Larmée commune est l'une des composantes de l'armée de terre austro-hongroise, elle-même composante des Forces armées de l'Empire austro-hongrois. L'armée commune était plus simplement appelée dans les documents austro-hongrois. Reproduction du discours impérial durant les manœuvres militaires faites à Chlopy.. Après la chute de l'Empire en 1918, l'armée commune est souvent désignée, notamment dans l'historiographie germanique, , et en hongrois .
Il s'agissait de la formation militaire la plus importante de l'Armée de terre austro-hongroise, à laquelle appartenaient également l'Armée territoriale impériale-royale autrichienne (k.k. Landwehr) et l'Armée territoriale royale hongroise (k.u. Honvéd).
Fondée le et dissoute le à la suite de la désolidarisation des unités hongroises, la constitua jusqu'au bout la part la plus importante des forces armées austro-hongroises (en allemand la ou simplement la ), auxquelles se rattachait également la marine austro-hongroise. Pendant la Première Guerre mondiale, forces terrestres et forces navales de la double monarchie étaient commandées par un unique Commandement suprême de l'armée, fondé en 1914.
Histoire Dénomination Jusqu'en 1889, et ce comme avant l'Union réelle de 1867, les forces armées étaient désignées au moyen du prédicat de « k.k. », , soit « impériale-royale ». Ce prédicat, déjà en usage au sein de l'empire d'Autriche, reste en usage après 1867 au sein de l'Empire des deux couronnes pour toute institution commune aux deux moitiés de l'Empire. Pour éviter toute méprise et satisfaire aux demandes hongroises, la loi du institue le nouveau prédicat de « k.u.k. », qui distingue cette fois-ci les institutions véritablement partagées, et permet de distinguer, au sein des forces armées combinées, les forces relevant de la couronne impériale et royale autrichienne, la k.k. Landwehr, des forces commandées par la couronne royale hongroise, la k.u. Honvéd. L'appellation KuK a peu été utilisée au sein de la marine austro-hongroise.
Fonctionnement de l'institution commune
Commandement Toutes les forces armées (Heer, Kriegsmarine, Landwehr, Honvéd) se trouvaient théoriquement sous le haut-commandement de l'empereur-roi, en sa fonction de « chef de guerre suprême » . Ce titre n'avait néanmoins plus qu'un sens formel après le désastreux commandement de François-Joseph en Italie en 1859, après quoi le monarque se retira du commandement direct de ses troupes. Dans les faits, le haut-commandement était assuré, en temps de paix, par le Kriegsministerium de Vienne, et pendant la Première Guerre mondiale, c'est l'archiduc Frédéric d'Autriche-Teschen qui occupe le poste créé à cette occasion de commandant en chef des armées, et par son chef d'état-major Conrad.
Le , l'empereur Charles reprend directement le haut-commandement. François-Joseph n'avait pratiquement jamais fait de visites du front, mais s'était contenté de rendre visite aux régiments territoriaux, et avait toujours, malgré son grand âge, assisté aux manœuvres impériales annuelles. Et bien que François-Joseph se montrât régulièrement en uniforme de feld-maréchal pour montrer sa proximité avec ses troupes, le nouvel empereur Charles , du haut de ses trente ans, redonna une nouvelle signification au rôle « d'Oberbefehlshaber, » tant au front que devant la troupe.
Taille et recrutement La loi autrichienne du RGBl. Nr. 41 / 1889 () vient renouveler la loi de défense de 1868, modifiée en 1882. En parallèle, le parlement hongrois fait de même. Le texte autrichien indique en son : Les forces armées sont constituées de l'armée de terre, la marine de guerre, la territoriale et la milice.
Au , le contingent annuel est fixé pour l'armée et la marine à , dont provenant des royaumes et pays représentés à la Diète d'Empire. Le contingent ainsi recruté fournit à la k.k. Landwehr. Par la suite, la taille et la répartition du contingent fourni par les deux royaumes est réévalué tous les dix ans par une nouvelle loi de défense.
Financement
Comme pour toutes les dépenses communes, le financement de la fait l'objet d'une répartition entre les deux royaumes. Initialement en 1867, la Hongrie pourvoit à hauteur de du budget commun, finançant principalement le budget commun de la défense. Cette part augmente progressivement, passant à en 1888 puis à en 1907 Günther Kronenbitter. Krieg im Frieden. Die Führung der k.u.k. Armee und die Großmachtpolitik Österreich-Ungarns 1906–1914. R. Oldenbourg Verlag, Munich, 2003, , ..
Les coûts de fonctionnement de l'armée de terre, de l'armée territoriale et de la marine s'élevaient en 1912 à environ 670 millions de couronnes. Cela représentait alors un peu moins de du revenu national, contre en 1906. À titre de comparaison, en 1912, l'Empire russe, l'Italie et l'Allemagne y consacraient environ de leur revenu national. L'Autriche-Hongrie demeurait ainsi la grande puissance européenne disposant des ressources militaires les plus restreintesKronenbitter, op.cit., ..
Tensions et négligences Pendant la longue période de paix que constituent les dernières décennies du , l'armée et la marine sont quelque peu délaissées. Les votes des crédits militaires sont systématiquement ajournés, tant au Reichsrat autrichien qu'à la Diète hongroise, tout du moins pour ce qui concerne les troupes du Kuk, les troupes territoriales, moins impopulaires, arrivant vaille que vaille à s'équiper. Lors de la mobilisation de 1914, cet état de fait se fait désagréablement sentir.
