Isabelle Lafleur est une femme d'affaires, chef d'entreprise et femme politique française de Nouvelle-Calédonie, née le à Nouméa. Fille de l'ancien député Jacques Lafleur, elle lui a succédé à son décès le à la présidence du parti politique du Rassemblement pour la Calédonie (RPC) qu'il avait fondé en 2006. En , elle participe à la formation d'un nouveau mouvement, Les Républicains calédoniens (LRC), dont elle devient la présidente d'honneur, et est nommée coresponsable, aux côtés de Sonia Lagarde, du comité politique local de La République en marche (LREM) en Nouvelle-Calédonie en .

Origines et formation Issue d'une dynastie politique et industrielle

Isabelle, Jacqueline LafleurSource : Geneanet est la petite-fille de l'industriel et propriétaire de mine Henri Lafleur (1902-1974), qui fut le premier sénateur de l'archipel de 1947 à 1955 et de 1959 à 1974 sous les couleurs des Républicains indépendants ainsi que l'une des figures locales de l'opposition à la domination de l'Union calédonienne (UC) de Maurice Lenormand, et de Claudine Spahr (1901-1957). Du côté de Henri Lafleur, elle a des origines lorraines par son arrière-grand-père Arthur Lafleur, le pionnier de la famille en Nouvelle-Calédonie arrivé comme commis de l'administration pénitientiaire, et italiennes de Sicile par son arrière-grand-mère, Cécilia Dignola, fille d'un forçat originaire de Messine déporté aux travaux forcés à Nouméa puis Bourail en 1879. Par sa grand-mère Claudine Spahr, elle a des origines protestantes alsaciennes et dauphinoises.

Elle est le premier enfant de Jacques Lafleur (1932-2010), qui, avec ses frères Claude (né en 1930) et Jean (1935-1986), a repris les affaires familiales, mais qui est surtout connu pour sa carrière politique. Député de 1978 à 2007 et président de l'Assemblée de la Province Sud de sa création en 1989 à 2004, Jacques Lafleur fut en effet le chef historique du camp anti-indépendantiste en tant que fondateur et premier président du Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) de 1977 à 2004, un parti qui a dominé la vie politique néo-calédonienne pendant toute cette période. Il fut également le principal signataire, avec le dirigeant indépendantiste Jean-Marie Tjibaou et le Premier ministre français Michel Rocard, des accords de Matignon de 1988 qui ont ramené la paix dans l'archipel après quatre années de quasi guerre civile entre partisans et opposants de l'indépendance, puis de l'accord de Nouméa de 1998.

Par sa mère, Roberte Charon (née en 1932), elle est la petite-fille de Robert Charon, commerçant originaire du Havre et installé à Tahiti où il a été président de la Ligue de la France Libre de 1942 à 1948, de la section locale de la Ligue des droits de l'Homme (LDH) de 1939 à 1949 et le consul honoraire de Norvège en Polynésie française, ainsi que délégué à l'Assemblée consultative provisoire d'Alger de 1943 à 1944.

Son frère cadet, Pascal (né en 1961), et elle gèrent les affaires de leur père depuis les années 1990.

Famille Elle a épousé Benoist André, avocat spécialisé dans les dommages corporels à Paris, dont elle est divorcée. Elle a eu avec celui-ci trois enfantsP. Ch., « Jacques Lafleur cité dans Le Monde », Les Nouvelles Calédoniennes, 10/04/2013 : Coralie André (née en 1980), comédienne (Plaisir de Nuire, Joie de Décevoir). Laurence André (née le ), avocate au barreau de Paris depuis 2012, spécialisée dans le droit de l'environnementPrésentation de Laurence André sur le site du cabinet DS Avocats. Charles André (né le ), cadre en management dans l'hôtellerie.

Formation et vie en Métropole Elle passe son enfance entre Nouméa, où elle suit sa scolarité jusqu'au Lycée Lapérouse dont elle sort avec le baccalauréat en 1972, et la propriété familiale de Ouaco, à Kaala-Gomen. Elle réalise ensuite des études en droit privé à l'université Paris II Panthéon-Assas à partir de 1973, et, après avoir fondé une famille en Métropole, elle revient en Nouvelle-Calédonie en 1993« Tombée en politique toute petite », Les Nouvelles Calédoniennes, 02/06/2012.

Une chef d'entreprise locale Les affaires familiales Elle dirige une partie des affaires du groupe familial. Elle est notamment présidente directrice générale de Cellocal (société créée en 1982 par son père, spécialisée dans la fabrication, l’importation et la distribution de produits d’hygiène beauté, infantile, collective, médicale et para-médicale, d'emballages et produits d’entretien)Présentation de la société Cellocal, Jeco.ncPage d'Isabelle Lafleur sur le portail nc.viadeo.com et de Sofaplast (entreprise de fabrication d'emballages plastiques fondée en 1987)Présentation de Sofaplast sur le site de la Fédération des industries de la Nouvelle-Calédonie (FINC).

Une patronne de presse Isabelle Lafleur, décrite par le quotidien Les Nouvelles calédoniennes comme « ayant toujours rêvé de faire du journalisme », a créé plusieurs médias et magazines locaux en Nouvelle-Calédonie, dans lesquels elle écrit elle-même. Elle est ainsi à l'origine du magazine trimestriel féminin Iliennes, publié à partir de 1997, l'hebdomadaire sur les identités néo-calédoniennes Dimanche matin en 1998 et 1999 et, à partir de 2006, l'hebdomadaire d'information, de société et d'expression politique Demain en Nouvelle-Calédonie (DNC) dont elle est la directrice de publicationSite officiel du journal Demain en Nouvelle-Calédonie.

