L'École normale supérieure., appelée aussi « de la rue d'Ulm », « Ulm », « Normale Sup », « Normale », « ENS-PSL ». (rarement), simplement « l'École » ou encore, plus souvent, « l'ENS » (parfois prononcé « l'ÉNS »), est une grande école située à Paris et fondée en 1794. Son siège est situé rue d’Ulm, dans le Quartier latin, au cœur du de Paris.

En raison de son extrême sélectivité dans toutes ses filières, de son rôle particulier dans la République, de son importante dotation et de son influence historique et actuelle au sein de la société française, l'ENS est généralement considérée comme l'une des plus prestigieuse des grandes écoles, ainsi que comme l'une des institutions universitaires et de recherche les plus prestigieuses et les plus sélectives de France., spécialisée en lettres et en sciences. C'est un « établissement-composante » de l'université Paris Sciences et Lettres (PSL)..

C'est l’une des quatre Écoles normales supérieures de France, avec Paris-Saclay (ex-Cachan), Lyon et Rennes.

Si ses origines remontent à la Révolution française, elle n'existe sous sa forme actuelle que depuis 1826. La mission de cette grande école publique et intégralement financée par l'État est de « préparer, par une formation culturelle et scientifique de haut niveau, des élèves se destinant à la recherche scientifique fondamentale ou appliquée, à l'enseignement universitaire et dans les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) ainsi qu'à l'enseignement secondaire et, plus généralement, au service des administrations de l'État et des collectivités territoriales, de leurs établissements publics ou des entreprises » du décret du relatif à l'École normale supérieure|url=https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000006066135..

Elle figure comme l’un des établissements d'enseignement européens les plus prestigieux. Ses anciens élèves comptent quatorze prix Nobel, onze médailles Fields, deux prix Abel, vingt-sept médailles d'or du CNRS, un grand nombre de membres de l’Institut, un président de la République française (Georges Pompidou) et plusieurs ministres et Premiers ministres.

À ses (normaliens.. — « élèves » ou « étudiants » —, mastériens et doctorants confondus) s'ajoutent environ et et chercheurs permanents ou invités rassemblés dans et une quarantaine d'unités de recherche. La majorité des affectés à l'ENS appartient à des universités tierces ou au CNRS. Les recrutements directs de professeurs par l'ENS sont rares : seuls appartiennent à l'ENS toutes disciplines confondues (actifs et émérites).

Elle est titulaire de la croix de guerre 1914-1918, avec citation à l’ordre de l’armée par décret paru au Journal officiel en 1925. L'école est placée sous l’autorité directe du ministre chargé de l’Enseignement supérieurAux termes du décret du 26 août 1987, ce dernier exerce à l'égard de l'établissement les compétences dévolues aux recteurs, assurant ainsi son indépendance vis-à-vis des universités..

Histoire vignette|Entrée du bâtiment historique de l'ENS au 45 rue d'Ulm. Les inscriptions au fronton de la porte monumentale rappellent la double fondation de l'école, ainsi que son installation dans cette rue.

Fondation de l'École normale de l'an III (1794-1795)

Les origines de l'établissement actuel remontent à la création en 1794 de l'École normale (exclusivement masculine) dite « de l’an III » par la Convention nationaleÉcoles de l'an III.. Cette école se fonde sur le rapport produit par Joseph Lakanal et Dominique Garat au nom de la commission d'Instruction publique. La création de l’École normale visait à servir de nouvelle base à l’ensemble du système éducatif national. Il s’agissait aussi de rétablir la confiance entre les élites et la République après la rupture de la Terreur. Le décret du dispose ainsi que :

(article ) « Il sera établi à Paris une École normale, où seront appelés, de toutes les parties de la République, des citoyens déjà instruits dans les sciences utiles, pour apprendre, sous les professeurs les plus habiles dans tous les genres, l’art d’enseigner. »

Le cours inaugural fut donné le et le dernier le dans l’amphithéâtre Verniquet du Muséum d’histoire naturelle. Le but était de former des maîtres pour des écoles normales secondaires réparties dans l’ensemble du territoire et permettre ainsi d’assurer un enseignement de base homogène pour tous. Ces cours de l’École normale de la Convention concernaient l’ensemble des disciplines, des sciences et des humanités. Ils furent dispensés aux élèves (masculins) tout au long du déroulement de ce cycle d’enseignement particulièrement dense.

Cette entreprise aussi ambitieuse fit appel aux plus grands : des scientifiques comme Monge, Vandermonde, Daubenton et Berthollet ou des écrivains et philosophes Bernardin de Saint-Pierre et Volney. L'expérience de l'an III servit de modèle à la nouvelle école refondée en 1808Les deux premiers volumes de ces cours sont parus aux Éditions Dunod en liaison avec les manifestations du bicentenaire de la Révolution que présidait Jean-Noël Jeanneney, avec le soutien de la mission du bicentenaire.

Les leçons de mathématiques (Laplace, Lagrange, Monge), publiées en 1992 sous la direction de Jean Dhombres, constituent une somme des savoirs de cette discipline à la fin du . L’impact de ces leçons sur l’enseignement des sciences de la première partie du fut considérable, en particulier à l’École polytechnique. Les leçons d’histoire, de géographie et d’économie politique (Volney, Buache de la Neuville, Mentele, Vandermonde) sont parues en 1994 sous la direction de Daniel Nordman. Elles représentent une somme des connaissances de l’époque en sciences humaines et sociales et préfigurent le développement futur de ces disciplines. L’École normale supérieure, consciente de la valeur patrimoniale exceptionnelle de ces textes, a pris le relais pour la publication des volumes suivants. Le volume consacré aux cours de sciences expérimentales : leçons de physique, de chimie, d’histoire naturelle (Haüy, Berthollet, Daubenton) est paru début 2006 sous la direction d’Étienne Guyon aux éditions Rue d'Ulm. Il apporte un éclairage original sur ces sciences dans une période décisive.

