La direction des études et fabrications d'armement (DEFA) était l'institution française responsable de la recherche scientifique et de la production d'armements terrestres. Elle fut fondée le sous le nom de direction des fabrications d'armement (DFA)Journal officiel de la République française. Lois et décrets, "Décret du 29 avril 1933 sur les attributions de la direction des fabrications d'armement", 30 avril 1933. . et rattachée au ministère de la Guerre (ou de la Défense nationale selon l'époque).
Histoire L'expérience de la Première Guerre mondiale a montré quelle part l'armement prenait dans les conflits modernesIdem (le début du décret l'explique bien).. Le matériel devenait de plus en plus important dans le déroulement des opérations militaires. La difficile mobilisation économique quasi totale de la France a rendu nécessaire la création d'un service qui aurait pour tâche d'organiser toute la production française d'armement terrestre, c'est-à-dire de l'Armée de terre. C'est ainsi qu'en 1933, le ministère regroupe différents services en un seul : la direction des fabrications d'armement (DFA). La DEFA prend la suite après 1945Journal officiel de la République française. Lois et décrets., "Arrêté du 27 juin 1946 sur l'organisation de la Direction des études et fabrications d'armement", 12 juillet 1946. . Son siège est établi à la caserne Sully à Saint-Cloud.
La DFA est intégrée au ministère de l'Armement en 1939 avec l'entrée en guerre de la France contre l'Allemagne mais est supprimée par la loi du par Vichy. Il faudra attendre la Libération et la loi du qui abroge celle du et crée la direction des études et fabrications d'armementService Historique de la Défense, GR 9R 101, Rapport de la Direction des Études et Fabrications d'Armement pour la commission interministérielle pour l'étude de la réforme des établissements d'armement, juillet 1949, .
La DEFA nouvellement instituée doit faire face à plusieurs problèmes qui suivent la Libération et la fin de la guerre. Premièrement, elle doit, selon les volontés du général de Gaulle, être la plus indépendante possible vis-à-vis des Alliés en matière de matériel, relancer ses usines de fabrication d'armementVernet, J., "Comment réarmer les Français ? 1943-1946" dans La France face aux problèmes d'armement 1945-1950, Éditions Complexe, 1996. . Tâche d'autant plus difficile que ces ateliers sont pour beaucoup soit en partie détruits par les bombardements alliés, soit pillés par l'occupantS.H.D., GR 1Q 26, Rapport général sur les Établissements de fabrication d'armement du 18 juillet 1947.. De plus, l'approvisionnement en matières premières, nécessaires pour produire, est compliqué. Il faut en effet importer l'acier, le fer, qui permettront de créer les armes qui équiperont l'armée française. Le bilan est donc moyen et le matériel qui est produit est surtout constitué d'armes légères telles que les fusils et les munitions. La direction a aussi été tentée de produire des matériels nouveaux. Mais face à l'état de ses installations, au manque de personnel et surtout au manque de connaissances modernes, elle ne produira que des matériels, certes neufs, mais déjà dépassés dont l'ARL 44 est le symbole Vernet, J., ..
La nécessité de la recherche scientifique
La victoire alliée étant acquise, ordre est donné à la DEFA de s'atteler à rattraper le retard technique de la France en matière d'armement. C'est pendant la guerre que l'armement a fait un bond considérable tant au niveau technique que des doctrines d'emploi des armes. C'est en partie pourquoi le ministère de l'armement a jugé sans doute nécessaire le rajout du mot "études" à la dénomination ancienne de Direction des fabrications d'armement. La recherche scientifique devient de plus en plus nécessaire au regard des progrès accomplis par les armes pendant la Seconde Guerre mondiale. Ainsi est lancé le site de Vernon qui devra s'occuper de la mise au point des missiles et des fusées dans lequel travaillent après la guerre environ 150 scientifiques et techniciens allemandsS.H.D., GR 9R 101, , .. À cela s'ajoute une réorganisation des études qui s'articulera selon trois pôles : le laboratoire central de l'Armement (LCA), les laboratoires d'études situés dans chaque atelier et les laboratoires d'expériences techniquesIbid. .. Cette forme décentralisée permet de lancer plusieurs types d'études en alliant les ingénieurs d'études avec les ingénieurs de la production et les militaires. L'un des laboratoires les plus productifs est celui situé dans l'atelier d'Issy-les-Moulineaux et est spécialisé dans la mise au point de prototypes et de pré-série d'engins blindés. C'est de cet atelier que sortirent les différents chars AMX 13, les prototypes divers tels que l'AMX 50. Cette nécessité scientifique va perdurer de la fin des années 1940 au début des années 1950 et sera peu à peu mise de côté face aux défis des guerres coloniales.
