Aída Beatriz Bortnik, née le à Buenos Aires et décédée le dans la même ville, est une dramaturge et scénariste argentine, révélée à la critique mondiale par le scénario du film L'Histoire officielle.
Biographie La persécution en héritage (1938-1978) Formation Fille uniqueA. Bortnik, Murió mi amigo, in Página/12, Buenos Aires, 8 juillet 2009. élevée au milieu de ses cousins germains, tous garçons, qui la surnomment « Électre », par un père devenu à dix-sept ans soutien de famille de sa mère et de ses sœurs, toutes veuvesM. Enrique, Aida Bortnik, in Ciclo Entrevistas, Campo Cine - Canal Encuentro, Buenos Aires, décembre 2011., Aída Bortnik est la petite-fille d'un chanteur folkloriqueV. Bondaruk & L. Gómez Vidal, Diálogamos con Aída Bortnik, in Netward, 17, Grupal viajes educativos, Buenos Aires, 2006. juifN. Glickman, Discovering Self in History: Aida Bortnik and Gerardo Mario Goloboff., in D. Sheinin & L. Baer Barr, The Jewish Diaspora in Latin America: New Studies on History and Literature, 61-73, Garland, New York, 1996. émigré d'UkraineE. Cortes & M. Barrea-Marlys, Encyclopedia of Latin American theater, , Greenwood, 2003, .. À l'exemple d'un millier d'immigrés qui, accueillis par la Jewish Colonization Association, s'assimilèrent aux gauchosA. Gerchunoff, Los Gauchos Judíos, J. Sesé, Buenos Aires, 1910. sous l'impulsion du baron de Hirsch, mais non sans conflits avec les « » locauxA. Huberman, Jewish Immigration to Latin America at the Turn of the NineteenthCentury, in Latin American Jewish Studies, , 38, Collège des arts libéraux de l'Université du Texas, Austin (Texas), juin 2013, ESSN 0738-1379., il avait rejoint une colonie agricole de la pampa pour fuir les pogroms cosaques et devenir un « gaucho juif ».
Elle a dix-sept ans quand un coup d'État militaire exile le président Juan Perón et instaure la dictature de la « Révolution libératrice ». Pendant des études de droit à l’Université de Buenos Aires, elle s'inscrit au Centre de recherche de l'Institut du théâtre qu'abrite l'établissement puis à un séminaire de la . De 1958 à 1962, à la suite d'un accident intervenu près de la de Chascomús lors d'un voyage, elle doit interrompre ses études. Prisonnière d'un plâtre descendant depuis sous les épaules, elle donne des slogans pour la . Elle s'évade dans l'écritureF. López, Aída Bortnik: murió una de las mejores guionistas y dramaturgas, in La Nación, Buenos Aires, 20 avril 2013., retrouvant un plaisir qu'elle partageait enfant avec son père, et reçoit les encouragements déterminants de Julián Delgado. Elle obtient le diplôme d'histoire de l'art de la faculté de philosophie et lettres de l’UBS et renonce pour des raisons financières à devenir actriceA. H. Levine, Cry For Me, Argentina : The Performance of Trauma in the Short Narratives of Aida Bortnik, Griselda Gambaro, and Tununa Mercado, 20, Fairleigh Dickinson University Press, Madison (New Jersey), 2008, .. Dramaturge journaliste En 1967, durant le régime dictatorial de la Révolution argentine, Julián Delgado, l'éditeur de Mafalda, lui trouve un poste de secrétaire à l’hebdomadaire . Trilingue, elle se voit confier la rubrique Arts et spectacles. Rare femme journaliste, elle y publie jusqu'en 1972 ses critiques, apprenant la rapidité dans l'écriture. Elle en donne également à Siete Días ou Panorama y Semanario et s'introduit peu à peu dans le milieu de la production audiovisuelle. Après une brève année au quotidien La Opinion, elle prend en 1973 la direction de la rubrique Arts et médias du mensuel Cuestionario.
