Jean Lerolle, né le à Paris où il est mort le , est un homme politique français.
Biographie Famille Jean Lerolle est le premier enfant de Paul Lerolle et de Marie-Caroline Delacommune.. Il passe son enfance dans le petit immeuble familial sis , dans le de Paris, qu'il réintégrera à la mort de son père.
Le , il épouse Denise Étiennette Chausson, musicienne, fille du compositeur Ernest Chausson, proche ami et beau-frère de son oncle paternel Henry Lerolle, artiste peintre. Le couple s'installe en 1904 au , . Il n'aura pas d'enfant.
Formation Jean Lerolle est élève au Collège Stanislas (Paris) où il fait sa première communion vers 1884, en compagnie de Marc SangnierJournal Le Sillon de juillet à décembre 1904 (pages 112, 114, 319 et 320)., son condisciple du même âge et grand ami pendant vingt ans.
À partir de , il suit des études de droit à l'Institut catholique de Paris (ICP), est licencié en 1894 puis docteur en droit en 1898 avec sa thèse La Capacité de la femme mariée, étude critique, pour laquelle il obtient la mention « très bien ». Avocat inscrit au barreau de Paris en 1897, il est de la conférence du stage des avocats du barreau de Paris à la cour d'appel en 1901-1902 et obtient le prix Liouville en 1902. Il devient l'un des secrétaires de Léon Devin, avocat défenseur des intérêts catholiques.
Premiers contacts avec des catholiques sociaux vignette|gauche|Henri Bazire et Jean Lerolle. Par l'intermédiaire d'un ancien professeur de l'ICP, Jean Lerolle est appelé en 1891 par le Syndicat des employés du commerce et de l'industrie (SECI), premier syndicat catholique, pour animer sa nouvelle commission d'étudesHenri Rollet, L'Action sociale des catholiques en France, .. Il y forme aux questions économiques et sociales une génération de dirigeants syndicaux, jusqu'en 1911. Il y rencontre notamment Jules Zirnheld, avec lequel il poursuit des relations jusqu'à la mort de celui-ci en 1940 ; ainsi que Gaston Tessier, avec lequel il entretiendra de fortes relations dans les milieux catholiques sociaux et démocrates chrétiens (via le journal L'Âme française, notamment).
Pendant ses années d'études à l'ICP, Jean Lerolle fréquente la Conférence OlivaintDavid Colon, Un cercle d'étudiants catholiques sous la : la Conférence Olivaint (1875-1940). où il fait la connaissance d'Henri Bazire et de Joseph Zamanski, futurs avocats comme lui et ses plus proches compagnons à l'Association catholique de la jeunesse française (ACJF). Il est invitéDenis Maugenest, Le mouvement social catholique en France au . avec Marc Sangnier et George Fonsegrive aux « semaines du Val-des-Bois »Les semaines du Val-des-Bois sont des sessions d'études et de réflexions sur l'action sociale catholique menées en 1887/1895 par Léon Harmel auprès de séminaristes, ouvertes ensuite à des laïcs. en 1896.
Jean Lerolle adhère vraisemblablement dès cette époque à la doctrine sociale de l'Église catholique, telle qu'exprimée en 1891 par Léon dans son encyclique Rerum novarum, qui attire toute une génération de jeunes catholiques. Le cercle de « catholiques sociaux » animé par Henri LorinJoseph Zamanski, Nous, catholiques sociaux, histoire et histoires. y apporte des clarifications et approfondissements sur la légitimité du syndicalisme « non mixte » et sur la notion de « juste salaire », que Jean Lerolle a pu apprécier via les exposés hebdomadairesJérôme Grondeux, Georges Goyau (1869-1939) : un intellectuel catholique sous la . que Georges Goyau dispense aux jeunes parisiens de l'ACJF.
Jean Lerolle collabore à la revue Le Sillon dont il alimente la chronique sociale de 1895 à 1897. Il en est l'un des premiers membresLe Sillon de janvier à juin 1905 (pages 392 et 393)., et membre de son comité d'initiative en 1899. Mais il prend ses distances à partir de 1904 puis met un terme à ses relations avec Marc Sangnier en 1905.
