William Prynne (1600 – ) est un juriste, une figure politique, un auteur et un polémiste anglais.

Il est un puritain, célèbre pour son opposition à la politique ecclésiale de l'Archevêque de Cantorbéry, William Laud. Bien que proche des presbytériens, il est connu dans les années 1640 comme un érastien, favorable à un contrôle total par l'État des affaires religieuses. Il est un écrivain prolifique, publiant plus de 200 livres et pamphlets.

Enfance

Il naît à Swainswick, près de Bath, et fait ses études à l'école de Bath, puis à l'Oriel College de l'Université d'Oxford. Il reçoit son B.A. le , est admis la même année à Lincoln's Inn, et s'inscrit au barreau en 1628Foster, Alumni Oxon. 1500-1714, iii. 1217 R. E. M. Peach, History of Swanswick, 1890, pp. 36, 48. Selon Anthony Wood, l'influence de John Preston, qui enseigne alors à Lincoln's InnAthenæ, iii. 845, confirme son militantisme puritain. En 1627, il publie son premier livre, un traité de théologie intitulé The Perpetuity of a Regenerate Man's Estate, suivi les trois années suivantes par trois autres ouvrages attaquant l'arminianisme et ceux qui l'enseignent. Dans la préface de l'un d'entre eux, il en appelle au Parlement pour que soit supprimé tous les écrits contraires à la doctrine calviniste, et que le clergé soit forcé d'adhérer à la conclusion du synode de DordrechtSamuel Rawson Gardiner, History of the Great Civil War, 1642-1649, ii., 14. Au même moment, Prynne prend en main la tâche de réformer les mœurs de l'époque, attaquant les modes et les sottises comme si elles étaient des vices. Après avoir prouvé que la coutume de boire à la santé de quelqu'un est un péchéPamphlet Health's Sickness de Prynne, il affirme que le port de cheveux longs pour les hommes est « inconvenant et contraire à la loi pour les chrétiens », tandis que les couper courts pour les femmes est « contre nature, impudent et non chrétien »Tract The Unloveliness of Lovelocks de Prynne, 1628.

Publication du Histriomastix

Vers 1624, Prynne commence un livre contre le théâtre. Le , il obtient l'autorisation de l'imprimer, et vers , il le publie. Intitulé The Histriomastix, c'est un ouvrage de plus de mille pages, montrant que les pièces de théâtre sont contraires à la loi, car elles encouragent l'immoralité, et qu'elles sont condamnées par les Écritures, les Pères de l'Église, les écrivains chrétiens modernes et les plus sages des philosophes païensVoir Adolphus William Ward, History of English Dramatic Literature, ii, 413. Malheureusement pour l'auteur, la reine et ses suivantes prennent part au spectacle de The Shepheard's Paradise, comédie pastorale de Walter Montagu, en . Or un passage du livre, qui réfléchit sur le personnage de l'actrice en général, est interprété comme un dénigrement de la reine, Henriette Marie de France. De la même manière, des passages, qui attaquent les spectateurs de pièces et les magistrats qui négligent de supprimer ces spectacles, faisant des références à Néron et à d'autres tyrans, sont considérés comme des attaques contre le roi, Charles Ier. L'attorney général, William Noy, engage des poursuites contre Prynne à la Chambre étoilée. Après un an d'emprisonnement à la Tour de Londres, du au , Prynne est condamné à la prison à vie, à une amende de , à être renvoyé de Lincoln's Inns, à être déchu de son titre universitaire, et à perdre ses deux oreilles au piloriJohn Rushworth, ii. 220, 247Thomas Bayly Howell, State Trials, iii. 586William Laud, Works, vi. i. 234 .