Les guerres coloniales Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France dut faire face à des soulèvements d'abord localisés comme à Sétif et Madagascar puis à de véritables conflits en Indochine et en Algérie. Ces nouvelles guerres ont retardé la recherche scientifique française en armementDoïse, J., Vaïsse, M., Diplomatie et outil militaire. Politique étrangère de la France 1871-2015, éditions du Seuil, Paris, 2015.. Avec la reconstruction, la France n'avait, en effet, pas les moyens de se lancer dans de nombreuses recherches et parallèlement de mener des guerres très coûteuses. L'armée de métropole, qui devait au départ recevoir la majorité des crédits du budget de la défense nationale, a été mise un peu de côté au profit d'abord du corps expéditionnaire français en Extrême-Orient et ensuite des troupes combattant le FLN en Algérie. La majeure partie de la production militaire des usines de la DEFA était consacrée à l'armement et à l'approvisionnement des unités combattantes. Des armes comme le MAS 49, le MAC 24 ou encore le MAT 49 deviendront des icônes de ces guerres car légères, pratiques et donc adaptées au format des guerres contre-insurrectionnelles.
Cependant, les recherches ne sont toutefois pas mises de côté et la France mettra au point des matériels nouveaux comme le LRAC de 73 mm Modèle 1950, les missiles SS.10 et SS.11 ou encore le char AMX-13.
Liste des établissements de la DEFA en 1947 ÉtablissementÉtablissement d'études ou de fabricationType de productionA.B.S. (Ateliers de construction de Bourges)FabricationArtillerieA.C.F. (Ateliers de chargement de Clermont-Ferrand)FabricationChargement de munitionsA.C.N. (Ateliers de fabrication de Caen)FabricationMunitions de mortierA.H.E. (Ateliers de construction du Havre)Fabrication (ferme en 1961)ArtillerieA.I.Y. (Ateliers de construction d'Irigny)FabricationMunitions d'infanterieA.L.M.( Ateliers de fabrication du Mans)FabricationMunitions d'infanterieA.L.N. (Atelier de construction de Lyon)Fabrication (ferme en 1961)Munitions d'artillerie / Véhicules blindésA.M.S. (Atelier de construction de Moulins)FabricationChargement de munitionsA.M.X. (Ateliers de construction d'Issy-les-Moulineaux)Fabrication et étudesVéhicules blindésA.P.X. (Atelier de construction de Puteaux)Fabrication et étudesArtillerieA.R.E. (Atelier de construction de Roanne)FabricationMunitions d'infanterie / Véhicules blindésA.R.L. (Atelier de construction de Rueil)FabricationVéhicules blindésA.R.S. (Atelier de construction de Rennes)FabricationDouillesA.S.F. (Atelier de construction de Saint-Florentin)FabricationMunitions d'artillerieA.S.S. (Atelier de chargement de Salbris)FabricationMunitions d'artillerieA.S.T. (Atelier de fabrication de Saint-Priest)FabricationAccessoiresA.T.E. (Atelier de fabrication de Toulouse)FabricationMunitions d'infanterieA.T.S. (Atelier de construction de Tarbes)FabricationArtillerie / Munitions d'artillerie / Munitions d'infanterie / PyrotechnieA.V.E. (Cartoucherie de Valence)FabricationMunitions d'infanterieA.V.S. (Atelier de fabrication de Vincennes)FabricationRéparation de véhiculesE.C.P. (École centrale de pyrotechnie de Bourges)Études PyrotechnieE.T.B.S. (Établissement technique de Bourges)ÉtudesBalistiqueL.C.A. (Laboratoire central de l'Armement)LCA sur data.bnf.fr. - ArcueilÉtudesÉtudes généralesM.A.C. (Manufacture d'armes de Châtellerault)Fabrication et étudesArmement d'infanterie ; Véhicules automobilesM.A.S. (Manufacture d'armes de Saint-Étienne)Fabrication et étudesArmement d'infanterieM.A.T. (Manufacture d'armes de Tulle)Fabrication et étudesArmement d'infanterieM.L.S. Manufacture nationale d'armes de LevalloisFabricationArmement d'infanterie
Voir aussi
Articles connexes Direction générale de l'Armement Histoire militaire de la France Histoire de l'Armée de terre française Complexe militaro-industriel français Quatrième République (France)
Références externes
Les origines de la Direction générale pour l'armement, département ad hoc du CHEAr.
Décret de délégation de signature de 1964 en ligne sur Légifrance.
Bibliographie
Claude Carré, Histoire du ministère de la Défense et des départements ministériels militaires, Lauvauzelle, Le Prouet, 2001. Cosnard, T., La reconstruction d'une industrie française d'armement. Le cas de la Direction des études et fabrications d'armement, 2019.
.
.
.
.
.
.
Notes et références
Catégorie:Histoire militaire de la France Catégorie:Organisme fondé en 1933 Catégorie:Organisme disparu en 1961