De l'ACJF aux Semaines sociales de France Jean Lerolle rejoint l'ACJFFondée par Albert de Mun en 1886, l'Association catholique de la jeunesse française se donne pour but de . probablement vers 1897, au moment où Henri Bazire entend la relancer par l'action sociale. Dès le congrès de Besançon en 1898, il y présente un rapport sur la participation des catholiques aux organisations professionnelles et aux sociétés de secours mutuels. Il est élu vice-président de l'ACJF en 1901 et organise son premier congrès social à Chalon-sur-Saône en 1903, sur la question syndicaleCharles Molette, L'Association Catholique de la Jeunesse Française 1886-1907.. En , il succède à Henri Bazire comme président de l'ACJF, puis organise le pèlerinage de septembre à Rome auprès du nouveau pape Pie .
Jean Lerolle s'affirme un président de l'ACJF très attaché à l'« action sociale », dans le droit fil du « nous sommes sociaux parce que catholiques », lancé par Henri Bazire en 1900, alors que l'ACJF assure aussi sa tâche de « défense religieuse » dans une période tumultueuse pour les catholiques français : laïcisation de l'enseignement, développements de l'affaire Dreyfus, anticléricalisme combiste, loi de séparation et inventaires.
Jean Lerolle se montre particulièrement fidèle aux orientations romaines, dans un contexte où émerge L'Action française et se développe Le Sillon. En 1905, le fait chevalier de l'ordre de Saint-Grégoire-le-GrandJournal La Croix du 29/30 octobre 1905.. En 1907, peu avant le congrès de Bordeaux de l'ACJF, lui adresse une lettre approuvant l'« action catholique » de cette association originale de laïcs, lettre que Jean Lerolle fera acclamer à ce congrèsActes du Congrès ACJF de Bordeaux, mars 1907.. En 1908, dans un article qu'il publie en son nom propre pour l'anniversaire de l'encyclique Rerum novarum, il insiste sur le travail de réforme sociale chrétienne, découlant de la par le magistère romain, et dessine des orientations d'action pour les catholiques français, restés selon lui jusqu'à présent en retard dans cet effortLe Peuple français du 15 mai 1908 (page 1 : « Une date mémorable »)..
En 1909, après trois mandats de président de l'ACJF, Jean Lerolle décide de ne pas se représenter et quitte ses responsabilités. Président honoraire, il continue de s'intéresser à la vie de l'association, notamment en participant à plusieurs de ses congrès. Il intervient en 1956 avec les autres anciens présidents pour éviter l'éclatement de l'ACJF, sans succèsAlain-René Michel, Catholiques en démocratie..
vignette|droite|Premières Semaines sociales à Lyon en 1904. Jean Lerolle est pressenti en 1902 par Adéodat Boissard, au nom de l'Union d'études des catholiques sociaux (UECS) pour contribuer à une en projetHenri Rollet, L'action sociale des catholiques en France, tome II (1901-1914).. Lorsque ce projet prend la forme en des premières Semaines sociales de France, il lui donne son soutien au nom de l'ACJF. Après son retrait de l'ACJF, il s'investit fortement aux Semaines socialesJean-Dominique Durand, Les Semaines sociales de France: cent ans d'engagement social des catholiques. : il intervient en tant que dans de 1910 à 1937, sur les thèmes fondamentaux du catholicisme social : relations patrons/salariés, organisation professionnelle, famille, aspects moraux de la vie économique et sociale.
Comme Albert de Mun et les premiers animateurs des Semaines sociales, Henri Lorin et Marius Gonin, il pense que l'intervention de l'État est parfois indispensable pour réguler les rapports entre patrons et salariés. C'est pourquoi il s'engage comme eux à l'Association nationale française pour la protection légale des travailleurs (ANFPLT), entre 1907 et 1919, pour contribuer au développement d'une législation sociale avec des personnalités venues d'autres horizons. Il sera secrétaire de l'Association.