Carrière politique Succession de son père Elle se lance assez tardivement sur le devant de la scène politique. Elle participe à la campagne du nouveau parti de son père, le Rassemblement pour la Calédonie (RPC), pour les élections provinciales du . Elle admet alors mener des discussions avec d'autres partis anti-indépendantistes, comme l'Avenir ensemble de Didier Leroux et Harold Martin, mais rejette toute alliance, ralliement ou même candidature de sa part : « Je n'aspire pas à être élue. En revanche, tout comme mon père, j'ai envie de voir la Calédonie aller dans le bon sens. Il me semble important de prolonger sa vision et sa recherche d'une solution consensuelle par une participation à l'action politique. »Ph. FRÉDIÈRE, « Isabelle Lafleur et le RPC discutent avec l'Avenir ensemble », Les Nouvelles Calédoniennes, 08/04/2009.

Après le décès de son père le , elle prend la présidence du RPC. Le , le comité directeur du parti décide de présenter sa candidature aux élections législatives de dans la circonscription (Nouméa, Île des Pins, Îles Loyauté)Ph. F., « Isabelle Lafleur candidate », Les Nouvelles Calédoniennes, 22/03/2012. Elle fait campagne sur le thème du « Pacte cinquantenaire » énoncé en 2009 par Jacques Lafleur, consistant à éviter le référendum d'autodétermination prévu entre 2014 et 2018, considéré comme dangereux pour la stabilité et la paix civile, au profit d'un nouvel accord transitoire portant sur 50 ans « pour assurer un développement économique et social pour tous, notamment en exploitant le potentiel maritime ». Elle promet aussi de défendre une moralisation de la vie publique (parlant de non-cumul des mandats et de lutte contre la corruption) et de militer pour revenir sur le « gel » décidé en 2007 du corps électoral autorisé à voter pour les élections provincialesPh. F., « Isabelle Lafleur présente son suppléant », Les Nouvelles Calédoniennes, 19/04/2012. Tout en appelant à l'unité des partisans du maintien dans la France, elle critique les deux principales figures antagonistes du camp anti-indépendantiste : l'ancien député devenu sénateur et président du Rassemblement-UMP (nom porté depuis 2004 par l'ancien RPCR) Pierre Frogier « qui a annoncé son initiative sur les drapeaux sans même consulter [l'autre député] Gaël Yanno, qui a placé un indépendantiste à la tête du Congrès » ; le dirigeant de Calédonie ensemble Philippe Gomès en raison de ses ennuis judiciaires (condamné en première instance avant le scrutin, il est acquitté ensuite en appel), déclarant à son sujet : « Est-ce qu’un homme qui vient d’être condamné pour prise illégale d’intérêt peut valablement porter la voix des Calédoniens ? ». Elle met de plus en avant ouvertement son nom et son héritage familial : « je porte un nom connu à Paris, plus que Gay ou Gomès. Un nom qui ouvre bien des portes. Ce sera utile dans les années qui viennent. Je ne vous demande pas de voter pour Isabelle, je vous demande de voter pour le nom de Lafleur » Ph. F., « Au nom du père », Les Nouvelles Calédoniennes, 25/05/2012. Elle arrive en quatrième position sur huit candidats au premier tour, derrière le sortant du Rassemblement-UMP (nom porté depuis 2004 par l'ancien RPCR) Gaël Yanno, la non-indépendantiste de Calédonie ensemble Sonia Lagarde et le candidat unitaire indépendantiste du FLNKS Robert Xowie, obtenant voix et des suffrages exprimésRésultats officiels de la circonscription, sur le site du ministère de l'Intérieur..

Cofondatrice de l'UCF Pour le second tour, elle n'appelle à voter pour aucun des candidats encore en lice, y compris dans la où un indépendantiste est arrivé en tête au premier tour et doit affronter Philippe Gomès. Elle justifie ce choix par une critique vive de toutes les forces encore en présence : « Le RPC considère que la stratégie menée par le Rump a été sanctionnée par les électeurs lors du premier tour, car elle ne correspond pas aux attentes des Calédoniens. Le Rump a trompé les Calédoniens et a privilégié l’intérêt de ses leaders à celui de la population. Le RPC s’oppose aussi à la volonté d’hégémonie de Philippe Gomès et à sa politique qui mènera la Nouvelle-Calédonie aux portes de l’indépendance. [...] Ni le Rump ni Calédonie ensemble ne proposent un projet dans lequel le RPC se reconnaît » et « dans la seconde circonscription les deux candidats nous amènent vers l’indépendance, l’un officiellement, l’autre de façon déguisée »« Le RPC opte pour le ni-ni », Les Nouvelles Calédoniennes, 14/06/2012. Cette décision provoque la défection le suivant du dernier élu dont disposait le parti au Congrès, Jean-Luc Régent, qui pour sa part a soutenu alors Philippe Gomès dans la en tant que dernier candidat « loyaliste » face à l'indépendantiste Jean-Pierre Djaïwé.