Le cimetière Miséricorde est un lieu de sépulture situé dans le quartier Hauts-Pavés - Saint-Félix à Nantes, en France. Ouvert en 1793, il est surnommé au « le Père-Lachaise nantais ». Le long d'une allée bordée de cyprès et de tilleuls sont alignés une soixantaine de mausolées de style néogothique, qui abritent les défunts des « grandes familles » nantaises. Ce sont qui ont été répartis dans le cimetière entre l'origine des registres en 1793 et 2010..

Histoire Origines Il semblerait qu'il ne s'agisse pas du premier lieu de sépulture ayant existé à cet endroit, puisqu'au printemps 2014, lors de travaux de démolition sur le terrain de l'ancien service des eaux de la rue d'Auvours, situé à proximité de l'entrée principale du cimetière, fut découvert une quinzaine sépultures datant du . Selon les premières constatations archéologiques, ces crémations sont sans doute plus nombreuses et préfigurent l'existence d'une vaste nécropole de l’époque gallo-romaine en ces lieux. Une fouille approfondie est programmée pour l’automne sur l’ensemble du siteNantes Une nécropole romaine mise au jour - article Presse-Océan du 28 avril 2014.Portes ouvertes du site archéologique d'Auvours sur le site de la ville de Nantes..

En 1026 est fondée la chapelle de Miséricorde. Selon la légende, elle aurait été édifiée en hommage à trois chevaliers ayant combattu un dragon de grande taille sévissant dans la forêt qui recouvrait autrefois la zone du Marchix. La mâchoire du dragon aurait été conservée dans une boite métallique qui faisait partie du trésor de la cathédrale de Nantes..

Création En 1791, la municipalité de Nantes achète la tenue maraîchère de la Miséricorde, qui tenait son nom de la chapelle dépendant de la paroisse Saint-Similien. Sur ce terrain est implanté le cimetière Miséricorde. Le premier hôte en a été un certain Jean Clouet, inhumé le ..

Avec la période révolutionnaire, la mortalité augmente, à tel point que le il n'y a plus de place à la Bouteillerie, ouvert vingt ans auparavant. La Mairie utilise un terrain des Carmes de Nantes, près de la chapelle de la Miséricorde, et la première inhumation a lieu en . À la suite d'une attaque des Chouans le , le lieu est ravagé..

Développement Le cimetière renaît quelques années plus tard. Il est pourvu d'un mur de clôture et d'un portail en bois conçu par l'architecte Mathurin Peccot en 1803. En 1816, il est procédé à un agrandissement rendu possible par l'acquisition d'une parcelle de avec une partie des fonds récoltés par la taxe exceptionnelle prélevée pour l'entretien des troupes alliées victorieuses de .

En 1829, en raison du manque de place, on procède à des inhumations par deux dans la même fosse. La mairie achète alors un terrain assez cher mais jouxtant le cimetière, augmentant la surface de celui-ci des deux tiers à partir de 1830..

Le cimetière Miséricorde est considéré, en 1837, comme « le plus beau » de Nantes ; aussi le conseil municipal décide de doter l'entrée d'une grille monumentale située rue du Bourget, dans l'axe de la rue d'Auvours.

En 1847, la municipalité de Ferdinand Favre tente de créer une nécropole conforme à la loi pour remplacer Miséricorde et La Bouteillerie, absorbés par l'urbanisation et donc trop proches des habitations.. Mais Nantes se trouve confrontée à deux refus contradictoires. L'État, par la voix du gouvernement, en 1839, formule l'interdiction des agrandissements des sites existants car cela contreviendrait à la loi de 1804. Mais dans le même temps le préfet, représentant de l'État à Nantes, refuse de soutenir le projet de création d'un nouveau cimetière. Miséricorde et Bouteillerie sont alors agrandis par pragmatisme, au mépris de la loi de 1804..

