Nuku Hiva, également dénommée Nuka Hiva ou île Marchand, est une île située dans l’archipel des Marquises en Polynésie française. L'île est le chef-lieu des Marquises ainsi que celui de la commune de Nuku-Hiva.
Géographie Nuku Hiva est la plus grande île de l'archipel des Marquises tant par sa superficie de que par sa population de en 2017. Tout comme le reste de l'archipel, Nuku Hiva est une île volcanique formée par la crête émergée de volcans éteints depuis deux millions d'années. Son relief est constitué de pics de basalte hauts d'une centaine de mètres. Son point culminant est le mont Tekao s'élevant à .
Le principal village de l'île est Taiohae, situé au fond de la baie homonyme, au sein de la province traditionnelle de Te I'i. Dans la baie du Contrôleur se trouve le village de , principal village de la province traditionnelle de Tai Pi.
vignette|centre|400px|La baie de Taiohae.
Histoire Peuplement polynésien et découverte par les Européens
Robert C. Suggs Robert Carl Suggs, The Archaeology of Nuku Hiva, Marquesas Islands, French Polynesia, in Anthropological Papers of the American Museum of Natural History, vol. 49, Part I, New York, 1961. a montré à partir de recherches archéologiques menées en 1956 et 1957, appuyées par des datations au carbone 14, que les premiers habitants connus sont un groupe important et organisé de Polynésiens occidentaux arrivés sur la côte orientale de l'île vers le deuxième siècle avant l'ère chrétienne, ce qui s'accorde bien avec des traditions qui feraient venir les Marquisiens des îles Tonga.
D'après la tradition orale, Hotu Matu'a, premier roi de l'île de Pâques, serait venu de Nuku Hiva (ou d'Hiva Oa), après avoir d'abord envoyé sept Praos en éclaireurs dans tous les azimuts, pour trouver de nouvelles terresAlfred Métraux : Introduction à la connaissance de l'Île de Pâques, éditions du Muséum national d'histoire naturelle, Paris 1935, relatant les résultats de l'expédition franco-belge de Charles Watelin en 1934 et Thomas S. Barthel : , , 1978.. Des éléments archéologiques et des traits culturels communs font en effet penser que l'île de Pâques a pu être colonisée par des navigateurs venus des îles Marquises au cours du premier millénaire de notre ère.
Le premier occidental à avoir découvert Nuku Hiva est l'Américain Joseph Ingraham, le , suivi deux mois plus tard par le Français Étienne Marchand. et en 1792 par Richard Hergest qui la nomme îles Sir Henry MartinBarry Gough Distant Dominion: Britain and the Northwest Coast of North, 2011, .
En 1813, lors de la guerre anglo-américaine de 1812, l'Américain David Porter s’établit à Nuku Hiva. Il nomme l’île « Madison Island », en l’honneur du président américain James Madison et construit un fort. Il tente de prendre possession de l’île au nom des États-Unis, mais se heurte à la résistance de la tribu des Taïpi. Malgré plusieurs villages incendiés et des luttes tribales, il ne peut y parvenir. Il quitte l’île le avec ses prises de guerre, en direction du port neutre de Valparaíso.
En , l'aventurier français Charles de Thierry, qui vient de se proclamer roi de Nouvelle-Zélande, est de passage aux Marquises. Il annexe l'île de Nuku Hiva pour son royaume. Il y donne un drapeau azur et cramoisi, des armoiries et se déclare le roi . Il continue ensuite son voyage vers Tahiti, puis la Nouvelle-Zélande. En 1843, Charles de Thierry, lors de l'annexion des Marquises par la France, tente de faire valoir ses droits et demande sans succès une indemnité.
Lieu de déportation La loi du sur la déportation politique choisit Nuka Hiva comme lieu de « déportation simple », qui est appliqué dans « les cas prévus par les , 96 et 97 du Code pénal de 1810 », qui concernent : l’attentat contre la vie ou la personne de l’Empereur, puis par extension, le Roi et dans ce cas le Président de la République ; le cas où cet attentat serait commis par une bande () ; enfin l’ réprime les attentats commis par les bandes armées contre la sûreté de l’ÉtatPierre Lacour, De l'Océanie au Pacifique, Histoire et enjeux, France-Empire 1987 ..