Les leçons d’analyse de l’entendement, art de la parole, littérature, morale (Garat, Sicard, La Harpe, Bernardin de Saint-Pierre) sont parus en 2008 sous la direction de Béatrice Didier et Jean Dhombres. Un cinquième volume d’introduction historique générale sur l’institution de l’École normale de l’an III, sous la direction de Dominique Julia, a conclu cette série en 2016. Il s'accompagne d'un volume d'appendices réunissant les textes fondateurs, pétitions, correspondances et autres documents relatifs à l'École normale de l'an III (janvier-mai 1795) ainsi que d'un vaste dictionnaire prosopographique des élèves nommés en l'an III. L’ensemble constitue ainsi, à l’instar de l’Encyclopédie, dans un esprit différent, un témoignage unique de l’état du savoir à la fin du siècle des Lumières..

vignette|Uniforme des élèves, aboli en 1849 par le directeur Dubois.

« Renaissances » à partir de 1808 du « Pensionnat normal », à la rue d'Ulm Le , Napoléon crée par décret un « pensionnat normal » au sein de l'Université de France pour « former à l'art d'enseigner les lettres et les sciences ». L'établissement est ouvert en 1810 dans les locaux de l'ancien collège du Plessis, puis est transféré en 1814 dans les bâtiments de la congrégation du Saint-Esprit.

Les promotions sont réduites, le règlement d'inspiration militaire et l'uniforme obligatoire. Jusqu'en 1818, il n'y a pas de concours d'entrée : les élèves sont choisis par les inspecteurs d’académie en fonction des résultats scolaires au lycée. Considéré comme un foyer de l'esprit libéral, le pensionnat est supprimé par Frayssinous le .

Une ordonnance du crée une École préparatoire, dans les locaux du collège Louis-le-Grand, puis du collège du Plessis à partir de 1828. On peut donc faire remonter l'existence ininterrompue de l'École à cette date de 1826. À la faveur de la révolution de Juillet 1830 lÉcole préparatoire prend, par arrêté de Louis-Philippe, le nom d'« École normale » par référence à l'École normale de . Le , « il est ouvert au ministère des Travaux publics un crédit extraordinaire de dix neuf cent soixante et dix huit mille francs pour être appliqué aux dépenses que nécessitera la construction d'un édifice à affecter à l'École normale »art. , loi du 24-27 mars 1841, IX Bull DCCLXLVI , in J. B. Duvergier, Collection complète des lois, décrets ordonnances règlements et avis du Conseil d'État, tome 41, année 1841, ).. Le est votée « l'acquisition d'un terrain pour l'école normale situé à Paris, rue d'Ulm »(Bull. , in J. B. Duvergier, 1841)..

À l'occasion de l'instauration d'écoles normales primaires en 1845, l'École normale est rebaptisée « École normale supérieure ». C'est le que l'École normale supérieure s'installe dans ses nouveaux locaux au 45 rue d'Ulm, « sur le site quasi-campagnard de l'ancienne vigne du couvent des UrsulinesJean Leclant, « L'École normale supérieure et l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres : passé, présent et futur », 'Comptes-rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres', 1999, 138, . », dans le , comme cela avait été décidé par la loi du Serge Benoît, « La rue d'Ulm », dans Christian Hottin (dir.), Universités et grandes écoles à Paris : les palais de la science, Paris, Action artistique de la ville de Paris, 1999 , , spécialement .. La cour Pasteur correspond à la partie nord du parc du couvent des Feuillantines, où jouait Victor Hugo enfant. L'ENS occupe encore ces locaux de la rue d'Ulm, agrandis notamment par la construction en 1937 de bâtiments rue Lhomond pour les sciences expérimentales.

Le , les élèves sont officiellement dispensés du port de l'uniformeJean-François Sirinelli (dir.), École normale supérieure : le livre du bicentenaire, PUF, 1994, ., qui n'a pas pour autant été aboli et a subi son ultime modification officielle en 1850.. L'uniforme existe donc formellement et n'est plus porté. Les robes universitaires des professeurs de l'ENS, en tout point identiques à celles des autres professeurs des universités et encore en usage lors de certaines cérémonies, possèdent des collets brodés aux palmes universitaires dorées identiques à celles des élèves (une branche de palme et une de laurier agrémentée de six points rouges représentant des fruits). L'ENS ayant été décorée de la Légion d'honneur et de la croix de guerre, une cordelière rouge et une cordelière aux couleurs de la croix de guerre distinguent l'habit universitaire des professeurs de l'ENS.

thumb|L'école vers 1900.

Les promotions 1911-1914 sont fortement touchées par l'hécatombe de la Première Guerre mondiale. Pendant la guerre de 1939-1945, l'ENS se replie à Clermont-Ferrand.

En 1903, l'École normale supérieure est réunie à l'Université de ParisDécret du ., avant d'obtenir en 1953 la personnalité civile et l'autonomie financièreDécret du .. En 1962, un décret du Premier ministre Georges Pompidou, reconnaît la vocation de l'école à la recherche. Les années qui suivent sont difficiles pour l'école, perçue comme contestataire par le pouvoir gaulliste et qui est occupée par divers groupuscules maoïstes en 1971 (« nuit de la Commune »).

Du fait de son ancienneté et, comme l'a annoncé le Premier ministre Laurent Fabius en clôture du symposium en l'honneur d'Alfred Kastler à la Sorbonne le , « compte tenu d'une tradition qui a fait le tour du monde », c'est la seule à être qualifiée, dans les textes législatifs ou réglementaires, d'École normale supérieure, sans mention supplémentaire.

Féminisation