Passionnée de Bakounine et de CamusA. Bortnik, Los Amigos, in Humor Registrado à 519, Éditions de la Urraca, Buenos Aires, 1997., elle s'engage dans les suites du Cordobazo pour le théâtre et crée en 1972 sa première pièce, Soldats et petits soldats, dans laquelle cinq rôles sont tenus par le même acteur. En 1973, Sergio Renán lui commande pour Canal 7 une adaptation d'un roman de Mario Benedetti, La Tregua, dont le réalisateur s'empare pour en faire un film, qui sort en 1975 et est sélectionné pour concourir à un Oscar. La scénariste n'a pas même les moyens de se rendre à Hollywood. L'exil Inscrite cette même année, où elle perd son père, sur une liste noire la privant de tout travail, elle est un des derniers civils sinon la dernière à voir Haroldo Conti vivant, la veille de sa « disparition ». Comme le font quelque trente mille de ses compatriotes, elle fuit le golpe du conduit par le général Videla et se fait embarquer en août, avec mille quatre cents dollars en poche, sur un cargo en partance pour Le Havre, où vient l'accueillir une amie d'enfance, le peintre .
Après une nuit à ParisA. H. Levine, Cry For Me, Argentina : The Performance of Trauma in the Short Narratives of Aida Bortnik, Griselda Gambaro, and Tununa Mercado, 31, Fairleigh Dickinson University Press, Madison (New Jersey), 2008, . puis un bref séjour à Louvain, où l'héberge un collègue de doctorant en sociologie, elle arrive à Madrid. Entourée d'amis réfugiés politiques, tels , , Federico LuppiAída Bornik: "Mi película preferida es La Tregua", in Diario Perfil, Buenos Aires, 26 février 2007., subissant l'ostracisme espagnol, elle y mène pendant presque trois années la vie précaire de l'exil, guidée et soutenue par Juan Carlos Frugone, le codirecteur du Festival de Valladolid. Dans le « désert culturel » madrilène, elle s'efforce avec ce dernier de réunir des cinéastes, tels Fernando Fernán Gómez, Mario Camus, tout en travaillant comme traductriceA. Gómez, Recordando a Aída Bortnik, in La Nación, Buenos Aires, 10 mai 2013..
La parole résistante (1979-1982)
Le , Aída Bortnik atterrit à Buenos Aires, appelée par Alejandro Doria pour réaliser . Son scénario est une critique de l'enfermement et de la folie de la société argentine dépeinte en hôpital psychiatrique. Sa métaphore d'un camp d'internement réussit à berner la censure. Elle trouve à travailler comme éditorialiste-novellisteA. Bortnik, Aída Bortnik viene a contarnos un cuentito, in Humor Registrado, La Urraca, Buenos Aires, 1979-1984. pour le journal satirique , instrument de résistanceD. Wassner, Accounting for Terror in Post-1983 Argentina: Art and Argument in the Works of Jewish Women, in Latin American Jewish Studies, , 30, Collège des Arts Libéraux de l'Université du Texas, Austin (Texas), juin 2013, ESSN 0738-1379. à la novlangue de la dictatureM. Feitlowitz, A Lexicon of Terror: Argentina and the Legacies of Torture, Oxford University Press, Oxford, avril 1998., tout en enseignant dans une école de cinématographie, l'Escuela Grupo Profesionales de Cine. En 1981, elle abandonne celle-ci pour l'École supérieure des arts cinématographique.
C'est l'année où, en compagnie de vingtO. Dragún, Cómo lo hicimos, Teatro del Pueblo & la Fondation Carlos Somigliana SOMI, Buenos Aires, 2013. auteurs engagés contre le « Processus de Réorganisation Nationale »P. Esteve, La Prehistoria de Teatro Abierto, in Latin American Theatre Review, vol. 24, , Departement of Spanish and Portuguese of the University of Kansas, Lawrence (Kansas), 1991, ISSN 0023-8813., elle participe à la fondation du Teatro Abierto, scène expérimentale et lieu de résistanceL. Chesney Lawrence, El Teatro Abierto Argentino: un caso de teatro popular de resistencia cultural, Fundacite Dramateatro, Caracas (Venezuela), 2000. à la censure soutenu par Sábato, Pérez Esquivel et Borges. Les personnages de sa pièce Cher papa, allégorie du machisme du régime de Juan PerónN. Glickman, Pobre mariposa (Poor Butterfly): Presenting an Argentine Film to a Latin American Jewish Literature and Cinema Class, in Latin American Jewish Studies, , 34, Collège des arts libéraux de l'Université du Texas, Austin (Texas), juin 2013, ESSN 0738-1379., y dénoncent l'attentisme des argentins