Prynne est placé au pilori le 7 et le . Le , il adresse à William Laud, archevêque de Cantorbéry, qu'il considère comme son principal accusateur, une lettre l'accusant d'illégalité et d'injustice. Laud transmet ce courrier à l'attorney général en tant que matière à un autre procès, mais lorsqu'on demande à Prynne de reconnaître son écriture, il parvient à se saisir de la lettre et à la déchirer en morceauxDocuments concernant William Prynne, p. 32-57William Laud, Works, iii. 221Samuel Rawson Gardiner, History of the Great Civil War, 1642-1649, vii. 327-334.

Même enfermé dans la Tour de Londres, Prynne réussit toujours à écrire et répand des tracts anonymes contre l'épiscopat et contre le « Livre des Sports », déclaration de Jacques Ier publiée en 1617, listant tous les sports et les activités de détente autorisés le dimanche pendant le Sabbat. Dans un de ces tracts, A Divine Tragedy lately acted, or a Collection of sundry memorable Examples of God's Judgment upon Sabbath-breakers, il présente la récente mort de Noy comme un avertissement divin. En 1635, dans un appendice à un traité de John Bastwick, Flagellum Pontificis et dans un tract intitulé A Breviate of the Bishops' intolerable Usurpations, il attaque les prélats en général. Une attaque anonyme contre Matthew Wren, évêque de NorwichNews from Ipswich (1636), le ramène devant la Chambre étoilée. Le , il est condamné une fois de plus à une amende de , à un emprisonnement à vie et à la perte du reste de ses oreilles. Sur une suggestion du Juge en chef, John Finch, il est aussi condamné à avoir les joues marquées au fer rouge avec les lettres S. L., signifiant « calomniateur séditieux » (seditious libeller)John Rushworth, iii. 380A New Discovery of the Prelates' Tyranny, 1641William Laud, Works, vi. i. 35.

Prynne est placé au pilori le en compagnie d'Henry Burton et de John Bastwick. Tous les trois subissent leur châtiment avec un courage provoquant. Prynne, qui est traité avec barbarie par le bourreau, qui tranche largement ses moignons d'oreilles en entamant ses joues, et le marquant avec un fer chauffé à blanc, écrit dès son retour en prison un couple de vers latins expliquant que S. L. signifie « Stigmata Laudis » (signifiant à la fois « marques de louange » et « marques de Laud ») ib. p. 65A Brief Relation of certain Passages at the Censure of Dr. Bastwick, Mr. Burton, and Mr. Prynne, Harleian Miscellany, iv. 12. Son emprisonnement devient par conséquent plus rigoureux. Il est privé de plumes et d'encre, ainsi que de livres, excepté la Bible, le Livre de la prière commune et de quelques traités orthodoxes de théologie. Pour l'isoler de ses amis, il est incarcéré tout d'abord au château de Caernarfon en , puis au château de Mont-Orgueil sur l'île de Jersey. Le gouverneur, Sir Philip Carteret, et sa famille traitent Prynne avec beaucoup de gentillesse. Il lui montrera sa reconnaissance en le défendant en 1645, quand Carteret sera accusé de malfaisance et de tyrannieThe Liar Confounded, 1645, pp. 33- 45.

Ne pouvant plus débattre de théologie, il s'occupe en écrivant une description en vers de sa prison, des méditations sur les rochers, la mer et les jardins, une complainte de l'âme contre le corps, et des épigrammes polémiques contre la papauté. Les rimes sont la seule caractéristique poétique que possèdent ces écritsMount Orgueil, or Divine and Profitable Meditations, 164A Pleasant Purge for a Roman Catholic, 1642.

Libération

Dès que le Long Parlement s'assemble en 1640, Prynne lui adresse une pétition pour réparation par l'intermédiaire de son valet, John Brown. Un ordre est immédiatement transmis à Londres, et le , Prynne et Burton font une entrée triomphale dans la CitéRobert Baillie, Letters, i. 277Clarendon, The History of the Rebellion and Civil Wars in England, iii. 57. Le , la Chambre des communes déclare que les deux condamnations contre lui sont illégales, le rétablit dans son titre universitaire et son appartenance à Lincoln's Inn, et lui vote une réparation pécuniaireCommons' Journal, ii. 24, 123, 366John Rushworth, iv. 74. Un projet de loi pour inverser les procédures engagées contre lui est présenté, mais en , le règlement de sa compensation financière n'est toujours pas effectuée Commons' Journal ii. 366; vi. 65.

