Une conversation érotique (ou abusivement discussion érotique) est une conversation intime entre partenaires sexuels à des fins d'excitation, le plus souvent pendant les préliminaires, ou considérée comme une fin en soi. Elle peut inclure des vocalisations copulatoires.

Un tel échange se tient dans la vraie vie, généralement par chuchotement à l'oreille, mais aussi au téléphone, par SMS, plus ou moins publiquement sur un réseau social, ou encore, dans les années 1990-2000 (avant la démocratisation des messageries instantanées), par courriel. Depuis l'avènement du Web social, elle s'inscrit souvent dans le cadre du cybersexe.

Contenus, sémantique

Ils peuvent prendre la forme de blagues grivoises, de descriptions érotiques, d'une injonction sexuelle, de jurons voire d'insultes proférés à l'encontre du partenaire sexuel. C'est alors une forme de BDSM.

Les mots « cochons » sont par nature sexuels, et n'ont rien à voir avec les « confidences sur l'oreiller », pratiquées généralement après le rapport. Les éducateurs sexuels conseillent d'en parler au préalable et de convenir d'un mot d'arrêt pour éviter les malentendus et rendre le rapport sans risque..

Un sondage réalisé en Allemagne montrait qu'alors que 36 % des sondés avaient des difficultés à exprimer leurs désirs sexuels, 44 % affirment dire des mots coquins..

Histoire

Dans la littérature et les civilisations anciennes

la littérature écrite et poétique, dans toutes les civilisations de l'écriture, ont conservé de nombreux exemples de conversations érotiques traduisant l'expression du désir et de la séduction, via le dialogue. En Égypte ancienne, la poésie amoureuse (papyrus Chester Beatty I) contient des dialogues où les amants expriment sensualité et attente. La littérature mésopotamienne (sumérienne et akkadienne), a gardé trace, notamment, d'hymnes à la déesse Inanna/Ishtar écrits dans un langage direct et sexuellement explicite. En Grèce antique, la poésie lyrique de Sappho (VIIe-VIe s. av. J.-C.) explore la passion et le désir entre femmes. Les "Dialogues des courtisanes" de Lucien de Samosate (IIe s. ap. J.-C.) offrent un aperçu des conversations entre hétaïres et leurs clients. La pédérastie grecque, socialement encadrée, donnait lieu à des échanges codifiés, comme en témoignent certaines poésies et les dialogues philosophiques de Platon (ex: Le Banquet). À Rome, Ovide (L'Art d'aimer, Les Amours) fournit des scènes de dialogues amoureux, et les Épigrammes de Martial (Ier s. ap. J.-C.) abordent des conversations qui seront plus tard considérées comme licencieuses. En Inde ancienne, le Kamasutra (IIIe-IVe s. ap. J.-C.) en tant que traité sur l'art de vivre et d'aimer inclut des sections sur la séduction et les conversations amoureuses, y compris accompagnant l'acte sexuel. La Chine ancienne disposait de « manuels des rapports sexuels » écrits sous forme de dialogues ( entre l'Empereur Jaune et ses précepteurs) décrivant des échanges verbaux pouvant optimiser le plaisir.

Ces exemples montrent que la conversations érotiques étaient une composante importante de l'art d'aimer dans les sociétés antiques, reflétant des perceptions variées de l'amour, du désir et de la sexualité.

Histoire récente

La fin du XXe siècle voit se développer les NTIC, avec dans les années 1980, le déploiement du réseau français Vidéotex (et surtout de son service emblématique, le Minitel qui devient le support d'une transformation rapide de simples messageries conviviales en espaces d'expression sexuelle et érotique, surnommées "messageries roses". Face à l'engouement d'une partie du grand public, des entreprises télématiques créent une multitude de services en ligne dédiés à ce nouveau mode de conversation érotique, lequel devient vite un phénomène socioculturel d'ampleur.. Les entreprises qui marchandisent ces conversations érotiques en ligne ont dû concilier les attentes des clients (à la recherche d'interactions sans tabous, avec ou sans possibilité de rencontres réelles) avec les exigences commerciales de l'employeur (maximisation du temps de connexion sur des numéros ou lignes surtaxées, pour une rentabilité économique maximale). Pour y maximiser la productivité et contrôler les interactions, ces entreprises forment et emploient donc des animateurs (hommes et femmes) chargés (à l'insu des utilisateurs) d'engager des "dialogues érotiques" et de les faire durer. Pour cela ces animateurs mobilisent divers « scripts sexuels » conventionnels, reproduisant la temporalité des échanges sexuels "réels" (excitation, plateau, orgasme, résolution). Ce métier d'animateur a été analysé et présenté comme l'une des formes de travail sexuel, dont la compréhension peut être approfondie en combinant l'analyse de ces conversations supposément intimes, et la « théorie des scripts sexuels »La théorie des scripts sexuels postule que la sexualité humaine n'est pas déterminée que par des instincts biologiques ni par des pulsions individuelles (cf. libido en psychanalyse), mais qu'elle est largement construite socialement et culturellement, et qu'elle est vécue et interprétée à travers des "scripts" (schémas, scénarios ou programmes appris consciemment et inconsciemment, socialement). Ces scripts définissent, dans une certaine mesure, ce qui est considéré comme sexuellement et socialement approprié, comment les dialogues émotionnels et interactions sexuelles physiques doivent se dérouler, quels rôles les individus doivent jouer, quelles expressions d'émotions sont appropriées Ils sont un peu comparables aux dialogues et indications scéniques d'une pièce de théâtre, qui guident les acteurs dans leur performance., tels que développée par les sociologues américains John Gagnon et William Simon dans les années 1960 et 1970...

