Le RMS Lusitania est un paquebot transatlantique britannique armé par la compagnie Cunard et lancé le . Son nom vient de celui de la province romaine de Lusitanie, au sud-ouest de la péninsule ibérique, l'actuel Portugal. Il s'agit du navire-jumeau (sistership) du paquebot Mauretania.
Son torpillage par le sous-marin allemand U-20, pendant la Première Guerre mondiale, le , au large de l'Irlande (près du phare de Old Head of Kinsale), causa la mort de près de sur et membres d’équipage, alors que le navire transportait un chargement de munitions et divers passagers.
Ce torpillage, qui causa la mort de de nationalité américaine, joua un rôle important dans l'hostilité de plus en plus forte des États-Unis envers l'Allemagne, jusqu'à leur implication dans la Première Guerre mondiale à partir du .
Carrière gauche|vignette|262x262px|La grande salle à manger du navire. Le Lusitania est construit en deux ans et lancé le à Clydebank, en Écosse. Il quitte Liverpool le pour son voyage inaugural. Il est équipé des technologies les plus modernes de l'époque, grâce à d'importants prêts du gouvernement britannique. Ces prêts ont été consentis, comme c'est la coutume depuis une centaine d'années, de manière indirecte par l'Amirauté. En contrepartie, l'Amirauté a le droit de réquisitionner les navires des compagnies en tant que transports de troupes ou de navires auxiliaires. Pour le Lusitania, cela manque de tourner au fiasco lorsque le financier américain J.P. Morgan tente de s'associer à la Cunard. Le Premier ministre Lord Salisbury doit intervenir après qu'une visite du secrétaire d'État à la Guerre Hugh Oakeley Arnold-Forster aux bases navales de Kiel et Wilhelmshaven a mis en évidence l'intention belligérante des Allemands. Le Lusitania entre en cale sèche au Canada Dock de Liverpool le pour renforcer sa coque par un blindage et mettre en place des tourelles destinées à recevoir à tir rapide de , qui ne furent finalement installés qu'en National Maritime Museum, Greenwich, Box 556,1359-62..
À l'époque, ce navire et son sistership sont les plus longs, les plus puissants et les plus rapides au monde. Dès , le Lusitania obtient le Ruban bleu, en battant le précédent record du paquebot allemand Kaiser Wilhelm II et en mettant fin à dix ans de domination allemande. Avec de vitesse moyenne et des pointes à () pour une poussée de (), ces paquebots sont conçus pour surpasser le Kronprinz Wilhelm et le Kaiser Wilhelm II, mais au prix d'une énorme consommation de combustible.
Avec l'arrivée du Mauretania en , le Lusitania et le Mauretania sont alternativement détenteurs du Ruban bleu. En , le Lusitania le perd définitivement au profit du Mauretania, qui conservera le record pendant vingt ans.
Au début de la Première Guerre mondiale, en , le Lusitania, le Mauretania et l’Aquitania sont réquisitionnés par la Royal Navy comme croiseurs auxiliaires. Le Mauretania et l’Aquitania auraient reçu des ordres officiels, mais le Lusitania peut continuer ses traversées transatlantiques de passagers pour la Cunard Line, peut-être en raison de sa consommation de combustible. Pour des raisons économiques, le nombre de voyages transatlantiques est réduit à un par mois et la vitesse maximale limitée à ; quatre de ses seize chaudières sont mises bas les feuxFranck Ferrand, « Le Torpillage du Lusitania », émission Au cœur de l'histoire sur Europe 1, , en ligne - Sont cités à bord et ..
Naufrage
Déroulement vignette|Naufrage du Lusitania..
Le Lusitania est coulé le à près du Fastnet, à environ de la côte, au large de la pointe sud de l'Irlande (Old Head of Kinsale), par le sous-marin allemand U-20. Le Lusitania est commandé par le capitaine William Thomas Turner, âgé de , officier expérimenté qui effectuait là son . Il connaît les dangers de la traversée et en tient les passagers informés. Parti de New York le à destination de Liverpool, après une escale d'une semaine (il était arrivé à New York le ), il aurait dû être protégé par le croiseur britannique HMS Juno (1895), qui semblerait avoir été retiré de cette zone deux jours plus tôt, par l'amiral Fisher et Winston Churchill lui-même, alors Premier lord de l'AmirautéThèse complotiste rejetée par Gérard Piouffre, En ligne..
