L'église Saint-Sulpice est une église catholique paroissiale située à Pierrefonds, en France. De style gothique, elle associe un chœur avec deux collatéraux du à une double nef flamboyante de la fin du Moyen Âge. L'édifice est toutefois d'origine beaucoup plus ancienne que les parties gothiques ne le suggèrent. La fondation par le seigneur Nivelon et le début des travaux remontent aux années 1060, et le chœur de la première église romane devait être achevé au début du . N'en font preuve que les trois arcades faisant communiquer les trois vaisseaux du chœur avec les deux nefs, et à plus forte raison la crypte en dessous du chœur, abritant la tombe de Nivelon et la source thermale ayant donné son nom à Pierrefonds. Alors que la façade occidentale, le portail septentrional et le remplage des fenêtres ont été très soignés, l'intérieur témoigne d'une construction hâtive sans voûtement et sans la moindre ornementation. Les nefs s'accordent mal avec le chœur, prévue à la base pour une nef simple accompagnée de bas-côtés. En même temps, l'église est spacieuse et bien éclairée, et les charpentes en carène renversée du chœur sont d'un bel effet. Très endommagée lors de la Première Guerre mondiale, le chœur actuel est en grande partie le produit d'une reconstruction à l'identique lancée en 1926. Sinon, l'élément le plus récent est l'étage de beffroi et le couronnement du clocher, achevé en 1557 dans une architecture Renaissance très sophistiquée. L'église a été classée au titre des monuments historiques par liste de 1862, puis déclassée et classée de nouveau par arrêté du (pour le clocher) et par arrêté du (pour le reste).. Du prieuré adjacent ayant dépendu de l'abbaye de Marmoutier, ne restent qu'une porte fortifiée et de rares vestiges. L'église Saint-Sulpice est aujourd'hui affiliée à la paroisse Notre-Dame-de-Neuffontaine de la vallée de l'Aisne.
Eglise ouverte chaque jour de 9h à 19h
Localisation
L'église est située dans le département français de l'Oise, sur la commune de Pierrefonds, en marge du centre du bourg, rue Louis-d’Orléans (RD 335). Elle est ainsi implantée au sud de l’ancien établissement thermal et le jardin botanique. La façade septentrionale longe la route, alors que la façade occidentale éloignée du village est précédée par une placette au début de l’avenue du Rocher. Une porte fortifiée jouxte la façade occidentale ; elle constitue un vestige du prieuré de l’abbaye de Marmoutier situé autrefois au sud de l’église.
Historique thumb|upright|left|Crypte romane et source. thumb|upright|left|Porte fortifiée du prieuré.
L'église de Pierrefonds est placée sous le vocable de saint Sulpice de Bourges, ce qui permet de conclure à une fondation pas avant la fin de l'époque mérovingienne. Un certain nombre d'églises dans la région sont consacrées au même patron. Il est incertain si l'église de Pierrefonds soit vraiment aussi ancienne : aucune mention écrite antérieure au n'en est connue, et toutes ces mentions sont de seconde main. Il en ressort que l'église actuelle aurait été fondée par Nivelon, seigneur de Pierrefonds, vers 1160. Il installe en même temps un chapitre de chanoines, mais l'on ignore leur nombre. Nivelon étant mort en 1072, les travaux sont susceptibles d'avoir commencé avant cette date. Peu avant la mort du seigneur, le nouvel évêque de Soissons, Thibaut de Pierrefonds, obtient de lui qu'il lui remette l'église. Elle dépend donc du diocèse de Soissons..
