Pétronille de Chemillé est une noble angevine, née de Craon, à la fin du , morte en 1149, et connue surtout pour son engagement religieux : après son second et précoce veuvage, elle accepte la tâche d'être la première abbesse de Fontevraud.

Jeunesse et mariages On ne sait pas grand-chose de sa jeunesse.

Sa mère, Tesceline, est apparentée à un des lignages de Rochefort-sur-Loire: « concessores etiam similiter fuerunt : Rolandus de Credone qui de sorore Clarembaudi primogenita natus fuerat, et Bucardus filius ejus ». Les donateurs furent également : Roland de Craon, né du côté de la première fille de Clarembaud, et son fils Buchard.

Il en résulte que si Roland de Craon est bien le frère de Pétronille, Tesceline, leur mère, serait la sœur ainée de Clarembaud de Rochefort, le père d'Adam.

Une bulle de confirme en outre que Pétronille était bien parente d'Adam : « terram quant Adam habebat ad pignonariam ab Achoio usque Andegavum, dono ipsius Adam, cum charitate dédit Petronilla Abbatissa, consanguinea ejus ». La terre que possédait Adam en hypothèque depuis Achoio jusqu'à Angers, Adam lui-même, avec bienveillance, la donna à Petronille, Abbesse, sa parente.. Son père s’appelait Burcard ou BuchardBouchard de Craon : Il n'est pas un fils de Robert le Bourguignon, et son nom n'apparaît pas parmi les fils de Robert connus par les chartes. Bouchard est un chevalier implanté dans la seigneurie de Craon, c'est-à-dire un vassal du seigneur de Craon. ( de Craon).Menage par ailleurs cite un don de Maurice de Craon à Fontevraud de 1115, à l'occasion de l'entrée dans les ordres de Pétronille (elle n'est pas encore Abbesse) qui indique bien l'appartenance à Craon (Credonensis) : "Rolando credonensi cum filio suo Bucardo, Gaufrido de Rota, Hersendi atque Petronilla". Pétronille avait un frère, Roland de CraonMartyrologe du prieuré de Fontaine : « Cal. Martii obiit Buchardus, pater Petronillæ abbatissæ ; Cal. Sept obiit Tescelina, mater Domina Petronilla abbatissa ; Nonas septembris Rolandus, miles, frater domina Petronilla », et une sœur Agnès.

De la bouche même de la première abbesse(De Bourgueil, Baudry {Abbé de Dols} [] La Vie du Bienheureux Robert d'Arbrissel (1120-1125), Microfilm , Archives Nationales (Fond Latin)) : Préciser le folio elle cite son père Bucard et sa mère Texeline, ainsi que son oncle, qu’elle ne nomme pas, mais dit de lui qu’il est le fondateur de l’Abbaye de la RoëRobert de Nevers et de Craon (Alias Robert le Bourguignon ou encore Robert l'Allobroge, est le fondateur de l’Abbaye de la Roë, et elle en est donc bien la nièce par alliance : elle ne ment pas, mais enjolive les faits, car il n’y a pas de lien directe de sang mais uniquement un lien par mariage. (en Mayenne Angevine en 1650, Basse-Mayenne avant 1124)

Elle serait née vers 1059, ce qui est logique car le décret du pape , défendait de nommer des abbesses n'ayant pas atteint l'âge de soixante ans, en fait Robert d'Arbrissel a un peu triché sur l'âge car Pétronille n'avait que quand elle fut nommée Abbesse... la légende selon laquelle elle était jeune tient sans doute au fait qu'elle paraissait plus jeune que son âge, ou plus vraisemblablement que c'était une "jeune" veuve (veuve récente).

Beaudry de Bourgueil, (coauteur avec Pétronille de "La Vie du bienheureux Robert d'ArbrisselLa Vie du bienheureux Robert d'Arbrissel, fondateur de l'ordre de Fontevraud (par Baldéric, traduite par Sébastien Ganot).") qui la connaissait avant qu'elle ne devînt Abbesse, dira d'elle qu'elle avait été deux fois veuve, et qu'elle avait eu deux enfants (un par mariage).

Elle est réputée pour sa beauté et son intelligence.