face à la dictatureM. Arrigoni, Se mobiliser en régime autoritaire. Le cas de Teatro Abierto en Argentine en 1981, 92, Sciences Po., Paris, 22 juin 2010.. Pour obtenir un effet de mobilisation, elle réinvente, d'une manière subversiveM. Arrigoni, Se mobiliser en régime autoritaire. Le cas de Teatro Abierto en Argentine en 1981, et sq., Sciences Po., Paris, 22 juin 2010. à l'opposé de la technique de la distanciation, le procédé d'identification propre au théâtre de la quotidienneté portègne et à la tradition costumbriste. L'ensemble de la programmationTeatro Abierto 1981 - Obras y elencos - Teatro del Picadero, Teatro del Pueblo & la Fondation Carlos Somigliana SOMI, Buenos Aires, 2013., commencée le mardi M. Arrigoni, Se mobiliser en régime autoritaire. Le cas de Teatro Abierto en Argentine en 1981, 102, Sciences Po., Paris, 22 juin 2010., est interrompue le jeudi à cause d'un incendie provoquéR. Cossa, Tiempos de silencio, Teatro del Pueblo & la Fondation Carlos Somigliana SOMI, Buenos Aires, 2013. à cinq heures du matin par une bombeM. Arrigoni, Se mobiliser en régime autoritaire. Le cas de Teatro Abierto en Argentine en 1981, 104, Sciences Po., Paris, 22 juin 2010. mais reprend dès le 17 dans un théâtre deux fois plus grand avec deux fois plus de soutien du publicM. Arrigoni, Se mobiliser en régime autoritaire. Le cas de Teatro Abierto en Argentine en 1981, , Sciences Po., Paris, 22 juin 2010..
Simultanément, Aída Bortnik anime avec Fernando Castets l'Atelier des Auteurs de Théâtre et de Cinématographie et reste occasionnellement sollicitée par la presse étrangère, diverses universités, des revues spécialisées et même des anthologies. La suite télévisée Ruggero lui vaut un harcèlement téléphonique quotidien.
Catharsis (1983-1986) En 1983, la Guerre sale terminée, Aída Bortnik cesse d'enseigner pour se consacrer pleinement à la création. Elle continue de publier des textes courtsV.g. A. Bortnik, El corazón de Celeste, Humor Registrado , Buenos Aires, juin 1982., dont deux nouvelles, Jules Montagne d'Or, qui est une réponse optimiste à Stefan ZweigD. Wassner, Accounting for Terror in Post-1983 Argentina: Art and Argument in the Works of Jewish Women, in Latin American Jewish Studies, vol. 32.2, , Collège des Arts Libéraux de l'Université du Texas, Austin (Texas), juin 2013, ESSN 0738-1379., et Dix-huit ans, dans laquelle elle dénonce le sacrifice rituel de la nouvelle générationA. Bortnik, in Revista Veintitrés , 6 janvier 2005. qu'est la guerre des MalouinesA. H. Levine, Cry For Me, Argentina : The Performance of Trauma in the Short Narratives of Aida Bortnik, Griselda Gambaro, and Tununa Mercado, Fairleigh Dickinson University Press, Madison (New Jersey), 2008, ., puis abandonne dès l'année suivante sa collaboration à . Son travail de scénariste la conduit à Madrid de nouveau, à la rencontre de producteurs espagnols, à Londres, sur les traces des réalisateurs du Cinéma libreF. Ferreira, Aída Bortnik: una voz propia dentro del cine argentino, in Télam, Buenos Aires, 28 avril 2013., à Rome, sur celles de Roberto Rossellini, qui lui est un modèle.
La sortie en 1985 de L'Histoire officielle, dont elle a écrit le scénario à la demande de Luis Puenzo durant les derniers mois de la dictature, connait, un an avant le témoignage de , un retentissement international qui confronte, dans le miroir du cas d'un « enfant disparu », l'opinion publique argentine à la complicité de son silenceP. A. Paranagua, Aida Bortnik, scénariste argentine du film oscarisé « l’Histoire officielle », est morte, in América Latina (VO), Le Monde, Paris, 28 avril 2013.. En 1986, l'Académie du cinéma italien la sélectionne avec Luis Puenzo pour concourir au Donatello du meilleur scénario étranger et l'AMPAS au Prix du meilleur scénario original. Réalisé dans une Argentine culturellement isolée, sans la créativité du cinématographe américain ou européen, le film est reçu par des encouragements bienveillants voire condescendantsL. Ghariani, Revoir La Historia oficial, vingt ans après., in E. Ramos Izquierdo, Séminaire 6 - Voies de la littérature hispano-américaine I, 94-95, ADEHL, Paris, .. Pour prix de consolation, Hollywood élit la scénariste membre permanent de son Académie.