En , l'architecte-voyer Henri-Théodore Driollet propose de créer une nouvelle nécropole « loin de toute habitation », rue Noire. En effet les riverains de Miséricorde s'opposent à une nouvelle extension du site. Ils s'appuient sur le décret du 23 Prairial an XI qui impose une distance de minimum des habitations, et interdit l'implantation de cimetière dans l'enceinte des villes. Argumentant sur le fait qu'il s'agit d'un site existant et que les zones d'extension prévues placeraient les sépultures plus loin des habitations que celles qui étaient déjà implantées, la préfecture de Loire-Inférieure autorise un nouvel agrandissement sur un terrain adjacent. supplémentaires sont aménagés..

Lors d'une délibération concernant une nouvelle extension de en , la municipalité de Charles Lechat fait mentionner que cette extension est autorisée à condition qu'on s'attelle au problème des concessions perpétuelles, dont le développement provoque une pénurie de place, et on évoque l'alternative de la crémation, avant de conclure à la nécessité d'un nouveau site. La surface totale du cimetière Miséricorde atteint près de ..

Carré juif La partie la plus ancienne, située à gauche de l'entrée principale, accueille les cimetières juif et protestant. Jusque dans les années 1870, le carré juif était enclavé dans la partie réservée aux protestants. Depuis la création de la zone réservée aux Israélites, ces tombes ont progressivement disparu ; il n'en restait qu'une en , celle du chocolatier Godefroy Goldstein (1794-1844)..

En 1876, une demande des autorités juives de Nantes auprès de la Mairie laisse apparaître que ce cimetière servait en outre à enterrer les corps des Juifs de villes comme Angers, Brest, Quimper ou encore Rennes, dont les communautés ne bénéficiaient pas de l'existence d'un cimetière israélite. En 1892, alors qu'il a été obtenu que le cimetière juif occupe au cimetière Miséricorde, la communauté juive demande l'extension de la surface, la suppression des symboles chrétiens dans cette zone, et la mise en place d'une clôture d'isolement. Le décret promulgué par Napoléon le 23 Prairial an XII aurait permis ce dernier point, mais la loi du l'interdit. Le carré juif a donc été débarrassé des ornements chrétiens et étendu à mais n'a pas été entouré d'une clôture.. Ce carré étant arrivé à saturation en 1987, la Mairie a accordé 108 emplacements du Cimetière Parc à la communauté juive..

Carré protestant Le un édit royal de Louis XV fait obligation à plusieurs villes dont Nantes d'aménager un cimetière clos et surveillé par un gardien, destiné aux étrangers protestants venant à décéder en France. Nantes attribue alors une parcelle qui par la suite est incluse dans l'actuel cimetière Miséricorde.. Bien que le texte légiférant leur création précise que ce lieu doit être réservé aux « étrangers de la Religion prétendue réformée », les protestants locaux y sont enterrés, y compris ceux des paroisses avoisinantes..

Après la Révolution, on tente de régler le problème en imposant aux communes dont les habitants relèvent de plusieurs cultes de créer des zones séparées, ainsi que dispose l'article 15 de la loi du 23 Prairial an XII. Cette loi rencontrait l'hostilité des catholiques très majoritaires et qui admettaient parfois assez mal la présence protestante : dans une lettre de 1852, en raison de travaux, l'évêché de Nantes autorise temporairement la traversée de la partie catholique du cimetière Miséricorde par les convois funèbres protestants, à condition que des mesures soient prises pour éviter qu'ils croisent les convois catholiques.

Sépultures militaires Durant la guerre de 1870, des prisonniers blessés de l'armée prussienne (ou ses alliées) sont transférés à Nantes. Cinq d'entre eux ayant succombé à leurs blessures sont enterrés au cimetière Miséricorde, dans le carré protestant. Depuis leur inhumation, ces tombes ont été déplacées, toujours dans la même zone..

Après la fin de la Première Guerre mondiale, le gouvernement français a organisé le retour des dépouilles des soldats dans leur commune d'origine aux frais de l'État. La demande devait être faite auprès du service d'état-civil des armées, et les corps furent convoyés vers Nantes par train. Jusqu'en 1926, transportant sont passés par Nantes qui servait de plaque tournante départementale. D’autres corps arriveront individuellement dans les années suivantes. Deux cents d'entre eux sont enterrés au cimetière Miséricorde..