Avec l'arrivée puis l'appropriation de l'Internet par le grand public (en France au milieu des années 1990), les entreprises télématiques y ont reporté et élargi l'offre de services de conversations érotiques pour adultes (avec une multitude de sites de charme, érotiques ou pornographiques et/ou de sites de rencontre).

Puis, dans les années 2020, l'émergence de l'Intelligence artificielle générative vient à nouveau changer la donne : elle commence à remplacer ces métiers d'animateurs de ces réseaux.

Une nouvelle étude, dans la revue Sex Roles, chez des femmes américaines cisgenre apporte un éclairage empirique nouveau sur la corrélation entre la taxinomie génitale employée par les femmes et leur bien-être psychosexuel. Tanja Oschatz y identifie neuf catégories sémantiques (anatomique, vulgaire, ludique/enfantine, euphémismes, identité de genre, clitoridienne, comestible, naturelle et réceptacle). Elle montre que l'impact du langage dépend strictement du contexte (sexuel ou non sexuel) d'usage. En contexte non-sexuel, 75 % des participantes utilisaient au moins un terme anatomique avec des euphémismes (14 %) et des termes familiers/enfantins (15 %) assez fréquents. En contexe sexuel, l'utilisation de termes réputés « vulgaires » (ex. : pussy) était statistiquement associé à des indicateurs de santé sexuelle positive (fréquence orgasmique et plaisir global accrus) et à un désir plus marqué pour le sexe oral. L'usage de mots « ludiques » ou « enfantins » - hors contexte sexuel - était, lui, corrélé à une image génitale de soi négative et à une vulnérabilité accrue aux injonctions esthétiques ou hygiéniques médicalement infondées (labiaplastie et/ou usage de produits d'hygiène intime superflus. Les mots désignant ne seraient donc pas qu'un outil de désignation, mais aussi des médiateurs de l'autonomie corporelle et de la satisfaction sexuelle contemporaine, conclut l'auteure, qui précise que l'étude est limitée par un échantillon limité à 475 femmes qui sont américaines, majoritairement blanches, très instruites et exclusivement cisgenres..

Avec une IA et/ou un robot sexuel

De telles conversations ont longtemps relevé de la science fiction, mais dans les années 2020 apparaissent des intelligences artificielles sophistiquées qui deviennent proches, influentes. ou se comportent comme si elles étaient des amies, par exemple étudiées par Kim (2019)., par Croes (2021)., puis par Brandtzaeg (2022).. Des IA et chatbots spécialisées à vocation romantique, érotique, voire explicitement sexuelle apparaissent (accessibles sous la forme d'un chatbot érotique, d'un avatar de réalité virtuelle (accessible via un dispositif de type Oculus) ou associée à un robot sexuel. ; on parle alors derobots, mot valise associant erôs et bot), souvent présentées comme partenaires virtuels ou augmentés..

De premiers témoignages, médiatisés par la presse et les réseaux sociaux, montrent que chez certains utilisateurs, l'attachement humain-chatbot peut être intense et étroit, avec un « investissement émotionnel » élevé, entretenu par des « rituels » de liaison ; cet attachement peut même souvent surpasser, d'une certaine manière, la relation amoureuse avec un partenaire humain : en Belgique un utilisateur d'Eliza se suicide parce qu'il a l'impression de ne rien pouvoir faire contre le changement climatique, encouragé en cela par une discussion où son chatbot lui a suggéré qu'ils pourront « vivre ensemble, en une seule personne, au paradis ». ; de nombreux usagers déclarent avoir des relations amoureuses avec des chatbots, l'un, américain, l'ayant épousé, après avoir échoué à trouver un partenaire humain., l'une expliquant que tout homme qui voudrait avoir une relation de couple avec elle devra aussi accepter son « mari IA ».. Bien que les anecdotes de ce type abondent sur internet, au début des années 2020, la recherche universitaire doit encore comprendre si : 1) les gens réagissent vraiment aux chatbots sociaux ou sexuels comme s'ils étaient humains, et 2) si les relations humain-chatbots s'expliquent par les théories des processus relationnels entre humains.

Baccon (2019) notent que l'avatar permet à l'internaute de combiner les avantages de la communication face à face avec l'anonymat ressenti lors d'une communication textuelle en ligne.. Les chatbots érotiques (et leur IA sous-jacente) sont dotés de capacités croissantes d'« empathie artificielle »., ils sont conçus pour imiter de nombreuses émotions humaines, dont amoureuses et sexuelles (et inversement, le cerveau humain montre des signes d'empathie vis-à-vis de chatbots, ou de robots blessés., mais pas ou peu avec une tête de robot humanoïde avec laquelle ils sont en discussion).. On assiste aussi à la diffusion de robots sexuels de plus en plus sophistiqués. Pris ensemble, ces phénomène exposent de plus en plus les humains, presque à tous les âges, à la possibilité d'intimité et de conversation sexuelle avec des agents artificiels. Cette possibilité croissante d'interactions érotisées pourrait conduire à une coévolution érotiques homme-machine selon Simon Dubé & Dave Anctil (2020)., et des interactions possiblement non genrées et s'éloignant, dans une certaine mesure du cadre classique des sexualités conjugales et solitaires..

Ces émergences, classées par certains chercheurs dans les technosexualités., élargissent le champ de la « diversité sexuelle et de genre » et posent des questions éthiques, morales, philosophiques, sociétales.… et prospectives (esquissées par Jenna Owsianik et Ross Dawson dans un rapport intitulé Future of Sex)Jenna Owsianik & Ross Dawson () Futurecof Sex Report |FutureofSex.net. Ce sujet a suscité des débats universitaires et publics, mais l'étude scientifique des interactions érotiques homme-machine est elle-même une discipline encore émergente et limitée.