2002.
Pour l'élection présidentielle de 1974, l'UD apporte activement son soutien au candidat gaulliste Jacques Chaban-Delmas, tandis que les deux autres partis opposés à l'autonomie interne défendent le RI Valéry Giscard d'Estaing. Jacques Chaban-Delmas réalise le deuxième score sur l'ensemble du Territoire avec 9 575 voix au premier tour, derrière le socialiste François Mitterrand (14 521, soutenu par l'UC). Il arrive toutefois troisième sur le plan national, et n'est donc pas en lice au deuxième tour« Présidentielle : comment votent les Calédoniens », Les Nouvelles Calédoniennes, 18/04/2002.
Lors de l'élection sénatoriale du , l'UD soutient le sortant Henri Lafleur, qui n'a qu'un seul adversaire, Maurice Lenormand de l'UC : il est réélu pour son troisième mandat consécutif (et le quatrième en tout) avec 135 voix sur 254 suffrages exprimés (53,15 %) et 255 grands électeurs inscrits. Il décède toutefois peu de temps après, le , laissant son siège au Sénat à son suppléant Lionel Cherrier (lui aussi membre de l'EDS).
Vers une lente disparition
Georges Chatenay abandonne la vie politique en . Il est remplacé à l'Assemblée territoriale par son suivant de liste de 1972 dans le Sud, Joseph Tidjine, et il laisse la présidence de l'UD à son lieutenant Gaston Morlet. Celui-ci intègre à son tour l'institution délibérante locale le pour le siège de la circonscription Ouest laissé vacant par René Hénin, tout juste nommé conseiller technique aux DOM/TOM. Les renversements de majorité provoqués par l'Union multiraciale et l'Union progressiste multiraciale (UPM, dissidence de la précédente) permet à Dick Ukeiwé d'occuper la présidence de l'Assemblée territoriale du au et celle de la commission permanente du au .