Monuments particuliers vignette|upright|Monument aux morts de 1830. Un mausolée a été édifié à la mémoire de dix Nantais tués par la troupe le lors d'une manifestation place Louis XVI (devenue depuis place Maréchal-Foch). Le , une ordonnance modifie la règle de composition du Collège électoral, point de départ des Trois Glorieuses. Ainsi éliminée, la bourgeoisie commerçante et industrielle nantaise, qui prend connaissance des faits avec quelques jours de décalage dus au temps nécessaire à la communication de l'époque, manifeste le place de la Comédie (actuelle place Graslin), opération au terme de laquelle quinze arrestations ont lieu. Le lendemain, , dont certaines armées, manifestent devant l'hôtel d'Aux où siège l'État-Major de l'armée. Un coup de feu est tiré, la riposte de la troupe est immédiate, entraînant les dix décès (dont celui du frère aine de Jean-Simon Voruz, Pierre Samuel Voruz). Une souscription publique organisée par Le Journal de Nantes est levée pour la construction d'un monument, où les victimes honorées sont inhumées le ..

Le buste en bronze ornant la tombe de Philippe Gengembre (1764-1838), chimiste et inventeur français. Ce buste a été réalisé par le sculpteur Étienne Nicolas Édouard Suc (1807-1855). Philippe Gengembre fut inspecteur général des Monnaies sous l'Empire, puis fondateur et directeur de la Manufacture royale des machines à vapeur d’Indret.

Sur la tombe d'Alexandre Fourny, un des 48 otages exécutés après la mort du lieutenant-colonel Hotz, un monument a été érigé..

Hôtes célèbres ou remarquables

Parmi les noms les plus connus inscrits sur les stèles de la Miséricorde... : des hommes politiques : les maires de Nantes Paul Bellamy, Mathurin Brissonneau, Léopold Cassegrain, Clovis Constant, Gabriel Guist'hau, Arsène Leloup, Paul-Émile Sarradin et René Waldeck-Rousseau, ainsi que René Delafoy, Alexandre Fourny, Pierre Haudaudine, Maurice Sibille et Achille Clarac ; des architectes : Jean-Baptiste Ceineray, Joseph-Fleury Chenantais, Georges Lafont, Émile Libaudière ; l'existence de la tombe de Mathurin Crucy, dans un certain état d'abandon, est mentionnée par un article de L'Ouest-Éclair du . ; des auteurs : Joseph Malègue (romancier), André Perraud-Charmantier (juriste et historien) ; des personnalités de la presse, de l'enseignement : Étienne Destranges, Morvan Lebesque, Eugène Livet, la famille Mangin (fondatrice du Phare de la Loire), Francis Portais, George Schwob ; des personnalités liées à la culture : des peintres : George Barbier (dessinateur de mode et illustrateur), Léon Bouchaud et ses petits-fils Étienne, Jean (peintres également), et Michel Bouchaud (illustrateur), Pierre Henri Charpentier (lithographe), Jules-Élie Delaunay, Alexandre-Jacques Chantron, les sculpteurs Amédée Ménard,Georges Bareau, les musiciens Louis-Albert Bourgault-Ducoudray et Jean-Paul Corbineau (cofondateur du groupe Tri Yann), les parents et l'une des sœurs de Jules Verne, dans le carré israélite on trouve la tombe de Salomon KétorzaLa source écrit Katorza, sans doute par erreur., qui en 1898 fait découvrir le cinéma à Nantes en installant un cinéma ambulant, avant de créer rue Corneille en 1920, le cinéma Katorza qui est toujours en activité ; des industriels et commerçants : Jean-Maurice Étienne Amieux, Léon Bureau, Cassegrain, la famille Decré, Thomas I et Thomas II Dobrée, la famille Dubigeon, Paul Eudel, Abraham-Louis Favre, Philippe Gengembre, Lefèvre-Utile, Louis Pommeraye (initiateur de la construction du passage Pommeraye), Louis Say, Jean-Simon Voruz ;