D'autre part, l'empereur et roi doit toujours faire face à la volonté des politiciens hongrois de créer une armée d'active hongroise. Mais le monarque était arrivé lors du compromis austro-hongrois de 1867 à la chose suivante : chacun des deux royaumes pouvait constituer sa propre armée territoriale (Landwehr), mais l'armée d'active (Heer) et la marine restaient du domaine du Kuk. La Hongrie constitua alors la königlich-ungarischen Landwehr ou k.u. Landwehr, qui fut baptisée du nom hongrois de Honvéd.
Les réformes de François-Ferdinand Lorsqu'en 1898, l'archiduc François-Ferdinand se voit confier une mission d'analyse des forces armées de la monarchie, celui-ci conclut sans ambages que l'état-major vieillissant doit être immédiatement rajeuni. L'Empereur, âgé de 76 ans, convient de la pertinence du diagnostic de François-Ferdinand, et procède en 1906 au remplacement du chef de l'état-major, , 76 ans, par Franz Conrad von Hötzendorf, 54 ans. Suivant la même logique, le ministre de la guerre est remercié en 1906, alors âgé de 65 ans Heinrich Freiherr von Pitreich. Meine Beziehungen zu den Armeeforderungen Ungarns verbunden mit der Betrachtung dermaliger internationaler Situation. Vienne, 1911. . In Gunther Erich Rothenberg. The Army of Francis Joseph. Purdue University Press, 1998. ..
Le nouveau chef d'état-major et François-Ferdinand mettent bientôt sur pied un programme de modernisation des structures et des équipements de l'armée commune. Néanmoins, les propositions faites par le binôme ne seront suivies que de peu d'effets, principalement pour des raisons politiques ; ce manque de volonté explique en partie le fait que durant la Première Guerre mondiale, l'armée austro-hongroise se trouve bien moins bien équipés que son alliée, la Deutsches Heer.
L'armée en guerre
L'armée commune austro-hongroise n'a eu entre 1867 et 1914 qu'une seule situation de crise importante, la campagne d'occupation de 1878, pendant laquelle l'Autriche-Hongrie prend possession de la Bosnie-Herzégovine après le Congrès de Berlin. L'armée est envoyée afin de vaincre la résistance armée qui sévit alors dans les territoires nouvellement administrés. En 1908, le soulèvement de la Bosnie-Herzégovine nécessite à nouveau la mobilisation, cette fois-ci partielle, de l'armée commune.
Mais après l'assassinat de François-Ferdinand, l'Empereur, âgé de 84 ans, nomme à la tête de ses armées Frédéric de Teschen durant l'été 1914. Frédéric occupe alors la fonction de généralissime, situation que l'Autriche n'avait pas connue depuis 1859. Concrètement, Frédéric laisse prendre toutes les décisions à son chef d'état-major, Franz Conrad von Hötzendorf. Charles , après son accession au trône en , assure alors seul le commandement suprême.
Organisation vignette|Cavalerie commune austro-hongroise vers 1900.
L'armée commune, n'est qu'une partie des forces armées austro-hongroises. À côté de celle-ci, on trouve : La marine de guerre austro-hongroise, ou k.u.k. Kriegsmarine ; elle relève du KuK, c'est-à-dire de la double monarchie ; L'armée territoriale royale hongroise (communément appelée « Honvéd » ou encore « M. kir. Honvédség » en hongrois ; « k.u. Landwehr » en allemand) ; elle relève du gouvernement autonome hongrois ou Transleithanie ; L'armée territoriale impériale-royale autrichienne (« k.k. Landwehr » en allemand), ; elle relève du gouvernement autonome autrichien ou Cisleithanie.
En 1915, tous les prédicats et toutes les dénominations honorifiques des régiments disparaissent, qui doivent désormais tous être simplement désignés par leur numéro. Mais dans la pratique, les appellations distinctives persistent, d'une part parce que peu de monde ne se soucie alors de ce genre de « détail », et d'autre part parce que l'intendance militaire impériale et royale, très économe, avait donné ordre que soient utilisés jusqu'à l'usure complète tous les tampons et papiers à en-tête antérieurs à cette décision.
Service militaire vignette| de 1900. À partir de 1866, l'empire d'Autriche met en place un service militaire obligatoire. La mesure est reconduite au sein de la Double monarchie, le service étant défini en 1868 par deux lois similaires dans l'une et l'autre parties de l'Empire, précisant les modalités de réalisation du service militaire dans l'armée de terre, la marine de guerre, la territoriale (Landwehr) et la milice (Landsturm). Le service obligatoire avait lieu à partir de la vingt-et-unième année du jeune homme au sein de l'armée commune. Tous les hommes âgés de dix-neuf à quarante-deux ans pouvaient être incorporés à la milice, du moment qu'ils n'étaient pas incorporés dans le Heer, la territoriale ou la réserve.
L'obligation militaire durait au total douze ans, durée qui se décomposait de la manière suivante pour les forces terrestres : Trois ans de service actif au sein des Sept ans dans la réserve Deux ans dans la territoriale inactive
L'engagement volontaire d'un an était possible aussi bien au sein du Heer ou de la Marine qu'au sein de la Landwehr. L'engagé volontaire ne recevait ni solde ni équipement (pas même son cheval) qu'il devait se procurer à ses frais.
Recrutement et garnison vignette|Carte des garnisons de l'armée commune dans l'empire Austro-Hongrois en 1898.