Quand la guerre civile éclate, Prynne devient un des principaux défenseurs de la cause parlementaire dans la presse. Il profite tout d'abord de sa liberté pour engager des attaques contre l'épiscopatThe Antipathy of the English Lordly Prelacy both to Regal Monarchy and Civil UnityA New Discovery of the Prelates Tyranny, 1641. Il montre alors que les évêques et les ministres du roi étaient de connivence pour introduire le papismeThe Popish Royal FavouriteRome's Masterpiece, 1643cf. Works de Laud, iv. 463. Il établit en prenant des exemples dans l'histoire que la cause du Parlement est légale, que le Parlement a le contrôle suprême des armées et du grand sceau du royaume, et que le texte « Ne touchez point à mes Oints » (Psaume 105:15) n'empêche pas les sujets chrétiens de se défendre contre leurs rois, mais interdit par contre aux rois d'oppresser leurs sujets chrétiensA Sovereign AntidoteVindication of Psalm 105, ver. 15, 1642The Sovereign Power of Parliaments and KingdomsThe Opening of the Great Seal of England, 1643.

En 1643, Prynne se trouve mêlé à la controverse qui suit la reddition de Bristol par Nathaniel Fiennes. Avec son allié Clement Walker, il présente des articles d'accusation contre Fiennes à la Chambre des communes le . Il dirige l'accusation devant la cour martiale, qui siège en décembre suivant, et obtient la condamnation de l'officier incriminéTrue and Full Relation of the Trial of Nathaniel Fiennes, 1644.. Prynne fait également partie du conseil pour le Parlement lors du procès de Connor Maguire, d'Enniskillen en The Subjection of all Traitors, &c. 1658.

Puis Prynne engage des poursuites contre Laud avec bien plus d'animosité que dans le cas de Fiennes. Il rassemble et classe les preuves contre lui, apporte lui-même des témoignages, recherche des témoins à charge, et assiste de multiples façons le conseil pour l'accusation. Un avocat remarque : William Laud, Works, iv. 51. Par un raffinement de malice, Prynne est spécialement chargé de perquisitionner la chambre de Laud à la Tour de Londres, recherchant jusque dans ses poches des papiers qui pourraient être utilisés contre lui ib. iv. 25. Il publie une édition partielle du journal de Laud, l'intitulant Un abrégé de la vie de William Laud, et un volume destiné à servir d'introduction à son procès intitulé Hidden Works of Darkness brought to Public Light (« Sombres travaux cachés exposés à la lumière publique ») ib. Iii. 259.

Après l'exécution de Laud, Prynne est chargé le par la Chambre des communes de faire le compte rendu du procès, et il publie Canterburies Doom, or the first part of a complete History of the Commitment, Trial, &c., of William Laud. Mais d'autres controverses l'empêchent de finir le livre.

Restauration

En 1660, la Chambre le charge de la tâche plaisante d'effacer les votes contre les membres exclus, et de présenter un projet de loi pour la dissolution du Long ParlementCommons' Journals, vii. 847, 848, 852. Lors du débat sur ce projet, Prynne défend avec la plus grande audace le droit de Charles II, et prétend que les ordonnances doivent être publiées en son nom. écrit un royaliste enthousiasteThomas Carte, Original Letters, ii. 312Clarendon, State Papers, iii. 696. Il aide aussi au retour de la Restauration en accélérant l'adoption du « Militia Bill », qui place le contrôle des forces armées dans les mains des amis du roiEdmund Ludlow, Memoirs, ed. 1894, ii. 248. Une lettre qu'il adresse au roi Charles II montre qu'il a été personnellement remercié par celui-ci pour ses services Notes and Queries, 8th ser. Viii. 361.