Le pénitencier de Taiohae y a reçu certains opposants républicains à : les chefs du complot de Lyon (1850) (Alphonse Gent (1813-1894), Albert Ode (1811-1868).. et Louis Langomazino (1820-1885)) y sont les premiers déportés politiques français.
Démographie vignette|alt=Graphique montrant l'évolution de la population de l'île de Nuku Hiva depuis 1971.|Démographie de Nuku Hiva depuis 1971. Nuku Hiva est l'île la plus peuplée de l’archipel. En 2012, elle comptait ., dont dans la commune associée de Taiohae, dans celle de et dans celle de .
Les habitants parlent la langue marquisienne du nord et le français.
Économie L'activité économique principale de l'île est liée au tourisme qui s'est développé avec la création de l'aérodrome de Nuku Hiva.
L'aterrage du câble sous-marin Natitua et sa mise en service en permet à Nuku Hiva d'être relié à Tahiti et à l'internet mondial à haut-débit« Numérique en Polynésie : Le câble domestique Natitua est entré en service », outremers360.com, ..
Faune et flore
Nuku Hiva et la littérature Nuku Hiva a été visité par de nombreux artistes, notamment des écrivains, qui ont fait mention de leur expérience sur cette île.
En , Joseph Kabris, matelot bordelais, débarque dans l'ile, se fait adopter par les indigènes et tatouer sur tout le corps pour marquer son appartenance à la tribu. Embarqué sur un bateau russe de passage dans l'ile, il est ensuite présenté dans les cours d'Europe comme objet de curiosité.
En , le capitaine Johann Adam von Krusenstern, qui effectue un voyage autour du monde, débarque dans l'ile. Il y rencontre l'anglais Roberts (aussi nommé Robarts) et le français Kabris (nommé Cabri) qui lui servent de guides et d’interprètes. C'est Krusenstern et le naturaliste de l'expédition, Georg Heinrich von Langsdorff, qui décrivent leur séjour et ramènent Kabris en Europe.
L'écrivain américain Herman Melville, s'enrôle à la fin de à Fairhaven à bord du baleinier Acushnet qui appareille pour le Pacifique. En , alors que le bateau fait relâche à Nuku Hiva, il déserte le navire avec un compagnon, Richard Tobbias Greene, Ils séjournent chez les Taïpis. Trois semaines plus tard, ayant regagné la côte, Melville s'engage sur le baleinier australien Lucy Ann partant pour Tahiti. À la fin de 1844, poussé par sa sœur Augusta, Herman Melville écrit le récit de ses aventures sur l'île dans son roman autobiographique Taïpi paru en 1846Herman Melville, Taïpi, Omou, Mardi, Œuvres, , notice de Philippe Jaworski (), Bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard, 1996 ..
L'ethnologue français Edmond Ginoux de la Coche, né en 1811, a publié dans la revue de la comtesse Marie de Solms Les Matinées d'Aix du . le récit intitulé Le Collier d'Anao. qui se passe aux Marquises, dans l'Île de « Noukou-Hiva » vers 1848. « Une très jeune « kanaque », qui, par amour pour un officier français, a marché sur un lieu tabou, doit boire un poison mortel. À l'époque, on ne connaît aucun antidote ! »
Jules Verne en fait mention dans Vingt mille lieues sous les mers (sous l'orthographe Nouka-Hiva) lors du voyage du professeur Aronnax à bord du Nautilus..
Pierre Loti, dans son ouvrage Le Mariage de Loti (1878) y fait séjourner son personnage Loti.
Nuku Hiva, et en particulier son annexion par les Français au milieu du , est le sujet du roman La Part du requin de Serge Legrand-Vall.
Annexes
Bibliographie Robert Carl Suggs, The Archaeology of Nuku Hiva, Marquesas Islands, French Polynesia, in Anthropological Papers of the American Museum of Natural History, vol. 49, Part I, New York, 1961, 206 p., ill. (compte-rendu par José Garanger, L'Homme. Revue française d'anthropologie, 1963, 3-3, (en ligne). Elena Govor, « », Honolulu, , 2010 , 301 Marie-Noëlle Ottino-Garanger, « Compte rendu de , de Elena Govor », Journal de la Société des Océanistes, , , . Elena Govor et Nicholas Thomas, , , 2019 , 519
Articles connexes Liste des volcans de France Îles Marquises Joseph Kabris
Liens externes
Notes et références