Le Lusitania est touché par tribord alors qu'il faisait route à la vitesse relativement réduite de cap sur le port de Queenstown (actuel Cobh), à de là sur la côte sud d'Irlande. Cette zone vient d'être déclarée « zone de guerre » par les Allemands et le capitaine a été informé de la présence d'un sous-marin allemand par les autorités britanniques.
Selon les témoignages de survivants (dont le Français Joseph MarichalJoseph Philibert Marichal est mort au champ d'honneur le 12 août 1916., qui intenta un procès à la Cunard), la première explosion à l'impact de la torpille fut suivie d'une seconde beaucoup plus violente. Elle fut officiellement attribuée à l'explosion d'une chaudière, mais suscita rapidement de nombreuses interrogations. Ce navire solide et ultramoderne coula anormalement vite et par l'avant, alors qu'il disposait de compartiments étanches dont le capitaine avait fait fermer les portes après avoir reçu un avis de la Royale annonçant qu'un sous-marin allemand croisait dans les parages (il avait aussi fait préparer les canots de sauvetage). Le paquebot sombra en , ne permettant qu'à six canots sur vingt-deux d'être mis à l'eau. Les notes du commandant du sous-marin allemand, le Kapitänleutnant Walther Schwieger, qui venait la veille et l'avant-veille de couler trois cargos dans ce secteur, indiquent qu'il tire sa torpille à () de distance à et que l'impact est suivi d'une « détonation exceptionnellement importante », avec un grand nuage de fumée et « des débris projetés jusqu'au-dessus des cheminées ». Une deuxième explosion est entendue (« chaudière, charbon ou poudre ? » s'interrogea-t-il). Des notes plus tardives de cet officier précisent que le sous-marin avait déjà tiré ses meilleures torpilles et qu'il ne lui restait que deux (ou trois ?) torpilles moins puissantes.
L'épave repose par de profondeur dans une zone brassée par de forts courants.
Sa position précise () semble être restée inconnue ou oubliée durant vingt ans, jusqu'en 1935, lorsqu'un jeune lieutenant survivant du Lusitania, Albert Bestic (alias Bisset)., rapporta de chez le commandant Turner, qui finissait ses jours à Crosby, près de Liverpool, un fragment de carte déchiré sur lequel il avait griffonné la position au moment du torpillage. La même année, une équipe menée par l'Anglais James Jarrat localisa l'épave avec l'aide d'un navire équipé d'ASDIC. Jarrat et son équipe furent les premiers à explorer l'épave du paquebot.
Victimes et témoignages vignette|Des victimes et des survivants du naufrage dans le port de Queenstown. vignette|Mémorial de Kinsale. Sur un total de , il y eut, selon les sources.. quelque du naufrage dont .. 128 des victimes étaient de nationalité américaine, parmi lesquelles le millionnaire Alfred G. Vanderbilt, l'artiste Elbert Green Hubbard, l'ingénieur Frederick Stark Pearson et l'impresario Charles Frohman. On compte irlandaises, dont le marchand d'art Hugh Percy Lane. S'y trouvent encore des ressortissants belgesDont Marie Depage., français, grecs, hollandais, italiens, mexicains, russes et scandinaves.
Les mêmes sources dénombrent entre rescapés.
De nombreux récits de survivants et de leurs descendants ont été recueillis, ainsi que la liste complète des patronymes. Des vêtements et une bouée de sauvetage d’un survivant sont exposés au Galata - Museo del mare à Gênes.
L'ultime survivante, , Pearl de son nom de jeune fille, âgée de et lors du naufrage, est morte le à l'âge de .
