Jean Piot, né le à Châlons-sur-Marne (Marne) et mort le à Paris, est un journaliste et un homme politique français.

Biographie Jean Odile Piot est le fils de Paul-Henry Piot et Hélène Stéphanie SoudoyezCf. acte de naissance n° 232 de l'année 1889, registre de naissances de la commune de Châlons-sur-Marne (A.D. de la Marne, cote 2 E 119/149).. Son père, d'abord instituteur, devient ensuite « professeur économe » des Écoles normales à Châlons-sur-Marne (1880-1899) puis Laon (1899-1921). Officier de l'Instruction publique depuis 1906, il fut nommé chevalier de la Légion d'honneur par décret du et décoré le par son fils alors officier de la Légion d'honneurCf. Base Léonore, dossier de Paul Henry Piot cote 19800035/236/31368 : Lire en ligne..

Jean Odile Piot étudie au lycée de Laon. Il intègre en 1907 l'École normale supérieure. Il devient journaliste et collabore à la fondation de L'Œuvre, aux côtés de son directeur, Gustave Téry, normalien également et qui a été auparavant son professeur au lycée de LaonDictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940 : biographie en ligne sur le site de l'AN (base Sycomore). L’Œuvre est à ses débuts un , antisémite aussiLaurent Joly, « Les débuts de l’Action française (1899-1914) ou l’élaboration d’un nationalisme antisémite », Revue historique, 2006/3, , Presses universitaires de France , .. Il se présente à Mamers aux élections législatives de 1914, à la veille du scrutin, contre Joseph Caillaux, par hostilité à son égard, avec l'étiquette de « républicain de gauche », mais il ne remporte que quelques dizaines de voixJean-Claude Allain, Joseph Caillaux, vol. 1 : Le défi victorieux, 1863-1914, Paris, Imprimerie nationale, 1978, L’Intransigeant, 3 mai 1914, Ibid., 26 avril 1914, La Croix, 24 avril 1914.

Exempté de service militaire en 1911 pour raisons de santé, il est mobilisé en , dirigé le comme élève aspirant vers l’École militaire de Saint-Maixant puis affecté dans l'infanterie et promu sergent le . Son courage et ses actions d'éclat lui valent de terminer la Première Guerre mondiale avec le grade de lieutenant (obtenu en après celui de sous-lieutenant en )Cf. son dossier militaire, A.D. de l'Aisne, 1R2_0198, matricule n°179 (consultable en ligne).. Trois fois blessé, il a obtenu la Croix de guerre avec six citations et a été fait chevalier de la Légion d'honneur le . En 1936, il est promu capitaine d'infanterie de réserve. Remobilisé avec ce grade en 1939, il est affecté à l'état-major de la Armée.

Il collabore ensuite à L'Œuvre, quotidien depuis 1915, et au quotidien Bonsoir, fondé par Téry en , pendant vespéral de L'Œuvre. Il en est un temps le rédacteur en chef, à partir de 1920, avant de devenir chef des services d'information de L'ŒuvreL'Œuvre, 12 juin 1923 puis en 1924 rédacteur en chef de ce journalL'Œuvre, 30 janvier 1924, remplaçant Robert de Jouvenel.

Après une tentative infructueuse en 1919 sur la liste du Bloc républicain de gaucheSerge Berstein, Histoire du parti radical, vol. 1 : La recherche de l'âge d'or, 1919-1926, Paris, PFNSP, 1980 et une autre en 1928, à Paris, il est élu député de la Seine en 1932, battant Louis Delsol (qui l'avait battu en 1928) au second tour, et siège au groupe radical-socialisteL'Œuvre, 9 mai 1932. Il est vice-président de la commission d'enquête sur les évènements du 6 février 1934. Candidat du Front populaire en 1936<ref>[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4620190j/f1.image.r=%22Jean%20Piot%22?rk=21459;2 LŒuvre, 3 mai 1936]</ref>, il est battu au second tour par le candidat des droites, Noël Pinelli.

Cet homme de gauche est dans la première moitié des années 1920 membre du comité central de la Ligue de la République, fondée en 1921 et présidée par Paul Painlevé, à l'instar de Gustave Téry, directeur de L'Œuvre, et de son rédacteur en chef, Robert de JouvenelAnne-Laure Anizan, « Médiatisation et vie politique sous la Troisième République. Painlevé, un parcours médiatique atypique ? », histoire@politique, 2013/3, n° 21.. Il appartient aussi au comité exécutif de la Ligue des anciens combattants pacifistes au début des années 1930L'Œuvre, 24 février 1932 et au comité central de la Ligue des droits de l'homme, à partir de 1938Gilles Manceron, « La Ligue des droits de l’homme après 1940. Essai de périodisation et questions historiographiques », Matériaux pour l'histoire de notre temps, 2020/3-4 (Il fait partie d'une liste dressée par Émile Kahn en octobre 1944 et composée de onze membres du comité central que la LDH veut éliminer de ses instances en raison de leur conduite sous l’Occupation).Emmanuel Naquet, Pour l’Humanité. La Ligue des droits de l'homme de l’affaire Dreyfus à la défaite de 1940, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014, .