L’ancien prieur, Jean Lardier, auteur du « martyrologe de Font-Evrault » (1650)Jean LARDIER, Ancien Prieur de Saint Jean de l’Habit, auteur du « martyrologe de Font-Evrault » (1650) ; Bibl. Château-Gontier, ms. 12. Seul subsiste le 3 e volume. Ce document a été microfilmé par les Archives départementales du Maine-et-Loire (Mi 87). commet plusieurs grossières erreurs, qui furent reprises (mot pour mot) par le « Gallia Christiania » et le livre des Obits de Fontaine, sans vérification, entrainant une erreur en cascade, la plupart des écrits et auteurs (historiens et autres) se basant sur les dires de ces ouvrages.

On sait, par ailleurs, que les religieuses de Fontevraud pouvaient porter le nom de leur famille d'origine (nom de jeune fille) quand elles rentraient au couventPicard, Louis-Auguste (1854-1935) - L'Ordre de Fontevrault de 1115 à 1207.Ce n'est pas forcément le cas car Hersende de Champagne, veuve de Guillaume de Montsoreau, n'est appelée ni "de Champagne" ni "de Montsoreau" dans le grand cartulaire de Fontevraud.. Chemillé n'est donc peut-être pas le nom du quelconque mari, mais celui d'origine de Pétronille. Or, on la sait être issue d'un lignage chevaleresque vassal des seigneurs de Craon. Il est donc difficile de déterminer de quel "Chemillé" il peut s'agir.

Beaudry de Bourgueil donne une information intéressante dans le livre du Bienheureux Roger d'Arbrissel : Il écrit qu'en 1113, à la suite de la fondation d'Orsan, Robert d’Arbrissel fut amené à résoudre un différend avec les religieux de Déols, il se fit accompagner d'Allard (alias Adélard), de Guillebaud (seigneur de Châteaumeillant, de la Rocheguillebaut...) et de Pétronille, qu'il attendit à Orsan avant d'aller, en leur compagnie, à l'Abbaye de DéolsMémoire de la société des Antiquaires du Centre, 1901 , page 66 à 70.. Ils y retrouvèrent Léodegaire (Léger) et l’Abbé Jean, qui du coup se montra conciliantArchives de l'Indre, fonds d'Orsan : 1° Acte par lequel l'abbé Jean et les religieux de Déols se désistent en faveur de l'abbaye de Fontevrault des prétentions qu'ils élevaient sur l'église de Maizons (Maisonnais). Ils abandonnent au même établissement la plaine et le bois d'Orsan, 1113 – 2° Charte, par laquelle l'archevêque Léger (Leodegarius) établit Robert d'Arbrissel dans le lieu d'Orsan, après avoir désarmé l'opposition des moines et des clercs et terminé le débat qu'avaient soulevé les chanoines de Puyferrand au sujet de l'église de Maizons qui existait avant l'établissement de celle du nouveau prieuré. — Immunités conférées au prieuré d'Orsan, à la prière de Robert d'Arbrissel et de Léger, par , Geoffroy d'Issoudun, Jean de Lignières, Humbaud de Saint-Sévère, etc.. En échange de modestes avantages que leur fit promettre Adélard, ils abandonnèrent à Robert tout ce qui faisait l'objet de la revendication : le territoire de la forêt d'Orsan, leurs droits sur la paroisse de Maisonnais, leurs prétentions sur l'Écherolle, Parçay et le Four de Saint-Août, le tout consigné dans deux ChartesCes deux chartes ont été publiées par PAVILLON, ibid. V. DESPLANQUES, Catalogue des Archives, loc. cit Elles sont également imprimées dans le Recueil général des chartes de M. Eugène Hubert, Revue du Berry, 1901, pages 126 et 131, d'après Bibliothèque nationale. latin, 11899, folio 130..