En 1085 ou peu après, l'évêque de Soissons de lors (déjà le quatrième après Thibaut), Hilgod, confie le patronage de la cure au chapitre de la cathédrale de Soissons. Presque immédiatement après, des moins de l'abbaye de Marmoutier de Tours s'installent près de l'église de Pierrefonds et y fondent un prieuré, absorbant le chapitre préexistant. En 1087, Hilgot démissionne comme évêque et se retire comme moine au prieuré de Pierrefonds. Les relations avec l'abbaye-mère de Tours doivent être étroites, car Hilgot est élu abbé de cette abbaye en 1100 et le reste jusqu'à sa mort en 1104. Pendant cette période, le seigneur Nivelon II remet solennellement la chapelle Saint-Mesme du château de Pierrefonds aux religieux de Marmoutier, qui possèdent ainsi deux édifices religieux sur la même place. Il est à retenir que l'église de Pierrefonds est paroissiale et prieurale en même temps, la nef étant réservée aux fidèles et le chœur aux moines. Toutefois, l'office de curé n'est pas exercé par l'un des moines comme fréquemment dans cette constellation, mais bien par un curé comme le démontre l'existence d'un patronage de la cure.. thumb|upright|Vestige au sud du chœur. thumb|upright|Chevet et clocher.
Jusqu'à l'époque moderne, l'histoire de l'église ne peut être retracée qu'à travers une analyse archéologique, basée sur des rapprochements entre des détails de l'architecture des églises de la région et la mise en évidence d'analogies. L'église semble étroitement liée aux origines du village même, car elle est bâtie sur la source lui ayant donné son nom et réputée pour ses vertus thermales. Elle se situe dans la crypte sous le chœur, ce qui s'avère problématique pour la solidité de l'appareil sur le long terme. Dans la crypte, se trouvent également deux sépultures, dont une doit être celle de Nivelon dont il est attesté qu'il ait été enterré dans l'église. La crypte n'a toutefois pas la vocation première de caveau des seigneurs de Pierrefonds. Son existence ne peut pas non plus être motivée par le dénivelé entre le chevet et l'extrémité occidentale de l'église uniquement. Sa vocation était plus particulièrement de donner un cadre au pèlerinage qu'attirait la source, et peut-être les reliques abritées dans un local à l'ouest du vaisseau central. La crypte conserve encore neuf chapiteaux romans, de même facture que celles des trois arcades faisant communiquer le chœur et ses deux collatéraux avec les deux nefs. Des traditions selon lesquelles la crypte proviendrait d'une église antérieure ne sont donc pas fondées, mais il est vrai que peu de choses subsistent de l'église proprement dite, hormis les trois arcades mentionnées et un pan de mur au sud. Les chapiteaux peuvent être datés autour de l'an 1100., avec l'imprécision habituelle découlant d'une datation basée sur les chapiteaux.
Étant donné la configuration de la crypte avec trois vaisseaux se terminant chacun par une abside en hémicycle, le chœur roman devait avoir les mêmes dimensions que le chœur gothique actuel, édifié au comme l'indique le remplage de deux lancettes aiguës surmontées par un trilobe des fenêtres des collatéraux (une fenêtre plein cintre romane, surmontée d'un cordon de billettes se poursuivant sur le contrefort d'angle, subsiste toutefois au sud). Il n'y avait probablement pas de transept à l'époque romane, pas plus qu'aujourd'hui : d'un côté, les églises romanes de la région disposant d'un chœur aussi long que celui de Pierrefonds sont généralement dépourvues de transept ; d'un autre côté, la poussée des voûtes du transept aurait laissé des traces dans les arcades faisant communiquer chœur et nefs. Le clocher peut également être daté du en ce qui concerne sa base et le premier étage, percés de fenêtres semblables à celles des collatéraux du chœur, des quatre-feuilles remplaçant toutefois les trilobes. L'étage de beffroi, de pur style Renaissance, représente par contre l'élément le plus récent de l'église. Il n'est pas exclu que l'église ait possédé un second clocher à l'époque romane, faisant face au clocher actuel au sud. La nef romane était certainement de plan basilical, avec donc deux bas-côtés. Elle a été remplacée à la période gothique flamboyant, plus précisément à la limite entre le et le , par une double nef construite hâtivement. Le parti d'une double nef au lieu d'une nef accompagnée de deux bas-côté peut s'expliquer par la nécessité d'accueillir une grande quantité de pèlerins..