Il reste rédacteur en chef de L'Œuvre, est partisan d'une ligne éditoriale pacifiste à la fin des années 1930DUBASQUE, François, Chapitre 11. Les derniers combats d’un homme politique dépassé ? In: Jean Hennessy (1874-1944): Argent et réseaux au service d'une nouvelle république, Presses universitaires de Rennes, 2008 (Lire en ligne)Jean Piot, « Ai-je le droit d'écrire ? », L'Aurore, 15 septembre 1944. Durant la drôle de guerre, en avril 1940, il est nommé rédacteur en chef du « Radio-Journal » par le ministre Ludovic-Oscar FrossardJacques Parrot, La guerre des ondes : de Goebbels à Kadhafi, Plon, 1987« M. L-O Frossard réorganise la radiodiffusion », L'Œuvre, 9 avril 1940. Après la défaite de juin 1940 et la mise en place du régime de Vichy, il est à nouveau rédacteur en chef de L'Œuvre, désormais dirigé par Marcel Déat, partisan de la collaboration. Il appelle à accepter la défaite et à construire « l'Europe » où l'Allemagne doit jouer « un rôle prépondérant »Jean Piot, « A un lecteur qui préfèrerait autre chose », L'Œuvre, 13 août 1940. Il n'occupe cependant cette fonction que quelques mois : il doit la quitter sous la pression des Allemands en octobre 1940« Qu'est-ce que l'affaire Jean Piot ? »L'Aurore, 21 septembre 1944François Dubasque, op. cit..

À la Libération, la commission professionnelle d'épuration, composée de journalistes résistants, accepte de lui attribuer la carte de presseL'Humanité, 7 octobre 1944. Il devient aussitôt rédacteur en chef du quotidien L'AuroreRobert Lazurick, « Jean Piot », L'Aurore, 6 juin 1948, qui occupe les locaux parisiens de L'Œuvre. Cette fonction dans un journal issu de la Résistance alors qu'il a un temps soutenu Déat en 1940 lui est reprochée, notamment par les communistes ou par Albert Bayet, ancien collaborateur de L'Œuvre, résistant, président de la Fédération nationale de la presse françaiseFrance-Amérique, 15 octobre 1944, L'Humanité, 20 septembre 1944. L'Aurore et Piot s'en expliquent en septembre 1944« Qu'est-ce que l'affaire Jean Piot ? »L'Aurore, 21 septembre 1944, Jean Piot, « Ai-je le droit d'écrire ? », L'Aurore, 15 septembre 1944. L'Aurore est anticommunisteChristian Delporte, « Presse de droite, presse des droites à la Libération (1944-1948) », dans Gilles Richard et Jacqueline Sainclivier (dir.), La recomposition des droites : en France à la Libération, 1944-1948, Presses universitaires de Rennes, 2004. Piot se montre hostile à un nouveau Front populaire, aux communistes et à l'URSS dans ses éditoriauxL'Aurore, novembre 1946, Jean Piot, « Le cheval de Troie », Ibid., 14 novembre 1946, Ibid.∞∞∞∞, 11 avril 1947, Ibid., 29 mai 1947, Ibid., 10 juin 1947, Jean Piot, « La France admettra-t-elle qu'un ukase de Moscou empêche de faire l'Europe ? », L'Aurore, 18 juin 1947, J. Piot, « Athènes, Washington et Moscou ou les démocraties devant le totalitaire », Ibid., 30 décembre 1947, L'Aurore, 24 février 1948. Il est un partisan du colonialisme et, dans un éditorial en août 1945, devient la première personne à utiliser l'expression "Françafrique" (plutôt que Félix Houphouët-Boigny à qui ce terme a souvent été attribué)Thomas Deltombe, "« Françafrique » : le destin méconnu d'un néologisme", dans Thomas Deltombe et al., Une histoire de la Françafrique (Paris: Seuil, 2023), 27-28..

Il conserve sa fonction de rédacteur en chef jusqu'à sa mort en 1948 mais une maladie l'éloigne de son métier et de son journal.

Témoignages

Plusieurs anciens collaborateurs de Piot ont évoqué la période qui a suivi la Première Guerre mondiale. Henri Béraud, qui a travaillé sous sa direction à Bonsoir, dresse son portait dans Les Derniers Beaux Jours (Plon, 1953) : Henri Jeanson note quant à lui : Henri Jeanson, 70 Ans d'adolescence, Stock, 1971, . André Guérin, ancien de L'Œuvre, normalien (1919), évoque le monde des normaliens au lendemain de la Première Guerre mondiale, nouveaux ou anciens, et présente Piot comme un « joyeux drille vociférant ». Piot est l'animateur d'un « club des Jacobins » dans un café de la rue Saint-Jacques fréquenté depuis l'avant-guerre par les normaliens :

Le dessinateur Henri Monier l'évoque au sein de la rédaction de L'Œuvre : Henri Monier, À bâton rompu, Éditions Pierre Horay, 1954. Des échos fielleux publiés sous l'Occupation évoquent son alcoolismeJe suis partout, 20 décembre 1941, « Les F-M à l'Appel. Les fraternelles d'arrondissement », L'Appel, 8 mai 1941, : ..

Publications Le village, Paris, E. Figuière, 1914, 259 p. (roman) Le monde des journaux : tableau de la presse française contemporaine (avec André Billy), Paris, G. Crès et Cie, 1924, 243 p. Comme je les vois'', Paris, Éditions du Sagittaire, 1926

Distinctions (1937)L'Œuvre, 25 décembre 1937 (Il est alors capitaine de réserve)

Sources

Liens externes

« Jean Piot », L'Aurore, 9 juin 1948

Notes et références

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