Adélard de Guillebaud meurt début 1115, et curieusement c'est à cette époque que Pétronille entre à Fontevraud en tant que sœur, et que l'on commence à entendre réellement parler d'elle. Autre curiosité ou coïncidence, la veuve de Guillebaud est deux fois veuve (comme Pétronille), puisqu'elle était déjà veuve d' en fin 1096. Elle a eu deux enfants (comme Pétronille) : et Béatrix (alias Fénion, issue du Mariage avec Adélard et qui épousera ). À noter aussi que Baudry de Bourgueil était présent au concile de Clermont en 1095, tout comme , qui y fut "jugé" (en première partie du concile, point du concile, avant l'appel à la Croisade d') et que donc vraisemblablement la femme du comte de Bourbon (Accusé) y était aussi... De plus Robert d'Arbrissel, qui avait déjà placé la première femme de son ami Adélard à la tête de l'abbaye d'Orsan, aurait-il fait moins pour sa veuve ? Pétronille fut la seule qu'il fit entrer personnellement à Fontevraud cette année-là.

L'hypothèse selon laquelle Pétronille était bien la femme d'Allard de Guillebaut est renforcée par la fondation du prieuré fontevriste de Notre-Dame de Jarzay, à Moulins-sur-Céphons (près de Châteauroux). En effet cette donation a été faite par Pétronille elle-même en 1106, et confirmée la même année par le Pape , donation faite en tant que femme d'Allard de Guillebaut à l'Abbaye de Fontevraud et où elle apparait en "toutes lettres", avec les titres ci-dessous citésRéférence à fournir.

Robert d’Arbrissel, se sentant mourir le , fit venir auprès de lui tous ses frères et toutes ses sœurs du prieuré, et, pendant de longues heures, en présence de Léodegaire, de Pétronille de Chemillé, d'Agnès de Châteaumeillant (Agnès des Aix, la première femme d’Allard de Guillebaut, ici nommée de Châteaumeillant, principale possession d’Allard), il les tint sous le charme de ses exhortations pieuses et édifiantesRapporté par le principal compagnon de Roger d’Arbrissel, le moine André. Vita beati Roberti, ibid. Raynald, ibid. Just. Veillât, ibid. Référence imprécise.

Vocation religieuse vignette|gauche|L'abbaye de Fontevraud. L'abbaye de Fontevraud, maison mère de l' Ordre de Fontevraud, venait alors d'être fondée par Robert d'Arbrissel, en 1101 ; sa principale caractéristique, tranchant avec la règle de saint Benoît, était sa nature de monastère double, c'est-à-dire accueillant des hommes et des femmes, priant ensemble et sous la direction d'une seule personne, mais vivant et travaillant dans deux cloîtres séparés. Robert, se sentant une âme d'évangélisateur, voulait repartir en mission itinérante et ne tarda pas à demander à une femme de lui succéder. Ce fut d'abord Hersende de Champagne qui fut prieure, mais elle n'accepta pas le titre d'abbesse .. Hersende meurt en 1114. Augarde de Roannais lui succède comme Prieure.

En mai/, Pétronille de Chemillé, devient religieuse à Fontevraud, à la suite de son veuvage, et fait les mêmes vœux que les religieuses et religieux qui l’entourent – pauvreté, chasteté, silence, obéissance, clôture – et participe à la vie de la communauté..

Pétronille, attirée par la vie religieuse, fut alors élue le .

En 1120, elle fait muter (exiler) Agnès des Aix (Agnès de Châteaumeillant) avec qui elle avait des différends, en Espagne (au monastère fontevriste de Vega de Leon… !)

Entre 1131 à 1143, Payen de Clairvaux assiste (en tant que témoin) à une donation faite d'une rente de 28 sous accordée par l'abbesse Pétronille de Chemillé, sur ses fonds propres, à Odon ( ?), dit fils de Mancelle, et à ses héritiers. Ce don est consenti en présence de Geoffroy, comte d'Anjou, et de Foulques, son père, roi de JérusalemCabinet historique, catalogue général des manuscrits, tome , 1865..

En 1142, elle fonde l'abbaye de Boulaur, dans le Gers.

Elle entre en conflit avec l'évêque d'Angers Ulger à propos du contrôle des ponts sur la Loire, points de passage aux péages très lucratifs. L'abbaye de Fontevraud contrôle ceux des Ponts-de-Cé, mais Ulger en fait construire un autre, à Chalonnes. En 1142, le pape suspend Ulger et charge Geoffroy de Lèves, évêque de Chartres, Hugues d'Étampes, archevêque de Tours et l'archevêque de Bordeaux Geoffroi du Loroux de juger l'affaire, mais le conflit perdure.