Contrebande suspectée Compte tenu du contexte de guerre, le Lusitania a le statut d'un « croiseur auxiliaire » de réserveHarry E. Barnes, The Genesis of the War, New York, Alfred Knopf, 1926, .Les cheminées noires sont la marque de ce statut de dépendance à l'Amirauté..
Au moment de l'attaque, il transporte vraisemblablement (l'Amirauté britannique n'ayant admis la présence de munitions à bord qu'en 1972) d'obus, de chacune, de munitions d'armes de poingHoward Zin, université de Boston, in Le Siècle américain, éd. Agone. et d'obus shrapnel et cartouches .
Pour d'autres, ce sont de cartouches de fusils, d'obus d'artillerie et de fusées. Certains croient à la présence de beaucoup plus de munitions dans les cales et une rumeur évoque des lingots d'or.
D'autres auteurs encore évoquent la présence d'explosifs cachés dans un pseudo lot de de fourrures destinées à la société de Liverpool de B.F. Babcock et Co. Babcock ne s'étant jamais occupé de fourrure, la société a précédemment reçu plusieurs livraisons de « coton-poudre », puissant explosif à base de nitrate de cellulose (notamment du coton). Parmi les marchandises embarquées, figurent de fromage » de chacune destinées à une boîte postale de Liverpool, qui s'est avérée appartenir au superintendant du Naval Experimental Establishment de Shoeburyness.
Ce sont d'obus shrapnel (three-inch bullet shells), six millions de balles de fusil (calibre .303) et une quantité indéterminée de coton-poudre et de munitions pour armes de poing que le HMS Princess Margaret n'avait pu embarquer en raison de problèmes techniques .
Conséquences politiques de l'agression vignette|Publicité pour une brassière.
Le paquebot britannique est aussitôt présenté par la presse américaine comme « neutre » et victime de la barbarie allemande. En France, l'information est diffusée par la revue L'Illustration du et par le Figaro du . Des questions, insolubles ou insidieuses, surgissent. On va jusqu'à suspecter l'Amirauté britannique de négligences calculées pour forcer l'entrée en guerre des États-Unis. Des conférences, des affiches incitant à la guerre sont diffusées dans tous les États-Unis, appelant souvent à venger le Lusitania. Les Allemands, inquiets de la perspective d'une entrée en guerre rapide des États-Unis, se justifient en prétendant que le navire transportait des armes, ce que les Britanniques nièrent immédiatement et farouchement (en 1972, les archives montrent que le Lusitania convoyait effectivement un chargement secret de munitions et qu'il était armé de ).
Cette attaque, dont les circonstances ne sont pas clairement établies, contribue à faire basculer l'opinion américaine en faveur de la guerre.
À la suite du naufrage, le président des États-Unis, Woodrow Wilson, menace l'Allemagne et exige réparation. Inquiet de l'irruption des États-Unis dans la guerre, Berlin décide (le ) de suspendre provisoirement ou de fortement restreindre son offensive sous-marine. Mais rien n'y fait : auparavant hostile à la guerre, l'opinion publique américaine évolue peu à peu en faveur d'un engagement aux côtés de la Triple-Entente (Empire britannique, Empire russe et Empire français), contre les Empires centraux de la Triple-Alliance (Empire allemand, Empire d'Autriche-Hongrie et Empire ottoman).
La décision allemande de de déclencher — malgré les négociations en cours — un blocus de fait des États-Unis en décrétant la guerre sous-marine totale contre tous les navires, même neutres, qui commerceraient avec les nations alliées, avait déjà durement ébranlé l'opinion publique américaine. C'est un télégramme secret du (intercepté par la Marine britannique et transmis au président américain), que le secrétaire d'État allemand aux Affaires étrangères, Arthur Zimmermann, adresse à son homologue mexicain, qui a vraiment justifié le vote du Congrès américain favorable à l'entrée en guerre, le . En effet, dans celui-ci, Zimmerman annonce à son interlocuteur la reprise de la guerre sous-marine et propose également une alliance entre Allemagne et Mexique, avec à la clé, en cas de victoire allemande, l'annexion du Sud des États-Unis (autrefois territoires mexicains)..
Suites judiciaires