Comme Henri Bazire, Jean Lerolle s'est engagé dans une forte activité de publiciste catholique en écrivant sur de multiples sujets d'actualité des articles convaincus dans Le Peuple français puis La Libre ParoleJean Lerolle est codirecteur politique de La Libre Parole de 1920 à 1923, avec son ami Joseph Denais. (1903-1923). Il y traite toujours les sujets chers aux catholiques sociaux, tout en dénonçant vigoureusement les fausses solutions (selon lui) de la « question sociale » que préconisent les socialistes, syndicalistes révolutionnaires, plus tard les communistes.
En 1910, à la demande du cardinal Amette, archevêque de Paris, Jean Lerolle réorganise le secrétariat social de Paris qui avait été ébauché par Joseph Zamanski en 1907, selon le vœu du comité diocésain. Il en devient présidentArchives historiques de l'archevêché de Paris..
Première expérience de député et Première Guerre mondiale vignette|Jean Lerolle en 1912. À l', à la mort de son père, il lui succède comme député de la Seine (première circonscription du septième arrondissement) et rejoint le groupe de l'Action libérale populairePaul Lerolle avait été l'un des responsables du groupe politique de l'Action libérale populaire dès 1901 ; Jean Lerolle y aurait adhéré dès 1902, et fut membre du Comité de la Seine avant 1914. ; il est réélu en 1914. Il peut alors s'investir directement dans l'amélioration de la législation sociale. De 1914 à 1919, il est membre de la commission du Travail de la Chambre des députés. Il est nommé en au Conseil supérieur du TravailArchives de l'Assemblée nationale.. Jean Lerolle a ainsi plaidé en 1913 la cause des ouvrières à domicile, en lien avec leur syndicat, et contribué à l'adoption de la loi de qui fixe pour la première fois un salaire minimum. Il défend la loi des huit heures par jour, qui sera adoptée en . Il présente aussi une proposition de loi sur la réglementation des contrats collectifs (loi adoptée le ) et introduit la promesse d'un statut des fonctionnaires (votée le ).
Dès 1913, Jean Lerolle propose un amendement tendant à l'institution de Conseils d'écoleJournal La Libre Parole du 19 juin 1913 (page 2).. À partir de 1914, il est membre de la commission de l'Enseignement.
En tant que député, il se montre soucieux de la défense de la France et des intérêts français. Ainsi, en , il dépose avec Joseph Denais une proposition de loiJournal La Libre Parole du 15 janvier 1913 (Page 2). . Avant la fin de 1914, il dépose de même une proposition de loi conditionnant les droits politiques des naturalisés à l'acquisition d'une . En , il vote la loi portant à trois ans le service militaire.
Dès le début de la guerre, il « salue l'aurore » du jour « de la justice et de la revanche » ; mais, entre août et , cette guerre lui ravit successivement ses deux jeunes frères, François puis AndréJournal La Croix du 6 novembre 1914 (page 3).. Jean Lerolle devient alors tuteur de ses douze neveux et nièces, pour qui il sera toujours « l'oncle Jean ». Lui-même avait été réformé en 1893, et versé dans les « services auxiliaires », puis maintenu en congé en 1916 en tant que députéArchives de Paris: livret militaire..
Jean Lerolle s'est peu exprimé sur la guerre elle-même, ni sur l'Union sacrée qu'elle a suscitée. Mais vers la fin de la guerre et jusqu'au début des , il écrit de nombreux articles sur les conditions de la paix et les réparations, marqués par une profonde méfiance envers l'Allemagne (ou plutôt l'esprit prussien) et envers les partis hostiles à l'Union sacrée. Après 1919, il adhère au « Comité national d'études sociales et politiques »Le « Comité national d'études sociales et politiques » est fondé en 1916 par le banquier et philanthrope français Albert Kahn pour réfléchir à l'organisation du monde d'après-guerre.. Mais il défend toujours le patriotisme français, d'un point de vue catholique, tout en préconisant l'arbitrage international pour résoudre les conflits.