L’église est classée au titre des monuments historiques par liste de 1862, puis déclassée et classée de nouveau par arrêté du (pour le clocher) et par arrêté du (pour le reste).. La Première Guerre mondiale inflige de lourds dégâts à l'église, surtout au chœur qui doit être reconstruit presque entièrement. Les travaux commencent en 1926 et sont dirigés successivement par les architectes André Collin et Armand Guéritte. Même les éléments de style roman sur le mur méridional sont en fait des reconstitutions. À l'occasion de la reconstruction, la crypte partiellement remplie de gravats est déblayée. L'humidité constante provoquée par la présence de la source entraîne bientôt un effritement des parures. Dès 1948, l'architecte en chef des monuments historiques Jean-Pierre Paquet entame une restauration profonde de la crypte, portant sur le remplacement d'environ de pierres. Les deux premières assises, les plus occidentales des arcades aveugles dans les murs latéraux des vaisseaux et les angles des murs séparant les vaisseaux sont complètement refaits en sous-œuvre. La restauration reste malheureusement inachevée : les colonnettes agrémentant les angles des murs et encadrant les arcatures aveugles et les chapiteaux manquants ne sont pas remplacés ; l'escalier nord n'est pas déblayé ; et la vitrerie n'est jamais refaite..
Description thumb|Façade occidentale. thumb|Vue depuis le nord. Aperçu général
Régulièrement orientée, l'église Saint-Sulpice se compose d'une double nef ; d'un chœur de trois travées, se terminant par un chevet à pans coupés ; de deux collatéraux du chœur de trois travées également, se terminant par un chevet pour partie plat, avec un pan de mur biais aux angles ; d'un clocher-tour se dressant dans l'angle entre la nef de gauche et le collatéral nord du chœur ; d'une tourelle d'escalier ronde dans l'angle entre le clocher et le collatéral nord ; d'un vestige sans doute d'un autre clocher faisant face au premier au sud ; d'une sacristie construite à son emplacement ; et d'une crypte en dessous du chœur.
Cette dernière se compose de trois vaisseaux tout comme le chœur, mais de dimensions plus réduites du fait de l'épaisseur considérable des murs. Ces vaisseaux se terminent chacun par une abside voûtée en cul-de-four, et intercommuniquent seulement par deux arcades se faisant face formant un genre de transept à l'ouest. Il est recouvert par trois voûtes d'arêtes, alors que le reste est voûté en berceau. La crypte n'est accessible que par deux escaliers à l'extrémité ouest des collatéraux, dont seul celui du sud reste praticable. À mi-parcours, cet escalier donne accès à un petit local situé à l'ouest du vaisseau central de la crypte, destiné vraisemblablement à protéger les reliques.
Les trois vaisseaux du chœur sont recouverts par des charpentes en carène renversée. Les deux nefs sont de dimensions presque identiques. La nef du sud (ou de droite en entrant) communique avec le vaisseau central du chœur et le collatéral sud ; la nef du nord (ou de gauche en entrant) communique avec le collatéral sud seulement, et comporte ainsi à l'est un chevet plat à gauche de l'arcade s'ouvrant sur le collatéral, occupé par un retable d'autel. La base du clocher n'est pas intégrée dans l'espace intérieur de l'église.
La subdivision des nefs en travées n'est pas claire : ainsi, l'on compte cinq grandes arcades entre les deux nefs, mais seulement trois contreforts intermédiaires et quatre fenêtres au sud. Au nord, l'on trouve un contrefort supplémentaire, mais l'écart entre le contrefort d'angle nord-ouest et le premier contrefort du mur gouttereau est réduit. Selon le point de vue, le nombre de travées s'établit donc entre quatre et cinq par nef. En tout cas, les fausses voûtes en berceau en plâtre sont continues et sans rupture sur toute la longueur des nefs. Aucune travée de l'église haute n'est voûtée. Chaque nef possède un portail occidental, et la nef de gauche possède en plus un portail septentrional à peu près en son milieu..
Extérieur thumb|upright|Partie supérieure du clocher. thumb|upright|Portail nord.